Vision d'Anne-Catherine Emmerich
relative au Mandylion



Trois semaines après la Pâque, [...], je fus témoin d'une scène qui se passa dans une ville non loin de Damas. Un roi souffrait d'une éruption qui, à demi sortie, lui était tombée sur les pieds, de telle sorte qu'il boitait. Des voyageurs lui avaient beaucoup parlé de Jésus, de ses miracles et de l'irritation qu'il avait excitée parmi les Juifs le jour de Pâques; ce qu'ils racontaient inspira au roi, qui était homme de bien, une grande affection pour Jésus et le désir de le voir. Il espérait même être guéri par lui, et il lui écrivit pour l'appeler auprès de sa personne. En outre il manda un jeune homme de sa cour qui savait peindre, et lui remit sa lettre, lui ordonnant de faire le portrait de Jésus, s'il ne pouvait pas le déterminer à satisfaire à sa demande, qu'appuyaient des présents. L'envoyé partit aussitôt avec six serviteurs, lui sur un chameau, eux sur des mules.
Je vis cet homme arriver avec sa suite à quelque distance de l'endroit où Jésus enseignait, et où plusieurs personnes avaient établi leurs tentes. Il chercha sur-le-champ à pénétrer jusqu'à lui. Ne pouvant pas lui parler pendant qu'il prêchait, il voulut du moins l'écouter et faire en même temps son portrait. Depuis longtemps déjà il s'efforçait en vain de se faire jour à travers la foule attentive, lorsque Jésus, l'apercevant, dit à un ancien disciple de Jean qui se trouvait près de lui, d'aider cet homme qui ne pouvait écarter la foule, de le faire approcher et de lui donner place sur un banc. Le disciple, après avoir conduit l'envoyé au lieu désigné par Jésus, fit aussi asseoir les gens de sa suite, de manière qu'ils pussent voir et entendre le Seigneur. Ces derniers apportaient les présents du roi, qui consistaient en étoffes, en petites plaques d'or et en plusieurs couples de beaux et bons agneaux.
Le fidèle envoyé, tout joyeux de se placer en face du Sauveur, s'empressa de dresser son chevalet sur ses genoux, regarda Jésus avec une attention pleine d'admiration et se mit à l'oeuvre. Il fit d'abord l'ébauche de sa tête et de sa barbe. Il couvrit ensuite la tablette de quelque enduit, puis il retoucha à plusieurs reprises son esquisse avec le crayon; il continua longtemps ce travail, mais sans arriver à en être content. A chaque regard qu'il jetait sur Jésus, son visage semblait lui causer un étonnement nouveau, et il se voyait contraint de recommencer.
Jésus enseigna quelque temps encore, et envoya ensuite dire à cet homme qu'il pouvait se présenter et remplir son message. Il vint donc vers le Sauveur, suivi des serviteurs et des présents. Il ne portait pas de manteau, mais seulement un vêtement court qui ressemblait à l'habit des trois rois. Le tableau, qui avait la forme d'un bouclier, était suspendu par un cordon à son bras gauche; dans la main droite il tenait la lettre du roi. Il se prosterna ainsi que les siens la face contre terre devant le Seigneur, et il dit : "Votre serviteur est l'envoyé d'Abgar, roi d'Edesse, qui est malade; il vous adresse cette lettre, et vous supplie d'agréer ces présents." Jésus lui répondit qu'il était satisfait des bonnes dispositions de son maître, puis il ordonna aux disciples de prendre les dons et de les distribuer aux plus pauvres des assistants, ensuite il ouvrit la lettre. Je ne me souviens plus du contenu, sinon que le prince lui disait, entre autres choses, qu'il avait le pouvoir de ressusciter les morts, et qu'il le priait de vouloir bien venir le guérir. Lorsque Jésus eut lu la lettre, il la retourna, prit un crayon, qu'il tira de son sein, et écrivit plusieurs mots en gros caractères, après quoi il la replia. Jésus se fit alors donner de l'eau, se lava le visage, contre lequel il pressa l'enveloppe molle de la lettre, qu'il remit enfin à l'envoyé. Celui-ci l'appliqua sur son portrait, (je crois que Jésus lui avait dit de le faire) : alors le portrait changea d'aspect et devint parfaitement ressemblant. Le peintre, ravi de joie, montra le portrait aux assistants, se prosterna devant Jésus, et s'en retourna aussitôt.
Quelques-uns des serviteurs d'Abgar restèrent auprès de Jésus, qui, après cette prédication, traversa le Jourdain et se rendit à la seconde fontaine baptismale de Jean. Ils s'y firent aussitôt baptiser.
Je vis cependant l'envoyé arriver à Edesse. Le roi vint au-devant de lui dans son jardin, et fut profondément ému en regardant le portrait et en lisant la lettre. Il s'amenda, et renvoya un grand nombre de femmes avec lesquelles il vivait.


Visions d'Anne-Catherine Emmerich
sur la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ
et de la Très-Sainte Vierge Marie

Coordonnées par le R.P. Fr. Joseph-Alvarez Duley
Traduction par Charles D'Ebeling
Paris, Librairie de Mme Ve Poussielgue-Rusand, 1864
Tome I, Deuxième année, chapitre IV


Les visions d'Anne-Catherine Emmerich sont consultables sur le site Christianisme et Textes Mystiques, que nous remercions pour la photo ci-dessus reproduite.


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