Le Saint Esprit
Les plus belles pages
| – Saint Alphonse de Liguori (1696-1787) – Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) – Cardinal Newman (1801-1890) – Vénérable François-Marie Libermann (1804-1852) – Lucie-Christine (1844-1908) |
Saint Alphonse de Liguori (1696-1787)
Prière pour demander les grâces de l’Esprit-Saint
Je crois fermement que vous êtes éternel, consubstantiel au Père et au Fils. J’espère que, par votre bonté, vous sanctifierez et sauverez mon âme. Je vous aime, ô Dieu d’amour ! Je vous aime plus que toutes les choses de ce monde ; je vous aime de toutes mes affections, parce que vous êtes une bonté infinie qui mérite seule tous les amours. Et puisque, insensible à toutes vos inspirations saintes, j’ai eu l’ingratitude de vous offenser par tant de péchés, je vous en demande mille pardons et je regrette souverainement de vous avoir déplu, ô Bien suprême ! Je vous offre mon cœur, tout froid qu’il est, et je vous supplie d’y faire entrer un rayon de votre lumière et une étincelle de votre feu, pour fondre la glace si dure de mes iniquités.
Vous qui avez rempli d’immenses grâces l’âme de Marie et enflammé d’un saint zèle les cœurs des apôtres, daignez aussi embraser mon cœur de votre amour. Vous êtes un esprit divin, fortifiez-moi contre les mauvais esprits ; Vous êtes un feu, allumez en moi le feu de votre amour ; Vous êtes une lumière, éclairez-moi en me faisant connaître les choses éternelles ; Vous êtes une colombe, donnez-moi des mœurs pures ; Vous êtes un souffle plein de douceur, dissipez les orages que soulèvent en moi les passions ; Vous êtes une langue, enseignez-moi la manière de Vous louer sans cesse ; Vous êtes une nuée, couvrez-moi de l’ombre de votre protection ; enfin, Vous êtes l’Auteur de tous les dons célestes : Ah ! je vous en conjure, vivifiez-moi par la grâce, sanctifiez-moi par votre charité, gouvernez-moi par votre sagesse, adoptez-moi pour votre enfant par votre bonté, et sauvez-moi par votre infinie miséricorde, afin que je ne cesse jamais de vous bénir, de vous louer, et de vous aimer, d’abord sur la terre pendant ma vie, et ensuite dans le ciel durant toute l’éternité.
In Œuvres ascétiques, P. Dujardin, Paris, Casterman, 1886, vol. VI.
Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars (1786-1859)
Il sort d’une âme où réside le Saint-Esprit une bonne odeur comme celle de la vigne quand elle est en fleur.
Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut pas se tromper. L’Esprit-Saint est une lumière et une force. C’est lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal. Comme ces lunettes qui grossissent les objets, le Saint-Esprit nous fait voir le bien et le mal en grand. Avec le Saint-Esprit, on voit tout en grand : on voit la grandeur des moindres actions faites pour Dieu et la grandeur des moindres fautes…
Sans le Saint-Esprit, nous sommes comme une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d’eau et dans l’autre un petit caillou ; pressez-les également ; il ne sortira rien du caillou et de l’éponge vous ferez sortir l’eau en abondance. L’éponge, c’est l’âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c’est le cœur froid et dur où le Saint-Esprit n’habite pas.
C’est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le cœur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche. Ceux qui ont le Saint-Esprit ne produisent rien de mauvais ; tous les fruits du Saint-Esprit sont bons… Quand on a le Saint-Esprit, le cœur se dilate, se baigne dans l’Amour divin.
Les sacrements que Notre-Seigneur a institués ne nous auraient pas sauvés sans le Saint-Esprit. La mort même de Notre-Seigneur nous aurait été inutile sans lui. C’est pourquoi Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : » II vous est utile que je m’en aille, car si je ne m’en allais pas, le Consolateur ne viendrait pas. » Il fallait que la descente du Saint-Esprit vînt faire fructifier cette moisson de grâces. C’est comme pour un gain de blé ; vous le jetez en terre : bon ! Mais il faut le soleil et la pluie pour le faire lever et monter en épi.
