La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Chronologie détaillée et textes essentiels




7. Nouvelle expansion - La dévotion au XX° siècle : 1870 à nos jours

1870-1875 - 1876-1893 - 1894-1914 - 1914-1919

1920-1939 - 1939-1967 - 1968-2008

1914-1918 : Première guerre mondiale.
Le 13 décembre, Consécration de la France au Cœur Immaculé de Marie.
Le 27 décembre, les évêques allemands adressent à tous les catholiques une lettre pastorale, les invitant à se consacrer au Sacré Cœur de Jésus.

« Nous voulons, au début de 1915, consacrer nos cœurs, nos familles, nos diocèses au Très Saint Cœur de Jésus. La gravité et la détresse du temps nous y poussent. Un acte de réparation pour de si nombreux et graves péchés dans la vie du peuple, le mariage, la famille, précèdera la consécration. Celle-ci sera accomplie le 10 janvier 1915, jour de l'Epiphanie, dans toutes les églises catholiques, selon la formule de Léon XIII consacrant le monde entier au Cœur de Jésus le 11 juin 1899. »

1915 : Benoît XV encourage le Père Mateo, dans un courrier en date du 27 avril.

« Rien, en effet, n'a plus d'opportunité dans les temps présents que votre entreprise. Pervertir dans la vie privée comme dans la vie publique le tempérament moral engendré et affiné par l'Eglise, et après en avoir effacé presque tout vestige de sagesse et d'honnêteté chrétienne, ramener la société humaine aux misérables conceptions du paganisme, voilà ce que trop d'hommes, hélas ! rêvent aujourd'hui et s'efforcent de réaliser, et plût à Dieu que ce fût sans effet. […] Vous faites donc bien, cher fils, en prenant en main la cause de la société humaine, d'exciter avant tout et de propager l'esprit chrétien dans les foyers domestiques, en établissant au sein de nos familles la charité de Jésus-Christ pour qu'elle en soit comme la reine. En agissant ainsi, vous obéissez à Jésus-Christ lui-même, qui a promis de répandre ses bienfaits sur les maisons où l'image de son Cœur serait exposée et honorée.
Accorder à notre très aimable Rédempteur le culte et l'honneur en question, est donc faire œuvre sainte et salutaire ; mais tout n'est pas là. Il importe aussi grandement de connaître le Christ ; de connaître sa doctrine, sa vie, sa passion, sa gloire : le suivre n'est pas se laisser guider par un sentiment superficiel de religiosité qui émeut facilement les cœurs tendres et mous et tire des larmes faciles, mais laisse les vices intacts ; le suivre, c'est l'entourer d'une foi vivace et constante, qui influe tout à la fois sur l'esprit et le cœur, qui dirige et règle les mœurs. […] Continuez donc, cher fils, vos efforts et votre apostolat, afin de susciter à travers les foyers catholiques les flammes d'amour à l'égard du Cœur Sacré de Jésus. Mais efforcez-vous et faites auparavant - c'est Notre volonté - que cet amour, dans toutes les maisons que vous visiterez, suive, jusqu'à son degré le plus grand et le plus élevé, la connaissance de Jésus-Christ et la connaissance apportée par lui-même de sa vérité et de sa loi. »
Lettre de Benoît XV au Père Mateo, 27 avril 1915, in Vers le Roi d'Amour, Recueil des Prédications du R.P. Mateo, Lyon, Œuvre de Propagande du Sacré-Cœur, 1920.

Le 11 juin, l'Episcopat français consacre la France au Sacré-Cœur. A cette occasion est lue dans toutes les églises de France une formule portant pour titre Amende honorable et consécration de la France au Sacré-Cœur de Jésus.

« O Jésus, présent et vivant dans le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie, nous voici prosternés à vos pieds, pour offrir à votre Cœur Sacré, en notre nom et au nom de la France, notre patrie, nos hommages et nos supplications !
Nous vous adorons comme notre Dieu et notre Sauveur, qui nous avez créés par bonté et rachetés par amour pour nous faire partager un jour votre éternel bonheur.
Nous vous reconnaissons comme notre souverain Seigneur et maître, à qui appartient tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes.
Nous confessons que votre souverain domaine s'étend non seulement sur les individus mais sur les nations, que Dieu votre Père vous a données en héritage et que vous avez conquise par votre sang.
Nous proclamons que vous avez des droits particuliers sur la France, à raison des bienfaits dont vous l'avez comblée et de la mission que vous lui avez confiée dans le monde.
Nous vous demandons pardon des fautes, privées et publiques, par lesquelles nous avons outragé votre souveraineté et votre amour.
Pardon, ô Seigneur Jésus, pour l'impiété qui voudrait effacer le nom de Dieu et votre nom béni de la face de la terre, et faire disparaître de partout votre croix, signe sacré de notre Rédemption.
Le Peuple : Pardon, ô Seigneur Jésus !
Pardon pour la violation de vos commandements, pour les blasphèmes de parole et de plume, pour la profanation du Dimanche, pour l'omission du grand devoir de l'éducation chrétienne, pour la dépravation des mœurs, pour l'amour effréné du luxe et du plaisir.
Le Peuple : Pardon, ô Seigneur Jésus !
Pour tous ces désordres, nous vous faisons amende honorable et nous vous demandons pardon.
Le Peuple : Pardon, ô Seigneur Jésus !
Afin de réparer ces fautes autant qu'il est en nous, nous vous consacrons aujourd'hui nos personnes, nos familles, notre patrie : qu'elles soient désormais pleinement à vous.
Le Peuple : A vous, ô Seigneur Jésus !
Nous vous consacrons nos personnes, toutes les puissances de notre âme et toutes les forces de notre corps : qu'elles soient employées selon votre volonté et soient ainsi totalement à vous.
Le Peuple : A vous, ô Seigneur Jésus !
Nous vous consacrons nos familles : nous voulons vous y faire régner par l'observation de vos commandements et des préceptes de votre Eglise, afin que pères, mères et enfants soient vraiment à vous.
Le Peuple : A vous, ô Seigneur Jésus !
Nous vous consacrons, autant que nous le pouvons, notre patrie, vous promettant de travailler à y rétablir votre règne par la foi en votre doctrine, par la soumission à vos lois, et par l'union avec votre Eglise : nous voulons que la France soit à vous.
Le Peuple : Que la France soit à vous, ô Seigneur Jésus !
Nous venons à vous, ô Cœur sacré de Jésus, dans nos angoisses : ouvrez-nous les trésors de votre charité infinie. Le sang qui a coulé de votre blessure a racheté le monde : qu'une goutte de ce sang divin, par sa toute-puissance expiatrice, rachète encore une fois cette France que vous avez tant aimée et qui ne veut pas renier sa vocation chrétienne. Oubliez nos iniquités pour ne vous souvenir que des saintes œuvres de nos pères, et laissez couler sur nous les flots de votre miséricorde. Que l'église bâtie par la France en votre honneur soit pour nous comme une citadelle inexpugnable qui protège Paris et notre pays tout entier.
Bénissez nos vaillantes armées ; accordez-nous la victoire et la paix, et faites que bientôt le temple national que nous vous avons élevé puisse vous être solennellement consacré, comme le témoignage de notre repentir et de notre confiance, comme le gage de notre reconnaissance et de notre fidélité future.
Cœur adorable de notre Dieu, la nation française vous implore : bénissez-la, sauvez-la !
Le Peuple : Cœur adorable de notre Dieu, la nation française vous implore : bénissez-la et sauvez-la !
O Cœur immaculé de Marie, priez pour nous le Cœur sacré de Jésus !
Le Peuple : O Cœur immaculé de Marie, priez pour nous le Cœur sacré de Jésus !
Ainsi soit-il. »
Texte original de l'Amende honorable, Le Mans, Imp. A. Bienaimé, 1915.

