Introduction
Pourquoi ce dossier ?

Fondements scripturaires
Textes bibliques de référence

Résumé historique et théologique
Ere Patristique
1000-1250
1250-1350
XIV° au XVII°
... à nos jours

Chronologie détaillée et textes essentiels
1000-1250
1250-1350
1350-1600
1600-1690
1690-1789
1789-1870
... à nos jours

Annexes
La Cie de Jésus
Le Jansénisme
1789-1814
Voeu national
1879-1907
Liste des Papes

Biographies
1000-1250
1250-1350
1350-1600
1600-1690
1690-1789
1789-1870
... à nos jours

Congrégations et Instituts
Liste détaillée

Confréries et Associations
Liste détaillée

Prières et Litanies
Prières
Actes d'offrande
Amendes honorables
Consécrations
Neuvaines
Litanies
Cantiques

Iconographie
Quelques repères

Bibliographie
Livres consultés

Exposition
Photographies



Biographies - Hagiographies


6. L'implantation en France - De la révolution à la guerre de 70 : 1789-1870

Madeleine Sophie Barat (1779-1865)
Marie de Jésus (1797-1854)
Michel Garicoïts (1797-1863)
Marie de Saint-Pierre (1816-1848)
Jean-Baptiste Muard (1809-1854)
Théodelinde Dubouché (1809-1863)
Louis-François Désiré Edouard Pie (1815-1880)
Henri Ramière (1821-1884)
Daniel Comboni (1831-1880)
Jules Chevalier (1824-1907)
Jean Bosco (1815-1888)
Marie-Marthe Chambon (1841-1907)
Marie de Jésus - Marie Deluil-Martiny (1841-1884)


