Cantiques

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Il existe de très nombreux cantiques écrits à la gloire du Sacré-Cœur. Nous reproduisons tout d’abord ci-dessous ceux qui ont été rédigés par Marguerite-Marie, tels qu’il figurent en fin du tome second de Vie et Œuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque (Paray-le-Monial, 1867), et avec quelques modifications mineures dans une édition du XVIII° siècle de la Dévotion au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ (A Poitiers, chez F. Barbier, Imprimeur – Libraire). Nous donnons ensuite quelques chants, extraits d’une part du Manuel des Maisons d’Education Chrétienne de l’Abbé Dupanloup (Paris, Poussielgue Rusand, 1843), qui accompagnaient les textes explicatifs de la Fête du Sacré Cœur de Jésus, et extraits d’autre part d’un recueil paroissial qui avait cours au début du XX°, destinés à la célébration du Mois du Sacré-Cœur. Le premier des chants reproduits sous cette troisième rubrique est un de ceux qui furent entonnés lors des processions du mois de juin 1873 à Paray-le-Monial. Nous clôturons ce chapitre par un cantique extrait du Formulaire de prières de l’Association en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus et du Saint Cœur de Marie (Toronto – Paris, Périsse Frères, 1852).

Cantiques au Sacré-Cœur de Jésus, composés par Marguerite-Marie

Vie et Œuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque (Paray-le-Monial, 1867), t.II.

Dévotion au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ (A Poitiers, chez F. Barbier, Imprimeur – Libraire, s.d. – XVIII° siècle).

Cantique I, en l’honneur du saint Sacrement

(sur l’air : Réveillez-vous, belle endormie)



C’est dans la sainte Eucharistie

Que j’ai trouvé mon vrai trésor :

Jésus, pour m’y donner la vie,

S’y tient dans un état de mort.

C’est à l’ombre de cette Hostie

Qu’il a blessé mon pauvre cœur ;

Pour lui communiquer sa vie,

Il s’en est rendu le vainqueur.

S’il ne fallait rien que ma vie

Pour recevoir ce Dieu d’amour,

Hélas ! que je serais ravie

De la donner cent fois le jour !

Si pour avoir un Dieu que j’aime

Il faut un parfait dénuement,

Je quitte tout, jusqu’à moi-même,

Pour Jésus au saint Sacrement.

Si mon Epoux veut la souffrance,

Pur amour ne m’épargnez pas !

Car pour avoir sa jouissance,

Je veux souffrir jusqu’au trépas.

Pourquoi me cacher votre face,

Puisque je ne veux rien que vous ?

Que vous plaît-il donc que je fasse,

Pour jouir d’un objet si doux ?

Coupez, brûlez, c’est vous que j’aime !

Contentez-vous à mes dépens ;

Et si ma douleur est extrême,

C’est l’amour qui fait mon tourment.

Il est une fournaise ardente

Qui brûle sans se consommer ;

Hélas ! que j’y serais contente

De m’y pouvoir toute abîmer !

Le cœur pur qui vous sert de couche

Trouve en vous sa joie, sa douceur ;

Mais le cœur souillé qui vous touche

Ne trouve en vous que des rigueurs.

Pour calmer la sainte justice,

Jésus la victime d’amour,

Voulant nous garder du supplice,

Fit ce mystère pour toujours.

L’âme pure y trouve la vie,

La méchante y trouve la mort ;

Toutes deux dans la même Hostie,

Rencontrent un différent sort.

Le cœur souillé semble la boue,

Divin Soleil, à vos ardeurs,

Mais le cœur aimant qui vous loue

Semble un parterre plein de fleurs.

Amour du Ciel et de la terre,

Venez et régnez dans mon cœur,

Et me rendez ce beau parterre

Tout rempli de fruits et de fleurs.

Je suis une biche harassée

Qui cherche la source d’amour ;

La main du chasseur m’a blessée,

Son dard me brûle nuit et jour.

Souffrir, aimer, c’est mon délice,

Je ne veux plus d’autre plaisir ;

Tout le reste m’est un supplice :

Aimer, souffrir, c’est mon désir !

Je veux tout souffrir sans me plaindre,

Mépris, douleurs, peine et travaux.

L’amour m’empêche de rien craindre ;

Lui seul adoucit tous mes maux.

Perdez-moi en vous, ô ma source,

Comme une goutte d’eau en mer !

Mourir, ou aimer sans ressource !

Car tout le reste m’est amer.

Je suis pure quand je vous touche,

Vos baisers font la sainteté ;

Et quand mon cœur vous sert de couche,

De joie il est tout transporté.