L'Œuvre des Insignes du Sacré-Cœur (19 quai de Tilsitt à Lyon) distribue pour la population et les soldats du front insignes et drapeaux. Pour la totalité du conflit, ces distributions représenteront douze millions d'insignes, plus d'un million cinq cent mille fanions, trois cent soixante quinze mille scapulaires et plus de trente deux mille drapeaux.
* Sœur
Benigna-Consolata Ferrero (1885-1916), religieuse de la Visitation Sainte-Marie de Côme en Lombardie, qui note par obéissance dans son Journal depuis 1902 les communications qu'elle reçoit de Jésus, relate l'appel qu'elle s'entend dicter à la confiance envers la miséricorde divine. Sœur Josepha Menéndez en 1920, puis Sœur Faustine en 1931, recevront des communications semblables du Seigneur, destinées à propager cette confiance en la Miséricorde divine.

« Ecris, ma Bénigne, apôtre de ma miséricorde, écris ceci : la principale chose que je désire faire connaître, c'est que je suis tout amour ; la plus grande peine qu'on puisse me faire, c'est de douter de ma bonté.
Non seulement, mon Cœur éprouve de la compassion, mais Il se réjouit quand il y a beaucoup à réparer, pourvu qu'il n'y ait pas de malice. Si tu savais combien je travaillerais dans une âme, même remplie de misères, si elle me laissait faire… L'amour n'a besoin de rien, mais il ne faut pas qu'Il trouve de résistance. Souvent, tout ce que je requiers d'une âme pour la rendre sainte, c'est de me laisser faire… Les imperfections, quand on ne les aime pas, ne peuvent me déplaire. L'âme doit s'en servir comme d'autant de degrés pour s'élever jusqu'à moi, moyennant l'humilité, la confiance et l'amour : Je m'abaisse vers l'âme qui s'humilie et je vais la chercher dans son néant pour m'unir à elle.
Tout le secret de la sainteté consiste dans ces deux mots : se défier et se confier. Toujours te défier de toi, puis, ne pas t'arrêter là, mais t'élever aussitôt à la confiance en Dieu, car si je suis bon pour tous, je suis très bon pour ceux qui se confient en moi. Sais-tu quelles sont les âmes qui profitent le plus de ma bonté ?… Celles qui se confient davantage… Les âmes confiantes sont les voleuses de mes grâces… Ecris que le plaisir que je goûte en l'âme confiante est indicible…
Comme le feu se nourrit de combustibles et s'accroît à mesure qu'on l'alimente, ainsi ma miséricorde se nourrit des misères qu'elle consume et, plus elle en trouve, plus elle grandit. O ma Bénigne ! si les hommes savaient combien je les aime et comme mon Cœur jouit lorsqu'on croit à mon amour ! On y croit trop peu, trop peu !…
On ne sait pas le tort qu'on fait à Dieu en doutant de sa bonté ! Les péchés peuvent être énormes et nombreux ; mais pourvu qu'on revienne à moi, je suis toujours prêt à tout pardonner, à tout oublier. Tu es l'apôtre de la miséricorde de Dieu… J'ai jeté mes regards sur toi afin que tu deviennes le canal des divines miséricordes. Ecris donc que je fais mes plus beaux chefs-d'œuvre avec les sujets les plus misérables, pourvu qu'ils me laissent faire.
Lorsqu'une âme se repent de ses fautes et les déplore de tout son cœur, crois-tu que je sois assez dur pour ne pas la recevoir ?… Si tu penses ainsi, c'est que tu ne connais pas mon Cœur. Mon Cœur très aimant a tellement soif du salut des âmes que lorsqu'elles reviennent à Lui, je ne puis plus contenir ma joie ; je cours à leur rencontre.
Le plus grand dommage que le démon puisse causer à une âme après l'avoir fait tomber dans le péché, c'est de la jeter dans la défiance. Tant qu'une âme a confiance, le retour lui est facile ; mais si le démon parvient à lui fermer le cœur, oh ! comme il me faut lutter pour la reconquérir.
Ecris, ma Bénigne, écris afin qu'on le sache : Il est certain que cent péchés m'offensent plus qu'un seul, mais si ce seul péché est une défiance de moi, il me blesse le Cœur plus que cent autres, parce que la défiance le blesse, mon Cœur, au plus intime. J'aime tant les hommes !…
Oui, on a une idée trop étroite de la bonté de Dieu, de sa miséricorde, de son amour pour ses créatures. On mesure Dieu aux créatures, et Dieu n'a pas de limites ; sa bonté est sans bornes… Oh ! pouvoir user de Dieu et ne pas le faire !… Pourquoi cela ? Parce que le monde ne le connaît pas. Je suis un trésor infini que mon Père a mis à la disposition de tous… Ceux qui me rebutent ne comprendront leur malheur que dans l'éternité. J'aime les hommes, je les aime tendrement comme mes frères ; quoi qu'il y ait une distance infinie entre eux et moi, je n'en tiens pas compte.
Tu ne peux croire le plaisir que j'éprouve à remplir ma mission de Sauveur. Quand les péchés ont été pardonnés, ils deviennent pour l'âme des fontaines de grâces, parce qu'ils lui sont des sources perpétuelles d'humilité… Tout contribue à l'avancement d'une âme, tout ; même ses imperfections sont dans mes mains divines comme autant de pierres précieuses, parce que je les change en actes d'humilité que j'inspire à l'âme de faire. Si ceux qui construisent des maisons pouvaient transformer les débris et tout ce qui les encombre en autant de matériaux de construction, combien ils s'estimeraient heureux ! Eh bien ! l'âme fidèle le peut avec ma grâce, et ses fautes, même les plus graves et les plus honteuses, deviennent les pierres fondamentales de l'édifice de sa perfection. »
Sœur Benigne-Consolata, Lyon, J.-B. Roudil, 1920.

Réunie à l'occasion de la 26° Congrégation générale, la Compagnie de Jésus décide d'adjoindre à la mission qu'elle a officiellement acceptée en 1883 (faire connaître l'utilité et la valeur de la dévotion au Sacré-Cœur) la promotion de l'Apostolat de la Prière.

« Enseignés par l'expérience que, pour promouvoir ce culte, l'Apostolat de la Prière est indiqué par dessus tout, au début de ce second siècle qui suit le rétablissement de la Compagnie, nous confirmons de nouveau cette ardente adhésion de la Compagnie au Sacré-Cœur de Jésus, et voulons réellement qu'à tous les jésuites, et en particulier à leurs Supérieurs, on recommande de promouvoir autant qu'ils le peuvent et de travailler à élargir cette pieuse Association du Cœur de Jésus. »
Extrait du Décret 21 de la 26° Congrégation générale, 1915.

Le 13 novembre à Bordeaux, le Père Albert Bessières expose un plan de croisade aux 28 petites « Troisièmes » (âgées de 12 à 14 ans) du cours Saint Seurin qui depuis le début de la guerre, sous la direction d'une maîtresse dévouée, offrent à l'intention des soldats du front tous leurs sacrifices au Sacré-Cœur : il s'agit de mobiliser la prière enfantine pour la victoire de la France, le salut des mourants, et la restauration chrétienne de la patrie libérée. Pour cela, ces jeunes enfants sont appelées à offrir leurs prières, leurs sacrifices, et surtout leurs communions fréquentes et ferventes. Inscrites à l'Apostolat de la Prière, elles offriront chaque matin leur journée au Sacré-Cœur. Réclamé par le Congrès Eucharistique International de Lourdes en 1914, ce projet s'inscrit dans la continuité des Ligues Eucharistiques initiées par ce même P. Bessières dès 1910, pour promouvoir les décrets du Saint-Siège sur la communion fréquente et quotidienne. Le plan est accepté avec enthousiasme par les 28 enfants présentes : la Croisade Eucharistique est fondée. Elle sera rapidement adoptée par la majorité des évêques de France, ainsi que par un grand nombre d'évêques des pays alliés. Le secrétariat de la Croisade sera tout d'abord implanté au Monastère de la Visitation de Bordeaux, puis transféré en 1921 à la direction de l'Apostolat de la Prière à Toulouse.

