La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Iconographie du Sacré-Coeur





"On n'a vraiment, dans l'art chrétien, représenté le cœur humain sous ses formes naturelles, d'une matière certaine et continue qu'à partir du XIII° siècle. […] Il faut descendre jusqu'à la fin du XIV° siècle pour trouver une image du Sacré-Cœur dont la mention se présente avec un peu de consistance", écrit le comte Grimouard de Saint-Laurent dans son ouvrage Les Images du Sacré-Cœur (Paris, Bureaux de l'œuvre du vœu national, 1880).

Des études iconographiques complètes sur ce sujet existant déjà (celle de Grimouard de Saint-Laurent mentionnée ci-dessus, ainsi que le travail remarquable de Charbonneau-Lassay : Iconographie du Sacré-Cœur), nous nous contenterons ici de rappeler les premières approches imagées exécutées du vivant de
Marguerite-Marie.

20 juillet 1685 : l'image exposée au Noviciat

La première image représentant le Cœur du Sauveur est celle devant laquelle furent rendus les premiers hommages collectifs au Sacré Cœur, le 20 juillet 1685, sur l'initiative des Novices en ce jour de la fête patronymique de leur Maîtresse (cf. la chronologie). Il s'agit d'un petit dessin à la plume sur papier - "crayon fait avec de l'encre" - probablement tracé par la sainte elle-même.
« Mais je ne trouvais encore point de moyen de faire éclore la dévotion du Sacré-Cœur, qui était tout ce que je respirais. Et voici la première occasion que sa bonté m'en fournit. C'est que sainte Marguerite s'étant trouvée un vendredi, je priai nos Sœurs novices, dont j'avais le soin pour lors, que tous les petits honneurs qu'elles avaient dessein de me rendre en faveur de ma fête, elles les fissent au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce qu'elles firent de bon cœur, en faisant un petit autel, sur lequel elles mirent une petite image de papier crayonné avec une plume, auquel nous tâch[âmes] de rendre tous les hommages que ce divin Cœur nous suggéra. Ce qui m'attira, et à elles aussi, beaucoup d'humiliation, d'autant que l'on m'accusait de vouloir introduire une dévotion nouvelle. »
Vie de sainte Marguerite-Marie écrite par elle même, 20 juillet 1685 (94).

L'image représente le Cœur du Sauveur surmonté d'une croix, du haut duquel semblent s'échapper des flammes ; trois clous entourent la plaie centrale, qui laisse échapper des gouttes de sang et d'eau ; au milieu de la plaie, est inscrit le mot "Charitas". Une large couronne d'épines entoure le Cœur, et les noms de la sainte Famille sont inscrits tout autour : en haut à gauche, IESUS, au milieu, MARIA, à droite, IOSEPH, en bas à gauche, ANNA, et à droite, IOACHIM.

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L'original est aujourd'hui conservé au couvent de la Visitation de Turin, auquel le monastère de Paray la céda le 2 octobre 1738.
Cette image a été reproduite à de nombreuses reprises, et demeure l'une des plus répandues aujourd'hui.

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11 janvier 1686 : la miniature envoyée par la Mère Greyfié

