La Salutation Angélique : Ave Maria



      Origine de la Salutation
 
      Commentaire de L.-M. Grignion de Montfort
 
      Brève explication de l'Ave Maria






Ave Maria,
gracia plena,
Dominus tecum :
benedicta tu in mulieribus,
et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

Sancta Maria,
Mater Dei,
ora pro nobis peccatoribus,
nunc et in hora mortis nostrae.

Amen.
Je vous salue Marie,
pleine de Grâce,
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie,
mère de Dieu,
priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l'heure de notre mort.

Amen.



Comment se forma l'Ave Maria

par Dom Gaspar Lefebvre, o.s.b. de l'abbaye Saint-André (Bruges)


Parmi les prières en l'honneur de 1a Sainte Vierge Marie, aucune n'est aussi connue et répandue dans toute la chrétienté que l'Ave Maria. Ses formules très simples en ont facilité partout l'emploi et leur contenu nous aide tout particulièrement à comprendre le rôle capital que la bénie Mère de Dieu joue dans le grand drame de la rédemption, dont son divin Fils est le héros.

L'Ave Maria, aussi appelé Salutation Angélique, parce que cette prière commence par le salut de l'ange Gabriel à Marie, se compose de deux parties bien distinctes et d'origine très différente.

Cette formule de prière comprend, dit Mabillon, des salutations et des implorations. Les premières sont empruntées à l'Evangile de saint Luc (ch. I), dans les récits de l'Annonciation (verset 28) et de la Visitation (verset 42). Ces deux salutations forment un seul tout dans l'Ave Maria : rapprochement qui remonte au IV° ou au V° siècle.

Les implorations, qui suivent, ont été ajoutées peu à peu, à partir seulement du XVI° siècle et la formule actuelle n'est devenue générale et définitive qu'au XVII° siècle. Commençons donc par les salutations.

L'ange Gabriel, dit saint Luc, aborda la Vierge Marie à Nazareth, en lui disant : " Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. " (Chap. I, 28.) Et lorsque, peu après, Marie se fut rendue dans les montagnes de Juda pour visiter sa parente Elisabeth, celle-ci, dit ce même Evangéliste, répondit à son salut, en s'écriant : " Tu es bénie entre toutes les femmes, et béni le fruit de ton sein. " (Ch. I, 42.)

La Vulgate place le membre de phrase : Tu es bénie entre toutes les femmes, dans la bouche de Gabriel : Benedicta tu in mulieribus (ch. I, 28) et ensuite dans celle d'Elisabeth : Benedicta tu inter mulieres (ch. I, 42). Mais, de fait, dans les manuscrits les plus importants : le Sinaiticus et le Vaticanus, comme aussi dans le manuscrit L et dans les versions copte, syriaque-héracléenne, et arménienne, ces mots ne se trouvent que dans la bouche d'Elisabeth. Ils apparaissent sur les lèvres de l'archange dans les manuscrits tributaires de la tradition dite " occidentale ".

Quoi qu'il en soit, l'Eglise, a réuni dans sa prière officielle la salutation de Gabriel et celle d'Elisabeth en une seule formulation qu'on trouve au IV° ou V° siècle dans les liturgies grecques dites de saint Jacques, de saint Basile et de saint Marc.

La liturgie de saint Basile, ainsi que quelques copies de celle de saint Jacques, insèrent déjà, après le mot Salut, celui de Marie.

De toute antiquité, les Églises d'Orient ajoutent invariablement après : et le fruit de ton sein est béni, la clausule : parce que tu as engendré le Sauveur de nos âmes. Quelques Eglises grecques ajoutent aussi : Deipara Virgo, après le mot Maria. La formule de ces liturgies n'a pas varié depuis le IV° ou le V° siècle.