« Une mobilisation fort intéressante, c'est la Croisade des Enfants que l'on organise dans notre ville, et que Nous Nous faisons un devoir d'encourager et de bénir. Cette Croisade est intéressante en effet par le but qu'elle poursuit : la victoire de la France, le salut éternel de ceux qui meurent pour elle, la restauration chrétienne de la Patrie. Elle est intéressante par les êtres candides et purs qu'elle mobilise, et qui ont toujours eu les prédilections de la terre et du ciel. Sinite parvulos venire ad me. Elle est intéressante par les moyens qu'elle utilise, et qui sont l'offrande de la journée pour les soldats, la communion au moins mensuelle pour les caporaux, la communion fréquente pour les sergents, et la communion quotidienne pour les officiers. Elle est intéressante par l'insigne qu'elle arbore, l'insigne du Sacré-Cœur, espoir et salut de la France, et par le zèle qu'elle est invitée à déployer pour l'Intronisation, plus que jamais opportune, du Divin Cœur dans les familles. Elle est intéressante enfin par les patronages qu'elle s'est donnés et qui autorisent les plus brillants espoirs : Marie, Reine de France, et les saints protecteurs de la patrie, en particulier notre grande héroïne nationale : Jeanne d'Arc.
Puisque le Croisade est si intéressante, il faut que sur tous les points du territoire, où le patriotisme n'est pas un vain mot, on y prenne part. Les jeunes gens sont mobilisés. Les hommes mûrs sont mobilisés. Les vieillards sont mobilisés à leur manière. Les enfants seuls auraient-ils le droit de former la légion par trop commode des bras croisés ? Qu'on les enrôle donc, au plus tôt, qu'on leur donne les armes toutes-puissantes de la prière et de la communion, et qu'ils prennent rang parmi les défenseurs de la Patrie. Femmes chrétiennes, Femmes françaises, vous venez d'entendre Notre appel pour la Croisade enfantine. Ne le perdez pas de vue, et veillez à ce que vos fils et vos filles y répondent. C'est l'appel de la France, c'est l'appel du Cœur de Jésus qu veut encore une fois sauver notre Patrie bien-aimée par la prière, et surtout par la prière des enfants.
MM. les Curés sont priés de lire en chaire le présent Appel, et de travailler à le faire pénétrer jusque dans les milieux soi-disant laïques. Qui oserait se dire laïque, quand la Patrie nous demande une prière qui lui est indispensable pour obtenir du Dieu fort et puissant dans les batailles, la récompense de son héroïsme, c'est-à-dire la victoire !
Donné à Bordeaux, le Jeudi Saint de l'an de grâce 1916.
Paulin, Cardinal Andrieu. »
Approbation de la Croisade des Enfants par l'Archevêque de Bordeaux, in Albert Bessières, Le Livre de la Croisade Eucharistique, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1922.

« Divin Cœur de Jésus, je vous offre, par le Cœur immaculé de Marie, les prières, les œuvres et les souffrances de cette journée, en réparation de nos offenses et à toutes les intentions pour lesquelles vous vous immolez continuellement sur l'autel.
Je vous les offre en particulier pour la victoire de la France, le salut éternel de ceux qui meurent pour elle et la restauration chrétienne de la Patrie libérée. »
Offrande quotidienne des croisés, in Albert Bessières, Le Livre de la Croisade Eucharistique, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1922.

Approuvée et bénie à six reprises par Benoît XV, reçue le 29 mars 1921 en audience solennelle au Vatican, bénie par plus de 400 cardinaux, archevêques et évêques du monde entier, la Croisade Eucharistique comptera dans ses rangs huit ans plus tard (1923) plus d'un million et demi d'inscrits à travers le monde, et plus de deux millions en 1928 : en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, en Syrie, au Mexique, et dans les Missions de Chine, des Indes, de Madagascar, d'Egypte, de Guyane, etc. Le P. Bessières en demeurera le promoteur général jusqu'en 1925.

« Que veut en effet la Croisade ?
[…] Elle est un stage, un noviciat de vie chrétienne intégrale, où l'enfant prendra les habitudes qu'il devra garder toute sa vie pour être un chrétien parfait… telle ou telle industrie accidentelle sera abandonnée plus tard. - Mais jusqu'à son dernier jour, cet enfant, s'il veut être un vrai chrétien, devra pratiquer la communion fréquente, se confesser "individuellement et suivant ses besoins", se faire diriger et suivre de près - il devra toujours pratiquer le zèle et l'esprit d'initiative, le sacrifice et l'esprit de renoncement. Toujours, il sera désirable, sinon nécessaire, qu'il se porte à l'accomplissement du devoir non point seulement avec résignation, mais avec joie et s'il le peut avec un peu d'enthousiasme… Or, la Croisade est cela. Analysez la devise du Croisé : "Communie, prie, lutte, conquiers !" N'est-ce point là le programme de la vie chrétienne parfaite ?
En d'autres termes, la Croisade est une méthode d'Education Eucharistique, méthode d'éducation fondée sur l'Eucharistie, sur la pratique de la communion précoce, fréquente et fervente.
Pour exploiter les richesses de l'âme enfantine, pour élever cette âme, la Croisade prend pour levier l'Eucharistie. Elle apprend au Croisé à communier de bonne heure, à communier souvent, à communier bien. Elle en fait non pas seulement un communiant, mais encore un soldat, un chevalier de l'Eucharistie.
Elle le forme à donner hostie pour hostie, à féconder, enrichir ses communions par le zèle et le sacrifice.
L'Eucharistie qui, d'après saint Thomas, est "le centre de la religion", doit être le centre de la vie du Croisé.
Elle en est la base, la pierre angulaire sur laquelle la Croisade bâtit toute une méthode d'éducation, de formation des volontés. Cela se résume en quelques mots :
Former des communiants pour faire des conquérants. »
Père Bessières, in Le Messager du Cœur de Jésus, octobre 1924.


1916 : Le 26 mars, célébration d'une Journée du Sacré-Cœur, au cours de laquelle est renouvelée la consécration faite le 11 juin 1915.
Réfugié dans une chapelle entre deux attaques sur le front de Verdun, le Père Pierre Teilhard de Chardin contemple "au milieu de la poitrine du Sauveur" "une mystérieuse tache pourpre et or", celle de son Cœur divin, "foyer ardent" qui embrase le Monde. Dans les lettres qu'il adresse à cette époque à sa cousine Marguerite Teilhard-Chambon, il approfondit sa réflexion sur le Sacré-Cœur.

« Soutenons-nous les uns les autres, en convergeant ensemble vers le Cœur du Christ. […] Le Cœur de Christ est quelque chose d'ineffablement beau et suffisant qui épuise toute réalité et répond à tous les besoins de l'âme. […] Transportons-nous dans son Cœur pour que notre affection à l'égard de notre entourage soit renouvelée, supérieure, et même confondue avec la sienne… Il n'y a pas de communion plus parfaite, plus intime. Non pas seulement nous aimerons comme Notre-Seigneur, mais nous aimerons par son Amour même. La fusion des êtres ne saurait aller plus loin. »
Pierre Teilhard de Chardin, Lettre à sa cousine, in Genèse d'une pensée, Paris, Grasset, 1961.

Le 30 juillet, Benoît XV lance un Appel à la "toute-puissance suppliante" des petits. Cet Appel est un soutien direct adressé à la Croisade Eucharistique naissante.

« Tremblant pour le salut du genre humain…, Nous cherchons un refuge dans une pensée et dans un souhait, à savoir qu'il plaise à la miséricordieuse longanimité du Père divin de considérer, plus que la pénitence des grands, l'innocence des petits.
En vous regardant, chers enfants, et en regardant, avec vous, tous les enfants qui, aujourd'hui, dans toutes les parties du monde se sont approchés du Pain eucharistique, Nous voyons, sur des milliers de visages, l'image même de Dieu… Nous y voyons la toute-puissance suppliante de vos prières…
Sur cette toute-puissance, Nous Nous sommes reposé, enfants…
Comme à une planche de salut dans un naufrage, Nous avons résolu de recourir à l'invocation du secours divin par le moyen tout-puissant de votre innocence… De cet autel, tendez donc la main au Vicaire du Christ, chers et tout-puissants enfants… »
Benoît XVI, Appel du 30 juillet 1916, cité par le P. Albert Bessières dans sa Communication présentée au IV° Congrès Eucharistique National, Paris, 4-8 juillet 1923.