L’Amour m’a fait un épithème

Qui me blesse et me fait languir ;

Bien que ma douleur soit extrême

Je ne voudrais pas en guérir.

Sur le Thabor ou le Calvaire,

En tout lieu je ne veux que vous.

Dans vous, mon Dieu, je me veux plaire,

Car vous êtes un Epoux jaloux.


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Cantique II, au sacré Cœur de Jésus

(sur l’air du Confiteor, ou de Léandre)



Le Cœur de Jésus m’a appris

Que l’amour est un grand mystère :

Soit pour le corps, soit pour l’esprit,

Il faut tout souffrir et tout faire.

Je bénis mille fois mon sort,

Si l’amour me donne la mort.

Sitôt que l’amour m’eut vaincue

Je croyais d’en perdre la vie ;

Mais voyant mon cœur abattu,

Il lui donna de l’eau de vie

Qu’il avait pris au sacré Cœur,

Par la plaie de mon Sauveur.

A tout autre qu’au pur amour

J’aurais bien disputé la gloire ;

Mais je n’en veux d’autre en ce jour

Que de lui céder la victoire ;

Car son dard était si pointu

Que mon cœur en fut abattu.

Je bénis mille fois mon sort

D’une si heureuse surprise ;

En aimant, je fis un effort

Pour prendre, et d’abord je fus prise

Dans les filets de mon vainqueur,

Qui seul possédera mon cœur.

Par les ardeurs du pur amour

Ma course s’en fera plus vite ;

Car il fait souffrir nuit et jour

Toutes ses pauvres Sunamites ;

Il leur fait souffrir mille morts,

Par tous ses amoureux transports.

Je suis au Cœur de Jésus-Christ,

M’en dût-il coûter mille vies,

Puisqu’en lui mon nom est écrit.

Pour l’aimer, je suis une hostie

Sacrifiée à tout souffrir :

Je ne veux plus d’autre plaisir.

Pour faire ma confession

De ce qui le plus me tourmente,

C’est ma grande dissipation

Qui m’empêche d’être fervente,

Pour consommer vite mes jours

Dans les ardeurs du pur amour.

L’amour me presse incessamment

De lui faire des sacrifices

De tous ces vains contentements,

Pour n’avoir plus d’autres délices

Que de me voir humilier,

Et en tous lieux crucifier.

Si vous voulez que la douleur

Consomme ce reste de vie,

Je suis prête, mon doux Sauveur,

D’être immolée, c’est mon envie,

A toute sorte de tourments,

Pourvu que je meure en aimant.

Oui, je veux mourir sur la croix,

Toute nue et pauvre et souffrante ;

Jésus étant mort sur ce bois,

Je n’ai plus rien qui me contente

Que la mort, la croix et l’amour,

Pour lui rendre quelque retour.

Pourquoi, ô mon unique Epoux !

Ne m’ôtez-vous pas la puissance

D’aimer autre chose que vous,

Et de commettre aucune offense ?

Otez-moi cette liberté,

Elle m’expose à vous quitter.

Plus l’on contredit mon amour,

Plus cet unique bien m’enflamme ;

Que l’on m’afflige nuit et jour,

On ne peut l’ôter à mon âme.

Et plus je souffre de douleur,

Et plus il m’unit à son Cœur.

Ah ! Je voudrais aimer mon Dieu,

Autant que les damnés le haïssent ;

Et brûler d’amour en ce lieu,

Comme ils brûlent dans leurs supplices.

N’aimer pas, c’est là leur tourment,

Moi, je veux mourir en aimant !

Qui dit pur amour, dit la Croix.

De toutes sortes de souffrances

Je suis accablée sous ce poids,

Sans souhaiter ma délivrance ;

Que je chéris cet heureux sort,

Si l’amour me donne la mort !

Pur amour, tu es sans pitié

D’un si long et rude martyre !

J’ai beau soupirer et crier,

Hélas ! tu ne fais que d’en rire.

Du moins fais-moi ce doux plaisir,

Que l’amour me fasse mourir.

Sacré Cœur ! donnez-moi l’amour

Dont tant d’autres âmes se privent,

Ne vous donnant point de retour,

Crainte de se rendre captives.

Je la veux être pour toujours

Dans la prison du pur amour.

J’ai perdu mon cœur en aimant ;

On me l’a dérobé sans crime :

Le plus beau de tous les amants,

M’a fait ce larcin légitime.

J’aurai le sien, ou le trépas,

Puisque sans cœur on ne vit pas.


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Cantique III, au sacré Cœur de Jésus

(sur l’air d’une bourrée figurée : Barbe grise, allez-vous en)

Hors du Cœur de Jésus,

Rien ne me charme plus.