Madeleine Louise Sophie Barat

Née à Joigny, dans l'Yonne, le 13 décembre 1779
Morte le 25 mai 1865
Sophie naît au sein d'une famille de vignerons bourguignons, troisième enfant de Madeleine et Jacques Barat, tous deux chrétiens fervents, et est d'autant plus choyée par sa mère qu'elle vient au monde en grand danger, deux mois avant terme. Elle fait sa première communion à dix ans, en 1789, alors que la Révolution est toute proche. Au collège de Joigny où elle poursuit ses études, elle devient l'objet des soins attentifs et sévères de son frère l'Abbé Louis, sous-diacre et professeur du collège. Celui-ci la guide dans ses études, tout autant que dans sa vie religieuse, jusqu'en 1793. L'Abbé Louis qui, entraîné par son évêque Mgr Loménie de Brienne, a signé le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé, s'est ensuite rétracté, et obligé de se réfugier à Paris, il y est arrêté au mois de mai. Il connaîtra la prison, et ne sera sauvé qu'au 9 thermidor. En février 1795, il reçoit la prêtrise et rentre à Joigny, pour y poursuivre l'éducation de sa jeune sœur. Dans l'attente de son retour, Sophie a choyé sa famille, trouvant refuge auprès de deux images laissées là par son frère aîné : l'une représente le Cœur de Jésus, l'autre le Cœur de Marie. Sophie dira plus tard que c'est de cette époque que date sa dévotion envers le Sacré-Cœur.
Pour poursuivre la formation de Sophie, l'Abbé Louis repart avec elle à Paris, où dans le cadre d'une maison du Marais, véritable couvent tenu par Mlle Duval, il impose à sa sœur austérités et sacrifices, en vue de compléter ses études et de la fortifier sur la plan spirituel. De cette vie où la discipline, physique et morale, la pousse à toujours plus d'efforts, elle ne s'échappe que le temps des vendanges, seule détente concédée par l'Abbé. En toute chose elle se soumet à ses décisions, obéissant avec humilité sur ce chemin si rude qu'il trace pour elle, et au bout duquel elle rencontre, au cours de l'été 1800, le Père Varin (1769-1850). Celui-ci fait partie des membres fondateurs de la Société du Sacré-Cœur, qui vient de fusionner avec les Pères de la Foi du Père Paccanari. Or l'Abbé Barat est entré il y a peu dans cette Société, où il fait la connaissance du Père Varin. Il s'ouvre à lui des qualités spirituelles de sa jeune sœur, qu'il lui présente bientôt. Le P. Varin trouve en elle celle qu'il cherchait, pour fonder cette Société féminine qu'avait souhaité son jeune confrère le P. Tournély avant de mourir, destinée à l'éducation des jeunes filles sous les auspices du Sacré-Cœur. Louis Barat ayant donné son accord pour le départ de Sophie, la petite communauté s'organise rue de Touraine à Paris, accueille les quatre premières postulantes, et le 21 novembre 1800, elles prononcent leur consécration au Sacré-Cœur : la Société du Sacré-Cœur de Jésus est née.
En mai 1801, le communauté est transférée à Amiens, où dès le 15 octobre elle prend en charge un pensionnat dont Mlle Loquet est nommée supérieure, Sophie assumant la charge des hautes classes et de l'instruction religieuse. Le 8 décembre 1802, à l'invitation du Père Varin, Mlle Loquet quitte la Société, et le Sophie est appelée, contre son gré, à la remplacer. Supérieure, puis supérieure générale, elle le restera jusqu'au dernier jour de sa vie. La communauté s'agrandissant, elle déménage à deux reprises, la seconde fois le 29 septembre 1804 à proximité de la cathédrale, dans cette maison que Sophie appelle le "Berceau d'Amiens". Le 31 juillet de cette même année, le Père Varin rencontre au couvent de Sainte-Marie-d'En-Haut à Grenoble la Mère Rose Philippine Duchesne (1769-1852, canonisée en 1988), et organise une entrevue avec la Mère Barat, qui a lieu au mois de décembre. En 1805, un noviciat y est installé, qui scelle la fusion des deux communautés, et le 21 novembre les Sœurs de la fondation de Grenoble prononcent leurs vœux. Peu de temps après son retour à Amiens, Sophie Barat est élue Supérieure générale de la Société (18 janvier 1806). Cette année 1806 voit également la naissance d'une nouvelle fondation à Poitiers, où le noviciat ouvre ses portes le 8 septembre. L'année suivante, le 10 mars, l'Institut du Sacré-Cœur est approuvé par Napoléon pour tout l'Empire français, et les fondations se multiplient : Cugnières (diocèse de Beauvais), Gand, puis Niort. Les Pères de la Foi, en revanche, sont supprimés par décret impérial le 1° novembre, et le Père Varin se retire dans sa famille en Franche-Comté.
