La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Biographies - Hagiographies




3. Renouvellement de la dévotion au Sacré-Coeur : 1350-1600

Lansperge-le-Chartreux (1489-1539)
Ignace de Loyola (1491-1556)
Pierre Canisius (1521-1597)


Lansperge-le-Chartreux

Né à Landsberg, en 1489
Mort à la Chartreuse de Cologne, le 11 août 1539
Jean Juste est né en 1489 à Landsberg, au duché de Bavière (son père se nomme Gerecht, mot qui, en allemand, signifie "Juste"). Dans les premières années du XVI° siècle, il quitte son pays natal pour poursuivre ses études à l'Université de Cologne. En 1509, ses études terminées, il répond à sa vocation en choisissant l'Ordre des Chartreux, et rejoint la Chartreuse de Cologne (fondée en 1336 par l'archevêque Wulfram), Chartreuse demeurée célèbre dans les annales de l'Ordre pour le grand nombre de savants et de saints religieux qu'elle a produit. Il a tout juste 20 ans.
Il y est accueilli par le Père Prieur, Dom Pierre Blomenvenna (1466-1536), vénérable religieux auprès duquel il vivra près de vingt ans. Après sa profession en 1510, il passe dix années en cellule - années de silence et de paix profonde - avant de recevoir sa première charge. C'est à cette époque que Bruno, fondateur de l'Ordre mort en 1101, est élevé sur les autels, et en 1514, le pape Léon X donne permission de célébrer la messe et l'office de leur fondateur.
En 1520, Dom Jean Juste est tiré de la solitude du cloître pour remplir les charges de Vicaire et de maître des novices. C'est pour l'un d'eux, Dom Hugues, qu'il publie ses Méditations de la Vie de Notre-Seigneur. Un autre de ses disciples, Dom Bruno, se fera plus tard son biographe et publiera une partie des œuvres de son maître. Dom Jean Juste consacre en effet beaucoup de temps à l'étude et à la rédaction d'ouvrages de spiritualité, comme il est de tradition dans l'Ordre des Chartreux. Les œuvres de Lansperge forment 5 volumes in 4°. L'historien Dom Benoît Tromby précise qu' « il n'écrivait que ce qu'il avait auparavant médité dans la prière ; ses œuvres sont le fruit de ses contemplations et le travail n'était pour lui qu'une nouvelle forme de prière ».
« Chaque fois que vous rentrez en cellule, avant toute chose, mettez-vous à genoux, saluez révérencieusement votre très sainte souveraine Marie, comme étant votre Mère et la maîtresse et la patronne de votre cellule et dites-lui, au moins, un Ave Maria. »« Recommandez-vous à la Bienheureuse Marie, mettez votre confiance en Elle ; priez-la de vous délivrer de tout mal, de tout péché, de tout danger, demandez-lui de vous diriger et de vous conduire pour accomplir, en tout, le bon plaisir de Dieu. » (Manuel de la Milice chrétienne - Lettre à un novice de la Chartreuse de Cantave)
En 1530, ses nombreuses vertus ayant été connues de ses supérieurs, il est nommé Prieur de Cantave, à une demi-heure de Juliers, sur les bords de la Roër. Il s'y fait remarquer par sa bonté paternelle, sa disponibilité de chaque instant envers tous, religieux du monastère comme inconnus de passage, et cela malgré les nombreuses infirmités qui le font souffrir de plus en plus. C'est à Cantave qu'il rédige les Quinze méditations sur la Vie et la Passion de Notre-Seigneur, et le Discours en forme de lettre de Notre-Seigneur Jésus-Christ à l'âme dévote. Ses 80 Sermons seront publiés de son vivant en 1536. Il est également l'auteur de nombreux poèmes et d'un grand nombre d'hymnes.
Déchargé de son office de Prieur du fait de sa faible santé, il revient en 1534 à la Chartreuse de Cologne. S'il ne se plaint jamais des souffrances qu'il endure, il souffre profondément des divisions engendrées par Luther, et des nombreuses persécutions qui s'en suivent. Plus de vingt Chartreuses sont en quelques années détruites par les protestants. En Angleterre, le mariage d'Henri VIII avec Anne Boleyn en 1533 a entraîné d'autres déchirures, et autant de persécutions dont les Chartreux sont les premières victimes (mai 1535 à 1540). Lansperge vit ces événements dans la pénitence et les sacrifices, offrant ses austérités pour la persévérance des justes et la conversion des pécheurs. Nommé Vicaire, il poursuit son œuvre écrite, et rédige notamment une apologie de l'état religieux intitulée Quelle est donc, en réalité, la vraie Religion évangélique ?, traité polémique dirigé contre la Réforme. Il s'éteint peu de temps après, le 11 août 1539.
Tous ses écrits tendent à un seul but : créer, entretenir, augmenter dans les âmes un grand amour pour Dieu. Il prie et fait prier. Et quel est le symbole de l'amour ? C'est le Cœur, répond Lansperge, Cor amoris indicum ». Véritable apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus au XVI° siècle, il s'appuie sur une longue tradition dans l'Ordre des Chartreux, depuis Ludolphe-le-Chartreux au XIV°. Il écrit dans l'une de ses lettres : « Mon très cher fils, prenez soin de vous exciter à vénérer le Cœur très bon de Jésus, ce Cœur si débordant d'amour et de miséricorde ; honorez-le d'un culte assidu, baisez-le et entrez par la pensée dans ce Cœur qui vous est ouvert. Demandez par lui ce que vous désirez, offrez-lui toutes vos actions, car il est le vase qui contient toutes les grâces célestes, la porte par laquelle nous allons à Dieu et par laquelle Dieu vient à nous. Mettez donc, dans un endroit où vous deviez passer souvent, quelque image de ce divin Cœur, elle excitera en vous l'amour de Dieu et vous avertira souvent d'agir pour lui. En la regardant, souvenez-vous que vous êtes dans l'exil et dans le misérable esclavage du péché… Vous pourriez également, si la dévotion intérieure vous presse, embrasser cette image, à savoir, le Cœur du Roi Jésus et vous persuader dans votre esprit que vous avez véritablement sous les lèvres et sous vos baisers le divin Cœur du Sauveur Jésus. Oh ! alors, brûlez du désir d'attacher à Lui votre cœur, de plonger et d'absorber en lui votre esprit. Ou bien, -après l'avoir demandé, - croyez que de cet aimable Cœur vous attirez en votre cœur son esprit, sa grâce, ses vertus et, finalement, tout ce qui se trouve de salutaire dans ce Cœur (et c'est incommensurable)… » (Lettres à des Chartreux, livre I, lettre XXVI)
Ses Homélies et ses Commentaires sur la Passion sont aussi riches de belles pages sur le Sacré-Cœur (cf. au résumé théologique).
On doit également à Lansperge une édition complète des œuvres de sainte Gertrude - déjà éditées en allemand en 1505 - qu'il entreprend de traduire en latin et qui paraît en 1536 sous le titre de Insinuationes Divinae Pietatis : Insinuations de la Divine Piété.