En Occident, dit Dom Leclercq, l'Ave Maria dans sa première partie a été introduit dans la liturgie latine par saint Grégoire le Grand, au VI° siècle, ou vers cette époque, par quelque personnage moins célèbre, car on n'est pas en mesure d'attribuer avec certitude au pape Grégoire l'Offertoire de la messe du IV° dimanche de l'Avent, le plus rapproché de la fête de Noël : Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui.

L'Antiphonaire Ambrosien donne le même texte, sauf la variante inter mulieres au même dimanche, dans le Confratorium et le Transitorium.

Au VII° siècle, la formule grégoriano-milanaise des deux salutations surgit en plein pays de liturgie mozarabe. Saint Ildefonse de Tolède eut une vision de la Vierge. Il se jette aux pieds de cette Vierge, en répétant sans cesse : Ave Maria, gracia plena, Dominus tecum, Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui.

Cette prière, employée de la sorte en dehors de la liturgie, est alors une exception. Pour rencontrer un nouveau témoignage aussi formel, il faut attendre le XI° siècle. Saint Pierre-Damien (†1072) rapporte d'un clerc qu'il récitait chaque jour l'Ave Maria jusqu'à : benedicta tu in mulieribus.

Au XII° siècle, Amédée de Lausanne, Abbé de Hautecombe, termine sa 3° Homélie de Laudibus virginis Mariae, par cette invocation : Ave Maria gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jesus-Christus, qui est super omnia bendictus Deus in seacula seaculorum. Amen. (Monum. Eccl. Lit. I, CCXVI)

C'est en ce même XII° siècle que nous rencontrons pour la première fois, dans les prescriptions qui se rapportent aux prières qu'un chrétien doit savoir, une mention de la Salutation Angélique. L'évêque de Paris, Odon de Seliac, promulgue dans un Concile tenu en 1198 le canon suivant : " Exhortentur populum semper presbyteri ad dicendum Orationem Dominicam et Credo in Deum et Salutationem beatae Virginis. "

A partir du XIII° siècle, de nombreux Conciles en France, en Espagne, en Angleterre, en Germanie, parlent dans le même sens. L'Ordre de Citeaux et celui des Frères Prêcheurs coopérèrent très activement à propager la dévotion à l'Ave Maria, c'est-à-dire aux deux salutations. Il ne s'agit, en effet, jusqu'ici, que de la première partie de cette prière. C'est ainsi, par exemple, que dans un petit opuscule sur la Salutation Angélique, attribué à saint Thomas d'Aquin, et dans le Speculum B.M.V de saint Bonaventure, l'Ave Maria se termine avec les paroles d'Elisabeth.

Au moment où saint Bernardin de Sienne (†1444), et d'autres, suivant en cela saint Bernard de Clairvaux, répandirent la dévotion au Saint Nom de Jésus, on ajouta ce nom après les mots fructus ventris tui, et Sixte IV (†1484) concéda une indulgence de 30 jours à ceux qui termineraient les salutations avec la clausule : Jesus-Christus. Amen. Cet usage ainsi recommandé par l'Eglise, se propagea rapidement.

Au XV° siècle, cette Salutation Angélique a pris place définitivement dans la dévotion chrétienne, dans les manuels de piété et dans les catéchismes.

Quant à la seconde partie de l'Ave Maria : les implorations, telles que nous les récitons actuellement, elle ne date guère que du XVI° siècle et n'a été généralisée qu'au début du XVII° siècle.

Ces implorations furent d'abord loin d'être uniformes. Dans un sermon sur la Passion, saint Bernardin (XV° siècle) ajoute à la formule, et benedictus fructus ventris tui cette prière : Sancta Maria, ora pro nobis peccatoribus.

Le Bréviaire Camaldule, imprimé à Venise en 1514, donne : Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in ora mortis. Amen. Un Bréviaire franciscain de 1525 dit : Ora pro nobis peccatoribus, unuc et in hora mortis. Amen.

Dans un Bréviaire édité à Paris en 1509, on prescrit qu'au commencement de l'Office, après le Pater Noster, on dira l'Ave Maria en y ajoutant : Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, unuc et in hora mortis nostrae. Amen. Puis le : Credo in Deum.

