Luce Laurand
Ce silence, cet isolement paraissaient tristes à beaucoup de gens et un de ses parents lui dit un jour, apitoyé :
– Comment pouvez-vous vivre ici, Jeannette, toute seule ?
– Je ne suis pas seule, répondit-elle avec simplicité, puisque j’ai mon ange gardien.
Depuis plus de cinquante années, la phrase toute simple de la bonne vieille continue à chanter dans mon âme et je voudrais songer à la présence de mon ange avec la même foi intense que cette paysanne qui, par esprit de mortification, récitait ses prières agenouillée sur une couche dure de grains de maïs et, chaque soir, avant de s’en aller dormir, adressait par respect sa plus belle révérence à la statuette de la Vierge, si blanche sur la noire cheminée.
Il serait bon, il serait doux d’imiter un tel exemple de confiance en notre bon ange, car il est toujours là. Jamais il ne nous perd de vue.
Lorsque nous remarquons mieux les beautés de l’œuvre de Dieu, n’est-ce pas notre ange qui murmure dans notre âme : « Regarde, le lilas est en fleurs. Le lilas, c’est un signe : Dieu nous aime. Ecoute, c’est la voix du rouge-gorge qui s’élève et retombe, en perles mélodieuses, dans le bois desséché. C’est un message : l’hiver finira. Dieu nous protège. Observe les étoiles, elles tracent dans l’espace infini des routes de lumière. Leur splendeur jalonne les chemins du Paradis : Dieu nous attend. »
Oui, notre ange est toujours là, frère le plus fidèle, le plus dévoué, le plus aimant que Dieu nous ait donné. Comme nous pensons peu à lui et combien nous devrions regretter une telle négligence ! Imagine-t-on qu’auprès de l’ami le plus généreux, quelqu’un puisse rester indifférent, insensible, ne pas lui accorder un regard, une parole, une pensée ? C’est pourtant ainsi que nous agissons trop souvent envers notre ange !
Il a été chargé de notre âme à notre naissance, et il veut nous conduire au ciel. Il a pour mission spéciale de nous défendre contre le démon et contre ses manifestations : le trouble, l’angoisse, les tristesses sans cause, le découragement dans la prière et dans l’accomplissement de notre devoir. A toutes ces tentations qui nous conduiraient bien vite à des chutes plus graves, notre ange nous aide à résister. Il nous aide aussi à bien faire. Cette bonne pensée, ce mouvement de loyauté, de courage, de charité, c’est lui qui nous les inspire, c’est lui qui nous donnera la force de persévérer.
Il est chargé aussi de présenter nos prières au Seigneur comme le fit l’archange Raphaël pour Tobie et Sara. Une religieuse du XIII° siècle, sainte Mechtilde, vit un jour son ange gardien offrir joyeusement à Dieu ses prières sous l’apparence d’alouettes qui montaient au ciel en chantant. Quelle tristesse doit éprouver notre ange qui offre à Dieu des prières « bâclées », informes, si souvent !
– Oubliez-vous, ma Sœur, que la règle défend de boire à cette heure ?
– Je le sais, ma Révérende Mère, mais j’ai tellement soif !
– Eh bien, ma Sœur, placez donc ce verre d’eau en dépôt entre les mains de votre ange gardien.
La religieuse s’inclina. Elle mourut quelques années plus tard et, n’étant pas assez parfaite pour le ciel, elle entra au Purgatoire. Trois jours après, elle apparut à la bienheureuse Emilie :
Je ne souffre plus, ma Révérende Mère. A l’aide de ce verre d’eau que je lui ai confié sur votre ordre, mon ange a éteint le feu qui me tourmentait.
Si nous remettions à notre saint ange beaucoup de ces petits sacrifices, quel trésor nous amasserions pour plus tard !
(*) : Bienheureuse Emilie Bicchieri (1238-1314). Native de Verceil, dans le Piémont, elle amena son père à construire un monastère, qu’elle mit sous la règle de saint Dominique et dont elle devint la première prieure. Son culte a été confirmé en 1769.
