La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Biographies - Hagiographies




8. Port-Royal et le Jansénisme

Noms cités en "Annexe 2"

L’abbaye de Port-Royal (1204-1711)
Léonard Lessius ou Leys (1554-1623)
Cornélius Jansen, dit Jansenius (1585-1638)
L’Augustinus (1640)
Jean Du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643)
Nicolas Cornet (1592-1663)
Les Cinq Propositions (1649)
Antoine Singlin (début XVII°-1664)
Philippe de Champaigne (1602-1674)
Antoine Arnauld (1612-1694)
Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld (1591-1661)
Louis-Isaac Lemaistre, dit de Sacy (1613-1684)
Duchesse de Longueville (1619-1679)
Blaise Pascal (1623-1662)
Le formulaire de Louis XIV (1661-1668)
Pierre Nicole (1625-1695)
Bulle Unigenitus (1713)
Les appelants (1713)
Pasquier Quesnel (1634-1719)
Louis-Antoine de Noailles (1651-1729)
Charles-Joachim Colbert (1667-1738)
François de Pâris (1690-1727)
Les convulsionnaires (1729-1732)
André-Hercule de Fleury (1653-1743)
Christophe de Beaumont (1703-1781)
Henri Grégoire (1750-1831)
Mathieu-Mathurin Tabaraud (1744-1832)



L’abbaye de Port-Royal

L'abbaye est fondée en 1204 par Mahaut de Garlande, près de Chevreuse, sur le fief de Porrois. La Bulle du pape Honorius III ayant traduit inexactement son nom, appelant l’abbaye Sancta Maria de Portu Regio, le nom de Port-Royal devient officiel.
En 1599, Angélique Arnauld entre à l'abbaye, placée par son père par faveur d'Henri IV alors qu'elle n'a que neuf ans, et devient coadjutrice de l'abbesse. La communauté y est alors extrêmement relâchée. Devenue abbesse en 1602 (elle a alors onze ans), elle mène tout d'abord une vie plutôt mondaine. Mais convaincue par le prêche d'un Capucin venu au monastère en 1608, elle entreprend de réformer l'abbaye. La "journée du guichet" du 25 septembre 1609, au cours de laquelle elle refuse au nom de la règle de clôture l'entrée de son père en l'abbaye, marque le tournant de l'histoire de Port-Royal. Elle fait clore le monastère d'une forte muraille, où sa sœur Catherine-Agnès, jusqu'alors abbesse de Saint-Cyr, la rejoint bientôt. La mère Angélique inspire à ses religieuses l’amour de la pauvreté. Bientôt, les religieuses de Port-Royal s'en vont par toute la France réformer d’autres monastères. En 1626, du fait de l'humidité excessive venue des marais proches du couvent où le paludisme règne à l'état endémique, la Mère Angélique transfert la communauté dans une maison que sa mère vient d'acquérir pour elle au faubourg Saint-Jacques à Paris, où les sœurs resteront jusqu'en 1648. A cette époque, le Capucin Archange de Pembrocke et saint François de Sales s’entretiennent volontiers avec la Mère Angélique et ses compagnes.
En 1634, appelé par l'évêque de Langres Mgr Zamet,
Jean Du Vergier de Hauranne, l'ami de Jansenius, prend la direction spirituelle de Port-Royal, dont le sort devient dès lors étroitement lié à celui du jansénisme. En 1636, il s'adjoint Singlin pour l'aider dans son ministère, et ce dernier devient le confesseur de la maison. Autour de Saint-Cyran se groupent bientôt les solitaires (qu'on appelle aussi les messieurs de Port-Royal) : l'avocat Antoine Lemaistre, Le Maître de Sacy, et Le Maître de Séricourt (trois frères), le grand Arnauld (oncle des trois précédents), Arnauld d’Andilly et son fils Charles-Henri de Luzancy, le grammairien Claude Lancelot, le moraliste Pierre Nicole, le médecin Jean Hamon, M. de Pontchâteau, et bien d’autres encore. Ceux-ci s'installent dans les bâtiments déserts de Port-Royal des Champs, où ils font exécuter de nombreux travaux de consolidation et d'assainissement, si bien qu'en 1648 quelques religieuses pourront les rejoindre "aux Champs". Mais en 1639, Richelieu inquiet de cette nouvelle puissance a fait arrêter Saint-Cyran, qui ne sortira de prison qu'en 1643 pour mourir la même année. En 1640 paraît l'Augustinus de Jansenius, et en 1643 Arnauld publie la Fréquente Communion, qui déclenche de violentes polémiques. Singlin est alors le confesseur de Port-Royal ; les solitaires se multiplient. Les années 1648 à 1655 sont les plus prospères de l'abbaye, qui se trouve placée sous la protection du duc de Luynes, ce dernier apportant l'appui de son influence et de sa fortune. En 1652, le sol de la chapelle est surélevé de plus de deux mètres, pour l'isoler des eaux ruisselant de la colline voisine des Granges. La duchesse de Longueville et Mademoiselle de Vertus se font construire des pavillons dans l'enceinte de l'abbaye, où religieuses et pensionnaires sont alors nombreuses. Les solitaires regroupés dans la ferme des Granges toute proche vivent dans une retraite austère et studieuse, vie d'études, de prières et de pénitences. Dès 1637 ils ont fondé plusieurs écoles, les "Petites écoles" de Port-Royal, qui fonctionneront jusqu'en 1660. Pierre Nicole et Lancelot y enseignent (ils auront entre autres élèves Jean Racine et le Nain de Tillemont) et mènent des recherches sur la langue française : Grammaire générale et raisonnée, par Arnauld et Lancelot (1660) ; Logique de Port-Royal, par Arnauld et Nicole (1662). De Port-Royal sortiront également des ouvrages religieux, telle la Perpétuité de la foi de l'Eglise catholique touchant l'Eucharistie (1669).
Deux Bulles pontificales (1653 : Cum Occasione du pape Innocent X, et 1656 : Ad sacram d’Alexandre VII) condamnant cinq propositions tirées de l'Augustinus donnent le signal de nouvelles luttes. En 1655, les solitaires sont dispersés. Arnauld, défenseur de Jansenius, bataille avec les Jésuites ; il est secouru par Pascal, qui s'est joint aux solitaires en 1654, mais les Provinciales publiées à partir de 1656 n'enrayent pas la persécution. Port-Royal refuse de signer le formulaire rédigé par l'assemblée de l'Eglise en 1661. Jacqueline Pascal (sœur Sainte-Euphémie), la sœur de Blaise Pascal entrée à Port-Royal en 1652, est l'une des plus fermes adversaires de tout compromis. Les "Petites Ecoles" sont fermées progressivement (aux Granges en 1656, au Chesnay en 1660), et les novices de l'abbaye sont chassées. En 1661, la Mère Agnès (Jeanne Catherine Agnès Arnauld), sœur de la Mère Angélique, refuse à son tour avec fermeté de signer le formulaire et est enfermée au couvent de la Visitation (1663 à 1665). En 1664, on expulse du monastère de Paris quinze religieuses choisies parmi les plus réfractaires, et le monastère est placé sous l'autorité de l'Ordre de la Visitation. Enfin en 1665 on sépare Port-Royal de Paris et Port-Royal des Champs, en laissant à Paris les sœurs soumises, et en envoyant "aux Champs" les rebelles. En 1666 de Sacy, directeur de Port-Royal, est emprisonné à la Bastille. De longues négociations amènent enfin la paix en 1668. C'est l'automne de Port-Royal, pour qui d'illustres personnes prennent parti : Boileau, Mme de Sévigné, Mme de Sablé, les princesses de Conti (†1672) et de Guéméné, les duchesses de Longueville (†1679), de Luynes et de Liancourt, etc.. Nicole et Boileau travaillent ensemble et écrivent infatigablement (1668-1678).
En 1679, la signature du Traité de Nimègue laisse les mains libres à Louis XIV, et celui-ci décide d'en finir avec l'abbaye. Le 16 mai, l'archevêque de Paris Mgr de Harlay de Champvallon exige le renvoi des novices et des pensionnaires, et interdit toute nouvelle admission.
De Sacy est chassé à sont tour. Antoine Arnauld se retire en Belgique.
En 1701 est publié un ouvrage du confesseur de l'abbaye,
Le Cas de conscience, qui révèle les restrictions secrètes effectuées par les jansénistes à la signature du formulaire. Ce livre est condamné par le pape Clément XI en 1703. Le 16 juillet 1705, une nouvelle Bulle de Clément XI, Vineam Domini, condamne le "silence respectueux" au sujet du jansénisme. Deux ans plus tard, les religieuses de Port-Royal des Champs sont dépouillées de leurs biens au profit de l'établissement de Paris. S'appuyant sur la Bulle Vineam Domini, le nouvel archevêque de Paris le cardinal de Noailles prive de sacrements les dernières religieuses de Port-Royal (au nombre de vingt-cinq, la plus jeune a plus de soixante ans) et les excommunie. Le 29 octobre 1709, les dernières religieuses de Port-Royal des Champs sont expulsées par le lieutenant de police d'Argenson aidé de 300 (!) soldats, et envoyées dans des couvents séparés. Enfin sur ordre de Louis XIV, un arrêt du Conseil en date du 22 janvier ordonne que l'église et les bâtiments conventuels soient rasés. L'année suivante, les bâtiments de Port-Royal sont détruits, et seuls sont épargnés quelques bâtiments de ferme et un colombier. En juin, les corps sont même exhumés du cimetière et transportés pêle-mêle jusqu'à la fosse commune du cimetière de Saint-Lambert.
Le vallon de Port-Royal restera longtemps désert. Propriété de l'abbaye de Saint-Cyr, devenu bien national sous la Révolution, le domaine est racheté en 1824 par M. de Silvy, janséniste fervent. A la même époque, le duc de Luynes dégage les assises originales de l'église, enterrées en 1652. La propriété passe ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires, et en 1891 est élevé sur l'emplacement du chœur de l'église un petit musée, où sont regroupées quelques reliques des religieuses et des solitaires, au milieu des portraits peints par Philippe de Champaigne.
On peut voir encore aujourd’hui les restes de l’abbaye sur le territoire de la commune de Magny-les-Hameaux (Yvelines). Près des piliers détruits de la chapelle gothique, le petit oratoire-musée existe toujours, et abrite des souvenirs de la Mère
Angélique Arnauld, de Pascal, etc.. On y voit aussi les fondements du cloître et d’un pavillon où la duchesse de Longueville vécut dans la retraite.
Le monastère de Paris quant à lui déclinera lentement au XVIII° siècle, et il n'y reste que quelques religieuses lorsque survient la Révolution en 1789. Jusqu'en 1798, il devient la prison de Port-Libre, puis l'annexe de l'hôpital de la Maternité. Depuis la réforme de 1814, la Maternité et l'Ecole des sages-femmes de l'Assistance publique sont logés dans les anciens bâtiments du monastère, qui sont aujourd'hui encore presque intacts.