Le 6 octobre, répondant à la demande du P. Pornin, curé de l'église paroissiale du Sacré Cœur de Bourges, Mgr Martin-Jérôme Izart (1854-1934), nouvel archevêque de la ville, érige une Confrérie de la "Neuvaine perpétuelle" au Sacré Cœur de Jésus en faveur des malades et des affligés. La Confrérie « a pour but de demander au Cœur très miséricordieux de Jésus la guérison et le salut des malades ainsi que la consolation des personnes affligées. » (Art. II). Mgr Izart entend par cette érection canonique "voir s'accroître… la dévotion au Sacré Cœur à mesure que ses bienfaits se répandront sur les fidèles" et "favoriser… la construction et l'achèvement de l'église du Sacré Cœur à Bourges." (Ordonnance du 6 octobre 1916). On trouvera le texte de cette neuvaine, bénite et encouragée par les successeurs de Mgr Izart, au chapitre correspondant.
Le 1° décembre, Charles de Foucauld est pris en otage dans son bordj à Tamanrasset par un groupe de rebelles Touaregs venus de Libye, et gardé par un jeune de 15 ans qui, affolé par l'arrivée de méharistes, tire sur lui. Il meurt sur le coup.

« La religion catholique nous éclaire, sur la voix de la Croix, et de l'Imitation de notre Bien-Aimé Seigneur Jésus, et nous donne lumière, ardeur et courage pour la parcourir, en faisant briller à nos yeux, la plus douce, la plus lumineuse, la plus chaude, la plus bienfaisante des vérités, la « vérité » du Sacré-Cœur de Jésus. La révélation de cette vérité c'est la révélation de l'amour de Dieu pour nous. Nous ne sommes pas délaissés, oubliés, seuls, sur la voie de la Croix, sur la voie que suit Jésus ; nous y avons un Cœur qui nous aime, nous y sommes aimés, on nous y aime à chaque instant ; avant que nous fussions, un Cœur nous a aimés d'un amour éternel, et tout le cours de notre vie ce Cœur nous embrase du plus chaud des amours. Ce Cœur est parfait, pur comme la lumière, plus innocent que les anges, nulle souillure ne L'a approché, l'intelligence divine brille en Lui, toutes les beautés et les perfections incréées resplendissent en Lui : c'est le Cœur de Jésus, le Cœur de Dieu, fait homme. Dieu nous aime, Dieu nous a aimés hier, Il nous aime aujourd'hui, Il nous aimera demain. Dieu nous aime à tout instant de notre vie terrestre, et Il nous aimera durant toute l'éternité si nous ne repoussons pas Son amour. Il nous demande amour pour amour. Il nous dit : « Je t'aime, je veux t'aimer éternellement et me donner éternellement à toi, je veux être aimé et possédé de toi durant l'éternité. Aime-moi, obéis-moi, suis-moi. » Dieu nous aime… Dieu nous demande de L'aimer… Voilà la « vérité » du Cœur de Jésus révélée pour éclairer et embraser les cœurs des hommes. »
Charles de Foucauld, in L'Evangile présenté aux pauvres Nègres du Sahara, publication posthume, Bulletin de l'Association Charles de Foucauld, Vingt et unième Entretien : Croix, 1926-1927.

1917 : Le 1° janvier, l'archevêque de Toulouse Mgr Jean-Augustin Germain prononce solennellement en la chapelle de la Visitation de la ville, au nom des nations de l'Univers catholique, la formule d'un Vœu international en vue de l'érection à Jérusalem d'une basilique dédiée au Sacré-Cœur. Approuvé par l'épiscopat français et de très nombreux évêques étrangers, le Vœu sera béni par Benoît XV le 30 août 1918, et sur le vaste terrain sis sur le haut du Mont des Oliviers mis à disposition en 1919 par le Gouvernement français, la première pierre de la basilique sera posée le 2 janvier 1920.

« Cœur Sacré de Jésus, qui avez exprimé à sainte Marguerite-Marie "le désir d'entrer avec pompe et magnificence dans les palais des princes et rois et de régner sur toutes les nations pour être honoré autant que vous avez été outragé, méprisé et humilié en Votre Passion",
Vos enfants du monde entier, unis dans une même pensée de réparation et d'amour, vous supplient de réaliser votre Sainte Volonté.
Cœur de Jésus, souvenez-vous que Votre Vicaire vous a consacré le Genre humain ; achevez la conquête des Nations, convertissez-les, sauvez-les.
Cœur de Jésus, faites que tous les peuples professant la même foi, vivant du même amour, ne forment dans Votre Eglise, qu'un seul bercail sous l'autorité d'un seul Pasteur.
Cœur de Jésus, accordez-nous la paix dans la vérité, la justice et la charité.
Pour obtenir que Votre Règne arrive, nous, représentants de toutes les Nations du monde, nous vous promettons de "réparer les amertumes et les angoisses que vous avez subies en Votre Passion" et de vous honorer comme le Roi des rois et le Seigneur universel.
Et, à cette fin, non seulement nous promettons de vous offrir en amende honorable nos prières et nos pénitences, mais nous faisons le Vœu de contribuer à l'érection, à Jérusalem, d'une Basilique dédiée à Votre Cœur Sacré, sur cette terre bénie qui a vu Votre Agonie, Votre Passion et Votre Résurrection. »
Formule du Vœu, in Père J.-B. Lemius, Vœu de l'Univers Catholique pour l'érection d'une basilique au Sacré-Cœur à Jérusalem, Toulouse, Monastère de la Visitation - Paris, Librairie Saint-Paul, 1920.

* Le 16 janvier, une lettre de Claire Ferchaud est remise à Raymond Poincaré, président de la République. Elle lui fait part d'un message qu'elle dit avoir reçu du Christ, qui contient une double demande : sa conversion, et l'apposition du Sacré-Cœur sur le drapeau national. Malgré leur rencontre du 21 mars, et un nouveau courrier envoyé le 1° mai, ses démarches resteront sans effet.

« … Jésus veut sauver la France et les Alliés, et c'est par vous, Monsieur le Président, que le Ciel veut agir, si vous êtes docile à la voix divine.
Il y a des siècles déjà, le Sacré-Cœur avait dit à la B. Marguerite-Marie : "Je désire que mon Cœur soit peint sur le drapeau national, et je les rendrai victorieux de tous leurs ennemis". Dieu semble avoir dit ces paroles pour nos temps actuels. L'heure est arrivée où son Cœur doit régner malgré tous les obstacles. Ce Cœur sacré, j'ai eu la grâce d'en contempler la face adorable. Jésus m'a montré son Cœur broyé par l'infidélité des hommes. Une large plaie divise son Cœur. Et de cette plaie profonde, Jésus m'a dit : "C'est la France qui me l'a faite". Cependant, malgré les coups dont le Cœur de Jésus est martyrisé, il s'avance vers vous, M. le Président, en offrant sa miséricorde. A plusieurs reprises différentes, entre autres le 28 du mois de novembre 1916, Jésus, dans une lumière spéciale, me fit voir M. le Président, l'âme fortement travaillée par la grâce ; d'abord à demi écoutant Dieu et votre conscience. Il m'a semblé voir Dieu vous adressant ces paroles : "Raymond, Raymond, pourquoi me persécutes-tu ?" A cette voix, vous avez tressailli ; puis la grâce étant plus forte que vos passions, vous êtes tombé à genoux, l'âme angoissée et vous avez dit : "Seigneur, que voulez-vous que je fasse?…"
Plusieurs fois, pendant l'auguste mystère de la sainte Messe, Jésus aspergea votre personne de son sang divin, signe de la miséricorde que son Cœur vous offre. Monsieur, voici les paroles sacrées que j'ai entendues de la bouche même de Notre-Seigneur : "Va dire au chef qui gouverne la France de se rendre à la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre avec les rois des nations alliées. Là, solennellement, les drapeaux de chaque nation seront bénis, puis le Président devra épingler l'image de mon Cœur sur chacun des étendards présents. Ensuite, M. Poincaré et tous les rois alliés à la tête de leur pays, ordonneront officiellement que le Sacré-Cœur soit peint sur tous les drapeaux de chaque régiment français et allié. Tous les soldats devront être recouvert de cet insigne de salut". »
Lettre de Claire Ferchaud au Président Poincaré, 16 janvier 1917, in A Loublande - Le Sacré-Cœur et Claire Ferchaud, Paris, Téqui, s.d..