Il faudrait dire chaque matin : » Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit qui me fasse connaître ce que je suis et ce que vous êtes. «
Extraits des Catéchismes, in Esprit du Curé d’Ars, Abbé A. Monin, Paris, Téqui, 1975
Le Paraclet, vie de toutes choses
Le Paraclet, vie de mon âme
Le Paraclet, source d’amour
Mon Dieu, éternel Paraclet, je Vous reconnais comme l’auteur de ce don immense par lequel seul nous sommes sauvés, l’amour surnaturel. L’homme est par nature aveugle et dur de cœur en toutes matières spirituelles ; comment pourrait-il gagner le ciel ? C’est par la flamme de votre grâce qui le consume pour le renouveler, et pour le rendre capable de jouir de ce pour quoi, sans Vous, il n’aurait aucun goût. C’est Vous, ô tout-puissant Paraclet, qui avez été et qui êtes la force, la vigueur et l’endurance du martyr au milieu de ses tourments. Vous êtes l’appui du confesseur dans ses longs travaux monotones et humiliants. Vous êtes le feu par lequel le prédicateur gagne les âmes, en s’oubliant lui-même dans ses labeurs de missionnaire. Par Vous, nous nous réveillons de la mort du péché, pour échanger l’idolâtrie de la créature contre le pur amour du Créateur. Par Vous, nous faisons des actes de foi, d’espérance, de charité, de contrition. Par Vous, nous vivons dans l’atmosphère de la terre à l’abri de son infection. Par Vous, nous pouvons nous consacrer au saint ministère et y remplir nos redoutables engagements. Par le feu que Vous avez allumé en nous, nous prions, nous méditons, et nous faisons pénitence. Nos âmes, si Vous les quittiez, ne pourraient pas vivre davantage que ne feraient nos corps si le soleil s’était éteint.
Mon très saint Seigneur et Sanctificateur, tout bien qui existe en moi est à Vous. Sans Vous, je serais pire et pire encore avec les années et je tendrais à devenir un démon. Si je diffère du monde en quelque manière, c’est parce que Vous m’avez choisi et tiré du monde et que Vous avez allumé l’amour de Dieu dans mon cœur. Si je diffère de vos saints, c’est parce que je ne demande pas assez ardemment votre grâce, ni une grâce assez grande et parce que je ne profite pas diligemment de celle que Vous m’avez donnée. Augmentez en moi cette grâce de l’amour, malgré toute mon indignité.
Elle est plus précieuse que tout au monde. Je l’accepte en place de tout ce que le monde peut me donner. Oh ! donnez-la-moi ! elle est ma vie !
In Méditations et Prières, trad. Marie-Agnès Pératé, Paris, Lecoffre-Gabalda, 1934.
Vénérable François-Marie Libermann (1804-1852)
De l’esprit de Jésus vivifiant nos âmes
Que l’Esprit-Saint remplisse votre âme pour y être votre consolation, votre joie, votre force, votre lumière et votre amour !
Notre bon Seigneur nous a envoyé son divin Esprit pour qu’Il soit toute notre vie, qu’Il opère en nous toutes les perfections et la sainteté qu’Il a opérées en Notre-Seigneur lui-même. Voyez, quelle bonté de la part de notre Dieu, quel miracle de grâce et d’amour, de nous envoyer un si grand Maître pour nous instruire de toutes les merveilles que le Père a mises en son Fils bien-aimé et pour les opérer en nos âmes ! Quelle doit être notre sainteté, si nous sommes fidèles à écouter intérieurement le divin Esprit, si nous sommes dociles à suivre ses mouvements, si nous nous y prêtons et si nous Lui donnons pleine liberté d’établir en nos âmes sa propre vie aux dépens et au détriment de notre vie de chair ! C’est une chose incompréhensible que Dieu ait daigné regarder favorablement des gens aussi corrompus que nous, et qu’Il ait voulu venir établir sa demeure dans nos âmes.