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Léonard Lessius (Lenaert Leys)

Né à Brecht, près d’Anvers, en 1554
Mort à Louvain, en 1623
Jésuite et théologien
Entré à la Compagnie de Jésus en 1572, il professe pendant sept ans la philosophie à Douai et quinze ans la théologie à Louvain. C'est en cette ville qu'il s'oppose au chancelier de l'Université, Michel Baïus (1513-1589), dont les propositions sur le péché originel et la grâce seront condamnées par Pie V en 1567. Lessius a écrit de nombreux ouvrages de langue latine, et est un des casuistes dont
Pascal parle le plus souvent dans ses Provinciales. Sa Vie a été écrite par Foppens (†1761).

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Cornélius Jansen, plus connu sous le nom de Jansenius

Né à Acquoi, près de Leerdam, aux Pays-Bas, le 28 octobre 1585
Mort à Ypres, le 6 mai 1638
Théologien d'origine hollandaise, évêque d’Ypres
Fils de Jean Otto, il étudie à l’université de Louvain, où il prend le nom de Jansen (fils de Jean), ou sous la forme latine, Jansenius. Il a pour maître un théologien, partisan secret de Baïus (1513-1589), Jacques Janson d’Amsterdam, et pour condisciple
Du Vergier de Hauranne - futur abbé de Saint-Cyran - qu'il retrouve à Paris (1609), où il est ordonné prêtre. En 1611, ils rejoignent ensemble Bayonne, où Jansenius reçoit de l’évêque la direction d’un collège. Les deux amis se livrent alors à une étude approfondie des doctrines de saint Augustin, notamment sur la question des rapports de la grâce avec la liberté humaine. Ils se séparent en 1617, Du Vergier de Hauranne ayant été rappelé à Poitiers, et Jansenius retournant à Louvain. Mais ce dernier n'en poursuit pas moins le travail commencé, consacrant à cette tâche le reste de sa vie. Il consignera le résultat de ces vingt années de recherche dans un livre qu’il intitulera Augustinus, dont il confiera la publication à trois de ses amis, Reginal Lamoens, Fromond et Canelus, après avoir protesté par écrit (1) de sa soumission aux décisions du Saint-Siège. De retour à Louvain en 1617, reçu docteur en théologie en 1619, il y occupe le poste de directeur du séminaire jusqu'en 1624. Nommé régent en 1628, il devient recteur de l’Université de la ville en 1635, puis évêque d’Ypres (1637) ; c’est là qu’il meurt de la peste, en 1638. Un tombeau qui lui a été érigé par ses partisans sera détruit en 1655, rétabli en 1671, et définitivement abattu au XIX° siècle.
Tous les ouvrages de Jansenius sont écrits en latin ; outre l’
Augustinus, paru en 1640, il a composé en 1635 Mars Gallicus, pamphlet contre la politique de Richelieu qui avait conclu une alliance politique avec la Hollande protestante ; il a publié aussi plusieurs traités de polémique et des Commentaires sur les Evangiles, le Pentateuque et les Livre sapientiaux de la Bible.

(1) : extrait des toutes dernières pages de l’
Augustinus (Epilogius omnium) 
«tout ce qui est ci affirmé sur ces points divers et difficiles ce n’est pas mon propre jugement que je suis ; je me conforme à celui d’un très saint Docteur [saint Augustin]. Je ne l’en soumets pas moins au jugement et sentence de l’Eglise romaine, ma Mère, prêt à maintenir ce que je dis si elle juge que cela doit être maintenu mais disposé à me rétracter si tel est son désir ; et si elle exige que de telles opinions soient condamnées et anathémisées, j’y souscrit pleinement. Car, depuis ma plus tendre enfance, je crois aux doctrines de cette Eglise ; tandis que je me nourrissais du lait de ma mère, je me suis fortifié de ses leçons ; rien ne me saurait donc creuser un fossé entre elle et moi, ni les écrits, ni les paroles, ni l’enseignement ; j’entends garder cette foi jusqu’à ma mort, et c’est revêtu d’elle que je me soumettrai au jugement de Dieu. »
Citation extraite du Dictionnaire des Auteurs de tous les temps et de tous les pays, Laffont-Bompiani, Coll. Bouquins, 1952.