Cette formule, qui est exactement la nôtre, prévalut peu à peu sur toutes les autres, après que Pie V eut prescrit, en 1568, l'adoption du nouveau bréviaire romain où elle se trouve. Au commencement du XVII° siècle, elle est en usage dans toute l'Eglise.

Notre Ave Maria constitue donc, au moins à partir de ce moment, une véritable prière universelle avec ses deux composantes : salutations et impétrations, dont la teneur même facilite l'emploi qu'on en fait, tant en public qu'en privé, dans le monde entier.


Extrait de la revue Ecclesia, n°89, août 1956 : "Marie au long des temps".

(Avec l'aimable autorisation de la grande revue mariale canadienne : Marie.)




Louis-Marie Grignion de Montfort

Extrait du "Secret admirable du Très Saint Rosaire".


NB : Les textes ci-dessous notés en italique sont ceux empruntés par Grignion de Montfort à Antonin Thomas o.p., dans son livre le "Rosier mystique".


Première Dizaine - 15° Rose

[44] La Salutation angélique est si sublime, si relevée, que le bienheureux Alain de la Roche a cru qu'aucune créature ne peut la comprendre et qu'il n'y a que Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, qui puisse l'expliquer.
Elle tire principalement son excellence de la très sainte Vierge à qui elle fut adressée, de la fin de l'Incarnation du Verbe pour laquelle elle fut apportée du ciel, et de l'archange Gabriel qui la prononça en premier.

La Salutation angélique résume dans l'abrégé le plus concis toute la théologie chrétienne sur la sainte Vierge. On y trouve une louange et une invocation. La louange renferme tout ce qui fait la véritable grandeur de Marie ; l'invocation renferme tout ce que nous devons lui demander, et ce que nous pouvons attendre de sa bonté pour nous. La très Sainte-Trinité en a révélé la première partie ; sainte Elisabeth, éclairée du Saint-Esprit, y a ajouté la seconde ; et l'Eglise, dans le premier concile d'Ephèse, tenu en l'an 430, y a mis la conclusion, après avoir condamné l'erreur de Nestorius et défini que la sainte Vierge est véritablement Mère de Dieu. Le concile ordonna qu'on invoquerait la sainte Vierge sous cette glorieuse qualité par ces paroles : Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.

[45] La sainte Vierge Marie a été celle à qui cette divine Salutation a été présentée pour terminer l'affaire la plus grande et la plus importante du monde, l'Incarnation du Verbe éternel, la paix entre Dieu et les hommes et la rédemption du genre humain. L'ambassadeur de cette heureuse nouvelle fut l'archange Gabriel, un des premiers princes de la cour céleste. La Salutation angélique contient la foi et l'espérance des patriarches, des prophètes et des apôtres. Elle est la constance et la force des martyrs, la science des docteurs, la persévérance des confesseurs et la vie des religieux. (Bienheureux Alain 1.) Elle est le cantique nouveau de la loi de grâce, la joie des anges et des hommes, la terreur et la confusion des démons.
Par la Salutation angélique, Dieu s'est fait homme, une Vierge est devenue Mère de Dieu, les âmes des justes ont été délivrées des limbes, les ruines du ciel ont été réparées et les trônes vides ont été remplis, le péché a été pardonné, la grâce nous a été donnée, les malades ont été guéris, les morts ressuscités, les exilés rappelés, la très sainte Trinité a été apaisée, et les hommes ont obtenu la vie éternelle. Enfin, la Salutation angélique est l'arc-en-ciel, le signe de la clémence et de la grâce que Dieu a faites
au monde. (Bienheureux Alain 2.)