J’y ferai ma demeure,

Que je vive ou je meure ;

Je serai pour toujours

Sa victime d’amour.

Dans ce divin séjour

L’on ne vit que d’amour,

L’on y souffre un martyre

Qui vaut mieux qu’un empire,

Et c’est un grand bonheur

D’en sentir la rigueur.

Ou souffrir, ou mourir !

Courir pour parvenir

A ce Cœur plein de gloire !

Il sera ma victoire,

Parmi tous les tourments

Que l’on souffre en aimant.

Il m’a fait un festin

Où l’amour sert de vin.

Bienheureux qui s’enivre,

Et qui ne peut plus vivre

Sans ce vin précieux

Qui découle des Cieux !

Buvez de ce bon vin,

Il chasse tout venin,

Il guérit nos blessures,

Il rend nos âmes pures.

J’en veux boire à long trait

Pour tenir mon cœur gai.

Je suis un cierge ardent

Pour le saint Sacrement.

C’est ma plus grand envie,

De consommer ma vie,

Comme un cierge allumé,

Devant mon Bien-Aimé.

Tout mon contentement

Est au saint Sacrement.

C’est un doux épithème,

Qui guérit, quand on l’aime,

Les plus vives douleurs

De tous nos pauvres cœurs.

Visitez-moi souvent,

O mon unique Amant !

Glissez-vous, sans rien dire,

Dans mon cœur qui soupire…

Vous êtes mon ami

Auquel j’ai tout remis !

Par amour je languis

Sans souhaiter guérir :

Depuis que votre flèche

Dans mon cœur a fait brèche,

Je n’ai plus de plaisir

Que d’aimer et souffrir.

Point de cœur à demi

A ce parfait ami,

Qui veut que, quand on l’aime,

On se livre soi-même

Aux ardeurs de l’amour,

Pour brûler nuit et jour.

Je suis toute à mon Roi,

Et il est tout à moi,

Son divin Cœur, qui m’aime,

M’attire dans lui-même,

Où je dis sans souci :

Oh ! qu’il fait bon ici !

Les rédactrices de « Vie et Œuvres » précisent ici que les trois cantiques précédents ont été copiés sur leurs manuscrits, à la différence des deux suivants, qu’elles ont trouvés sur un livre intitulé « Dévotion au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ » dédié aux sœurs de Clermont-Ferrand et imprimé à Poitiers au XVIII° siècle, exemplaire semblable à celui sur lequel nous avons nous-même travaillé.


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Cantique IV

(sur l’air de Joconde)



O Cœur de mon divin Sauveur,

Le plus beau Cœur du monde

En qui seul tout notre bonheur

Uniquement se fonde :

Trône d’amour dressé pour nous,

Principe de la grâce,

Malheur à ce cœur qui pour vous

Se sent être tout de glace !

Vous êtes un Cœur charmant,

Il faut que l’on vous aime ;

Nous vous aimons trop faiblement :

En faites-vous de même ?

Hélas, l’on sait que votre amour

N’eut jamais de semblable ;

N’aurai-je jamais de retour

Pour un cœur si aimable ?


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Cantique V

(qu’on peut chanter sur l’air : des Folies d’Espagne)



Profondeur, abîme impénétrable

De grandeur, de grâce et de vertu !

O trésor ! ô source inépuisable !

Cœur sacré de l’aimable Jésus !

Que d’attraits ! que de beautés ensemble :

Quelle douce et brillante clarté !

A nos yeux ce divin Cœur rassemble

Tous les traits de la Divinité.

Là je vois une fournaise ardente

Dont le feu éclate chaque jour ;

Quel bonheur ! quelle douceur charmante

De se perdre en ce brasier d’amour !

Là, du Ciel les fureurs sont calmées,

Aux pécheurs un asile est ouvert.

Là, pour nous au grand Dieu des armées,

En Hostie un Dieu même est offert.

Doux séjour de la divine essence,

Où le Verbe est grand en s’abaissant,

Qu’il instruit par son profond silence !

Que pour nous ce langage est puissant !

Des trésors de sa haute sagesse

Dieu le Père est lui-même charmé ;

Il contemple, il admire sans cesse

Les attraits de son Fils bien-aimé.

O mortels, qui désirez connaître

Le chemin qui mène au vrai bonheur,

Comme dit cet aimable Maître,

Soyez doux, soyez humbles de cœur.

Accourez, volez, peuple fidèle,

Vers ce Cœur où réside la paix ;

Formez-vous sur ce parfait modèle,

Avec soin gravez-en tous les attraits.

Trop longtemps le monde a su vous plaire,

Renoncez à ses biens superflus,

Vous aurez l’unique nécessaire

Dans le Cœur de l’aimable Jésus.