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L’Augustinus

L'Augustinus, ou Doctrine de saint Augustin sur la santé de l'âme, de Jansenius, est publié en 1640 donc après la mort de son auteur. Dès sa parution il est violemment attaqué, notamment par les Jésuites, qui y trouvent des théories opposées à celles professés par Molina et Lessius, qui avaient cherché à concilier la liberté de l’homme avec le dogme de la grâce ; l'ouvrage renouvelle par ailleurs quelques doctrines de Calvin sur la prédestination qui ont été condamnées par l'Eglise. Comme les Jésuites sont déjà en rivalité avec Port-Royal, ce nouveau conflit engendre une querelle retentissante. Les Jésuites dénoncent l’Augustinus au pape Urbain VIII, qui le condamne par la Bulle In Eminente le 6 mars 1642 (publiée en 1643), comme renouvelant les propositions de Baïus. La querelle semble s’assoupir pendant quelques années, mais en 1649 le Dr Nicolas Cornet, syndic de la Faculté de théologie de Paris, soumet à la censure de la Faculté (à la Sorbonne) Cinq propositions extraites de l’Augustinus, qu'il affirme avoir trouvées dans des thèses récentes. Des commissaires sont alors nommés, qui examinent ces Cinq propositions (voir plus bas). Elles ne se trouvent pas toutes explicitement formulées dans l’Augustinus, mais elles en résument la substance, et sont l’âme du livre, suivant l’expression de Bossuet. Elles seront soumises au pape Innocent X, qui, après deux années de discussions, les condamnera solennellement par la Bulle Cum Occasione en 1653.

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Jean Du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran

Né à Bayonne, en 1581
Mort à Paris, le 11 octobre 1643
Théologien français
Après avoir commencé ses études de théologie en Sorbonne, il se rend à Louvain en 1600, où il devient l’élève de Juste Lipse. De retour à Paris vers 1604, il se lie étroitement avec un de ses condisciples, nommé
Jansenius. Ils se rendent ensemble à Bayonne en 1611, dans une terre de Madame de Hauranne, et y mènent une vie très retirée, se livrant pendant cinq ans à l’étude de Saint Augustin. Du Vergier devint chanoine de la cathédrale de Bayonne, et Jansenius principal d’un collège. En 1617, le premier est rappelé à Poitiers, et le second retourne à l'Université de Louvain, où il obtient une chaire d'Ecriture sainte. Les deux amis correspondent dès lors par courrier. En 1620, Du Vergier est nommé par l’évêque de Tours, de la Rochepozay, abbé du monastère de Saint-Cyran. C’est sous cette dénomination qu’il sera désormais connu. En 1622, il se lie d'amitié avec Arnauld d’Andilly et l’année suivante se fixe à Paris. A l'occasion d'un voyage à Péronne, il discute longuement avec Jansenius sur l’ouvrage que celui-ci médite et qui sera publié sous le nom d’Augustinus. C’est vers 1623 que l’Abbé de Saint-Cyran entre en relation avec la Mère Marie-Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal des Champs, mais il ne prendra la direction de cette abbaye qu’en 1634, appelé par l'évêque de Langres Mgr Zamet. En 1636, Singlin le rejoint pour l'aider dans son ministère et Richelieu lui offre, outre plusieurs riches abbayes, les évêchés de Bayonne et de Clermont, qu'il refuse. Mais le même Richelieu, inquiet de ses écrits dans lesquels il combat les ultramontains, dit de lui qu'il est "plus dangereux que six armées", et le 14 mai 1638, Saint-Cyran est arrêté à deux heures du matin et conduit au donjon de Vincennes. Il n'en sortira qu’après la mort du ministre, le 6 février 1643. C'est au cours de ces années d'emprisonnement qu'il rédige les Lettres chrétiennes, ayant chargé Antoine Arnauld de le remplacer à Port-Royal. Il meurt quelques mois plus tard, le 11 octobre 1643.
Saint-Cyran est l'auteur d'une
Somme contre Garasse (1626), dans laquelle il attaque la Compagnie de Jésus, et de Petrus Aurelius (1632), où il combat les ultramontains. Ses Lettres chrétiennes et spirituelles ont été imprimées en 1645 dans une édition expurgée, le texte authentique n'apparaissant qu'en 1745 à Utrecht. Il a aussi écrit une Théologie familière avec divers autres petits traités de dévotion (1642).

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Nicolas Cornet

Né à Amiens, en 1592
Mort à Paris, en 1663
Théologien catholique français, syndic de la Faculté de théologie de Paris, dont les attributions comprennent la défense de l'orthodoxie. Il s’est surtout fait connaître en dénonçant en 1649 à la faculté les
Cinq propositions extraites de l'Augustinus de Jansenius, qui seront condamnées en 1653 par Innocent X. Bossuet, qui fut son élève, fera son oraison funèbre.

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Les Cinq Propositions

1. Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes malgré leur volonté et leurs efforts, étant données les forces qu'ils ont présentement et aussi parce qu'il leur manque la grâce qui les rendrait possibles. (Proposition téméraire, impie, blasphématoire, digne d'anathème et hérétique)
2. Dans l'état de nature déchue on ne résiste jamais à la grâce intérieure. (Proposition hérétique)
3. Pour mériter et démériter dans l'état de nature déchue, il n'est pas requis que l'homme possède une liberté exempte de nécessité (intérieure), il suffit que sa liberté soit exempte de contrainte. (Proposition hérétique)
4. Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure prévenante pour chaque acte en particulier, même pour le commencement de la foi ; et ils étaient hérétiques en ce qu'ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté humaine pût lui résister ou lui obéir. (Proposition fausse et hérétique)
5. Il est semi-pélagien de dire que Jésus-Christ est mort et a répandu son sang pour tous les hommes sans exception. (Proposition fausse, téméraire, scandaleuse ; et entendue dans ce sens que Jésus-Christ serait mort seulement pour le salut des prédestinés, cette proposition est déclarée impie, blasphématoire, calomnieuse, injurieuse à la bonté de Dieu et hérétique)
Extrait de "Le Jansénisme, l'histoire et l'héritage" de Françoise Hildesheimer, Coll. Petite encyclopédie moderne du christianisme, Desclée de Brouwer, Paris, 1992.

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Antoine Singlin

Né à Paris, au début du XVII° siècle
Mort à Paris, en 1664
Le métier de son père, marchand de vin à Paris, semble lui tracer la voie du commerce. Ses rencontres avec saint Vincent de Paul
qui lui confie l’instruction des enfants à l’hospice de la Pitié puis avec l’Abbé de Saint-Cyran qui l'amène à la prêtrise en décideront autrement. En 1636, il devient le confesseur de Port-Royal, et est nommé quelques années plus tard par le cardinal de Retz supérieur des deux maisons, dont il sera vingt ans directeur et huit ans supérieur. Janséniste, il est interdit par l’archevêché et obligé de quitter Paris en 1661. Il se retire alors dans une terre appartenant à la duchesse de Longueville, dont il a été le directeur spirituel. Il meurt à Paris en 1664, et ses restes seront rapportés à Port-Royal des Champs.
On ne connaît de lui que des
Instructions chrétiennes sur les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ (1671).