Mais aussi, pour qu’Il puisse demeurer en nous et y vivre, il faut que toute corruption, tout esprit propre, tout amour de soi, toute affection créée et toute vie humaine disparaissent ; car le divin Esprit est un esprit de sainteté, et sa vie une vie uniquement sainte ; dès que vous vivons de notre propre vie, nous n’avons plus en nous la vie de sainteté, car nous sommes complètement opposés à la sainteté de Dieu. Voilà pourquoi tâchez de vous prêtez le mieux que vous pourrez à cette vie unique de l’Esprit de Dieu. N’oubliez pas que vous ne parviendrez jamais à exterminer la chair ; elle sera toujours chair, toujours mauvaise, toujours ennemie de Dieu, et opposée à l’esprit de sainteté qui demeure en vous. Qu’un Esprit aussi saint et aussi pur puisse demeurer au milieu de cette imperfection continuelle, et souffrir sans cesse cette révolte contre lui et les mélanges de ce misérable esprit de chair, voilà où se montrent d’une manière admirable la bonté et la miséricorde divines. C’est inconcevable ; mais cela doit nous confondre et nous forcer à nous abîmer dans l’humiliation devant Dieu, en même temps que cela doit nous faire entrer dans les transports d’amour envers la Sainte Trinité ; car c’est là le grand mystère de l’amour de notre Dieu et de notre propre confusion.
Soyez fidèle à ce que le divin Esprit veut faire en vous, suivez-le très doucement et dans une grande humiliation intérieure devant Lui. Tenez-vous toujours en repos, visez à amortir, adoucir et calmer toutes vos aigreurs, tous vos mouvements d’inquiétude, tous les découragements et tous les troubles qui tendent à s’élever dans votre âme. Tâchez de vivre dans une certaine liberté d’esprit, sans contrainte et sans effort. Lorsque vous vous sentez assailli par le désir de vous répandre dans les créatures, ne vous en troublez pas. Ne savez-vous pas ce que vous êtes ? Mais que craignez-vous ? L’Esprit de Jésus qui est en vous ne vous tient-il pas entre ses mains ? Oh ! oui bien sûrement ; car si cela n’était, vous seriez bien loin hors de Lui, il y a longtemps. […]
Ne vous étonnez pas que j’insiste tant là-dessus, car Je pense et suis bien persuadé que pour être parfait il faut que nous soyons absolument vidés de tout ce qui n’est pas Dieu. Le Saint-Esprit frappe à tout instant à la porte de notre cœur ; nous désirons ardemment qu’Il entre, et par ce désir nous Lui ouvrons la porte ; mais comment peut-Il y entrer s’Il n’y trouve pas de place, s’Il trouve ce cœur qui doit tant lui appartenir rempli d’affections ennemies ? Il est donc obligé de rester dehors, et Il a la bonté inconcevable d’attendre jusqu’à ce qu’Il trouve une petite place et à mesure que nous nous débarrassons de ces misérables affections. Plus le Saint-Esprit est entré dans notre cœur, plus nous devenons forts pour chasser peu à peu les ennemis de Dieu qui s’en sont emparés. C’est pour cela qu’il est essentiel que nous aidions ce divin Esprit à les mettre dehors, car sans notre ferme volonté Il ne les forcera pas seul.
Il faut donc le prier ardemment et employer tout ce qu’Il nous donne de force pour Lui aider à accomplir cette œuvre.
Prière au Saint-Esprit
Extrait des Lettres spirituelles, Paris, Poussielgue, 1889 (lettre à un séminariste).
Hors les malheureux qui se seront condamnés eux-mêmes à la haine éternelle et aux châtiments de Dieu, il n’y aura plus qu’un cri, un seul : Sanctus, Sanctus, Sanctus ! à la gloire de Dieu, trois fois saint, Père, Fils et Saint-Esprit.
O Sainte Trinité, je vous dévoue mon âme en commençant cette année, je vous l’ai donnée, dès le réveil de la nuit. Ne refusez pas cette chose que vous avez faite ; si pauvre qu’elle soit, reconnaissez et achevez votre ouvrage ! De moi–même je ne puis pas et ne sais pas me faire sainte, mais je suis prête à tout ce que vous voulez et voudrez de moi au fur et à mesure que vous le montrez ; je ne veux que votre volonté sainte et votre amour. Mon Dieu, vous le savez ! […]
16 janvier 1896. J’ai cherché comment faire mieux aimer Dieu aux âmes… comment leur laisser transparaître cette suavité, cette douceur, cette paix inénarrable… comment obéir à l’Esprit-Saint, à ce feu que je sens dans mon âme et qui veut se donner… comment le communiquer à toutes les âmes que touche mon âme ; et je n’ai pas trouvé d’autre moyen, de plus puissant, que la bonté.
Extrait du Journal spirituel, Paris, Communauté de l’Adoration Réparatrice, 1938.