Quelques six mois plus tard, le 11 janvier 1686, la Mère Greyfié, Supérieure de la Visitation de Semur, fait parvenir à Marguerite-Marie une reproduction miniature du tableau du Sacré-Cœur vénéré en son monastère - tableau à l'huile peint probablement par un peintre de la ville, accompagnée de douze petites images à la plume :
« … J'envoie ce billet par la poste, à la chère mère de Charolles, pour vous le faire rendre et vous tirer de la peine, attendant que je sois un peu débarrassée du tas d'écritures que j'ai à faire à ce commencement d'année ; et pour lors, mon cher enfant, je vous écrirai au long et large, selon que je pourrai me souvenir de la teneur de vos lettres. En attendant, vous verrez par celle que j'écris à la Communauté, à ce commencement d'année, comme nous avons solennisé la fête auprès de l'oratoire où est le tableau du sacré Cœur de notre divin Sauveur, dont je vous envoie le dessin en miniature.
J'ai fait faire une douzaine de petites images où il n'y a que celle de ce divin Cœur, avec la plaie du côté sur le même Cœur, la croix au-dessus et les trois clous, entouré de la couronne d'épines. C'est pour en faire les étrennes à nos chères sœurs… »
Lettre de la Mère Greyfié, 11 janvier 1686, Vie et Œuvres, Paris, Poussielgue, 1867, t. I.
Marguerite-Marie lui répond aussitôt, toute à la joie de cet envoi :
« … Lorsque j'ai vu la représentation de cet unique objet de notre amour que vous m'avez envoyée, il m'a semblé reprendre une nouvelle vie. […] Je ne puis dire la consolation que vous m'avez donnée, tant en m'envoyant la représentation de cet aimable Cœur, comme aussi en voulant bien nous aider à l'honorer avec toute votre Communauté. Cela me cause des transports de joie mille fois plus grands que si vous me mettiez en possession de tous les trésors de la terre. »
Lettre XXXIV, à la Mère Greyfié à Semur (janvier 1686), Vie et Œuvres, op. cit., t. II.
Une seconde lettre de la Mère Greyfié suivra bientôt, datée du 31 janvier :
« C'est ici la lettre que je vous ai promise par un billet que la chère mère de Charolles a dû vous faire tenir, où je vous ai marqué ce que je sens d'amitié, de liaison et de constance pour vous, en vue de notre union de cœur avec celui de notre adorable Maître. J'en ai envoyé de petites images à vos novices, et j'ai pensé que vous ne seriez pas fâchée d'en avoir une pour vous, et la mettre sur votre cœur. Vous la trouverez ici, avec l'assurance que je ferai mon petit possible pour que, de mon côté, comme vous du vôtre, nous donnions le contentement au Cœur sacré de notre Sauveur de se voir aimé et honoré par nos amis et amies… »
Lettre de la Mère Greyfié, 31 janvier 1686, Vie et Œuvres, op. cit., t. I.

La reproduction du tableau miniature envoyée par la Mère Greyfié est exposée par la Sœur Marie-Madeleine des Escures le 21 juin 1686 sur un petit autel improvisé dans le chœur, ses sœurs étant invitées à rendre hommage au divin Cœur. L'ensemble de la Communauté répond cette fois à l'appel, et dès la fin de l'année, cette image est placée dans une petite niche d'une galerie du couvent, sur l'escalier qui conduit à la tour du Noviciat. Ce petit oratoire sera quelques mois plus tard décoré et embelli par les novices.
De cette miniature envoyée par la Mère Greyfié, toute trace a été perdue depuis la Révolution.

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Septembre 1686 : l'image envoyée par Marguerite-Marie à la Mère de Soudeilles

Une autre image fut réalisée à la même époque : elle fut adressée par Marguerite-Marie à la Mère de Soudeilles à Moulins en septembre 1686 :
« Je me fais un grand plaisir, ma très aimée Mère, de pouvoir faire ce petit dépouillement en votre faveur, en vous envoyant, avec l'agrément de notre très honorée Mère, le livre de la retraite du R. Père de La Colombière, et ces deux images du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont on nous avait fait un présent. La plus [grande] sera pour mettre au pied de votre Crucifix ou autre lieu pour l'honorer ; et la petite, vous pourrez la porter sur vous… »
Lettre XLVII, à la Mère de Soudeilles à Moulins (15 septembre 1686), Vie et Œuvres, op. cit., t. II.