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Philippe de Champaigne

Né à Bruxelles, en 1602
Mort à Paris, en 1674
Peintre de la Cour et de l'Eglise, membre de l'Académie de peinture
C'est auprès de Jacques Fouquières qu'il commence sa formation, et qu'en 1621 il quitte définitivement son pays natal pour se rendre à Paris, dont il ne s'absentera que le temps de son mariage à Bruxelles en 1627. Après avoir travaillé quelques mois à l'atelier de Georges Lallemand, il est remarqué par Nicolas Poussin (1594-1665) avec lequel il se lie d'amitié, et on lui confie les travaux du Luxembourg. Il devient alors le peintre ordinaire de Marie de Médicis. En 1628, il compose six toiles destinées aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques (
La Présentation au Temple, La Résurrection de Lazare, …). Il réalise pour Louis XIII le tableau où le roi est agenouillé devant le Christ, en souvenir du vœu qu'il a prononcé à Lyon en 1630, puis le portrait du cardinal de Richelieu. Celui-ci lui confie les travaux du Palais-Cardinal (futur Palais-Royal) en collaboration avec Simon Vouet (1590-1649), puis du dôme de la Sorbonne (1641). Après la mort de sa femme et de plusieurs de ses enfants, il se tourne résolument vers la religion, et se lie avec les jansénistes. Il devient alors le peintre de Port-Royal, où sa dernière fille s'est retirée sous le nom de Catherine de Sainte-Suzanne. Celle-ci guérit subitement en 1662 d'une paralysie qui l'immobilisait depuis deux ans et Philippe de Champaigne peint à cette occasion le tableau (aujourd'hui au musée du Louvre à Paris) qui représente la Mère Agnès en prière et Catherine sur son lit. Il peint ensuite successivement les portraits de la Mère Angélique, de Saint-Cyran, d'Antoine Singlin, des Arnauld. Ses dernières compositions, graves et austères, lui vaudront d'être considéré comme l'un des plus éminents représentants du classicisme français. Il meurt à Paris en 1674.

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Antoine Arnauld

Né à Paris, en 1612
Mort à Bruxelles, en 1694
Théologien et controversiste, surnommé le grand Arnauld
Antoine est le plus jeune des vingt frères et sœurs d’Antoine Arnauld (1560-1619), avocat au Parlement de Paris, avocat général sous Catherine de Médicis, et conseiller d’état sous Henri IV. Sur ces vingt enfants, dix seulement lui survivront, et parmi ces derniers six filles qui toutes prendront le voile à
Port-Royal (dont la Mère Angélique, directrice de l’abbaye), monastère que lui-même aura restauré. L'histoire a également retenu du père d'Antoine Arnauld le plaidoyer prononcé en 1594 en faveur de l’Université de Paris contre les Jésuites, et plusieurs pamphlets politiques, dont Le Franc et Véritable Discours du roi sur le rétablissement qui lui est demandé des Jésuites (1602).
Son fils Antoine est dirigé vers l’étude de la théologie sur les conseils de sa mère et de l’Abbé de Saint-Cyran, son confesseur, et est reçu docteur en Sorbonne en 1641. La même année, il reçoit la prêtrise. Pour réfuter un écrit du Père de Sesmaisons S.J. à madame de Sablé, en laquelle le prêtre affirme que plus on est privé de grâce, plus souvent il faut s'approcher de la Sainte Table pour y communier, il rédige en 1643 à la demande de Saint-Cyran le traité De la fréquente communion, dans lequel il critique la morale des Jésuites, et met en garde les chrétiens contre les absolutions précipitées et les communions faites à la légère. A partir de 1649, la querelle est vive autour des
Cinq propositions qui ont été soumise à la censure de la Faculté par Nicolas Cornet, syndic de la Faculté de théologie de Paris. C'est pour prendre position à ce sujet qu'en 1655 il rédige une Lettre à une personne de condition et une Seconde lettre à un duc et pair - au sujet d’une absolution refusée par un prêtre de Saint Sulpice - où il reconnaît les Cinq propositions comme hérétiques (question de droit), mais nie qu’elles figurent dans Jansenius (question de fait). Ses ennemis en extraient deux qui sont censurées par la Sorbonne, laquelle exclue Arnauld en 1656, année de publication de la Bulle Ad sacram d’Alexandre VII qui condamne ces mêmes propositions extraites de l'Augustinus. Il se retire alors dans le silence à Port-Royal. Il y compose avec Nicole la Logique de Port-Royal (1662), et avec Lancelot la Grammaire générale et raisonnée (1664). Le refus de la signature du formulaire de Louis XIV isole davantage encore Port-Royal, jusqu'au compromis proposé par Clément IX en 1669 (paix Clémentine). Antoine Arnauld sort alors de sa retraite, et tourne contre les protestants ses talents de polémiste. Il publie plusieurs ouvrages qui font alors grand bruit : La Perpétuité de la foi (en collaboration avec Nicole, 1669,1672,1679) ; Le Renversement de la morale de Jésus-Christ par les calvinistes (1672) ; L’Impiété de la morale des calvinistes (1675). Il reprend ensuite son combat contre les Jésuites, avant de se retirer en Belgique en 1679. Il y publie une Apologie du clergé de France et des catholiques d’Angleterre contre le ministre Jurieu (1681). Jusqu'à sa mort en 1694, il poursuivra sa carrière de polémiste, ses derniers écrits étant tournés contre Malebranche, dont il attaquera la doctrine sur la grâce et sur la vision en Dieu. Avec lui, les jansénistes perdent leur plus ferme appui, et les Jésuites leur adversaire le plus redoutable.

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Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld

Née à Paris, le 8 septembre 1591
Morte à Port-Royal, le 6 août 1661
Sœur du précédent
Entrée le 23 juin 1599 (donc à l'âge de sept ans et demi) à l'abbaye de
Port-Royal où son père l'a placée par faveur du roi Henri IV, elle devient coadjutrice de l'abbesse Jeanne de Boulehart, alors âgée et infirme. Devenue abbesse en 1602 (elle n'a que onze ans) sous le nom de Mère Angélique de Sainte-Madeleine, elle mène dans sa jeunesse une vie plutôt mondaine. Mais convaincue par le prêche d'un Capucin venu au monastère, elle entreprend de réformer l'abbaye. La "journée du guichet" en septembre 1609, au cours de laquelle elle refuse au nom de la règle de clôture l'entrée de son père en l'abbaye, marque le tournant de l'histoire de Port-Royal (ces événements ont été rapportés en détail par Sainte-Beuve dans son Histoire de Port-Royal). Elle fait clore le monastère d'une forte muraille, renonce à son titre de Supérieure et établit le principe d'une charge élective. Peu d’années après, elle introduit le jansénisme dans la maison, et son histoire se confond désormais avec celle de ce mouvement. Elle a laissé divers écrits et un recueil de lettres que l’on trouve dans Les Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal (Utrecht, 1742-1744).
Sa sœur Jeanne-Catherine-Agnès (1593-1671), plus connue sous le nom de Mère Agnès et auteur en 1648 des
Constitutions de l'abbaye où elle a rejoint la Mère Angélique, est représentée dans l’un des plus célèbres tableaux de Philippe de Champaigne (1622), dont la propre fille était également religieuse à Port-Royal.