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Ignace de Loyola

Né au château de Loyola, dans le Guipuzcoa, en Espagne, en 1491
Mort à Rome, en 1556
Fondateur de la Compagnie de Jésus
Né au pays basque espagnol, dernier enfant d'une famille de vieille noblesse, Iñigo Lopez de Récalde mène durant ses trente premières années une vie de jeune noble comme tant d'autres. D'abord page du roi Ferdinand V, puis officier dans les armées espagnoles, c'est au cours du siège de Pampelune en 1521 qu'il est grièvement blessé à la jambe, et transporté au château de son père, où il subit plusieurs opérations. Au cours de sa convalescence, il lit plusieurs livres de piété, tels la Vie de Jésus-Christ de Ludolphe le Chartreux et La Fleur des Saints, adaptation espagnole de La Légende dorée de Jacques de Voragine. Ces lectures sont à l'origine de sa conversion. Il quitte alors le château paternel, et après avoir prié une nuit entière Notre-Dame d'Aranzazu, chère aux gens de Guipuzcoa, il se dirige sur Montserrat, la célèbre abbaye de Catalogne. Il y fait une retraite de trois jours, à la fin de laquelle il dépose son habit et ses armes, pour revêtir celui du pèlerin. Muni des Exercices de la vie spirituelle de Garcia de Cisneros (1455-1510) que lui a donnés Dom Chanones, il part s'installer à Manrèse, où il se met au service de l'hôpital, commençant une vie de pénitence et de contemplation. Durant deux ans (1522-1523), il se livre dans une grotte proche de la ville à la pratique austère de terribles mortifications. Dans la prière, il connaît dès cette époque le don des larmes, et est favorisé d'illuminations, révélations et visions dont son futur compagnon Pierre Canisius dira "jamais je ne dirai absolument : Il a eu des illuminations, mais plutôt : Il a eu de remarquables et nombreuses connaissances des choses divines". Dans sa retraite, il lit l'Imitation de Jésus-Christ, et commence la rédaction des notes qui lui serviront à bâtir les Exercices spirituels. Puis il part pour Jérusalem.
De retour de Terre sainte en 1524, il commence à apprendre la grammaire puis, dans les Universités d'Alcala et de Salamanque, il étudie la philosophie et la théologie. Ses premières prédications alarment l'Inquisition, ce qui lui vaut par deux fois d'être emprisonné, avant que son innocence ne soit reconnue. Au cours de l'hiver 1527-1528, il traverse la France (Perpignan, Toulouse, Bourges, Orléans, …) pour rejoindre Paris (le 2 février) où il va reprendre ses études. C'est à cette époque qu'il rédige sous leur forme définitive les Exercices spirituels. En octobre 1529, il entre au collège Sainte-Barbe pour suivre les cours de la faculté des Arts. C'est là qu'il rencontre deux de ses futurs compagnons, le savoyard Pierre Favre (le Fèvre) et François de Jassu, né au château de Xavier en Navarre (futur François-Xavier (1506-1552, canonisé en 1602), qui évangélisera l'Inde, Ceylan, la Malaisie, le Japon… proclamé patron des missions étrangères par Pie X). Quatre autres les rejoindront bientôt, le portugais d'Azeveda Simon Rodrigues, et trois espagnols, Diego (Jacques) Lainez, Nicolas surnommé Bobadilla du nom de son village, et Alonso Salmeron, qui n'a alors que 19 ans. Ensemble, ils décident de ne plus se séparer et s'engagent le 15 août 1534, dans une chapelle souterraine de l'église Notre-Dame de Montmartre, à la pauvreté et à la chasteté, formant le vœu de se consacrer à la conversion des infidèles de Jérusalem. Si le voyage s'avère impossible, ils se mettront à la disposition du pape. En mars 1535, Ignace quitte définitivement Paris, muni du grade de Maître ès Arts de l'Université de Paris, et non sans avoir à plusieurs reprises voyagé (dans les Flandres et jusqu'à Londres même) à la recherche des aumônes nécessaires à l'entretien de sa vie étudiante. Il rentre alors dans son pays natal.