En 1808, sous l'influence de l'Abbé de Saint-Estève et sans que la Mère Barat soit consultée, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame fondée par la Mère Billiart est fusionnée avec la communauté d'Amiens, et prend le nom de Dames de l'Instruction chrétienne. Pendant ce temps, Sophie Barat visite ses communautés, passant de longs mois à Grenoble auprès de la Mère Duchesne, qui lui demande de la laisser partir pour l'étranger. Puis elle revient à Amiens en mai 1811, pour découvrir que l'Abbé de Saint-Estève a profondément remanié les Constitutions, imposant des Règles très éloignées de celles de la fondatrice. Elle se tait, et prépare avec le Père Varin de nouveaux statuts centrés sur la dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie. L'Abbé de Saint-Estève essaiera en vain de faire reconnaître par Rome sa propre fondation, et la Mère Barat retrouve enfin son rôle directeur, ses nouveaux statuts étant définitivement approuvés le 16 décembre 1815. Un noviciat général est installé à Paris, puis une nouvelle fondation à Quimper, et celle de Cugnières transférée à Beauvais. Et le 8 février 1818, Rose Philippine Duchesne quitte enfin la France avec quatre autres religieuses, pour rejoindre la Nouvelle-Orléans. De 1818 à 1821, les fondations se multiplient : Chambéry, Lyon, Le Mans, Autun, Besançon, Turin, Metz, Bordeaux, et avec elles, de multiples pensionnats. A Paris, la Société fait l'acquisition de l'hôtel Biron, où s'installent Noviciat et pensionnat. Sophie Barat, qui a redouté cet achat à cause du luxe de l'endroit, fait gratter les dorures, supprimer tous les ornements, et écrit : "Grâce à Dieu, nous ne sommes pas mieux qu'ailleurs dans cet hôtel Biron et l'endroit des écuries que nous habitons n'a rien de magnifique. J'espère que nous y pratiquerons la pauvreté, et je ne vois pas qu'aucune de nous y soit plus attachée qu'à la plus pauvre maison". En 1825, elle entreprend des démarches auprès de Rome, pour que l'Institut reçoive le Bref d'approbation nécessaire à son expansion : "La dévotion au Cœur de Jésus a pris naissance en France. C'est à cette dévotion que la France est redevable de ne pas avoir perdu la Foi ; et cette même dévotion, nous l'espérons, la fera sortir triomphante des crises qu'il lui reste peut-être à supporter. Un Ordre religieux, naissant en France dans ces circonstances et consacré au Cœur de Jésus, n'entrerait-il pas aussi dans les vues miséricordieuses de la Providence ?" Ses démarches sont si bien accueillies, que le 22 décembre 1826 le Bref d'approbation est signé par Léon XII, qui propose lui-même une nouvelle fondation à Rome, en l'église et au couvent de la Trinité-du-Mont.
La Révolution de juillet 1830 va disperser pour un temps les religieuses, ce qui n'empêche pas la Mère Barat de poursuivre ses voyages, et de fonder à Lyon l'Association des Enfants de Marie, avant de rejoindre Turin en mai 1832, puis Rome où elle rencontre Grégoire XVI. Les années 1834 à 1839 voient la naissance de nouvelles fondations, tandis que la Supérieure générale poursuit inlassablement ses déplacements, malgré un état de santé de plus en plus fragile. En 1839, le siège de la Société est transféré à Rome, et la Constitution profondément remaniée, pour se rapprocher de celle de la Compagnie de Jésus. Cette double modification entraîne jusqu'en 1842 de vives luttes d'influence entre la maison de Paris et celle de Rome, à tel point que la Société se trouve menacée de suppression par le gouvernement français. C'est un décret de la commission des cardinaux en date du 9 mars 1843 qui ramène le calme, imposant un retour à la Constitution approuvée par Léon XII. Entre temps, la Société s'est encore étendue, non seulement en France (Laval, Montpellier, Nancy), mais aussi en Italie, en Irlande, en Angleterre, en Algérie. En 1850, Sophie Barat rencontre Pie IX à Rome, qui approuve les réformes qu'elle lui propose, concernant notamment la nomination de supérieures provinciales. Puis ce sont de nouveaux voyages, et toujours de nouvelles fondations. En 1864, la Société compte ainsi 3.500 religieuses, et 86 fondations sur les deux continents. Au mois de juin de cette année là, à l'occasion du huitième conseil général de la Société, est encore créé le Juvénat, qui doit permettre aux religieuses à la sortie du Noviciat de parfaire leurs études en vue de l'enseignement. Enfin le 21 mai 1865, Sophie Barat annonce sa mort prochaine : "Je me suis empressée de venir aujourd'hui car Jeudi nous allons au Ciel" Elle meurt le Jeudi de l'Ascension, le 25 mai à 11 heures du soir.
La Société est aujourd'hui présente dans 43 pays. Madeleine Sophie Barat a laissé une Correspondance qui témoigne de son inlassable activité, plus de quatorze mille lettres ont ainsi été versées au dossier du procès de béatification. "Faire connaître et aimer le Sacré-Cœur de Jésus, c'est le paradis sur la terre" y écrit-elle. Elle a été canonisée le 24 mai 1925.