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Louis-Isaac Lemaistre, dit de Sacy

Né à Paris, en 1613
Mort au Château de Pomponne, dans la Brie, en 1684
Ecrivain et théologien
Louis-Isaac est le frère de l'avocat Antoine Lemaistre et le neveu d'
Antoine Arnauld, qui sera son condisciple au collège de Beauvais. Sacy (ou Saci) est l'anagramme de son prénom (Isaac), qu'il ajoutera lui-même à son patronyme. Initié aux doctrines jansénistes par l'Abbé de Saint-Cyran, c'est avec peine qu'il consent en 1648 à se faire ordonner prêtre. Il a alors trente-cinq ans, et devint le directeur spirituel des religieuses et pensionnaires de Port-Royal. Accusé de soutenir la résistance des religieuses qui refusent de signer le formulaire de Louis XIV, il est expulsé du monastère et enfermé à la Bastille (1666), où il restera deux ans et demi. Après un séjour auprès du marquis de Pomponne, puis à Paris, il revient à Port-Royal des Champs, mais en est de nouveau chassé en 1679. Il finira ses jours au château de Pomponne et sera enterré à Port-Royal des Champs. Il a réalisé plusieurs traductions françaises d'œuvres latines, qu'il a signées d'un pseudonyme : les Fables de Phèdre (1647), les Comédies de Térence (1647), les IV° et VI° livres de l'Enéide (1666). Il est également l'auteur d'une traduction de la Bible, qui parut d'abord par fragments : les Psaumes de David en 1666, et le Nouveau Testament en 1667. Ce dernier volume fut longtemps connu sous le nom de Nouveau Testament de Mons, bien qu'imprimé à Amsterdam. La Bible entière, terminée par Huré et Beaubrun, sera publiée à Paris en 1672. On connaît également de lui un Office de l'Eglise traduit en vers français, sous le pseudonyme de Jean Dumont (1650), des Poème sur le saint Sacrement (1695), La Solitude chrétienne (1695), des Lettres chrétiennes et spirituelles (1690), ainsi que la traduction en vers d'un exposé de la doctrine de saint Augustin, le Poème de saint Prosper contre les ingrats (1646).

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Anne Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville

Née au donjon de Vincennes (où son père était prisonnier), en 1619
Morte à Paris, en 1679
Héroïne de la Fronde
Fille d'Henri II de Bourbon (1588-1646), prince de Condé, et de Charlotte de Montmorency, et donc sœur aînée du Grand Condé (1621-1686) et d'Armand (1629-1666), 1° prince de Conti, Anne Geneviève est élevée au couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques. Ayant rejoint la cour à l'âge de seize ans, elle y épouse sept ans plus tard (1642) le duc de Longueville, qui a alors quarante-sept ans, et restera après son mariage l'amant déclaré de Mme de Montbazon. Délaissée par son mari, et vivant dans un milieu où la galanterie est reine, Mme de Longueville a des aventures nombreuses, dont la plus connue est sa liaison avec La Rochefoucauld, liaison dont un des fils, Charles-Paris, élu roi de Pologne, sera tué en 1672 au passage du Rhin. C'est probablement sous l'influence de La Rochefoucauld qu'elle devient l'âme de la première Fronde, jusqu'à la signature du traité du 11 mars 1649. Moins heureuse au cours de la seconde Fronde, après l'arrestation de ses deux frères, elle doit quitter la France et se réfugie en Hollande. De retour à Paris, et après le triomphe politique de Mazarin, elle est abandonnée par La Rochefoucauld et renonce définitivement à la politique et au monde. Ses visites se font alors de plus en plus fréquentes aux Carmélites et à
Port-Royal, jusqu'au jour où la mort de son fils Charles-Paris la décide à entrer au couvent, où elle meurt cinq ans après, en 1679.

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Blaise Pascal

Né à Clermont-Ferrand, le 19 juin 1623
Mort à Paris, le 19 août 1662
Géomètre, physicien, philosophe et écrivain français
Fils d'Etienne Pascal (1588-1651), mathématicien amateur lié aux grands savants de l’époque, et second président de la cour des aides de Clermont, et d'Antoinette Begon (1596-1626), Blaise Pascal naît au sein d'une famille appartenant à la noblesse de robe. Orphelin de mère à l'âge de trois ans, il est élevé par son père et grandit au milieu de ses deux sœurs  Jacqueline, née en 1625, et Gilberte, née en 1628. En 1631, Etienne Pascal ayant vendu sa charge se retire à Paris pour se consacrer à l’éducation de son fils, qui dès 1635 fréquente avec lui l'Académie de mathématique que vient de fonder Marin Mersenne (1588-1648). Génie précoce, il n'a que onze ans lorsqu'il écrit un
Traité sur les sons, douze ans lorsqu'il retrouve les premiers théorèmes de la géométrie, et à seize ans il compose un Essai sur les coniques, avant d'inventer une machine arithmétique (1642) pour aider son père dans son travail.
En 1639, Etienne Pascal est nommé par Richelieu intendant à Rouen, où il s'installe avec ses enfants.
1646, Blaise, dont la santé est déjà gravement compromise, lit Janseniusconvertit son père et ses sœurs, avant d'entrer en relation avec Singlin, supérieur de Port-Royal, dont il écoute les sermons avec assiduité. Pendant ces mêmes années (1646-1649), Pascal poursuit ses expériences de physique et publie les Nouvelles expériences touchant le vide (1647), puis un Récit de la grande expérience des liqueurs (1648). De son Traité du vide, il reste un fragment de préface  De l’autorité en matière de philosophie. En 1649, la famille Pascal retourne à Paris. Son père meurt en 1651, et Jacqueline entre à Port-Royal en 1652. Gilberte s'étant mariée, Pascal se retrouve seul. Il fréquente alors grâce à son ami le duc de Roannez la société du chevalier de Méré, du libertin Des Barreaux, du joueur Damien Mitton, de Mme de Sablé… tout en poursuivant ses études mathématiques  il s'intéresse au calcul des probabilités, écrit le Traité du triangle arithmétique, et invente la brouette (sorte de chaise roulante) et le haquet (1649-1654).
La nuit du 23 novembre 1654 marque dans sa vie un tournant décisif. Nuit d'illumination, dont il gardera toujours sur lui le souvenir transcrit sur une feuille de papier :
"Feu, Feu, Feu … Certitude, Certitude, Joie, Paix… Oubli du monde et de tout, hormis Dieu. Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile… Joie, Joie, Joie, pleurs de joie… Jésus-Christ… Je l'ai fui, renoncé, crucifié… Renonciation totale et douce…". Pascal, à trente-deux ans, se retire à Port-Royal.
Il y effectue d'abord deux retraites, en 1655 et 1656, et rédige
l’Entretien avec M. de Saci sur Epictète et Montaigne et un Abrégé de la vie de Jésus-Christ. Il écrit également deux fragments connus sous ce titre De l’esprit géométrique, dans lesquels il tente de rapprocher la raison de la foi, en montrant comment les sciences préparent à mieux connaître Dieu (1654-1655). A la suite de démêlés entre Arnauld et les Jésuites, il accepte de défendre la cause de Port-Royal et publie, de 1656 à 1657, dix-huit lettres anonymes qui font grand bruit, et qui seront éditées sous le titre des Provinciales. Entre la sixième et la septième lettre, le 24 mars 1656, un deuxième événement va grandement influencer Pascal : sa nièce Marguerite Périer paraît guérie d’une fistule lacrymale par le contact de la Sainte-Epine, relique de la couronne de Jésus. Ce miracle affermit Pascal dans sa foi, qui conçoit l’idée d’un ouvrage où il prouvera la vérité de la religion chrétienne, visant plus spécialement les libertins ; des notes qu'il rédige pendant les dernières années de sa vie dans ce but (Apologie de la religion chrétienne), des fragments seront réunis à partir de 1670 sous le titre des Pensées. Il revient une dernière fois aux études scientifiques avec la publication de l'Histoire de la roulette, et rédige également plusieurs essais philosophiques, tels De l'art de persuader, Ecrits sur la grâce, Ecrits des curés de Paris, etc.. De plus en plus malade et souffrant, il écrit en 1659 une Prière sur le bon usage des maladies, puis le Mystère de Jésus. En 1661, il s'oppose à une signature sans réserve du formulaire, et meurt le 19 août 1662, à trente-neuf ans.