En ce même mois de janvier, parution du n°1 de la revue Hostia, revue d'ascèse et d'action eucharistique qui prend le relais de L'Action Eucharistique créée par le Père Lintelo en juillet 1911 et disparue en août 1914. Organe du 3° degré de l'Apostolat de la Prière (communion hebdomadaire), des Ligues Eucharistiques et de la Croisade Eucharistique, la revue a pour rédacteur en chef le P. Albert Bessières.
Le 26 mars, les drapeaux alliés (France, Angleterre, Belgique, Italie, Russie, Serbie, Roumanie, Pologne, Japon), écussonnés du Sacré-Cœur, sont bénis solennellement à Paray-le-Monial. La célébration est présidée par le cardinal Bourne, archevêque de Westminster et primat d'Angleterre, et Mgr Berthoin, évêque d'Autun, représente l'épiscopat français.

« Suivant la parole du prophète [Baruch], réjouis-toi, Eglise, de voir ces fils arrivés de l'Orient et de l'Occident, fraternellement réunis pour offrir au Verbe incarné l'hommage des nations. Ils apportent sous tes voûtes les drapeaux de leurs pays, emblèmes des patries. Après avoir été bénis par le Vicaire du Christ, et, suprême honneur, après s'être couverts de l'image du Cœur ardent de Jésus, comme signe de divine appartenance et témoignage de dévotion, ces étendards viennent s'incliner en présence de Notre-Seigneur pour lui dire, devant tous, ce qu'ils sont, ce qu'ils expliquent, ce qu'ils proclament. […]
Nous venons, avec pleine conscience, vers le fondateur de l'ordre moral dans le monde, nous venons vers son Cœur. Nous venons vers le Roi, Sauveur des peuples… Nous venons vers le Dieu qui s'est fait un cœur d'homme qui a répondu au cri de détresse : A qui irions-nous ? par ce cri de miséricorde : "Venez à moi, vous tous qui peinez, vous qui êtes accablés et je vous consolerai." Nous allons vers cette royauté du Cœur, cette bonté absolue qui ne connaît point d'abstraite raideur, vers la loi aimante et vivante. Nos cœurs si fortement éprouvés ont besoin de sentir près d'eux le cœur de Jésus qui a pleuré sur Lazare, qui a eu pitié des foules, qui a pardonné à Madeleine, qui, avant de cesser de battre, a ouvert le ciel au bon Larron, et qui, mort, a tenu à laisser couler jusqu'à la dernière goutte le sang du rachat. Nous allons vers le Cœur révolté par les parjures, les violences, les cruautés inutiles, les hypocrisies posthumes, vers ce Cœur si touché aussi de tant de sacrifices, de conversions, de communions, de tant de rapprochements de pays, de classes, d'individus, de tant de vies données sans compter.
Mais ce n'est pas de la pitié seulement et de l'amour, c'est aussi de la sagesse que nous venons puiser dans ce Cœur… Jésus nous a révélé les vérités qui sont la nourriture de nos intelligences. […]
Il y a, Seigneur, dans cette assemblée quelque chose qui veut trop faiblement en apparence, mais bien passionnément au fond de notre cœur vous louer, vous servir, se dévouer à vous. Recevez avec l'élan de nos âmes, ces emblèmes de la terre, couverts suivant votre désir de l'emblème et du signe de notre salut. Que cette union des peuples et cette réunion d'emblèmes ne soit pas un vain signe, et que votre volonté soit faite par tous les peuples conscients de ce qu'ils vous doivent sur la terre comme au ciel. »
Discours du cardinal Bourne, extraits, in Père J.-B. Lemius, Vœu de l'Univers Catholique pour l'érection d'une basilique au Sacré-Cœur à Jérusalem, Toulouse, Monastère de la Visitation - Paris, Librairie Saint-Paul, 1920.

Début mai, Mlle de Béarn ouvre un Secrétariat du Sacré-Cœur à Paris, destiné à recueillir les signatures de la profession de foi intitulée "La France au Sacré-Cœur", diffusée dans une cinquantaine de diocèse et au plan national par l'intermédiaire du journal La Croix, appelant à l'apposition de l'emblème du Sacré-Cœur sur le drapeau national. Mgr Amette (le 9 mai) puis Mgr Odelin, son vicaire général (le 24 mai) désapprouvent l'entreprise, qui disparaît rapidement.
Le 13 mai, première apparition de la Vierge aux enfants de Fatima, au Portugal. Le 13 octobre, miracle du soleil dansant dans le ciel. Deux des petits bergers, Jacinta (1910-1920) et Francesco (1908-1919), ont été béatifiés par Jean-Paul II le 13 mai 2000.
C'est à l'automne 1916 que leur était apparu l'ange de l'Eucharistie, qui leur avait appris la prière suivante :

« Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, je vous adore profondément et vous offre les très précieux Corps, Sang, Ame et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences dont il est Lui-même offensé, et, par les mérites infinis du Très Saint Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »

Le 8 juin, l'Episcopat français s'engage par vœu à célébrer solennellement dans tous les diocèses la fête du Sacré-Cœur. C'est Mgr Andrieu, cardinal-archevêque de Bordeaux, qui en a rédigé le projet, sur l'initiative du Père Calot, directeur général de l'Apostolat de la Prière.

« Afin de répondre complètement à la demande formulée par Notre-Seigneur à Paray-le-Monial en ces termes : "Que le premier vendredi après l'octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honore mon Cœur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d'honneur, par une amende honorable pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant qu'il a été exposé sur les autels",
Afin d'obtenir la prompte victoire de nos armes et la régénération chrétienne de notre patrie,
Nous, Cardinaux, Archevêques et Evêques de France, nous nous engageons par vœu, en notre nom et au nom de nos successeurs, à faire célébrer solennellement, chaque année, à perpétuité, dans toutes les églises et chapelles de nos diocèses, la fête du Sacré-Cœur de Jésus, au jour qu'Il a Lui-même indiqué, c'est-à-dire le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement.  »


Ce même mois, des soldats alliés se rassemblent à Paray-le-Monial autour de leurs étendards, sur lesquels a été ajouté l'emblème du Cœur du Christ. Le 15, jour de la fête du Sacré-Cœur, ils se retrouvent à Montmartre pour une "journée des soldats catholiques des armées alliées", et le cardinal Amette (1850-1920) y prononce leur consécration au Sacré-Cœur.

« … Nous vous consacrons nos armées : inspirez les chefs, donnez au soldats le courage dans les combats et la générosité dans le sacrifice ; couvrez-nous de votre protection et conduisez-nous à la victoire. Nous vous consacrons autant qu'il dépend de nous, notre patrie et les nations alliées : faites régner parmi elles "la justice qui élève les peuples" et accordez-leur le triomphe dans la lutte qu'elles soutiennent pour la défense du droit. Cœur adorable de Dieu, les nations alliées vous implorent. Bénissez-les, protégez-les, sauvez-les. »
Acte de consécration des armées alliées par le cardinal Amette, extrait, in Alain Denizot, Le Sacré-Cœur et la Grande Guerre, Paris, N.E.L., 1994.