Seule la plus grande de ces deux images a été conservée : miniature peinte sur vélin, elle forme un rond de 13 cm de diamètre aux marges coupées ; on y voit au centre le Sacré Cœur entouré de huit jets de flammes, percé de trois clous et surmonté d'une croix ; la plaie du divin Cœur laisse échapper des gouttes de sang et d'eau dont le mélange forme, sur le côté gauche, un nuage sanglant. Au milieu de la plaie, est inscrit le mot "Charitas" en lettres d'or. Autour du Cœur, une première couronne de nœuds entrelacés, puis une seconde d'épines ; des cœurs sont enlacés dans ces deux couronnes.

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L'original se trouve de nos jours au monastère de Nevers. Sur l'initiative du Père A. Hamon, l'image a été reproduite en 1864 en chromolithographie, à moitié de sa grandeur, accompagnée du fac-similé de la "petite consécration", par l'éditeur M. Bouasse-Lebel à Paris. Elle est, avec la première image conservée à Turin, la plus connue aujourd'hui.

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1687 : l'image réalisée par la Sœur Jeanne-Madeleine Joly à Dijon

Dès le mois de mars 1686, Marguerite-Marie invite la Mère de Saumaise, supérieure du monastère de Dijon, à reproduire en grand nombre une image du Cœur du Sauveur :
« … Comme vous avez été la première à qui il a bien voulu que je dise l'ardent désir qu'il avait d'être connu, aimé et glorifié des créatures, … je me sens encore entièrement pressée de vous dire de sa part, qu'il désire que vous fassiez faire une planche de l'image de ce sacré Cœur, afin que tous ceux qui voudront lui rendre quelques hommages particuliers en puissent avoir des images dans leurs maisons, et des petites pour porter sur eux… »
Lettre XXXVI, à la Mère de Saumaise, à Dijon (2 mars 1686), Vie et Œuvres, op. cit., t. II.
Le travail ayant été confié sans succès à un Père de la Compagnie de Jésus, c'est finalement la Sœur Jeanne-Madeleine Joly, religieuse du monastère de Dijon, qui se charge du dessin du divin Cœur ; celle-ci envoie son travail à Marguerite-Marie.
« Je ne puis vous exprimer les doux transports de ma joie en recevant votre image, qui est telle que je la désirais. La consolation que j'éprouve de l'ardeur que vous témoignez pour le sacré Cœur est au-dessus de toute expression. Continuez ma chère sœur ; j'espère qu'il régnera, ce divin Cœur, malgré tout ce qui s'y oppose ; pour moi, je ne puis que souffrir et me taire. »
Lettre LXI, à la Sœur Joly, à Dijon (1687), Vie et Œuvres, op. cit., t. II.

Le travail de la Sœur est confié à un peintre, qui en fait un tableau, envoyé à Paray. Délaissant les éléments rajoutés par le peintre (une colombe et quelques anges), la Mère Desbarres envoie au premier monastère de Paris le dessin du Cœur pour en réaliser la gravure en taille-douce : ce Cœur est surmonté de la croix, environné de flammes et couronné d'épines ; de la blessure ouverte se détachent des gouttes de sang. La vénérable Mère Louise-Eugénie de Fontaine se charge alors de faire graver la planche. Cette planche est depuis lors conservée au premier monastère de la Visitation de Paris. Des trois images du Sacré-Cœur qui s'y trouvent, une seule possède toutes les caractéristiques du tableau original de Dijon.
Celui-ci fut placé à l'avant-chœur du monastère de Paray pendant les retraites en octobre 1688. Disparu pendant la tourmente de la Révolution, il fut retrouvé chez un fripier par la Sœur Anne-Marguerite Fouley (†1830), qui le rapporta au monastère de Dijon où, l'offrant à la dévotion de ses sœurs, elle aimait à répéter :
"C'est le tableau de notre sœur Jeanne-Madeleine Joly".
Les Mémoires manuscrits sur l'ancien monastère de Dijon nous apprennent que le tableau
"mesure 1,58 m de hauteur, terminé en cintre, et 84 centimètres de largeur. Il représente le Cœur de Jésus entouré d'une couronne d'épines, surmonté de la croix et environné de flammes. De la blessure s'échappent des gouttes de sang. Au bas sont deux anges adorateurs, et dans le haut quelques têtes d'anges, au milieu desquels le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, plane sur le Sacré-Cœur". Cette description est en bien des points conforme à celle du tableau qui se trouvait à Semur, ou du moins de la copie qui fut réalisée par les soins de la Mère de Saumaise pour la chapelle du monastère de Paray (voir ci-dessous). On est en droit de supposer qu'il y a eu inspiration probable d'un peintre à l'autre, à moins qu'ils n'aient travaillé tous deux à partir d'une source commune : voir à ce sujet la remarque portée plus loin concernant les tableaux conservés aux Annonciades.