C’est dans le ciel que nous lirons un jour, enluminés de belles couleurs d’aurore, tous les petits actes obligeants que nous aurons accomplis. Sur terre, ils n’ont pas beaucoup d’éclat. Il semble que cela ne vaille pas la peine de « se déranger » et c’est tellement agaçant, avouons-le, de quitter une occupation intéressante pour quelque menu service ou quelque « commission » sans grand mérite. Ah ! si c’était un acte d’héroïsme, un sacrifice admirable, comme on s’empresserait ! Mais voilà, dans la vie quotidienne, on n’en rencontre guère d’occasions ; et il y a peut-être plus de courage et de vertu à se montrer serviable, complaisant, à tout instant de chaque jour.
Sainte Françoise ne vit jamais son ange dans la splendeur qu’il avait au Paradis et cependant elle ne pouvait garder les yeux fixés sur lui, car il l’éblouissait plus que le soleil. Peu avant sa mort, elle le voyait souvent occupé à tisser une toile d’or et elle apprit enfin que c’était là sa propre vie, chaque fil représentant un mérite nouveau.
Elle assurait que « lorsqu’une âme descend en Purgatoire, son ange l’accompagne ; il se place en dehors de cette prison, et se tient là jusqu’à ce que cette âme soit entièrement purifiée. » Elle eut aussi une vision de la création des anges : ils de répandaient en foule sur le monde, aussi étincelants, aussi nombreux que des flocons de neige.
Le démon se déchaînait contre la pieuse bergère, il essayait de l’égarer lorsqu’elle revenait tard de la chapelle. Benoîte alors perdait sa route, tournait dans les ténèbres, retombait toujours dans les mêmes sentiers et finissait par appeler son ange à son secours. Celui-ci lui frayait passage au milieu des ronces, l’aidait à franchir des torrents, la soutenait lorsqu’elle était trop fatiguée. Une nuit, pour éclairer le vallon, l’ange se fit rayonnant comme l’aurore. Parfois, il amenait d’autres anges, et Benoîte les voyait sous la forme de petits oiseaux lumineux, tantôt blancs, tantôt rouges, qui chantaient et se rassemblaient en couronne dans les airs.
Pendant la nuit du 18 au 19 juillet 1830, alors que toutes les religieuses dormaient dans le couvent des Filles de la Charité, voici qu’une des plus jeunes, sœur Catherine Labouré, est réveillée en sursaut. Elle écarte les rideaux blancs qui entourent sa couchette et aperçoit un enfant d’environ quatre ou cinq ans, vêtu de blanc, et dont le visage, les cheveux, la robe paraissent lumineux.
– Venez à la chapelle, dit-il, la Sainte Vierge vous attend.
Le voix est très douce, mais souveraine. Sœur Catherine ne songe même pas à désobéir. Elle se lève, s’habille et suit l’enfant. Il marche devant elle à travers les couloirs déserts et sombres. Sœur Catherine n’a même pas songé à prendre une lampe, une bougie : l’enfant illumine tout sur son passage. A peine touche-t-il la porte de la chapelle que cette porte s’ouvre, et la religieuse aperçoit la nef radieuse de clarté, « comme à la messe de minuit ».
L’enfant mystérieux s’arrête, debout près de l’autel, tandis que Sœur Labouré s’agenouille. Elle ne songe même pas à douer ; elle en est sûre, la Sainte Vierge va apparaître, et elle descend en effet, si belle dans son manteau bleu et sa robe blanche aux reflets roses, « couleur d’aurore ». L’enfant lumineux qui amenait Sœur Catherine – aujourd’hui sainte Catherine Labouré – à la chapelle pour les célèbres apparitions de la Médaille Miraculeuse, c’était son ange gardien.
Notre ange aussi a pour mission de nous conduire à Jésus, à Marie, mais nous ne lui obéissons pas. Et nous restons sans lumière pour accomplir une route incertaine.