En juin 1537, Ignace est ordonné prêtre à Venise, et il célèbre sa première Messe le jour de Noël en 1538 dans la basilique romaine de Sainte-Marie Majeure. En 1539, il rédige la première ébauche des Constitutions de la Compagnie (Formula instituti). Le 27 septembre 1540, par la Bulle <Regimini militantis, Paul III accepte la Compagnie et en approuve les statuts qui comportent, outre les trois vœux monastiques, celui d'obéissance absolue à l'égard du pape. Paul III concède à Ignace l'église de Gésù, et nomme ses religieux Clercs de la Compagnie de Jésus. En avril 1541, Ignace est élu préposé général à l'unanimité. L'Ordre connaît alors un développement rapide, et lorsqu'il meurt en 1556, la Compagnie compte 72 résidences, 79 maisons et collèges (celui de Rome a été inauguré en 1551), et un millier de membres. Cent ans plus tard, on dénombre plus de 15.000 Jésuites et 550 fondations. Les Jésuites seront les principaux artisans des missions au XVI° siècle, ardents défenseurs de la respectabilité des civilisations étrangères, ne confondant jamais évangélisation et colonisation. Ce respect des traditions culturelles, intellectuelles et religieuses des contrées où ils parviennent leur vaudra bien des difficultés, témoin la "Querelle des Rites" que Benoît XIV, poussé par les Franciscains et les Dominicains, conclura par la condamnation de l'action missionnaire des Jésuites en Chine (1742), ou quelques années plus tard la suppression des "réductions" du Paraguay (1759-1767), où dès 1609 les pères de la Compagnie avaient bâti avec les indiens Guarani des villages dont l'organisation et la structure, véritable république chrétienne, avaient reçu les éloges même de Voltaire, Montesquieu ou d'Alembert. L'expulsion des Jésuites précédera de peu la suppression de l'Ordre par Rome, en 1773, Ordre qui sera rétabli par Pie VII en 1814 (voir Annexe 2). Malgré toutes les interdictions dont elle a été victime au cours des XVIII° et XIX° siècles, la Compagnie de Jésus compte aujourd'hui encore plus de 20.000 membres, répartis dans 126 pays. La devise de la Compagnie est "Ad majorem Dei gloriam", c'est-à-dire "Pour la plus grande gloire de Dieu". Ignace de Loyola a été canonisé le 12 mars 1622 par Grégoire XV. Pie XI, en 1922, l'a proclamé patron de tous les exercices spirituels.
Ignace de Loyola portait constamment sur la poitrine une image de la Bienheureuse Vierge Marie, tenant l'enfant Jésus sur son bras gauche, et tous deux portant un cœur dans leur main droite ; il appelait cette Vierge Notre-Dame du Cœur.
On connaît de lui en latin la Formule de l'Institut (Formula instituti), et en espagnol le Livre des constitutions de la Compagnie de Jésus, la Charte de l'observance religieuse, et la Charte de la perfection religieuse, ainsi qu'une volumineuse correspondance. Voir également le florilège du Père Bouhours (1683) : Maximes de saint Ignace. Les Exercices spirituels ont été proclamés par Pie XI en 1922 le code spirituel "le plus sage et le plus universel pour diriger les âmes sur le chemin du salut et de la perfection".