16° Rose

[46] Quoiqu'il n'y ait rien d'aussi grand que la majesté divine ni rien d'aussi abject que l'homme considéré comme pécheur, cette suprême Majesté ne dédaigne pas néanmoins nos hommages, elle est honorée quand nous chantons ses louanges. Et le salut de l'ange est un des plus beaux cantiques que nous puissions adresser à la gloire du Très-Haut. Canticum novum cantabo tibi (3) : " Je vous chanterai un cantique nouveau. " Ce cantique nouveau que David a prédit qu'on chanterait à la venue du Messie, c'est la Salutation de l'archange.
Il y a un cantique ancien et un cantique nouveau. L'ancien est celui que les Israélites ont chanté en reconnaissance de la création, de la conservation, de la délivrance de leur captivité, du passage de la mer Rouge, de la manne et de toutes les autres faveurs du ciel. Le cantique nouveau est celui que les chrétiens chantent en actions de grâces de l'Incarnation et de la Rédemption. Comme ces prodiges ont été accomplis par le salut angélique, nous répétons ce même salut pour remercier la très sainte Trinité de ses bienfaits inestimables. Nous louons Dieu le Père de ce qu'il a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique pour sauveur. Nous bénissons le Fils de ce qu'il est descendu du ciel sur la terre, de ce qu'il s'est fait homme et de ce qu'il nous a rachetés. Nous glorifions le Saint-Esprit de ce qu'il a formé dans le sein de la sainte Vierge ce corps très pur qui a été la victime de nos péchés. C'est dans cet esprit de reconnaissance que nous devons réciter le salut angélique, produisant des actes de foi, d'espérance, d'amour et d'actions de grâces pour ce bienfait de notre salut.

[47] Quoique ce cantique nouveau s'adresse directement à la Mère de Dieu et qu'il contienne ses éloges, il est néanmoins très glorieux à la Sainte-Trinité, parce que tout l'honneur que nous rendons à la sainte Vierge retourne à Dieu comme à la cause de toutes ses perfections et de toutes ses vertus. Dieu le Père est glorifié de ce que nous honorons la plus parfaite de ses créatures. Le Fils est glorifié de ce que nous louons sa très pure Mère. Le Saint-Esprit est glorifié de ce que nous admirons les grâces dont il a rempli son épouse.
De même que la Sainte Vierge, par son beau cantique Magnificat, renvoya à Dieu les louanges et les bénédictions que lui donna sainte Elisabeth sur son éminente dignité de Mère du Seigneur, de même elle renvoie promptement à Dieu les éloges et les bénédictions que nous lui donnons par le salut angélique.

[48] Si la salutation angélique rend gloire à la Sainte-Trinité, elle est aussi la louange la plus parfaite que nous puissions adresser à Marie.
Sainte Mechtilde désirant savoir par quel moyen elle pourrait mieux témoigner la tendresse de sa dévotion à la Mère de Dieu, fut ravie en esprit ; et sur cette pensée, la sainte Vierge lui apparut portant sur son sein la Salutation angélique écrite en lettres d'or et lui dit : " Sachez, ma fille, que personne ne peut m'honorer par un salut plus agréable que celui que m'a fait présenter la très adorable Trinité et par lequel elle m'a élevée à la dignité de Mère de Dieu. Par le mot " Ave ", qui est le nom d'Eve, Eva, j'appris que Dieu, par sa toute-puissance, m'avait préservée de tout péché et des misères auxquelles la première femme fut sujette.
Le nom de " Marie ", qui signifie dame de lumières, marque que Dieu m'a remplie de sagesse et de lumière, comme un astre brillant, pour éclairer le ciel et la terre.
Ces mots : " pleine de grâces ", me représentent que le Saint-Esprit m'a comblée de tant de grâces que je puis en faire part abondamment à ceux qui en demandent par ma médiation.
En disant : " le Seigneur est avec vous ", on me renouvelle la joie ineffable que je ressentis lorsque le Verbe éternel s'incarna dans mon sein.
Quand on me dit : " vous êtes bénie entre toutes les femmes ", je loue la divine miséricorde qui m'a élevée à ce haut degré de bonheur.
A ces paroles : " Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni ", tout le ciel se réjouit avec moi de voir Jésus mon Fils adoré et glorifié pour avoir sauvé les hommes. "