Marie de Jésus

Née à Bougival, le 15 mars 1797
Morte à Paris, le 15 janvier 1854
La petite Laure (c'est son nom de baptême) grandit au sein d'une famille pauvre de la banlieue parisienne, entourée de ses six frères et sœurs. Orpheline à huit ans, elle est recueillie à Paris par une de ses tantes, Mme Denys, et son mari, qui l'élèvent dans la foi chrétienne. Dans la relation de sa vie qu'elle rédigera plus tard par obéissance, elle avouera que dès son plus jeune âge elle fut favorisée de grâces extraordinaires, joignant à sa grande piété une charité exemplaire. Elle fait sa première communion à onze ans, et il lui est bientôt permis de communier tous les mois, puis tous les quinze jours, et enfin plusieurs fois par semaine. Très assidue aux offices célébrés dans sa paroisse, il lui est confié la direction de la chorale. Elle connaît cinq années d'épreuves (ténèbres, désolation, tentations violentes) au sortir desquels elle tombe gravement malade. Elle relatera à son confesseur le Père Ronsin (1771-1846) que tout au long de cette période, elle ne trouva secours qu'en la communion, au cours de laquelle le Seigneur "se montrait à son âme tout rayonnant de gloire. Elle le voyait au milieu d'une lumière éblouissante, qui ne lui permettait d'apercevoir que son divin visage plein de douceur et de majesté ; et, dans sa poitrine, son Cœur adorable, environné de flammes ardentes et tout brûlant d'amour". Cet attrait pour le Cœur de Jésus s'est révélé dès 1814, lorsqu'elle a découvert la Consécration de la France au Sacré Cœur de Jésus, prière (attribuée au Père Lambert) qui circule à cette époque dans tout le pays, et qu'elle récitera désormais tous les jours. Quelques années plus tard, alors que la ville de Poitiers est consacrée au Sacré Cœur, on dit qu'elle soupire : "Ah ! si la France entière pouvait jouir du même bonheur !" Elle ne vit plus désormais que dans cet espoir.
En août 1822, encore gravement malade, elle entre dans la Confrérie du Sacré-Cœur. Les grâces qu'elle reçoit du Ciel s'intensifient, et le P. Ronsin relatera ainsi l'une de ses extases :
« Abîmée dans un océan de lumière, écrit-il, elle y voyait clairement les désirs de ce Cœur adorable tout embrasé d'amour pour les hommes, et les desseins particuliers de sa miséricorde pour la France. Il lui fut dit et souvent répété par Jésus-Christ même, dans ses extases, que le vœu de Consécration de la France au Sacré-Cœur attribué à Louis XVI, était bien véritablement de lui ; que c'était lui-même qui l'avait composé et prononcé. Le divin Sauveur avait ajouté qu'il désirait ardemment que ce vœu fût exécuté, c'est-à-dire que le Roi consacrât sa famille et tout son royaume à son divin Cœur, comme autrefois Louis XIII à la Sainte Vierge ; qu'il en fît célébrer la fête solennellement et universellement tous les ans, le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement, et qu'enfin il fît bâtir une chapelle et ériger un autel en son honneur. »
Alors qu'elle guérit miraculeusement en janvier 1823, le P. Ronsin propose à la Rév. Mère Sophie, Supérieure de la Maison des Oiseaux, de la recevoir pendant quelques jours. C'est ainsi qu'elle entre en ce couvent de la rue de Sèvres le 27 janvier, et demande bientôt à rejoindre la Communauté. Le 10 février, elle est admise comme postulante, et prend le nom de Marie de Jésus. Le 21 juin, une nouvelle révélation du Seigneur lui confirme la demande reçue l'année précédente :
« La France est toujours bien chère à mon Cœur, et elle lui sera consacrée. Mais il faut que ce soit le Roi lui-même qui consacre sa personne, sa famille et tout son royaume à mon divin Cœur ; et qu'il lui fasse, comme je l'ai déjà dit, élever un autel comme on en a élevé un en l'honneur de la France de la sainte Vierge. Je prépare à la France un déluge de grâces, lorsqu'elle sera consacrée à mon divin Cœur. »
Un an plus tard, le 24 juin 1824, jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, elle prononce ses vœux définitifs. Sous son humble rayonnement, la dévotion au Sacré-Cœur s'étend à tout le monastère, tandis que les souffrances physiques ne la quittent plus. Nommée sacristine après 1830, la Mère Marie de Jésus ne quittera cet emploi qu'un an avant sa mort. Son guide spirituel, et Mgr de Quélen (1778-1839), archevêque de Paris, s'accorderont à reconnaître en son âme l'action de l'Esprit de Dieu. Le Père Varin S.J. écrira à son sujet : "C'est sans comparaison comme la sainte Vierge : non seulement on peut, mais on doit la regarder, car ce n'est pas une physionomie de la terre". Elle s'éteindra le 15 janvier 1854, après une douce et courte agonie.
Le P. Ronsin, de son côté, s'emploiera activement à propager la dévotion au Sacré-Cœur, pour hâter les demandes reçues par sa protégée. On lui doit la publication d'un opuscule intitulé Instruction abrégée sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, paru avec l'approbation de l'archevêque de Paris, et de nombreuses fois réédité. Parlant du zèle à propager cette dévotion, il écrit : "Quand on a commencé cette noble et sainte entreprise, on ne peut plus s'arrêter ; on se sent poussé, attiré, entraîné, enchaîné à l'œuvre ; on éprouve l'effet de cette prière du cantique : attirez-moi après vous et courrons à l'odeur de vos parfums. Et quel parfum que celui qu'exhalent le tout aimable Cœur de Jésus et le très pur Cœur de Marie".
« Maintenant il ne faut plus vivre, disait-il, que pour l'extension du règne de Jésus-Christ, par le gloire de son divin Cœur. […] De préférence, gagnez d'abord au Cœur de Jésus les âmes qui peuvent en entraîner d'autres : les ecclésiastiques, les grands vicaires ; si vous le pouvez, avec respect et discrétion, allez même plus haut encore…, car il faut que non seulement les personnes, mais les villages, les villes et les diocèses soient consacrés au Cœur de Jésus. »