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1688 : le tableau exécuté d'après la miniature de la Mère Greyfié

A partir de la miniature envoyée par la Mère Greyfié le 11 janvier 1686, un grand tableau est réalisé à Dijon par les soins de la Mère de Saumaise, et placé dans la chapelle construite dans le jardin du monastère, inaugurée le 7 septembre 1688. Dès réception du tableau cette année là, Marguerite-Marie en remercie par courrier la Supérieure de la Visitation de Dijon :
« Je vous remercie, ma très chère Mère, de l'image que vous avez eu la bonté de nous envoyer. Je ne peux vous exprimer le doux transport de joie que ressentit mon cœur à la vue de notre tableau, que je ne me lasserais jamais de regarder, tant je le trouve beau ; et je vous donnerai mille et mille bénédictions... »
Lettre LXXXVIII à la Mère de Saumaise (1988), Vie et Œuvres, op. cit., t. II.

D'assez grande taille (1,58 x 0,84), il représente le Cœur de Jésus surmonté de la croix, environné de flammes et couronné d'épines ; de la blessure ouverte se détachent des gouttes de sang. Le divin Cœur est entouré d'anges : plusieurs anges en adoration ainsi que quelques têtes d'anges stylisées ; le Saint-Esprit est représenté sous la forme d'une colombe qui plane sur le Sacré-Cœur. Le Père, en haut et au milieu, tient le globe de la main gauche, et déroule une banderole où l'on peut lire : "Voici le Cœur qui vous a tant aimé".

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Ce tableau est aujourd'hui visible en l'église paroissiale de Semur-en-Brionnais (à 20 km au sud de Paray-le-Monial). La Visitation de Paray, qui en fut dépouillé pendant la Révolution, n'en possède qu'une fidèle copie qui orne toujours la chapelle du jardin où l'original avait été placé en septembre 1688.

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1688 : le tableau de la Sœur de Farges, placé dans l'oratoire du Noviciat

Un second tableau du Sacré-Cœur fut exécuté avant la mort de la sainte de Paray.
Il fut réalisé par la Sœur Péronne-Rosalie de Farges, et placé en 1688 par Marguerite-Marie dans le petit oratoire dont nous avons parlé plus haut, qui donnait sur l'escalier conduisant à la tour où se trouvait alors le Noviciat du couvent :
« Je vous dirai que nous avons un second tableau du sacré Cœur, où il y a au bas, en place des deux anges, la Sainte Vierge d'un côté et saint Joseph de l'autre, et entre les deux une âme suppliante. C'est notre chère sœur de Farges qui l'a fait faire. Il est, comme je l'avais désiré, pour cette petite chapelle qui est la première qui a été érigée en l'honneur de ce divin Cœur, et notre chère sœur des Escures en a le soin : c'est un petit bijou tant elle l'ajuste bien. »
Lettre LXXX, à la Mère de Saumaise à Dijon (fin avril 1688), Vie et Œuvres, op. cit., t. II.