17° Rose

[49] Entre les choses admirables que la sainte Vierge a révélées au bienheureux Alain de la Roche (et nous savons que ce grand dévot à Marie a confirmé par serment ses révélations), il y en a trois des plus remarquables : la première, que c'est un signe probable et prochain de réprobation éternelle, que d'avoir de la négligence, de la tiédeur et de l'aversion pour la Salutation angélique qui a réparé le monde - la seconde, que ceux qui ont de la dévotion pour cette divine salutation portent un très grand signe de prédestination - la troisième, que ceux qui ont reçu du ciel la faveur d'aimer la sainte Vierge et de la servir par affection, doivent être extrêmement soigneux de continuer à l'aimer et à la servir jusqu'à ce qu'elle les ait fait placer dans le ciel par son Fils au degré de gloire convenable à leurs mérites. (Alanus 4.)

[50] Tous les hérétiques, qui sont tous des enfants du diable et qui portent les marques évidentes de la réprobation, ont horreur de l'Ave Maria ; ils apprennent encore le Pater, mais non pas l'Ave Maria ; ils aimeraient mieux porter sur eux un serpent qu'un chapelet ou un rosaire.
Entre les catholiques, ceux qui portent la marque de réprobation ne se soucient guère du chapelet ni du Rosaire, négligent de le dire ou ne le disent qu'avec tiédeur et à la hâte. Quand je n'ajouterais aucune foi pieuse à ce qui a été révélé au bienheureux Alain de la Roche, mon expérience me suffit pour être persuadé de cette terrible et douce vérité. Je ne sais pas, et je ne vois pas même évidemment comment il se peut faire qu'une dévotion si petite en apparence soit la marque infaillible du salut éternel, et son défaut la marque de la réprobation. Cependant, rien n'est si véritable.
Nous voyons même que les gens de nouvelles doctrines de nos jours condamnées par l'Eglise, avec toute leur piété apparente, négligent beaucoup la dévotion au chapelet et au Rosaire et souvent l'ôtent de l'esprit et du cœur de ceux et celles qui les approchent, sous les plus beaux prétextes du monde ; ils se gardent bien de condamner ouvertement, comme font les calvinistes, le chapelet, Rosaire, scapulaire ; mais la manière dont ils s'y prennent est d'autant plus pernicieuse qu'elle est plus fine. Nous en reparlerons dans la suite.

[51] Mon Ave Maria, mon Rosaire ou mon chapelet, est ma prière, et ma très sûre pierre de touche, pour distinguer ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu d'avec ceux qui sont dans l'illusion du malin esprit. j'ai connu des âmes qui volaient, ce semble, comme des aigles, jusqu'aux nues par leur sublime contemplation, et qui cependant étaient malheureusement trompées par le démon, et je n'ai découvert leurs illusions que par l'Ave Maria et le chapelet, qu'elles rejetaient comme au-dessous d'elles.
L'Ave Maria est une rosée céleste et divine qui, tombant dans l'âme d'un prédestiné, lui communique une fécondité admirable pour produire toutes sortes de vertus, et l'âme est arrosée par cette prière, plus elle devient éclairée dans l'esprit, embrasée dans le cœur et fortifiée contre tous ses ennemis.
L'Ave Maria est un trait perçant et enflammé qui, étant uni par un prédicateur à la parole de Dieu qu'il annonce, lui donne la force de percer, de toucher et de convertir les cœurs les plus endurcis, quoique d'ailleurs il n'ait pas beaucoup de talent naturel pour la prédication.
Ce fut ce trait secret que la sainte Vierge, comme j'ai déjà dit, enseigna à saint Dominique et au bienheureux Alain, pour convertir les hérétiques et les pécheurs. C'est de là qu'est venue la pratique des prédicateurs de dire un Ave Maria en commençant leurs prédications, comme assure saint Antonin.

