La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Résumé historique et théologique




4. Renouvellement de la dévotion au Sacré-Cœur : du XIV° au XVII° siècle

Les Carmes et Carmélites

· Claire-Marie de la Passion (Victoire Colonne, †1575), fondatrice des Carmélites de Regina Coeli à Rome, dont la Vie fut publiée à Rome en 1681. Mère Claire-Marie y décrit ses expériences mystiques : "J'entrai dans un profond recueillement, et je me sentis intérieurement tirée dans les plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Au même instant je fus ravie et hors de moi… Mon âme était attirée avec une force délicieuse dans le sacré côté de Jésus-Christ, et jusque dans son Cœur… Je comprenais que ce Cœur divin était plein d'amour, mais d'un amour si pur, que je n'ai pas de paroles pour l'exprimer. Je voyais mon âme comme plongée dans ce Cœur… Et me sentant ainsi dans le Cœur de Jésus-Christ, je connaissais avec clarté, avec efficacité, et avec une joie inexplicable, que ce lieu, c'est-à-dire la poitrine et le Cœur de Jésus, était un lieu très éminent".
· Sainte Thérèse d'Avila (1525-1582, canonisée en 1622), réformatrice du Carmel aux côtés de saint Jean de la Croix (1542-1591), dont on connaît la Vie, le Chemin de la perfection, et le Château intérieur, tous publiés de façon posthume. Elle écrit dans une Lettre à Velazquez, évêque d'Osma, en 1581 : "Vous mettrez devant vos yeux, ceux du corps et de l'âme, l'image de Jésus crucifié. […] La plaie de son côté, par laquelle il nous laisse voir son Cœur à découvert, vous révélera l'indicible tendresse d'amour qu'il nous a marquée, lorsqu'il a voulu que cette plaie sacrée fût notre nid et notre asile, et qu'elle nous servît de porte pour entrer dans l'arche au temps des tentations et des tribulations. Vous le supplierez, que, comme il a voulu que son côté fût ouvert pour preuve de l'amour qu'il nous portait, il fasse par sa bonté que le nôtre s'ouvre à son tour, que nous lui découvrions nos misères et que nous lui en demandions avec succès le remède".
· Sainte Marie-Madeleine de Pazzi (Catherine de Geri de Pazzi, 1566-1607, canonisée en 1669), l'une des plus grandes mystiques italiennes, favorisée d'extases exceptionnelles, stigmatisée en 1584 (les marques restant invisibles), dont la Vita écrite par Vincenzo Puccini fut publiée à Venise en 1675, et une Vita ed estasi en 3 volumes en 1893. Elle vécut l'échange de son cœur avec le Cœur de Jésus le 10 juin 1584. Dans une lettre adressée à sainte Catherine Ricci, elle écrit que les souffrances et les prières "seront autant de flèches qui blesseront le Cœur de notre Epoux et le provoqueront à lancer tant d'autres flèches de son amour aux âmes consacrées à Lui et si désunies…". On trouve dans la III° partie de ses Œuvres de belles lignes sur le Cœur du Sauveur (ch. XXII) : "Quel est le nom du vase qui contient cette douce liqueur [de l'amour] ? Ce vase s'appelle le Cœur du Verbe. Tout petit qu'il est, il la contient cependant malgré son abondance, et il aspire à la répandre dans un vase plus petit encore, qui est le cœur de la créature… Oh ! que c'est bien à juste titre que le Cœur du Verbe incarné fut choisi pour être la source de cette précieuse liqueur ! De quelle montagne vit-on jamais sortir une source si abondante ?… Quelle fontaine possède des eaux plus limpides que cet amour très pur ? Ces eaux sont si abondantes qu'elles arrosent le ciel et la terre".
· Jean de Jésus-Marie (1564-1615), carme espagnol, qui écrit : "Pour intensifier la reconnaissance, on formera le désir d'entrer en possession de tous les cœurs qui, au ciel et sur la terre, sont agréables à Dieu, afin d'offrir à ce Dieu si bon l'immense somme d'actions de grâce s'élevant de tous ces cœurs, comme si elle jaillissait d'un seul et même cœur. Surtout on voudrait s'emparer du Cœur de la bienheureuse Vierge Marie et, mieux encore, du Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, afin d'enflammer davantage l'ardeur de la reconnaissance dont on aspire à s'embraser".