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Pierre Canisius

Né à Nimègue (province de Cologne, aujourd'hui en Hollande), le 8 mai 1521
Mort à Fribourg, en Suisse, le 21 décembre 1597
Jésuite, théologien, reconnu Docteur de l'Eglise le 21 juin 1925 par Pie XI
Fils d'un bourgmestre de Nimègue, il connaît une jeunesse pieuse, élevé dans la religion catholique. En 1536, il part à Cologne pour y étudier le droit, la théologie et la spiritualité. Il y rencontre Nicolas Van Esch, jeune prêtre qui l'oriente vers le parti loyaliste de Cologne. Enthousiasmé par Pierre Favre (l'un des premiers compagnons d'Ignace de Loyola), il entre le 8 mai 1543 à la Compagnie de Jésus. Il y devient diacre en 1544, et est ordonné prêtre en 1546. Dès l'année suivante, il est amené en tant que théologien par l'évêque d'Augsbourg au Concile de Trente. En 1548, il se rend à Rome pour y faire sa profession solennelle en présence d'Ignace de Loyola. Alors qu'il s'y prépare, en prière devant le Saint-Sacrement à la basilique Saint-Pierre, le Seigneur lui apparaît et lui ouvre son Cœur (cf. chronologie). Après un séjour en Sicile, où il a été envoyé par Ignace, il revient en Italie, et décroche le titre de docteur en théologie à Bologne. Commence alors pour lui une période d'apostolat intense. Il écrit en 1554 le premier Catéchisme catholique. Premier prédicateur de Ferdinand 1°, il est nommé provincial de son Ordre en Allemagne du Sud en 1556, et combat avec ardeur les protestants. Pendant sept ans, il est le prédicateur officiel de la cathédrale d'Augsbourg. En 1561, il se voit confier la promulgation des décisions du concile de Trente en Allemagne. A partir de 1580, il travaille activement en Suisse, où il fonde dès l'année suivante un collège à Fribourg, où il se retire, malade, en 1591. Grand défenseur du culte de la Vierge, il meurt le 21 décembre 1597. Béatifié en 1864, Pierre Canisius a été canonisé le 21 juin 1925 par Pie XI.
Outre le Catéchisme, on lui doit plusieurs écrits théologiques, notamment une Somme de la doctrine chrétienne (Summa doctrinae, 1585), ainsi qu'un très grand nombre de Lettres.


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Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

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