18° Rose

[52] Cette divine Salutation attire sur nous la bénédiction abondante de Jésus et de Marie, car c'est un principe infaillible que Jésus et Marie récompensent magnifiquement ceux qui les glorifient : ils rendent au centuple les bénédictions qu'on leur donne. Ego diligentes me diligo, ut ditem diligentes me et thesauros eorum repleam (5). C'est ce que Jésus et Marie criaient hautement : " Nous aimons ceux qui nous aiment, nous les enrichissons et nous remplissons leurs trésors. " - Qui seminat in benedictionibus, de benedictionibus et metet (6) : " Ceux qui sèment des bénédictions recueilleront des bénédictions. "
Or n'est-ce pas aimer, bénir et glorifier Jésus et Marie que de réciter comme il faut la Salutation angélique ? En chaque Ave Maria, on donnera deux bénédictions à Jésus et à Marie. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le fruit de votre ventre, Jésus. Par chaque Ave Maria, vous rendez à Marie le même honneur que Dieu lui rendit en la saluant, avec l'archange Gabriel. Qui pourrait croire que Jésus et Marie, qui font du bien souvent à ceux qui les maudissent, donnassent leurs malédictions à ceux et celles qui les bénissent et les honorent par l'Ave Maria ?
La Reine des cieux, disent saint Bernard et saint Bonaventure, n'est pas moins reconnaissante et honnête que les personnes de qualité bien élevées en ce monde ; elle les surpasse même en cette vertu comme en toutes les autres perfections ; elle ne souffrira donc jamais que nous l'honorions avec respect, qu'elle ne nous le rende au centuple. Marie, dit saint Bonaventure, nous salue avec la grâce, si nous la saluons avec l'Ave Maria : Ipsa salutabit nos cum gratia si salutaverimus eam cum Ave Maria (7).
Qui pourrait comprendre les grâces et les bénédictions qu'opèrent en nous le salut et les regards bénins de la sainte Vierge ?
Dans le moment que sainte Elisabeth entendit le salut que lui donna la Mère de Dieu, elle fut remplie du Saint-Esprit, et l'enfant qu'elle portait dans son sein tressaillit de joie. Si nous nous rendons dignes du salut et de la bénédiction réciproques de la sainte Vierge, sans doute nous serons remplis de grâces et un torrent de consolations spirituelles découlera dans nos âmes.


19° Rose

[53] Il est écrit : " Donnez et l'on vous donnera (8). " Prenons la comparaison du bienheureux Alain : " Si je vous donnais chaque jour cent cinquante diamants, quand vous seriez mon ennemi, ne me pardonneriez-vous pas ? Ne me feriez-vous pas comme un ami, toutes les grâces que vous pourriez ? Voulez-vous vous enrichir des biens de la grâce et de la gloire ? saluez la sainte Vierge, honorez votre bonne Mère (9). "
Sicut qui thesaurizat, ita et qui honorificat matrem (10).
Celui qui honore sa Mère, la sainte Vierge, est semblable à un homme qui amasse des trésors.
Présentez-lui chaque jour au moins cinquante Ave Maria dont chacun contient quinze pierres précieuses, qui lui sont plus agréables que toutes les richesses de la terre. Que ne devez-vous pas attendre de sa libéralité ? Elle est notre Mère et notre amie. Elle est l'impératrice de l'univers qui nous aime plus que toutes les mères et les reines ensemble n'ont aimé un homme mortel, car, dit saint Augustin, la charité de la Vierge Marie excède tout l'amour naturel de tous les hommes et de tous les anges.