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Le formulaire de Louis XIV

Dès le lendemain de la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV, qui entend "détruire le jansénisme et dissiper les communautés où se fomente cet esprit de nouveauté" entreprend par arrêt du Conseil du 23 avril de faire signer à tout le clergé un formulaire reconnaissant les condamnations d'Innocent X (Bulle Cum Occasione de 1653) et d'Alexandre VII (Bulle Ad Sacram de 1659). Le formulaire a été rédigé par l'Assemblée du clergé sur injonction du roi : "Je me soumets sincèrement à la constitution du pape Innocent X du 31 mai 1653, selon son véritable sens, qui a été déterminé par la constitution de notre Saint-Père le pape Alexandre VII du 16 octobre 1656. Je reconnais que je suis obligé en conscience d'obéir à ces constitutions, et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions de Cornélius Jansenius contenues en son livre intitulé Augustinus, que ces deux papes et les Evêques ont condamnée, laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansenius a mal expliquée, contre le vrai sens de ce saint Docteur". Les religieuses de Port-Royal sont sommées de signer le formulaire "sans distinction de droit et de fait" (voir la distinction apportée par Antoine Arnaud), mais elles s'y opposent, n'acceptant une signature qu'avec cette clause de réserve. Après dispersion de la communauté et privation des sacrements, quelques-unes accepteront de signer sans réserve le formulaire. En 1665, les opposantes sont regroupées à Port-Royal des Champs. Il faudra attendre Clément IX pour que la signature du formulaire avec distinction du droit et du fait soit acceptée par l'Eglise, ce sera la "paix clémentine" (1669).

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Pierre Nicole

Né à Chartres, en 1625
Mort à Paris, en 1695
Théologien et moraliste français
Son père Jean est avocat au Parlement de Paris, et également chambrier de la chambre ecclésiastique de Chartres. Ayant achevé ses humanités à quatorze ans, Pierre Nicole poursuit ses études au collège d'Harcourt à Paris, où il entreprend l'étude de l'hébreu, de la philosophie et de la théologie. Ses études terminées, il rejoint
Port-Royal, où il devient l’un des professeurs les plus distingués des Petites Ecoles. En 1649, alors que les Cinq propositions sont condamnées par la Sorbonne, il devient bachelier en théologie et renonce à la prêtrise. Il a Racine pour élève, et est consulté par tous les Solitaires. Il collabore avec Arnauld (La Logique de Port-Royal en 1662), avec Pascal (notamment pour les Provinciales), et avec Sacy, gardant la direction véritable de la communauté menée par Singlin. En 1658, devant les persécutions dont les jansénistes sont devenus l'objet, il se réfugie un temps en Allemagne. Puis en 1679, devant les attaques des Jésuites, il rejoint Antoine Arnaud aux Pays-Bas, et ne rentre en France en 1683 que grâce à l’intervention de l’archevêque de Paris, Mgr Harlay. De toutes ses œuvres écrites, ses Essais de morale sont les plus réputés (1671-1678, les deux derniers volumes sont posthumes  1700 et 1714). On connaît également de lui un Traité de l'Oraison et une Réfutation des principales erreurs des quiétistes (1695).

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Bulle Unigenitus

Il s'agit de la Bulle promulguée - à la demande de Louis XIV - par Clément XI le 8 septembre 1713, suite à la parution en 1708 des Réflexions morales sur le Nouveau Testament du Père Pasquier Quesnel. Cent une propositions extraites de l'ouvrage y sont condamnées, considérées comme relevant de la doctrine janséniste dont "le venin est très caché sous des apparences de la piété et du respect pour l'Ecriture Sainte". Le Parlement, pressé par Louis XIV, accepte de l'enregistrer le 15 février 1714. Le duc d'Orléans auquel a été confié la régence après la mort du roi en septembre 1715, se montre plus favorable au jansénisme. Mais le 5 mars 1717, quatre premiers évêques font appel de la Bulle au prochain Concile, bientôt rejoints par le cardinal de Noailles et de nombreux évêques, religieux et ecclésiastiques. Cette prise de position de l'épiscopat français entraîne une nouvelle opposition du pouvoir au jansénisme, et les appelants sont excommuniés par la Bulle Pastoralis officii de Clément XI, exilés dans leur diocèse, et obligés de signer le formulaire. La Bulle Unigenitus sera l'objet pendant plus d'un demi-siècle d’une lutte acharnée entre les jansénistes et les Jésuites : de 1713 à 1731, on dénombre plus de milles publications hostiles à la Bulle, 20.000 lettres de cachet, d'innombrables refus des sacrements aux jansénistes, des billets de confession exigés au moment de la mort pour éloigner les prêtres jansénistes, etc.. 112 évêques finiront par l'accepter, mais 15 (dont le cardinal de Noailles, jusqu'en 1728) maintiendront leur opposition. En 1727, le cardinal de Fleury dépose Mgr Soanen, évêque de Senez, qui a renouvelé son appel et fait publiquement l'éloge du Père Quesnel. Déclaré suspens jusqu'à sa rétractation, il est envoyé à l'abbaye de la Chaise-Dieu où il mourra quelques années plus tard. L'année suivante, le cardinal de Noailles accepte sans condition la Bulle Unigenitus. Enfin en 1730, une déclaration royale fera de la Bulle une loi d’Eglise et d’Etat.

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Les appelants

Nom donné au début du XVIII° siècle aux évêques et aux prêtres qui ont interjeté appel au futur concile de la Bulle Unigenitus. Les quatre premiers appelants le 5 mars 1717 - sont Mgr Soanen, évêque de Senez, Mgr Colbert, évêque de Montpellier, Mgr La Broue, évêque de Mirepoix et Mgr Langle, évêque de Boulogne. L'archevêque de Paris, le cardinal de Noailles, les rejoint la même année. On dénombrera au sein du clergé français environ 3000 appelants, sur un total de 100.00 membres.

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Pasquier Quesnel

Né à Paris, en 1634
Mort à Amsterdam, en Hollande, en 1719
Après des études poursuivies chez les Jésuites, Pasquier Quesnel entre à l'Oratoire en 1657. Dès 1661, il signe le
formulaire imposé par Louis XIV qui impose au clergé les condamnations romaines du jansénisme. Au séminaire Oratorien de Saint-Magloire il fait la connaissance d'Antoine Arnauld, puis commence à enseigner à la maison de Paris. En 1672 il publie un Abrégé de la morale de l'Evangile, recueil de paroles du Christ accompagnées de ses commentaires, sur lequel il continue de travailler. En 1685, il rejoint Antoine Arnauld en Belgique, où il reste jusqu'à la mort de ce dernier en 1694. Emprisonné en 1703, il parvient à s'évader et se réfugie alors en Hollande. C'est en 1708 que paraît en France l'édition définitive des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, approuvée par le cardinal de Noailles, mais aussitôt condamnée par Clément XI. En 1713 la Bulle Unigenitus confirme la sentence, et provoque la réaction du clergé janséniste qui fait appel de la Bulle au prochain Concile. Jusqu'à sa mort, le Père Quesnel animera depuis la Hollande un véritable parti clandestin, défendant âprement son livre qui connaîtra près de quarante éditions.