N.B. : D'autres religieuses ont porté ce nom de Marie de Jésus au XIX° siècle. Parmi celles-ci, citons Emilie d'Oultremont (1818-1878) - mariée le 19 octobre 1837 au baron d'Hooghvorst - qui fonda en 1859 la société de Marie Réparatrice, œuvre dont elle devint la Supérieure sous ce nom de Mère Marie de Jésus, Antoinette Fage (1824-1883), fondatrice avec le Père Claude-Etienne Pernet (1824-1899) des Petites Sœurs de l'Assomption en 1865, et Marie Deluil-Martiny (1841-1884), fondatrice en 1873 à Berchem près d'Anvers de la Société des Filles du Cœur de Jésus (voir plus loin).


Michel Garicoïts

Né à Ibarre, commune de Saint-Just au Pays Basque, le 15 août 1797
Mort à Bétharram, le 14 mai 1863
Originaire d'une famille paysanne, il reçoit très tôt une éducation religieuse fortement marquée tant par la crainte de l'enfer que par l'aspiration au ciel. En 1810, alors qu'il a été placé comme domestique chez des fermiers des environs, il reçoit un jour en rentrant des champs, dans une clarté éblouissante et joyeuse, la révélation d'un Dieu "fondu en charité", bien loin de celui, juge sévère, qui lui a été présenté jusqu'alors. Ce Dieu qui est Amour, révélé par le Corps du Christ, sera au centre de sa théologie. Le 11 juin 1811, il fait sa première communion, et décide de consacrer sa vie à Dieu. Après ses études au petit séminaire d'Aire (diocèse de Bayonne) puis au séminaire de Dax, il est ordonné prêtre le 23 décembre 1823, et nommé à Cambo. Il y fonde une Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus et de Marie, consacre la paroisse au Sacré-Cœur, publie un manuel de dévotion, L'appel d'Amour, et propage le mouvement aux environs. Quarante confréries seront ainsi érigées en dix ans, sur son instigation. En 1825, il est nommé professeur de philosophie au grand séminaire de Bétharram, qu'il reprend en main. C'est sans doute à cette époque qu'il découvre l'œuvre de Bossuet, qui devient sa lecture de chevet. En juillet 1831, il est nommé supérieur du séminaire. En 1832, lors de la retraite qu'il fait à Toulouse, le Père Le Blanc (1793-1873) lui fait découvrir la spiritualité ignatienne, lui confie les Exercices et les Constitutions, et l'encourage dans son projet de fondation d'une nouvelle société de prêtres. Trois ans plus tard, en octobre 1835, avec cinq de ses compagnons, il fonde la société des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram, société d'enseignants et de missionnaires. En 1838, il en écrit les Constitutions, rebaptisées depuis Manifeste de 1838. La formule de Michel Garicoïts "Me voici, sans retard, sans réserve, sans retour, par amour pour la volonté de mon Dieu" résume parfaitement le cœur de sa spiritualité. Il a été béatifié le 10 mai 1923 par Pie XI, et canonisé le 6 juillet 1947 par Pie XII.