[54] Un jour, Notre-Seigneur apparut à sainte Gertrude comptant des pièces d'or ; elle eut la hardiesse de lui demander ce qu'Il comptait : " Je compte, lui répondit Jésus-Christ, tes Ave Maria, c'est la monnaie dont on achète mon paradis (11). "
Le dévot et le docte Suarez, de la Compagnie de Jésus, estimait tant le mérite de la Salutation angélique, qu'il disait qu'il aurait volontiers donné toute sa science pour le prix d'un Ave Maria bien dit (12).

[55] " Que celui qui vous aime, ô divine Marie, lui dit le bienheureux Alain de la Roche, écoute et goûte : Le ciel est dans la joie, la terre est dans l'admiration, toutes les fois que je dis : Ave Maria ; j'ai le monde en horreur, j'ai l'amour de Dieu dans mon cœur, lorsque je dis : Ave Maria ; mes craintes s'évanouissent, mes passions se mortifient, quand je dis : Ave Maria ; je croîs dans la dévotion, je trouve la componction, quand je dis : Ave Maria ; mon espérance s'affermit, ma consolation s'augmente, lorsque je dis : Ave Maria ; mon esprit se réjouit, mon chagrin se dissipe, quand je dis : Ave Maria ; car la douceur de cette bénigne salutation est si grande qu'on n'a point de terme pour l'expliquer comme il faut, et après qu'on en aura dit des merveilles, elle demeure encore si cachée et si profonde qu'on ne la peut découvrir. Elle est courte en paroles, mais grande en mystères ; elle est plus douce que le miel et plus précieuse que l'or ; il faut très fréquemment l'avoir dans le cœur pour la méditer, et dans la bouche pour la lire et la répéter dévotement. "
[…]
Le même bienheureux Alain rapporte, au chapitre 69 de son psautier, qu'une religieuse très dévote au Rosaire apparut après sa mort à une de ses sœurs et lui dit : " Si je pouvais retourner dans mon corps pour dire seulement un Ave Maria, quoique sans beaucoup de ferveur, pour avoir le mérite de cette prière, je souffrirais volontiers tout de nouveau toutes les douleurs que j'ai souffertes avant de mourir (13). " Il faut remarquer qu'elle avait souffert plusieurs années sur son lit des douleurs violentes.

[56] Michel de Lisle, évêque de Salubre, disciple et collègue du bienheureux Alain de la Roche dans le rétablissement du saint Rosaire, dit que la Salutation angélique est le remède à tous les maux qui nous affligent, pourvu que nous la récitions dévotement en l'honneur de la sainte Vierge.

20° Rose

Brève explication de l'Ave Maria

[57] Etes-vous dans la misère du péché ? Invoquez la divine Marie, dites-lui : Ave, qui veut dire : je vous salue dans un très profond respects, ô vous qui êtes sans péché et sans malheur. Elle vous délivrera du mal de vos péchés.
Etes-vous dans les ténèbres de l'ignorance ou de l'erreur ? Venez à Marie, dites-lui : Ave Maria, c'est-à-dire Illuminée des rayons du soleil de justice ; et elle vous fera part de ses lumières.
Etes-vous égaré du chemin du ciel ? Invoquez Marie, qui veut dire : Etoile de la mer et l'étoile polaire qui guide notre navigation en ce monde, et elle vous conduira au port du salut éternel.
Etes-vous dans l'affliction ? Ayez recours à Marie qui veut dire : mer amère qui a été remplie d'amertume en ce monde et qui est présentement changée dans une mer de pures douceurs au ciel ; elle convertira votre tristesse en joie et vos afflictions en consolations.
Avez-vous perdu la grâce ? Honorez l'abondance des grâces dont Dieu a rempli la sainte Vierge, dites-lui : " Pleine de grâces " et [de] tous les dons du Saint-Esprit, et elle vous fera part de ses grâces.
Etes-vous seul, privé de la protection de Dieu, adressez-vous à Marie, dites-lui : " Le Seigneur est avec vous " plus noblement et intimement que dans les justes et les saints, car vous êtes une même chose avec Lui ; étant votre Fils, sa chair est votre chair, vous êtes avec le Seigneur par une très parfaite ressemblance et par une mutuelle charité ; car vous êtes sa Mère. Dites-lui enfin : Toute la très sainte Trinité est avec vous dont vous êtes le Temple précieux ; et elle vous remettra sous la protection et sauvegarde de Dieu.
Etes-vous devenu l'objet de la malédiction de Dieu ? Dites : " Vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes " et de toutes les nations, pour votre pureté et fécondité ; vous avez changé la malédiction divine en bénédiction ; et elle vous bénira.
Avez-vous faim du pain de la grâce et du pain de vie ? Approchez de celle qui a porté le pain vivant qui est descendu du Ciel, dites-lui : " Le fruit de votre ventre soit béni ", lequel vous avez conçu sans nul déchet de votre virginité, que vous avez porté sans peine et enfanté sans douleur. " Jésus " soit béni qui a racheté le monde captif, guéri le monde malade, ressuscité l'homme mort, ramené l'homme banni, justifié l'homme criminel, sauvé l'homme damné. Sans doute votre âme sera rassasiée du pain de la grâce en cette vie et de la gloire éternelle en l'autre. Amen.