Il s'agit d'une assez fine peinture à l'huile de 0.40 x 0.30, où le Cœur de Jésus est représenté au centre ; dans le haut le Père entouré d'anges tient le globe terrestre et déroule une banderole où l'on lit "Hic est Cor dilectissimi Filii mei, in quo mihi bene complacui" ; le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, plane sur le Sacré-Cœur. En bas à gauche, la Vierge Marie à genoux le montre du geste et du regard, et de ses lèvres s'échappent les mots suivants : "Aimez-le et Il vous aimera" ; à droite, saint Joseph, dans une posture semblable, dit : "Venez, il est ouvert à tous" ; au centre, l'âme suppliante, les mains jointes, affirme : "J'espère et me donne à Lui".

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Disparu à la Révolution, et après bien des pérégrinations, ce tableau a été restitué par les héritiers de Mme de Moncolon au monastère de Paray en 1833, où il se trouve encore aujourd'hui.

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Le tableau de Jean Boucher (1604)

Ce dernier tableau est à rapprocher d'un autre plus ancien dont nous devons parler ici, peint à Bourges par Jean Boucher (1575 - 1633) en 1604 à l'occasion du centenaire de la mort de sainte Jeanne de Valois (1464-1505), fondatrice de l'Ordre de l'Annonciade, tableau exposé au musée de cette ville. Il représente la sainte en adoration devant le Cœur de Jésus. Celui-ci y est représenté au milieu des nuages et entouré d'anges, ouvert par la lance et surmonté d'une croix ; des flammes en jaillissent, et il est entouré d'épines. A gauche, Marie, une main sur la poitrine, montre de l'autre le Cœur sacré ; à droite, saint Joseph à genoux est en adoration ; en bas et à droite, sainte Jeanne de Valois, à genoux sur un prie-Dieu et les bras étendus, est en contemplation ; à gauche se trouve un prêtre en surplis (représentant sans doute le Père Gabriel Marie (1463-1532), co-fondateur de l'Ordre avec la sainte). En haut du tableau, le Père éternel a la main gauche posée sur le globe terrestre, et la main droite étendue.

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Les Annonciades de Boulogne, qui sont aujourd'hui installées à St-Margaret's Bay près de Douvres, possèdent un tableau semblable, sans doute plus ancien encore, qui représente une vision du Père Gabriel Marie. Celui-ci est représenté célébrant la Messe et ravi en extase, à l'arrière-plan. Dix Annonciades, en bas du tableau, regardent la scène qui se déroule dans le ciel. Là, sainte Jeanne de Valois couronnée est représentée devant le Cœur de Jésus entouré d'épines et surmonté de la croix, accompagnée en son adoration par la Sainte Vierge, sainte Catherine et saint Laurent, saint François d'Assise et le Père Jean de la Fontaine, ces quatre derniers personnages étant en relation avec l'histoire de l'Ordre.
Les points communs entre ces deux tableaux sont également nombreux, et il est fort probable que l'un des peintres ait influencé l'autre.
Ces deux œuvres confirment par ailleurs, et si besoin était, que la dévotion au Cœur de Jésus était déjà présente dans plusieurs des monastères fondés par la sainte et son confesseur dès le XVI° siècle.