Sœur Marie de Saint-Pierre

Née à Rennes, le 4 octobre 1816
Morte à Tours, le 8 juillet 1848
Françoise-Perrine-Julienne Eluère est née à Rennes le 4 octobre 1816 (jour anniversaire de la mort de sainte Thérèse d'Avila), au sein d'une famille qui comptera jusqu'à douze enfants, dont plusieurs mourront en bas âge. Elle connaît une enfance laborieuse, aidant aux soins de la maison et de ses frères et sœurs, et se fait remarquer de bonne heure pour sa grande piété. A six ans, surprise en larmes par sa sœur, elle lui explique :
"je pleure mes péchés". Dès 7 ou 8 ans, elle prend l'habitude de faire le Chemin de Croix. Elle écrit : "Quand j'avais été méchante et que mes parents me punissaient, je ne me révoltais pas contre eux, car je sentais que cela me faisait du bien et je sentais des touches de la grâce qui me reprochaient ma malice". Elle ne fréquente l'école que durant deux années, et son éducation dans ce domaine restera sommaire. Elle fait sa première Communion à dix ans et demi, et obligée de travailler pour vivre, elle devra attendre le 13 novembre 1839 pour entrer au Carmel de Tours, non sans avoir multiplié les démarches, pèlerinages, prières et lettres à son directeur longtemps hésitant. Elle a alors 23 ans.
Elle y reçoit le nom de Sœur Marie de Saint-Pierre, et obtient le jour de sa profession d'y ajouter celui de la Sainte-Famille, dont elle désire imiter la vie cachée, devenant "la petite domestique" des Hôtes de Nazareth. Elle confiera à sa Prieure : "Dieu seul, sa Volonté, sa Gloire, voilà ma devise ; et ma pratique, ces paroles : Et il leur était soumis. Notre-Seigneur me fait vivement sentir mon incapacité à tout bien et ma profonde misère. Le saint Enfant Jésus conduit « son âne » par la bride de la grâce, je n'ai qu'à obéir et à me renoncer."

