La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Résumé historique et théologique




4. Renouvellement de la dévotion au Sacré-Cœur : du XIV° au XVII° siècle

Les Ursulines

· Anne de Beauvais (1587-1620), de Bordeaux, qui confie à son confesseur le P. Loyrot S.J. qu'elle a été favorisée de la grâce de l'échange des cœurs avec le Seigneur.
· Anne de Xainctonge (1567-1621), fondatrice des religieuses de Sainte-Ursule de la très Sainte-Vierge, dites à Tours les Dames de Lignac. On trouve dans sa Vie écrite par le P. Binet S.J. un texte de la Mère Anne qui montre son profond attachement à la plaie sacrée du Sauveur lorsqu'elle assiste à la Messe. L'original de ce texte se trouve dans les Instructions que la V. M. Anne de X. a laissées écrites de sa main (Besançon, 1747) : "Je m'en vais faire un vol au côté de Notre-Seigneur, considérant pourquoi il l'a laissé ouvert. C'est afin de me témoigner son amour, et aussi pour me convier de m'y aller reposer, afin de m'unir et conjoindre étroitement avec lui".
· Etiennette Guyot (1626-1642), jeune Sœur du monastère de Beaune, qui fut favorisée d'une vision de Notre-Seigneur : "Il m'a dit : Aime-moi, marche après moi. Approche ta bouche, ma fille bien-aimée, et la mets sur la plaie de mon Cœur, bois et en suce les divines liqueurs, tant que je te le permettrai".
· Charlotte Rouault (1618-1644), d'Abbeville, qui n'aspirait qu'à se loger dans le Cœur du Sauveur.
· Mère Marie-Germaine Tiercelin (†1649), du monastère de Pontoise, qui vit un jour le Seigneur lui découvrir "son côté ouvert et son Cœur brûlant d'amour pour elle, lui faisant en même temps entendre que son Cœur divin et le sien étaient si unis qu'ils ne faisaient plus qu'un cœur".
· Mère de Jasse (1614-1656), supérieure du monastère d'Ussel, qui vécut la grâce de l'échange des cœurs : "Il me plaît de prendre le tien, c'est un de mes trésors" lui dit le Seigneur.
· Antoinette Miette (1592-1657), Sœur à Roanne, qui reçut la même grâce alors qu'elle était encore dans le monde. Elle parvint à convertir son mari, qui entra comme coadjuteur dans la Compagnie de Jésus, et elle obtint pour elle-même son admission chez les Ursulines.
· Marie Prévostière (1623-1662), Sœur de Saint-Jean d'Angély, favorisée d'une vision du Cœur de Jésus dans les derniers instants de sa vie. Les Chroniques de l'Ordre rapportent : "Quand elle reçut la Communion, elle vit une lumière brillante auprès de son lit, avec un Cœur au milieu de cette lumière, qui causait de grandes palpitations au sien comme pour aller joindre ce beau Cœur. En effet il lui sembla que son cœur s'en étant approché, il se fit un mélange de ces deux cœurs, de même que si ce n'en eût été qu'un. Cette vue causa un incendie d'amour dans son âme, dont elle serait morte à son avis, si l'infirmière ne l'eût retirée de cet excès".
· La Bienheureuse Marie de l'Incarnation (1599-1672)


Les Visitandines

On trouve dans la Vie de plusieurs Supérieures de la Visitation, publié à Annecy en 1693, ainsi que dans l'Année sainte de la Visitation, quelques religieuses qui manifestent leur attachement au Cœur du Sauveur, précédant de peu les visions reçues par Marguerite-Marie Alacoque.