Nous laisserions-nous aller si facilement à cet excès de gourmandise, à cette parole méchante, à cette crise de colère, à cette impureté, si nous pensions toujours à l’invisible compagnon qui assiste à tous nos actes ? Si le secret de nos pensées n’est lisible que pour Dieu seul, notre ange peut en obtenir parfois la révélation. Son amitié pour nous le porte à s’intéresser à tout ce qui nous touche. Tous ceux qui invoquent fidèlement leur ange gardien s’apercevront qu’ils ont reçu bien souvent une aide mystérieuse : inspiration heureuse, travail mieux accompli, erreur évitée, fardeau plus facilement porté. Sans parler de ces « hasards », qu’il ne faut pas appeler ainsi, et qui, miraculeusement, nous sauvent de périls mortels. Nous aurions pu être brûlés, noyés, écrasés, nous briser les membres dans une chute – mais notre ange était là ! Deux personnes depuis longtemps séparées ont pu se revoir, une démarche difficile a réussi et ce sont peut-être les anges gardiens qui ont obtenu cette rencontre, cet accueil bienveillant. Qui sait s’ils ne préparent pas les mariages chrétiens, les amitiés qui ennoblissent ?
L’abbé Lamy, un saint prêtre qui aimait beaucoup les anges, répétait souvent : « Nous ne recourons pas assez aux anges. Ils sont là. On ne les dérange pas assez ! Leur bonté à notre égard est extrême. »
Le 15 juin 1894, un enfant de quatre ans, Eugène Loup, s’égara et suivi des nomades. Quatre ans plus tard le petit garçon s’enfuit de la roulotte et ne tarda pas à être arrêté comme vagabond. Il ne savait plus rien de sa famille, il avait oublié jusqu’à son nom. Mais il se souvenait pourtant d’une prière à l’ange gardien que sa maman lui faisait réciter chaque soir : cette prière, il avait continué à la dire dans la roulotte des bohémiens. Une note parut dans les journaux, elle tomba sous les yeux de la pauvre maman qui envoya le début de la prière. Sans doute avait-elle oublié elle-même le reste, mais le petit garçon s’en souvenait, il la récita sans hésiter et ce fut cette prière à son bon ange qui lui permit de retrouver les siens.
Ce n’est que depuis le XVI° siècle qu’il existe une fête spéciale en l’honneur des anges gardiens, le 2 octobre ; pendant bien longtemps, on les honora en même temps que saint Michel, le 29 septembre, et c’est pourquoi l’Evangile de cette messe contient les paroles de Notre-Seigneur à ses apôtres lorsqu’il prit la défense des petits enfants et déclara que leurs anges sont toujours en présence de Dieu.
En 1523, Mgr François d’Estaing, évêque de Rodez, obtint que fût célébrée cette fête ; depuis son enfance, ce saint évêque était très pieux envers les anges, et l’on disait que ceux-ci l’en récompensaient, que le blé se multipliait dans ses greniers au bénéfice des pauvres ; un jour, Mgr d’Estaing s’apitoie sur des enfants affamés qu’un paysan a chassés de son champ de fèves :
– Laissez-les manger tout à leur aise, vous n’y perdrez rien, c’est moi qui vous rendrai.
Et la récolte fut merveilleuse.
On croyait aussi que les anges travaillaient de nuit au clocher de Rodez, avançant miraculeusement la besogne des ouvriers. De nombreuses guérisons eurent lieu sur le tombeau de celui qu’on appelle le bienheureux François d’Estaing. Dans le reste du Canada, en Espagne, puis un peu partout, on prit l’habitude de consacrer le 2 octobre aux saints Anges gardiens.
Il existe plusieurs belles prières à l’ange gardien. En voici une très vieille, puisqu’elle date du IX° siècle ; elle fut écrite, en latin, par une religieuse de Winchester en Angleterre.
« Je crois que tu es l’ange saint député à ma garde par le Dieu tout-puissant. C’est pourquoi je te prie et t’implore humblement par Celui qui te préposa à cet emploi de me garder partout et toujours en cette vie, moi, misérable, fragile et indigne, de me protéger contre tout mal, de me défendre et de ne pas permettre au démon d’avoir aucune puissance sur mon âme, lorsque Dieu lui aura ordonné de quitter la terre. Mais alors, reçois-la doucement et conduis-la jusqu’au puissant et secourable Créateur et Sauveur, notre Dieu, qui est béni dans les siècles des siècles. Amen. »
Avant-propos
F.A.Q.
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