Le 1° juin, les préfets interdisent l'apposition de tout emblème sur le drapeau national, et menacent de poursuite les contrevenants (circulaire du ministre de l'Intérieur Malvy).
Par décisions ministérielles en date des 18 et 29 juillet, au nom de la liberté de conscience et de la neutralité religieuse de l'Etat français, le gouvernement interdit la consécration des soldats au Sacré-Cœur et le port, aux armées, de fanions et étendards du Sacré-Cœur.
Le 1° août, Benoît XV lance aux nations en guerre un appel à la paix et propose sa médiation. Seules Washington et Berlin répondront positivement.
Le 6 août, pour couper court à la lettre envoyée par Claire Ferchaud aux généraux français, Philippe Pétain (1856-1951), général en chef des armées, rédige une Note aux Armées en laquelle il relate les faits qui lui ont été rapportés par le ministre de la guerre Paul Painlevé (1863-1933), et conclut :

« Les militaires (officiers et hommes de troupes) qui recevront d'œuvres quelconques des fanions ou étendards revêtus d'emblèmes religieux les remettront immédiatement à leur chef de corps qui en assurera la réexpédition à l'Œuvre expéditrice.
Les généraux commandants les armées rappelleront aux officiers sous leurs ordres qu'ils doivent dans le service s'abstenir de tout acte à caractère confessionnel constituant une violation flagrante de la liberté de conscience de leurs hommes et de la neutralité de l'Etat français. »
Général Pétain, Note aux Armées du 6 août 1917, in Alain Denizot, Le Sacré-Cœur et la Grande Guerre, Paris, N.E.L., 1994.

Le 10 août, le Conseil d'Etat adoucit l'arrêté ministériel du 1° juin, annulant l'interdiction de l'adjonction d'un emblème sur le drapeau tricolore dans les édifices et emplacements ouverts au public.
Le 17 octobre, Maximilien Kolbe (1894-1941) fonde la Milice de l'Immaculée. Maximilien Kolbe a été canonisé en 1987.
Le 8 décembre, Anna Rodier (1873-1927), aidée du P. Hippolyte de la Celle (futur évêque de Nancy), fonde à Moulins les Petites Servantes du Cœur de Jésus, communauté vouée au service des enfants et des familles pauvres, qui sera transférée à Nancy en 1920. Les communautés sont réparties aujourd'hui en France et en Afrique, et c'est l'une d'entre elles qui édite et diffuse à Paray-le-Monial, au Secrétariat des Œuvres du Sacré-Cœur, la revue Le Cœur de Jésus - Source de l'Amour.

« Notre Institut n'a sa raison d'être que dans son dévouement absolu au divin Cœur de Jésus, afin que tous ses membres vivent de son amour et travaillent avec ardeur à Le faire aimer par tous les moyens possibles. […]
Remettons tout à son divin Cœur. Il sera là pour tout arranger, tout diriger : que pourrons-nous craindre ? Quelle joie intérieure et quel repos nous trouvons et trouverons toujours, en cet abandon complet à la toute puissante bonté du Cœur de Jésus ! […]
Une seule chose résume tout pour moi : confiance, abandon filial. Je suis aimée du Cœur de Jésus. Cette conviction doit être ma paix, ma force. Il ne me reste qu'à accomplir chacune de mes actions vraiment pour Lui, pour son amour. »
Anna Rodier, in Le Cœur de Jésus - Source de l'Amour, N°413, 1997.

Le Padre Pio (1887-1968, béatifié le 2 mai 1999, canonisé le 16 juin 2002) arrive au couvent Notre-Dame de Grâce de San Giovanni Rotondo, près de Foggia en Italie, qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort. Prêtre au charisme exceptionnel, il attirera toute sa vie durant les foules qui viendront en nombre se confesser auprès de lui, et participer aux offices religieux célébrés à l'église. Favorisé de nombreux dons spirituels (don des langues, de vision, de bilocation, …), il reçut la marque visible des stigmates en septembre 1918. Nous donnons au chapitre des prières une neuvaine qu'il écrivit en l'honneur du Cœur Sacré de Jésus, auprès duquel il invite sans relâche ses filles spirituelles à revenir.

« Les âmes les plus affligées sont celles que le Seigneur préfère ; et tu es toujours bien sûre que Jésus a choisi ton âme pour être l'enfant gâtée de son Cœur adorable ; dans ce cœur tu dois te cacher ; dans ce cœur, épancher tes désirs ardents ; dans ce cœur, vivre encore ces jours que la Providence t'accordera ; dans ce cœur, mourir quand il plaira au Seigneur. »
« Mais ne perdez pas courage, Jésus est toujours près de vous. Il combattra toujours avec vous et pour vous, et l'ennemi sera parfaitement battu, comme toujours. Abandonnez-vous totalement sur le Divin Cœur de Jésus de même qu'un nouveau-né dans les bras de sa mère. »
Lettres à ses filles spirituelles, 30.05.1918 & 6.02.1915 - Correspondance avec ses filles spirituelles III, 319 & 55, in P. Melchior de Pobladura, A l'école spirituelle de Padre Pio, San Giovanni Rotondo, 1981.

« Le Cœur de notre divin Maître ne connaît que la loi d'amour, de douceur, d'humilité. Mettez votre confiance en la divine bonté de Dieu, et soyez assuré que la terre et le ciel manqueront plutôt que la protection de votre Sauveur. »
Padre Pio, in Charles Mortimer Carty, Padre Pio le stigmatisé, Paris, Ed. du Vieux Colombier, 1953.

Le 17 Décembre : les Bolcheviques confisquent tous les biens de l'église Orthodoxe russe. L'instruction religieuse est interdite dans les écoles, et tout enseignement chrétien donné à un mineur de 18 ans est puni de 10 ans de bagne. En l'espace de deux décennies, 9/10e du clergé russe va être martyrisé (dont 45.000 prêtres).

1918 : Le 6 janvier, à l'occasion de la séance solennelle tenue pour l'approbation des miracles proposés pour la canonisation de Marguerite-Marie, Benoît XV fait le vœu que les familles du monde entier se consacrent au Sacré-Cœur.

« C'est d'une façon toute spéciale et avec les sentiments de la plus vive reconnaissance, que Nous louons Dieu de la merveilleuse extension prise par l'Œuvre de la Consécration des familles au Sacré-Cœur. Ah, si toutes les familles se consacraient et remplissaient en même temps les obligations qui découlent de la consécration, le Règne social de Jésus-Christ serait assuré. »
Benoît XV, extrait de l'allocution du 6 janvier 1918, cf. Le Messager du Cœur de Jésus, 1918.

Le 14 janvier, il renouvelle clairement son appel :

« Nous désirons que les familles chrétiennes se consacrent solennellement au divin Cœur de Jésus, et dès maintenant Nous bénissons, toutes et chacune, les familles qui par là concourront à la reconnaissance sociale de la souveraineté d'amour du sacré Cœur de Jésus dans les familles chrétiennes. »
Benoît XV, cf. Le Messager du Cœur de Jésus, 1918.

Le 24 avril, Mgr Matteo Filipello, évêque d'Ivrea en Italie, fonde à Vische l'Institut de Béthanie du Sacré-Cœur, sur les bases du couvent fondé en mars 1914 par Louise-Marguerite Claret de La Touche.
A partir des Statuts rédigés par cette dernière en janvier 1914 (elle est décédée en mai 1915), le Père Charrier fait publier un opuscule intitulé
Appel aux prêtres : But, esprit et statuts de l'Alliance Sacerdotale universelle des Amis du Sacré-Cœur. Le 18 juin, Mgr Filipello érige canoniquement dans son diocèse l'Alliance Sacerdotale, qui "comprend tous ceux des prêtres catholiques du monde entier qui, voulant vivre de la doctrine de l'Amour Infini - Deus charitas est, - en pénétrer les âmes à eux confiés, se groupent, volontaires d'élite sous l'étendard du Sacré-Cœur, autour de leurs évêques respectifs, pour réaliser autant que possible le "Sint Unum" du Divin Maître, et renforcer ainsi toujours plus l'autorité du Saint-Siège, centre de l'Unité Catholique".