· Madeleine de Saint-Joseph (1578-1637), Mère du Carmel de la rue Saint-Jacques à Paris où se rendaient souvent les dames de la cour, et la reine elle-même. La duchesse de Longueville écrit dans sa déposition pour le procès de béatification de Mère Madeleine : "Elle m'a quelquefois parlé en particulier d'honorer le Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de lui demander qu'il sanctifiât tous les mouvements du mien par ceux du sien très saint et divin, et j'ai connu, par tout ce qu'elle m'en a dit, qu'elle avait une dévotion et très particulière application à ce sacré Cœur du Fils de Dieu".
· Marguerite du Saint-Sacrement (1619-1648), dite la "Carmélite de Beaune", célèbre pour sa dévotion à la Sainte Enfance. On trouve la marque de son attachement au Sacré-Cœur dans sa Vie écrite par le P. Amelote, qui rappelle que la France lui attribue pour une part la naissance de Louis XIV, le Sacré-Cœur ayant répondu favorablement à ses prières : "Puise ce que tu voudras dans mon Cœur, rien ne te sera refusé. Je t'accorde le Dauphin que tu demandes". A noter que le texte qui suit (extrait du Livre III de sa Vie) est également cité par Jean Eudes dans le Cœur admirable : "Il lui fit paraître son Cœur comme une vaste et immense fournaise d'amour, et l'y enferma les jours et les nuits, l'espace de trois semaines ou d'un mois. Là, elle puisa toutes sortes de grâces dans leur source, et parvint à une telle sainteté, que ses progrès parurent plus grands en un seul jour qu'ils n'avaient été auparavant en des années entières. Tantôt ce Cœur divin la brûlant toute comme un feu très vif, consumait en elle ses imperfections ; tantôt elle y était plongée comme dans un abîme de charité… Tantôt elle y était lavée comme dans une fontaine de pureté… Elle remarqua ce double mouvement d'élévation et de compression qui a été connu dans le Cœur de Jésus-Christ par d'autres saints, et elle comprit que ce Cœur se resserrait afin de se remplir du divin Esprit pour soi-même, pour aimer en son propre nom Dieu le Père, pour s'offrir à lui en sacrifice, pour s'anéantir devant sa Majesté, pour s'unir à toutes ses adorables perfections, pour lui rendre tous ses propres devoirs ; et qu'il se dilatait afin d'épandre dans son esprit dans tous ses membres, et de communiquer à son Eglise, qui est son corps, la chaleur vitale qu'il avait produite pour soi-même. Elle aperçut dans ce Cœur un océan sans fond et sans rives d'amour envers Dieu le Père, une possession et une jouissance de sa divine bonté, un repos en son infinie béatitude, un calme et une paix qui surpassaient toute intelligence, un trésor incompréhensible de toutes les vertus…". Les lignes qui suivent, extraites également de sa Vie (Livre V, chap. V), préfigurent les révélations que recevra Sœur Faustine au XX° siècle : "Une fois le Fils de Dieu lui montra deux rivières qui sortaient de son côté ouvert, dont l'une se répandait incessamment sur toute la terre, et l'autre qui de sa nature ne demandait qu'à prendre son cours était arrêtée par la main de Jésus-Christ. « Ce fleuve qui se répand, dit-il, c'est ma miséricorde qui est ouverte aux pécheurs ; l'autre que je retiens de ma main, c'est ma justice dont j'empêche les effets durant cette vie, afin de donner lieu à la pénitence… » A l'instant que le Fils de Dieu lui ouvrit son côté, il lui fit connaître les grands crimes qui se commettaient dans le monde…".

Suite...


Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

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