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Louis-Antoine de Noailles

Né au château de Peynières, dans le Cantal, en 1651
Mort à Paris, en 1729
Ecclésiastique gallican.
Louis-Antoine est le frère du duc Anne Jules de Noailles (1650-1708), maréchal de France, tous deux issus de la maison de Noailles, famille noble originaire de Corrèze. Alors qu'il est évêque de Châlons-sur-Marne, Louis-Antoine fait l'éloge de l'Abrégé de la morale de l'Evangile du Père Quesnel paru en 1672. Nommé archevêque de Paris en 1695, puis cardinal en 1700, il prend part à la querelle du quiétisme contre Fénelon, et dénonce l'Exposition de la foi catholique touchant la grâce et la prédestination de Barcos, neveu de l'Abbé de Saint-Cyran, ouvrage de même inspiration que celui de Quesnel. En 1707, s'appuyant sur la Bulle Vineam Domini (promulguée en 1705 et condamnant le "silence respectueux" au sujet du jansénisme), il prive de sacrements les dernières religieuses de Port-Royal et les excommunie. L'année suivante, la condamnation par Clément XI des Réflexions morales sur le Nouveau Testament de Quesnel le touche directement, et la promulgation de la Bulle Unigenitus (1713) qui renouvelle cette condamnation l'amènera à rejoindre les appelants en 1717. Excommunié par la Bulle Pastoralis officii de Clément XI l'année suivante, il n'en maintient pas moins sa position. En 1727, il autorisera la construction du tombeau destiné à recevoir la dépouille du diacre François de Pâris, au cimetière de l'église Saint-Médard. Mais l'évêque de Senez ayant été déclaré suspens par le cardinal de Fleury la même année, il acceptera en 1728 de signer la Bulle sans condition, avant de mourir à Paris l'année suivante.

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Charles-Joachim Colbert

Né à Paris, en 1667
Mort en 1738
Fils de Charles Colbert, marquis de Croissy (1625-1696), et neveu de Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV (1619-1683), il devient archevêque de Montpellier en 1697. Il travaille à la conversion des protestants, et fait rédiger par le Père Pouget le
Catéchisme de Montpellier. Il fait connaître par ses lettres pastorales et ses mandements son opposition à la Bulle Unigenitus, et est l'un des quatre premiers appelants de cette Bulle au Concile. Il ajoutera foi aux manifestations des convulsionnaires, et laissera quelques écrits publiés en 1740 et condamnés par Rome comme entachés de jansénisme.

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François de Pâris

Né à Paris, le 30 juin 1690
Mort à Paris, le 1° mai 1727
Diacre à Saint-Médard
Fils d'un conseiller au Parlement de Paris et de la fille d'un secrétaire du roi, le jeune François est mis en pension à l'âge de sept ans chez les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève à Nanterre. En 1700, il commence ses humanités au Collège Mazarin où le Père Guesnier devient son confesseur. Son père lui ayant refusé l'entrée au séminaire, il poursuit ses études de droit, et obtient sa licence. Et malgré un nouveau refus de son père, il entre au séminaire Oratorien de Saint-Magloire en 1713. En juin 1715, il reçoit les ordres mineurs et revient en 1717 dans la maison familiale où son père est mort trois ans plus tôt, pour s'occuper de son jeune frère. La même année, il signe l'
appel contre la Bulle Unigenitus. En 1718, il est élevé au sous-diaconat, et son frère s'étant marié, il se retire dans un petit réduit du collège de Bayeux, vend tout ce qu'il possède et distribue l'argent qu'il récolte aux pauvres et à ceux que leur résistance à la Bulle Unigenitus a contraint à l'exil. Le 21 décembre 1720, ayant reçu le diaconat, il renonce à la prêtrise et se retire au troisième étage d'une maison pauvre de la rue de l'Arbalète dans le faubourg Saint-Marcel. En janvier 1724, il part pour quelques temps près du Val-de-Grâce, mais revient après Pâques au faubourg Saint-Marcel, rue des Bourguignons. Il y vit en compagnie d'un ancien curé du diocèse de Lyon, Louis Tournus, et se livre à toute sortes de mortifications, poursuivant ses œuvres charitables. Décidé à gagner sa vie par le travail de ses mains, il apprend le métier de tisseur de bas chez un bonnetier du quartier. Profitant du départ de Tournus, il redouble ses mortifications et ses pénitences, mais ces privations ont raison de sa santé. Il confirme une dernière fois son opposition à la Bulle Unigenitus, et demande à être enterré simplement, dans le petit cimetière de Saint-Médard. Il meurt le 1 mai 1727, et ses funérailles attirent une foule nombreuse, autour de celui que l'on surnomme le "Bienheureux". Sa sépulture devient pour tous les pauvres du quartier, témoins de sa charité, un lieu de pèlerinage, puis un lieu de rendez-vous pour les jansénistes. Mais l'on parle aussi de miracles, car dès le jour des obsèques une vieille femme paralysée depuis vingt ans s'est dit guérie en touchant la bière. A partir du mois de juin 1731, les déclarations de guérisons se multiplient. Les rassemblements, puis les rumeurs de prodiges obtenus à la suite de la récitation de neuvaines échauffent les esprits. Bientôt, il y a plus de cent convulsionnaires qui se débattent dans l’enceinte de Saint-Médard. Le 15 juillet 1731, Mgr de Vintimille, archevêque de Paris, ferme le cimetière et obtient du pape un décret et un bref interdisant le culte du diacre Pâris. Le Parlement de Paris, favorable aux jansénistes, refuse d’enregistrer ces actes. Le 22 janvier 1732, le cardinal de Fleury (1653-1743), premier ministre, impose cette fermeture par ordonnance royale, et le 29 janvier, on procède à la fermeture définitive du cimetière. La tombe de François de Pâris sera détruite en 1807.

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Les convulsionnaires

C'est vers le commencement de 1729 que le bruit se répand que des miracles auraient été obtenus par l'intercession d'un diacre nommé François de Pâris, mort en 1727. Avec la permission du cardinal de Noailles, un tombeau a été construit en son honneur au cimetière de Saint-Médard. Autour de la sépulture, les jansénistes rejoignent bientôt les pauvres du quartier, et le cimetière de l'église devient un lieu de pèlerinage, où l'on parle de miracles. Des personnes parmi la foule, saisies de spasmes convulsifs, prétendent prédire l'avenir. D'autres se disent délivrées subitement de leurs maladies. Des infirmes sont apportés de tous les coins de la France, et tous s'y trouvent agités de violentes convulsions, d'où le nom de convulsionnaires qui leur est donné. Quelques membres du clergé se montrent favorables à ces événements, et Mgr Colbert, évêque de Montpellier (l'un des quatre premiers appelants) les approuve officiellement. Mais bientôt des excès se font jour, où l'indécence et la cruauté se mêlent au fanatisme. Des femmes se mettent à dévorer la terre située sous la dalle tombale de Pâris, d'autres se soumettent à des supplices appelés secours, au cours desquels de jeunes hommes, nommés secouristes, les frappent à coup de bûches et leur labourent les chairs avec un bâton pointu désigné sous le nom de sucre d'orge. Le biscuit désigne une pierre de cinquante livres qu'on élève avec une poulie pour la faire retomber de tout son poids sur la pénitente. Plusieurs se font attacher à des croix, d'autres reçoivent des coups d'épée, d'autres se percent la langue, d'autres encore avalent des charbons ardents ou des bibles reliées. Cette folie durera près de cinq ans. Après plusieurs enquêtes du Parlement et plusieurs mandements de l'archevêque de Paris qui dénonce ces soi-disant miracles, le 29 janvier 1732 le lieutenant de police Hérault, s'appuyant sur une ordonnance signée par Louis XV, ordonne d'entourer le cimetière de Saint-Médard d'une clôture et en interdit l'entrée. Le lendemain, on trouve sur la porte ces vers écrit par un plaisant :

De par le Roi, défense à Dieu
De faire miracle en ce lieu.