« Cette oeuvre que nous appelons "Alliance Sacerdotale universelle des Amis du Sacré-Cœur" pour honorer cette parole de Jésus-Christ à ses apôtres : "Je ne vous appellerai plus mes serviteurs mais mes amis" a pour but :
a) De grouper ensemble tous les prêtres du monde autour du Cœur adorable de Notre Seigneur Jésus-Christ pour les dresser comme une élite en face des erreurs et de la corruption de notre époque.
b) De restaurer et de développer l'esprit de famille et de solidarité de ce Corps Sacerdotal, d'y faire circuler un même esprit, d'y établir une plus complète unité de vue, un plus uniforme mouvement d'action.
c) De procurer la sanctification personnelle de ses membres par une dévotion véritable et pratique envers N.S. J.-C. et son Cœur Sacré, tabernacle de l'Amour Infini, et la sanctification des âmes en général par l'accroissement et la bonne direction de l'esprit apostolique. »
Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche, extrait des Statuts de l'Alliance Sacerdotale, Turin, Pierre Marietti, 1922.

Le 7 juin, première célébration nationale de la fête du Sacré-Cœur de Jésus dans l'ensemble des églises de France, suite au vœu formulé par les évêques l'année précédente.
Le 9 juillet, le Maréchal Foch consacre les armées alliées au Sacré-Cœur dans l'église du petit village de Bombon, et commence lui-même une neuvaine au Sacré-Cœur. L'offensive allemande déclanchée le 15 juillet en vue de prendre Paris échoue, et le succès de la contre-offensive du 18 juillet marque la deuxième victoire de la Marne.

« Hommage de reconnaissance au célèbre Maréchal Foch qui, pendant les cinq mois et demi qu'il est resté à Bombon, a fortement édifié les habitants de cette paroisse, autant par la vivacité de sa foi que par la simplicité de sa piété.
Aussi, le Dieu des Armées a-t-Il récompensé miraculeusement le génie de l'illustre généralissime.
Sans doute, nul n'oubliera la science, la valeur et la bravoure de ses officiers ni l'héroïsme de ses soldats.
Jamais non plus on n'oubliera qu'il a consacré le 9 juillet 1918 au Sacré-Cœur les armées françaises et alliées et qu'aussitôt sa neuvaine finie, le Ciel lui répondit le 18 juillet 1918 en lui accordant cette merveilleuse victoire qui fera pour toujours l'admiration des peuples et des plus grands capitaines. »
Plaque commémorative de l'église de Bombon.

« Si je devais faire l'historique de ce qu'ils furent, ces soldats, ce sont des pages d'épopée que vous entendriez. Ils ont dépassé toutes les limites de l'endurance, de la valeur, de la bonne volonté, Dieu sait en quelles épreuves terribles, par la durée et la violence. Les actes accomplis par les évêques, les fidèles et l'armée, pour réaliser le Message du Sacré-Cœur, en particulier le déploiement fréquent du drapeau du Sacré-Cœur sur le champ de bataille, joints aux prières, aux sacrifices et aux réparations de toute la France, lui ont attiré la protection du Christ. Ne nous lassons pas de l'en remercier. »
Maréchal Foch, séance d'ouverture du Conseil général de Tarbes, octobre 1919, in Ch. Marcault, Réalisons le Message du Sacré-Cœur.

Suite au décès du baron de Sarachaga, fondateur du Hiéron du Val d'Or en 1877, les époux Marthe (1865-1926) et Georges (qui sera ordonné prêtre le 10 juin 1930) de Noaillat ramènent l'Institut dans l'orthodoxie, et celui-ci perd peu à peu de son importance. Georges et Marthe de Noaillat seront à l'origine de l'Encyclique Quas Primas qui instituera la fête du Christ-Roi en décembre 1925. Le 9 septembre 1927, Pie XI élèvera la Société du Règne - devenue la Ligue du Christ-Roi - à la dignité d'Archiconfrérie Prima Primaria, sous le nom de Ligue Universelle du Christ-Roi, ayant son siège spirituel à la chapelle des Apparitions du Sacré-Cœur, et son centre d'action au Hiéron de Paray-le-Monial.
Le 11 novembre, signature de l'armistice.

1919 : Le Père Eusèbe Rinkes, sur les instances du Père Mateo, fonde en Espagne Le Règne Social du Sacré-Cœur dans les Familles Chrétiennes, revue internationale de l'Intronisation.
Le 30 mai, inauguration et bénédiction solennelle de la statue du Sacré-Cœur érigée sur El Cerro de los Angeles, colline de la banlieue de Madrid. Au cours de la Messe célébrée par l'évêque de la capitale espagnole devant des milliers de personnes rassemblées, en présence de nombreux évêques, prêtres et religieux (dont le Père Mateo), de détachements de l'armée, de représentants des corps de l'Etat, et de la famille royale qu'entoure le gouvernement au complet, Alphonse XIII, roi d'Espagne, lit l'acte de consécration.

« Cœur de Jésus, roi des rois et souverain de tous ceux qui gouvernent ici-bas, l'Espagne, nation de votre héritage et de vos prédilections, se prosterne aujourd'hui devant ce trône qui se dresse pour vous au centre de la Péninsule. Vous êtes venu sur la terre pour établir le règne de Dieu dans la paix des âmes rachetées : qu'il s'établisse donc parmi nous votre règne très saint, qui est le règne de la justice et de l'amour. De ces hauteurs que nous avons choisies pour vous comme symbole du désir qui nous anime de vous voir présider toutes nos entreprises, bénissez les enfants de ce peuple. »
Acte de consécration du 30 mai 1919, in P. Marcel Bocquet, Père Mateo apôtre mondial du Sacré-Cœur, Paris, Téqui, 1963.

Le 22 juin, dans une allocation aux directeurs de l'Apostolat de la Prière, Benoît XV redit toute l'importance qu'il attache à la consécration individuelle et familiale au Sacré-Cœur de Jésus :

« Il a bien lu dans Notre âme, celui qui y a découvert le propos de protéger, d'encourager, et pour ainsi dire, de faire nôtre l'Œuvre de la Consécration des familles au Sacré-Cœur de Jésus. […]
Le premier degré de l'Apostolat de la Prière consiste en ce qu'on consacre chaque jour au Sacré-Cœur tout ce qu'on a. De cette façon, au moyen de l'Apostolat de la Prière, on mènera une vie de consécration, la vie consistant somme toute en une série de jours. […]
Nous avons déclaré que nous voudrions voir reconnu de tous le Règne social de Jésus-Christ ; mais puisque la société se compose de familles, la consécration de celles-ci au Sacré-Cœur n'est-elle pas le moyen le plus efficace pour étendre et propager ce Règne social, qui est l'objet de tous Nos vœux ? […]
Une chose sur laquelle nous voudrions insister est que les familles consacrées doivent "vivre" leur consécration. Qui ne sait que cette consécration ne doit pas consister en une simple et passagère manifestation de vie chrétienne ? Elle doit être au contraire le principe d'une série d'actes capables de démontrer que la maison consacrée au divin Cœur est devenue le séjour de la foi, de la charité, de la prière, de l'ordre et de la paix domestique. Toute la vie de famille consacrée au divin Cœur doit se dérouler à l'ombre de ce céleste patronage ; dans le Cœur de Jésus les vieillards doivent puiser la force et les jeunes gens la prudence ; c'est en lui que les affligés doivent chercher leur consolation, et les malades la patience ; les mères doivent verser dans le Cœur de Jésus toutes leurs sollicitudes, et les parents leurs anxiétés pour l'avenir incertain de la famille. Mais cela ne suppose-t-il pas la réunion fréquente de la famille au pied de l'image du Sacré-Cœur, pour se raffermir dans le droit chemin, et pour trouver du soulagement dans la douleur, moyennant la prière faite en commun ? »
Benoît XV, extraits de l'allocution du 22 juin 1919, cf. Le Messager du Cœur de Jésus, 1919.

Le 15 août, le cardinal Amette promulgue une lettre pastorale qui annonce la consécration prochaine de la basilique du Sacré-Cœur.