Lorsque Marguerite-Marie meurt le 17 octobre 1690, les tableaux à l'huile commencent à se multiplier, et de nombreux pastels, petites miniatures sur vélin et crayons à la plume circulent de monastère en monastère et se distribuent déjà dans les missions. Les images gravées en taille-douce à Paris achèvent en cette fin de XVII° siècle de faire connaître, avec les premiers ouvrages parus sur ce sujet, la dévotion à travers le pays.
Il semble intéressant de remarquer, comme l'a démontré la thèse fort remarquable de Claire Jaillet ("Le Sacré-Cœur de Jésus : l'image de 1685 vénérée par sainte Marguerite-Marie ; sa diffusion jusqu'en 1789", Diplôme de l'Ecole du Louvre, 1989, non publiée, voir aussi "L'iconographie du Sacré-Cœur", in Psychologie et Foi n° 9-10), que ces premiers tableaux centrés sur le Cœur du Christ représentent tous les trois personnes de la Trinité : le Père évoqué selon la vision de Daniel,
"un Ancien assis, son vêtement blanc comme la neige, les cheveux de sa tête purs comme la laine" (7,9), l'Esprit Saint sous la forme d'une colombe (voir par exemple Mat 3,16), et le Fils représenté par son seul Cœur, au centre du tableau. C'est cette idée trinitaire qui sera reprise par Pie XII dans l'Encyclique Haurietis Aquas en 1956 :
« … Ce culte n'est rien d'autre en somme que le culte de l'amour divin et humain du Verbe incarné, et rien d'autre même que le culte de cet amour dont le Père et l'Esprit Saint poursuivent les hommes pécheurs ; car, comme l'enseigne Thomas d'Aquin (ST III, 48, 5), la charité de l'auguste Trinité est le principe de la Rédemption humaine, en tant que, débordant à flots sur la volonté humaine de Jésus-Christ et son Cœur adorable, elle l'a déterminé, ému par cette même charité, à répandre son sang pour nous racheter de la captivité du péché : "Je dois recevoir un baptême et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli !" (Lc 12,50) »
Pie XII, extrait de l'Encyclique Haurietis Aquas, 15 mai 1956, 46.

Au cours des différentes apparitions dont Jésus gratifia Marguerite-Marie, celui-ci lui montra son divin Cœur de différentes manières :
- seul tout d'abord, au cours de la seconde apparition, en 1674 :
« Après cela, ce divin Cœur me fut présenté comme dans un trône de flammes, plus rayonnant que le soleil, et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable, et il était environné d'une couronne d'épines… »
(Lettre au Père Croiset, 3 novembre 1689)
- puis sur sa propre personne, au cours des deux apparitions suivantes :
« Jésus-Christ, mon doux Maître, se présenta à moi, tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies, brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée Humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait à une fournaise ; et s'étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes. »
Récit de la vision reçue en 1674, Vie écrite par elle-même, 55, in Vie et Œuvres, t. II, p. 381.
Les représentations du sacré Cœur suivront ainsi l'exemple de ces deux modèles, et aux premières images qui représentèrent, nous venons de le voir, le Cœur du Christ isolé de sa personne, se joindront bientôt des images représentant la personne de Jésus montrant son Cœur. Celles-ci connaîtront un regain de popularité dès 1870, avec la signature du Vœu national, et la construction de la basilique sur la butte Montmartre.

Signalons enfin à ce sujet deux textes en provenance de Rome :
Le premier de la Sacrée Congrégation du Saint-Office, en date du 26 août 1894, qui déclare que
"l'image du Sacré Cœur de Jésus isolé est permise pour la dévotion privée, mais elle ne doit pas être exposée sur les autels, à la vénération publique".
La seconde de Léon XIII, qui dans l'Encyclique
Annum Sacrum en 1899, officialise en quelque sorte la représentation du "Cœur Très Sacré de Jésus, surmonté d'une croix brillant au milieu des flammes" (AS, 15), tel qu'il était représenté sur le premier dessin vénéré à la Visitation en 1685.

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Le culte rendu à l'image du Sacré-Cœur

« On ne rend pas un culte de religion aux images, en tant qu'on les considère en elles-mêmes, comme des objets, mais en tant qu'elles sont des images qui conduisent au Dieu incarné. L'élan qui va vers l'image comme telle, ne s'arrête pas à elle, mais tend vers l'être dont elle est l'image. Et donc, du fait que l'on rend à des images du Christ un culte de religion, on ne s'écarte ni du culte de latrie, ni de la vertu de religion. »
St Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa, IIae, q ;81, art.2, in Encyclique Haurietis Aquas, Pie XII, 15 mai 1956, (57).

