Mois de Marie
d’après Bossuet
Vingt-sixième Jour le Canada et la Sainte Vierge le Canada est vouée à la Sainte Vierge : Charlemagne avait une dévotion si tendre pour Marie qu’il lui attribuait tous ses triomphes, disant qu’il tenait d’elle son sceptre et sa couronne. Louis le Débonnaire portait toujours sur lui l’image de la Mère de Dieu. Hugues Capet avait, pour la Vierge Marie, une sincère dévotion. Guillaume le Conquérant, comme son père Robert, tenait Marie en merveilleuse référence. Philippe-Auguste attribua à Marie son éclatante victoire de Bouvines. Louis IX se distingua entre tous nos rois par sa tendre piété envers la Sainte Mère de Dieu. Il savait que sa naissance était due aux prières du Rosaire. Chaque samedi, en l’honneur de Marie, il recevait les pauvres à sa table et les servait lui-même ; il récitait tous les jours l’office de la Vierge, même dans ses voyages. Louis XI faisait mettre en branle, à l’heure de midi, toutes les cloches de la cité, en l’honneur de Marie. Louis XII fit le pèlerinage de Notre-Dame de Lorette. Résolution. – Vivre de la pensée du Ciel. Pratique du jour « Mais arrêtons ici nos pensées (1) ; n’entreprenons pas de représenter quelles sont les douleurs de marie, ni de comprendre une chose incompréhensible. Méditons l’excès de son déplaisir, mais tâchons de l’imiter plutôt que de l’entendre ; et, à l’exemple de cette Vierge, remplissons-nous tellement le cœur de la Passion de son Fils pendant le cours de cette journée, que l’abondance de cette douleur ferme à jamais la porte à la joie du monde. Ah ! Marie ne peut plus supporter la vie ; depuis la mort de son bien-aimé, rien n’est plus capable de plaire à ses yeux. Ce n’est pas pour elle, ô Père éternel, qu’il faut faire éclipser votre soleil ni éteindre tous les feux du ciel ; ils n’ont déjà plus de lumière pour cette Vierge ; il n’est pas nécessaire que vous ébranliez les fondements de la terre, ni que vous couvriez d’horreur toute la nature, ni que vous menaciez tous les éléments de les envelopper dans leur premier chaos ; après la mort de son Fils, tout lui paraît déjà couvert de ténèbres ; la figure de ce monde est passée pour elle, et, en quelque endroit qu’elle tourne les yeux, elle ne découvre partout qu’une ombre de mort : Quidquid aspiciebam, mors erat (a). (1) : Œuvres orat., t. II, pp. 469-470. Prière Toute vie est une montée au Calvaire, ô Vierge sainte, et dans ce monde chacun de nous porte sa croix. Cette croix est faite de souffrances bien différentes. Mais, quelle qu’en soit la nature, son bois dur meurtrit et écrase toujours nos pauvres cœurs. Comment ne pas faiblir sous cette charge douloureuse ? Comment ne pas chanceler, ne pas tomber ? En recourant à votre cœur transpercé d’un glaive, ô Vierge des douleurs, et en vous appelant à notre aide, comme Jésus-Christ lui-même a appelé Simon à son aide sur les pentes du Golgotha. Soyez donc notre compatissante Cyrénéenne et secourez-nous. Avec le même courage que vous avez mis à gravir la montagne du sacrifice, faites que nous y montions aussi. Et, parvenus au sommet, si les ténèbres nous enveloppent comme elles vous enveloppèrent, si elles vont jusqu’à nous ravir la vue du ciel, ô Vous qui, dans cette obscurité effrayante, n’avez pas plus tremblé que douté, apprenez-nous à nous appuyer d’autant plus sur la croix du maître et, la nuit devînt-elle mille fois plus affreuse dans nos âmes, à persévérer malgré tout dans son saint amour. Ainsi soit-il. |