· Mère Anne-Catherine de Beaumont (1588-1656), qui relate qu'au cours de ses solitudes des années 1651 et 1653, "Le Très Saint Sacrement de l'autel a été ma joie, tout mon bonheur et toute mon occupation ; mon âme ayant été cachée par l'amour dans le Cœur de mon Jésus caché, immolé et dans un état d'hostie… dans ce divin Sacrement…".
· Mère Anne-Marguerite Clément (1593-1661), fondatrice du monastère de Melun, à qui il est donné de connaître la vocation de l'Ordre de la Visitation concernant la dévotion au Sacré-Cœur : "Il n'y avait point d'ordre qui fît profession de rendre hommage à ce divin Cœur… Celui de la Visitation est établi pour rendre un continuel hommage à son Cœur, et pour imiter sa vie cachée". Dès 1619, elle se trouve favorisée de nombreuses visions du Sauveur, qui l'invite à pénétrer son Cœur : "Il lui montra son Cœur tout couvert de plaies. Il lui en fit remarquer une qui était si grande qu'elle pouvait par cette ouverture entrer dans ce divin Cœur ; en effet, elle fut tirée par cet Amant victorieux, qui voulut bien être vaincu. Elle passa le jour dans ce Paradis de délices ; après quoi Notre-Seigneur, étant de nouveau venu la visiter, lui dit : A présent, je veux, à mon tour, entrer dans ton cœur et y amener avec moi toute la Trinité". Elle connaît le mariage mystique, l'impression du Nom du Seigneur sur son cœur, puis l'union des cœurs : "Mon Nom sera désormais les armes avec lesquelles tu combattras tes ennemis et tes vices. Je veux qu'il y en ait d'offensives et de défensives ; et comme je fais toutes choses avec perfection et amour, j'applique mon Cœur sur le tien et ainsi je rendrai tes armes éclatantes par la charité". En 1630, elle vit l'échange définitif des cœurs : "Il lui a plu, par un moyen que je ne puis comprendre et beaucoup moins exprimer, de tirer mon cœur hors de moi-même pour y placer le sien, de façon qu'il me paraît, à présent, que je n'ai point d'autre cœur que celui de Jésus. Ensuite, il a pris le mien et l'a posé dans son Cœur adorable, mais si avant qu'il ne me paraît plus. Que ce Cœur de mon Jésus renferme en lui de sainteté et de perfection ! C'est un abîme d'amour". Ces colloques divins se poursuivront jusqu'à sa mort en 1661. Sa Vie publiée en 1686 par son directeur Barnabite le Père Galice, sera connue de Marguerite-Marie, qui en fera part au Père Croiset (Lettres inédites, III, 125).
· Mère Marie-Pacifique Collet (†1664), de la Visitation de Périgueux, qui rapporte que le Seigneur la fit "approcher de son Cœur sacré (et) reposer sur ce Cœur adorable, un long espace de temps".
· Mère Françoise de la Fléchère (1608-1665), qui souffre du départ de sainte Chantal, et se réjouit de l'arrivée de la Mère de Chatel, et qui - pour ne pas se laisser aller à ses sentiments - fait un "pacte avec son cœur, que pour honorer les douleurs et les joies des Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, elle ne donnerait point de marques de la douleur que lui causait le départ de la Vénérable Mère ni de la joie qu'elle avait de la venue de la Mère de Chatel…".
· Sœur Claude-Angélique Garnier (†1667), de la Visitation de Nantes, à qui le Seigneur confie "que la demeure des âmes anéanties est le Cœur de Jésus, et qu'il les chérit comme la prunelle de ses yeux".
· Mère Anne-Marie Rosset (1593-1667), au premier monastère d'Annecy, qui communie en 1614 au Cœur du Sauveur alors qu'elle baise un crucifix. Les Archives de la Visitation d'Annecy disent qu'elle fut "la première fille de la Visitation à qui le divin Maître découvrit les trésors de son Cœur adorable". La religieuse écrit : "Il me serait impossible de dire ce qui se passa en moi dans cet emportement de mon cœur et de mon esprit dans le Cœur de mon Dieu. Il me semblait que ce divin Cœur disait au mien chétif : « Nous ne nous séparerons jamais, nous nous aimerons éternellement cœur à cœur ; je te reçois pour ma fille et mon épouse, j'aurai toujours soin de toi. »".
· Mère Marie-Constance de Bressand (1593-1668), visitandine de Grenoble, qui écrit : "Considérant un jour Notre-Seigneur sur la croix, il me fut dit que son côté était ouvert afin de nous montrer son amour et à dessein de recevoir tous nos cœurs dans le sien. J'y voulus aussi jeter le mien ; mais cette grâce me fut refusée à cause de mon indignité. Toutefois je compris que ce refus n'était que pour me faire le demander avec plus d'ardeur, ce que je fis avec grande affection. Et alors mon cœur fut tiré près de ce Sacré Cœur, qui s'y joignit et serra d'une manière très intime pour lui imprimer ses vertus, et pour le fermer de telle sorte qu'il n'y puisse entrer aucune affection que celle de l'amour. Puis, par des paroles toutes de dilection, ce divin Cœur m'assura de sa spéciale protection et assistance en toutes les occasions où j'aurai recours à lui. Je suis restée pleine de confiance en ce Sacré Cœur de Notre-Seigneur, lequel depuis j'ai souvent invoqué, non sans être toujours soulagée et fortifiée…".
· Sœur Françoise-Emmanuel de Novéry-Vidano (†1669), qui s'est vue à plusieurs reprises enfermée dans le Cœur de Jésus, au cours de ses oraisons et de ses communions.