Comme le rappelle fort bien Louis Verheylezoon en son livre sur La Dévotion au Sacré-Cœur (Paris Tournai, Casterman, Salvator Mulhouse, 1954), Jésus a demandé à Marguerite-Marie un triple culte, relative à cette image :

- un culte privé ou personnel :
« … Comme vous avez été la première à qui il a bien voulu que je dise l'ardent désir qu'il avait d'être connu, aimé et adoré des créatures, il voudrait que ce fût vous qui fissiez faire une planche de l'image de ce sacré Cœur, afin que tous ceux qui voudront lui rendre quelques hommages particuliers puissent avoir des images dans leurs maisons, et des petites pour porter sur eux. »
Lettre XXXVI, à la Mère de Saumaise, Vie et Œuvres, t. II, p. 306.

- un culte domestique, collectif :
« Il me promit […] qu'il répandrait avec abondance les bénédictions de son sacré Cœur dans tous les lieux où serait posée l'image de cet aimable Cœur, pour y être aimé et adoré ; que, par ce moyen, il réunirait les familles divisées, et assisterait et protégerait celles qui seraient en quelque nécessité. »
Lettre XXXV, à la Mère de Saumaise à Dijon (24 août 1685), Vie et Œuvres, t. II, p. 296.
C'est à cette tâche que s'emploieront l'Œuvre de l'Intronisation (cf. la chronologie, 1907) et l'Œuvre de la Consécration des familles, initiée par l'Apostolat de la Prière (ib., 1918 et s.)

- un culte public :
« Il m'assura qu'il prenait un plaisir singulier d'être honoré sous la figure de son Cœur de chair, dont il voulait que l'image fût exposée en public, afin, ajouta-t-il, de toucher par cet objet le cœur insensible des hommes. »
Vie et Œuvres, t. II, p. 572.

L'image, en parlant aux yeux, s'adresse au cœur de chacun de nous.

« N'est-il pas vrai que l'image du Cœur de Jésus, lorsque nous la regardons, excite plus vivement en nous le souvenir de Celui qui a été blessé à cause de nos iniquités (Is., LIII, 5), et qui nous ouvre toujours son sein pour nous recevoir ? N'est-il pas vrai que, tant que cette image exposée à nos yeux fait durer un si précieux souvenir dans notre âme, nous sommes portés à aimer ce Dieu-Homme, qui a voulu que son Cœur fût percé pour l'amour de nous, et à recourir dans nos besoins à cet asile assuré qu'il nous représente ? Peut-on voir la lumière et les flammes qui sortent de ce divin Cœur, sans se souvenir qu'il est la source des belles connaissances et du plus pur amour ? La vue de la croix, qui est comme entrée dans ce Cœur sacré, ne nous fait-elle pas souvenir que Jésus, dès le premier moment de son Incarnation jusques à sa mort, a souffert dans son Cœur toute l'amertume de sa Passion, et que c'est son divin Cœur, que c'est son amour infini pour les hommes, qui l'a porté à les racheter par le plus honteux de tous les supplices ? »
Père François Froment, La véritable dévotion au Sacré-Cœur de Jésus-Christ, (1699) Bruxelles, Vromant, 1891.


Un élan d'amour, c'est bien ce à quoi ces images nous appellent, élan d'amour vers Jésus qui nous a montré - par l'intermédiaire de Marguerite-Marie - son Cœur miséricordieux. Puissent-elles, ces images, nous transmettre les paroles du Sauveur Lui-même, qui comme il le disait à la sainte de Paray a le grand désir "que son Sacré-Cœur soit honoré par quelque hommage particulier, afin de renouveler dans les âmes les effets de sa Rédemption…" (Vie et Œuvres, t. II, p. 321).


Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le recueil reproduit dans les pages qui suivent a trouvé un éditeur, Téqui, dans sa dernière version imprimée mise à jour en juin 2008. Il est en vente au prix de 40 € (réf.6656) - Frais de port pour la France : 5,50 €.

Je compte sur vous pour faire connaître de la manière la plus large possible la parution de ce livre dédié au Divin Coeur de Jésus.

En vente en ligne sur le site internet des Editions Téqui.