[58] Concluez votre prière avec l'Eglise et dites : " Sainte Marie ", sainte au corps et en l'âme, sainte par un dévouement singulier et éternel au service de Dieu, sainte en qualité de Mère de Dieu qui vous a douée d'une éminente sainteté, convenable à cette dignité infinie.
" Mère de Dieu ", qui êtes aussi notre Mère, notre Avocate et notre Médiatrice, la Trésorière et Dispensatrice des grâces de Dieu, procurez-nous promptement le pardon de nos péchés et notre réconciliation avec la divine Majesté.
" Priez pour nous pécheurs ", vous qui avez tant de compassion des misérables, qui ne méprisez et ne rebutez point les pécheurs, sans lesquels vous ne seriez pas la Mère du Sauveur.
" Priez pour nous maintenant ", pendant le temps de cette vie courte, fragile et misérable, " maintenant ", car nous n'avons d'assuré que ce moment présent, maintenant que nous sommes attaqués et environnés nuit et jour d'ennemis puissants et cruels.
" Et à l'heure de notre mort ", si terrible et si périlleuse, où nos forces sont épuisées, où nos esprits et nos corps sont abattus par la douleur et la crainte ; à l'heure de notre mort que Satan redouble ses efforts afin de nous perdre pour jamais; à cette heure que ce sera la décision de notre sort pour toute l'éternité bienheureuse ou malheureuse. Venez au secours de vos pauvres enfants, ô Mère pitoyable, ô l'avocate et le refuge des pécheurs, chassez loin de nous, à l'heure de la mort, les démons nos accusateurs et nos ennemis, dont l'aspect effroyable nous épouvante. Venez nous éclairer dans les ténèbres de la mort. Conduisez-nous, accompagnez-nous au tribunal de notre juge, votre Fils; intercédez pour nous afin qu'il nous pardonne et nous reçoive au nombre de vos élus dans le séjour de la gloire éternelle. " Amen ". Ainsi soit-il.



(1) : Alanus de Rupe, De Dignit. Psalt., P. 2, c. 10.

(2) : Alanus de Rupe, De Dignit. Psalt., P. 4, c. 49.

(3) : Ps. 143, 9.

(4) : Alanus de Rupe, De Dignit. Psalt., c. II in finem.

(5) : Pr. 8, 17 et 21.

(6) : 2 Cor. 9, 6.

(7) : S. Bonaventura, Psalterium, Lect. 4.

(8) : Lc 6, 38.

(9) : Alanus de Rupe, De Dignit. Psalt., P. 4, c. I.

(10) : Si 3, 5.

(11) : Lib. Revel., c. 53.

(12) : Cf. François Poiré, La Triple Couronne, Traité 3, ch. 13.

(13) : Alanus de Rupe, De Dignit. Psalt., c. 69.


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