· Sœur Marie-Madeleine de la Marche (†1670), du monastère de Poitiers, qui écrit : "Mon Dieu, je fais ce pacte avec votre immense bonté, que dans toutes les occasions où mon esprit pourrait succomber et mon cœur se troubler, je retirerai tout mon être dans votre divin Cœur comme dans son centre, pour adorer votre Etre éternel par un profond silence intérieur et extérieur, par une profonde soumission à votre adorable Volonté et à tous vos divins décrets sur la conduite de mon âme".
· Sœur Marie-Séraphique de Gaillard (†1682), du monastère d'Aix, qui raconte longuement dans ses comptes rendus d'oraison qu'elle pénétra fréquemment dans le Cœur de Jésus.
· Sœur Marie-Agnès Despanès (1630-1682), qui relate ainsi une semblable expérience : "Un jour de ma retraite [vers 1650], comme j'entrais en oraison, le sujet que j'avais préparé fut tout à coup effacé de mon esprit et il me fut donné au même instant une vue de Jésus crucifié… Mes yeux s'arrêtèrent principalement sur la plaie sacrée du côté de Notre-Seigneur d'où coulait une précieuse liqueur. Je vis ensuite plusieurs colombes, blanches comme la neige, qui voltigeaient tout autour et qui s'approchaient l'une après l'autre pour se désaltérer à l'ouverture de cette plaie divine, ce qu'elles paraissaient faire avec une indicible joie. Je me vis moi-même parmi ces heureuses colombes, et j'allais boire la dernière, me trouvant ainsi sur le bord de cette délicieuse fontaine jusqu'à ce qu'il me fut dit : « Entre plus avant. » J'obéis promptement et je me trouvai comme plongée et abîmée dans un océan de douceurs inexprimables…".
· Mère Philiberte-Emmanuel de Monthoux (1623-1683), dont l'auteur des Vies de plusieurs Supérieures de la Visitation dit "qu'elle était si bien instruite en l'école intérieure du Cœur de son Epoux crucifié, que l'amertume et l'abjection lui tournaient toujours à compte…".
· Sœur Suzanne-Marie des Riants de Villerey, du monastère de Lyon, qui communie le Vendredi Saint de l'année 1666 au côté de Jésus, de telle sorte que "la substance de ce Cœur amoureux se répandait dans le sien, n'en faisant qu'un des deux".
· Sœur Marthe-Angélique Gaultier (†1692), qui écrit en 1668 (le style du texte a été retouché, peut-être par Letierce, qui en fait mention dans son Etude sur le Sacré-Cœur) : "Vous savez, Vierge sainte, Mère de mon Sauveur, que je n'ai qu'un seul désir et une volonté unique : c'est d'être unie à Dieu et à vous, ma bonne Mère ; c'est d'aimer ce divin maître parfaitement et ardemment. Mais de qui puis-je obtenir cette grâce, sinon de vous, ô Vierge sainte, qui êtes la mère d'amour ? Prenez mon cœur, abîmez-le dans le vôtre, et par vous, dans celui de Jésus-Christ. Qu'il soit perdu en lui comme la goutte d'eau dans l'océan, le rien dans le tout ; ou plutôt qu'il soit tout consumé dans les flammes de l'amour".
· Sœur Jeanne-Bénigne Gojoz (1615-1692), Sœur converse du monastère de Turin en Italie, dont on apprend dans la Vie écrite par la Mère Marie-Gertrude Provane de Leiny (Turin, 1846), qu'il lui fut révélé surnaturellement les grâces reçues en France par Marguerite-Marie. Elle fut également favorisée de la grâce de l'union des cœurs : "L'amour me cacha en Jésus, et je me trouvai dans le Cœur adorable de mon Sauveur, où je demeurai comme perdue à moi-même durant trois ans entiers". Elle voit un jour son propre cœur "entre les divines mains de cet Amour incréé qui le tenait comme dans un vase très riche. Je connus que ce vase était le Cœur de Jésus, et on me dit : Jésus a pris votre cœur, mais il vous donne le sien, qui contient le vôtre. Je le vis alors si petit, ce pauvre cœur de Bénigne, que j'en restait affligée, le trouvant si borné et si peu capable de contenir beaucoup d'amour… Alors l'Amour même me consola de mon impuissance et me dit : ma colombe, je répare tous vos défauts d'amour par mon amour, sa petitesse par l'amour du Cœur de Jésus, ses faiblesses par ma bonté toute-puissante. Enfin, le Cœur de Jésus et le vôtre, Bénigne, sont unis".
· Sœur Marie-Guillemette Dumas (1610-1694), de la Visitation de Chartres, auteur d'une belle prière au Sacré-Cœur que nous avons jointe au chapitre des Prières et Litanies.
· Sœur Marie-Michel Bouffard (1611-1698), Sœur converse de la Visitation de Nantes, qui fut en relation intime avec le Cœur de Jésus. Ses historiens racontent qu'un jour "elle entendit le Sauveur lui adresser ces paroles : « Tenez-vous à mes pieds, comme Madeleine, pour y entendre les leçons de mon amour » en même temps lui présentant son divin Cœur, il lui fit cette amoureuse invitation : « Voilà l'autel de vos oraisons. » En deux rencontres elle reçut une visite de Notre-Seigneur qui, lui découvrant sa poitrine et lui montrant son Cœur sacré, lui dit : « Voici le lieu où vous devez passer le reste de vos jours dans l'exercice de l'amour… Voici votre lit de repos pour l'éternité. » Ces paroles la ravirent : « Cœur de Jésus, s'écria-t-elle, Maison d'oraison, on y voit tout, on y entend tout, on y apprend tout, on y contemple cette beauté souveraine qui captive les cœurs... »".
· Sœur Marie-Gertrude de Provane de Leiny (†1700), de la Visitation de Turin, rédactrice de la Vie de la Sœur Gojoz (cf. ci-dessus), et auteur d'un Eclaircissement sur la Fête du Sacré-Cœur de Jésus. Elle vécut elle-même le 20 août 1650 un tel assaut de l'amour divin qu'une de ses côtes en resta courbée autour du cœur.

Suite...


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