« Le jeudi 16 octobre prochain, en l'Octave de saint Denys qui a sanctifié par son martyre la colline de Montmartre, en l'anniversaire de l'apparition de l'archange saint Michel sur le mont qui porte son nom et d'où il protège notre Patrie, à la veille de la fête de la bienheureuse Marguerite-Marie, Nous Nous proposons de consacrer l'église du Vœu national élevée par la France au Sacré-Cœur de Jésus. […]
Ce sera un cantique d'action de grâces plus expressif encore que nous ferons monter vers le ciel en consacrant l'église du Vœu national. Ce temple avait été promis au Cœur de Jésus après une guerre qui laissait la France humiliée et mutilée ; il Lui sera solennellement dédié après une autre guerre qui s'achève en une paix glorieuse et nous rend les chères provinces perdues. Il faut maintenant ajouter un mot à la devise du Vœu : ce n'est plus seulement la "France pénitente et dévouée", c'est la France reconnaissante qui offre cet hommage au Christ et à son Cœur Sacré. Christo ejusque sacratissimo Cordi Gallia poenitens, devota et grata. »
Cardinal Amette, extraits de la Lettre pastorale du 15 août 1919, in R.P. Jonquet et F. Veuillot, Montmartre Autrefois et Aujourd'hui, Paris, Bloud et Gay, 1920.

Le 7 octobre, en prévision de la consécration solennelle, Benoît XV adresse une lettre au cardinal Amette dans laquelle il met l'accent sur la charité universelle que la dévotion au Sacré-Cœur doit exciter dans les âmes.

« … Cette solennité est pour Nous comme une fête de famille, et Nous voulons y envoyer tout exprès un légat qui tienne Notre place à ces saintes cérémonies. […]
Nous sommes convaincus que Dieu a présenté le sacré Cœur de Jésus à la vénération spéciale des hommes en un temps très opportun, à savoir lorsqu'il sembla que l'amour pour Dieu, qui s'était refroidi chez un grand nombre, ne pouvait être rallumé que par le feu de l'amour de Dieu pour nous. […]
Si nous voulons rendre au divin Cœur de Jésus le culte qui lui sera le plus agréable, nous devons exciter dans nos âmes cette double charité envers Dieu et envers les hommes, alors même que ceux-ci seraient ou auraient été nos ennemis. Que tous se souviennent que le pardon de nos péchés nous est offert par le Seigneur à la condition que nous pardonnions nous-mêmes à ceux qui auraient été coupables envers nous. […]
Qu'à la prière de votre compatriote, la bienheureuse Marguerite-Marie, à laquelle il a si largement découvert les richesses de son Cœur, du haut de ce temple magnifique que vous avez élevé en l'honneur de son amour, Notre Seigneur embrasse et comble de grâces non seulement la France, mais le genre humain tout entier, de telle sorte que ce que la prudence des hommes a commencé dans la Conférence de Versailles, la divine charité le perfectionne et l'achève sur le Mont des Martyrs ! »
Benoît XV, extraits de la Lettre du 7 octobre 1919 au cardinal Amette.

Le 16 octobre, consécration définitive par le cardinal Amette (1850-1920) de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (consécration prévue initialement le 17 octobre 1914, et reportée du fait de la guerre), sous la présidence de l’Eminentissime cardinal Vico, légat du pape Benoît XV, et en présence de plus de 90 évêques ou archevêques français et étrangers, et d'une foule innombrable de pèlerins. C'est le Père Janvier, prédicateur à Notre-Dame, qui est chargé de l'homélie :

« C'est sous l'inspiration de son Cœur que Jésus rendait la santé aux corps, la pureté aux âmes, la vie aux cadavres. C'est en suivant son Cœur qu'il multipliait les miracles en vue de toucher Israël et qu'il pleurait sur l'aveuglement de Jérusalem. Son Cœur est le foyer où bat son plein l'amour qui ne veut connaître ni la colère ni la rancune, l'amour qui n'achève aucun roseau demi-brisé, qui n'éteint aucune mèche encore fumante, l'amour qui endure tout, l'amour que rien ne lasse, sinon la malice passée à l'inflexible obstination. Son Cœur est la source où s'abreuvent les êtres altérés de grâce et de miséricorde, le sanctuaire où Clovis, Jeanne d'Arc, Belsunce, Louis XVI cherchent le secours nécessaire pour vaincre le fléau de la guerre, de la peste, de la discorde ; le brûlant symbole que chantaient nos pères quand, au milieu des dangers et des tribulations, ils s'écriaient : "Vive le Christ qui aime les Francs !" Son Cœur est l'asile où notre âge inquiet ravive sa foi en Dieu et en son propre destin… »
P. Janvier, extrait de l'Homélie du 16 octobre 1919, in R.P. Jonquet et F. Veuillot, Montmartre Autrefois et Aujourd'hui, Paris, Bloud et Gay, 1920.

Le cardinal Vico, avant d'ériger l'église en basilique mineure, intervient à son tour :

« Le Sacré Cœur de Jésus veut régner par l'amour, et il attend les hommages de tous. En conséquence, que la consécration de ce temple matériel soit un stimulant pour la consécration des individus, des familles et des nations au Sacré Cœur. Après les commotions profondes des années terribles de la guerre, quoi de plus opportun et de plus avantageux pour la régénération chrétienne de la société ? Jésus-Christ ne doit-il pas prendre possession de la royauté que Dieu son père lui a octroyée sur toutes les nations de la terre ? C'est à votre nation glorieuse que Jésus-Christ a donné les prémices de l'infinie tendresse de son Cœur ; que ce divin Cœur soit ici le bouclier de la foi, l'aliment de la piété, le remède contre l'erreur. »
Cardinal Vico, 16 octobre 1919, in R.P. Jonquet et F. Veuillot, Montmartre Autrefois et Aujourd'hui, Paris, Bloud et Gay, 1920.

Les cérémonies se poursuivent jusqu'au dimanche 19 octobre, marquées par de nouvelles célébrations en la basilique. Le dernier jour du Triduum, Mgr Rumeau, évêque d'Angers, prononce la dernière homélie de ces festivités ;

« Que la dévotion au Cœur de Jésus se répande de plus en plus dans les masses populaires pour ramener les cœurs pervers et réchauffer les cœurs refroidis ! Avec elle nous verrons la religion refleurir, les chrétiens s'affirmer, l'action catholique progresser, l'esprit religieux qui sommeille dans un trop grand nombre d'âmes se réveiller, accomplir des merveilles et assurer la paix aux consciences.
Que la dévotion au Cœur de Jésus pénètre de plus en plus dans les foyers, où son image aura été intronisée, et l'on y verra avec l'honneur et la vertu, régner la paix et l'harmonie, parce que l'Evangile y sera pris au sérieux, parce qu'on y professera toute la foi et qu'on y accomplira toute la loi.
Que la dévotion au Cœur de Jésus trouve accès dans les sphères de la vie publique ; que, pour suppléer à des abstentions regrettables, les représentants du peuple dans les conseils de la nation, des départements ou des communes, se consacrent solennellement, comme cela s'est vu dans des régions privilégiées, en leur nom et au nom des populations dont ils sont les mandataires, à ce Cœur adorable ; que cet exemple magnifique trouve de nombreux imitateurs ; qu'il s'en suive une affirmation courageuse et une pratique sincère de la foi, qu'adviendra-t-il ? Ce sera le rétablissement de l'ordre, et par là même ce sera l'affermissement de la paix à tous les degrés de l'échelle sociale, parce que l'humilité du Cœur de Jésus aura pénétré dans les âmes, avec le sens chrétien. »
Mgr Rumeau, extrait de l'Homélie du 19 octobre 1919, in R.P. Jonquet et F. Veuillot, Montmartre Autrefois et Aujourd'hui, Paris, Bloud et Gay, 1920.

Le 30 novembre, publication de l'Encyclique Maximum illud de Benoît XV, en laquelle il fait l'éloge de l'Apostolat de la Prière.

« Nous recommandons vivement l'Apostolat de la Prière à tous les fidèles sans exception, souhaitant qu'aucun n'omette d'en faire partie. »
Benoît XV, extrait de l'Encyclique Maximum illud, du 30 novembre 1919.


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