Les portes en seront ensuite murées (on voit encore trace de l'une d'elles au n°39 de la rue Daubenton). Les convulsions continueront un temps, mais en secret, dans des maisons privées, avec un redoublement d'extravagances. Une sorte de secte s'organisera, avec ses chefs, ses règlements, et une caisse secrète nommée la boîte à Perrette, qui servira à subventionner les luttes et les pamphlets des jansénistes (un procès, devant le Parlement de 1778, révélera que la boîte à Perrette contenait alors onze cent mille livres). D'autres illuminés feront plus tard leur apparition, appelés éliséens, figuristes, discernants, margouillistes, etc.. Ces manifestations cesseront aux environs de 1762, et auront donc duré près de trente-cinq ans.

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André-Hercule de Fleury

Né à Lodève, dans l'Hérault, le 22 juin 1653
Mort à Issy, le 29 janvier 1743
Cardinal et homme d'état français
Il est le fils d'un receveur des décimes. Après avoir poursuivi ses études chez les Jésuites, il entre dans l'Eglise, et devient aumônier de la reine Marie-Thérèse (1679), puis de Louis XIV (1683). Protégé du roi, il est nommé évêque de Fréjus en 1698, puis précepteur de Louis XV en 1715. A la mort du Régent en 1723, il fait nommer le duc de Bourbon premier ministre, se réservant la feuille des bénéfices ecclésiastiques et l'entrée au conseil. En 1726, il remplace le duc de Bourbon et gardera le pouvoir jusqu'à sa mort. La même année, il est nommé cardinal. En 1730 il est à l'origine de la déclaration royale qui fait de la Bulle
Unigenitus une loi d’Eglise et d’Etat. Deux ans plus tard, suite aux excès des convulsionnaires, il impose la fermeture du cimetière de Saint-Médard par ordonnance royale. Sur le plan politique, sa gestion éclairée des finances du royaume lui permet de stabiliser la monnaie, et grâce aux ministres dont il s'entoure (tel Philibert Orry), l'industrie et le commerce connaîtront une période de réel essor.
NB : ne pas le confondre avec l'Abbé Claude Fleury (1640-1723), prêtre et écrivain français, nommé par le Régent confesseur du jeune roi Louis XV en 1716, fonction qu'il remplit jusqu'à l'année qui précéda celle de sa mort ; auteur notamment d'un Catéchisme Historique (1679) approuvé par
Bossuet en 1683, et d'une Histoire Ecclésiastique (1691), très estimée de ses contemporains, mais vivement critiquée depuis et mise à l'index comme entachée de gallicanisme.

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Christophe de Beaumont

Né au Château de La Roque, près de Sarlat, en 1703
Mort à Paris, en 1781
Prêtre français, archevêque de Paris (1746-1754)
Christophe de Beaumont est nommé successivement évêque de Bayonne (1741), puis archevêque de Vienne (1745), et enfin archevêque de Paris (1746). Il est surtout connu pour son zèle déployé contre les jansénistes et les philosophes. Contre les premiers par exemple, reprenant une idée de
Belsunce, il exigera de tous les pénitents l’adhésion à la Bulle Unigenitus et la production de billets de confession émanant de prêtres molinistes (mars 1752). Contre les seconds, la publication de son mandement contre l’Emile donnera lieu à une riposte de Rousseau, la Lettre à M. de Beaumont devenue célèbre, où se trouve plaidée la cause de la liberté de conscience. Le prélat, par ailleurs d’une charité inépuisable, restera jusqu'à sa mort entouré de l’estime publique.

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Henri Grégoire

Né à Vého, près de Luneville, en 1750
Mort à Paris, en 1831
Ecclésiastique et homme politique français
Fils d'un modeste artisan de Lorraine, Henri Grégoire commence ses études chez les Jésuites à Nancy, avant d'entrer au séminaire à Metz. Ordonné prêtre en 1775, il débute sa carrière ecclésiastique à Embermesnil en Lorraine, d’abord vicaire, puis curé de la paroisse à partir de 1782. En 1788, il publie en faveur de la population juive alors marginalisée un
Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, puis en juin 1789, le clergé du bailliage de Nancy l'envoie siéger aux Etats généraux, où il est élu député. Dans la nuit du 4 août où sera décrétée l'abolition des privilèges, il propose l’abolition du droit d’aînesse. Il coopère activement à la Constitution civile du clergé, à laquelle il est le premier à prêter serment en 1791. Nommé évêque constitutionnel de Blois (en Loir-et-Cher) en 1790, envoyé par son diocèse comme député à la Convention, il réclame l’établissement de la République (1792), mais refusera en 1793 de voter la mort du roi. Pendant la Terreur, il réagit contre la destruction des objets et monuments d'art, qu'il qualifie de "vandalisme" (il est l'inventeur de ce terme). Après le 18 Brumaire (1799), il entre au Corps législatif, est élu président de l'Assemblée législative, puis sénateur en 1801. Réprouvant le Concordat, et alors que plusieurs évêques sont obligés de démissionner, Henri Grégoire refuse de quitter son diocèse, invoquant la liberté des cultes, mais se verra contraint d'abandonner son évêché en 1803. Très actif lors de la constitution de l’Eglise gallicane, il est aussi l’avocat des noirs et des esclaves, et le 4 février 1794 il fait voter l’abolition de l’esclavage. Il contribue également à la fondation de l’Institut, du Conservatoire des arts et métiers, etc.. En 1799, il publie un Projet de réunion de l'Eglise russe à l'Eglise latine. Membre du Sénat, et ardent Républicain, il se refuse à la transformation du Consulat en Empire. La Restauration lui enlèvera sa pension et l'exclura de l’Institut. En 1819, il est élu député de l’Isère, mais son élection fait scandale et est annulée. Ses travaux politiques et littéraires occuperont les dernières années de sa vie. Il meurt à Paris en 1831 sans s’être rétracté, et l’Abbé Guillon l’administre malgré l’archevêque. Son enterrement donnera lieu à une manifestation politique libérale. Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1989, sans que l'Eglise s'associe à cet hommage rendu par la République.
Il est l'auteur d'une violente attaque à l’encontre de la dévotion du Sacré-Cœur 
Histoire critique des dévotions nouvelles au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur de Marie (1807). Citons également le volume paru à Paris en 1882, Histoire des sectes religieuses, dont le tome II a pour titre Les Cordicoles.

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Mathieu-Mathurin Tabaraud

Né à Limoges, en 1744
Mort à Limoges, le 3 janvier 1832
Oratorien et écrivain français
Professeur dans plusieurs collèges à partir de 1773, puis successivement supérieur des collèges de Pèzenas (1783), de la Rochelle (1787), et de Limoges (1789), il refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé et se réfugie en Angleterre. De retour en France avec Louis XVIII, il refuse l’évêché que lui propose Fouché, mais reçoit les fonctions de censeur pour les livres de théologie. Devenu aveugle, il doit démissionner, et publie alors les
Principes sur la distinction du contrat et du sacrement de mariage (1818), qui le font condamner par l’évêque de Limoges Mgr Dubourg. Ayant recouvré la vue, il se remettra au travail, laissant de nombreux ouvrages de défense du jansénisme et du gallicanisme, ainsi qu'un livre de controverse écrit à l’encontre de la dévotion au Sacré-Cœur  Des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (1822).



Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

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