Vers 1843, Sœur Marie de Saint-Pierre vient confier à sa Prieure qu'il lui semble recevoir des communications d'En-Haut. La R. Mère Marie de l'Incarnation, prudemment, lui ordonne tout d'abord de ne plus y penser. Mais la religieuse revient régulièrement la voir, humblement, pour lui avouer que ses communications se poursuivent, et qu'elle a reçu l'ordre de les lui soumettre. Après en avoir pris connaissance, la R. Mère en réfère aux supérieures du Carmel, puis à Mgr Morlot, archevêque de Tours, qui se déclare convaincu de leur véracité.
Celles-ci portent sur trois points principaux, qui se complètent mutuellement :
1° La nécessité d'établir en France une œuvre de Réparation pour les outrages contre le Saint Nom de Dieu et la profanation du dimanche ;
2° Le culte de la Sainte Face, telle que Notre-Seigneur l'a léguée à Véronique, en réparation des blasphèmes qui outragent le Christ actuellement, comme le faisaient les injures et les crachats de la foule sur le chemin du Calvaire ;
3° Le culte de la Maternité de la Vierge-Médiatrice, qui fera couler sur la terre le lait de la Miséricorde, c'est-à-dire un flot de grâces.
"Notre-Seigneur m'a ouvert son Cœur, y a recueilli les puissances de mon âme et m'a adressé ces paroles : «Mon nom est partout blasphémé, même les enfants blasphèment.» Alors il m'a fait entendre combien cet affreux péché blessait son divin Cœur douloureusement et plus que tous les autres ; par le blasphème, le pécheur le maudit en face, l'attaque ouvertement, anéantit la rédemption et prononce lui-même sa condamnation et son jugement. […] Voilà la formule de louange qu'il me dicta, … pour la réparation des blasphèmes de son Saint Nom, et qu'il me donna comme une « flèche d'or », m'assurant qu'à chaque fois que je la dirai, je blesserai son Cœur d'une blessure d'amour : Qu'à jamais soit loué, béni, aimé, adoré, glorifié, le très saint, très sacré, très adorable, très inexprimable Nom de Dieu, au ciel et sur la terre, par toute les créatures sorties des mains de Dieu et par le Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ au très Saint Sacrement de l'autel. Ainsi soit-il."
Mgr Morlot autorise en 1846 la publication d'un "Abrégé des faits concernant l'établissement de l'Œuvre pour la réparation" ainsi que les prières de réparation composées par la Sœur, à condition qu'elles soient remaniées et insérées dans un opuscule rédigé par l'Abbé Salmon, aumônier du Carmel. Léon Papin-Dupont (le "saint homme de Tours", 1797-1876) y ajoute un Office en l'honneur du Saint Nom de Dieu, et la brochure est tirée à 25.000 exemplaires.
"J'ai compris que comme le Sacré Cœur de Jésus est l'objet sensible offert à nos adorations pour représenter son amour au très saint Sacrement de l'autel, de même la Face adorable de Jésus-Christ est l'objet sensible offert à nos adorations pour réparer les outrages commis par les blasphémateurs envers la Majesté et la Souveraineté de Dieu, dont cette sainte Face est la figure, le miroir et l'expression." (Extrait du Manuel de la Confrérie de la Sainte Face, à Tours.)
"Ce divin Sauveur m'a fait entendre qu'il avait résolu de faire connaître la vertu de sa Face adorable pour réimprimer dans les âmes l'image de Dieu, qui était effacée dans un grand nombre par le péché. Ensuite, il m'a montré dans l'apôtre saint Pierre un exemple de la vertu de sa Sainte Face. Il la tourna vers cet apôtre infidèle et il devint pénitent. Jésus regarde Pierre, et Pierre pleure amèrement. Dans la lumière de Dieu, je vois que cette Face adorable est comme le cachet de la divinité, qui a la vertu de réimprimer dans les âmes qui s'appliquent à elle l'image de Dieu. C'est cette vue qui me porta à saluer cette très Sainte Face par ces paroles : "Je vous salue, je vous adore et je vous aime, ô Face adorable de Jésus, mon Bien-Aimé ! Noble cachet de la divinité, je m'applique à vous de toutes les forces et puissances de mon âme et vous prie très humblement de réimprimer en nous l'image de Dieu." (Sœur Marie de Saint-Pierre, Lettre du 3 novembre 1845.)
L'Œuvre de Réparation s'établit alors en France, et en premier lieu dans le diocèse de Lisieux grâce au zèle de la Mère Geneviève de Sainte-Thérèse, qui y établit également l'Archiconfrérie Réparatrice. Mais cette Œuvre ne prendra toute son extension qu'après la mort de la religieuse en 1848, et jusqu'au sein du Carmel de Tours - hormis la Prieure et l'une de ses compagnes - on ignore tout des grâces qu'elle reçoit. L'identité de la carmélite ne sera en effet révélée que par sa notice mortuaire. Et ce n'est qu'en 1876 que sera publié l'ensemble de ses écrits, Mgr Morlot ayant en effet jugé prudent, à la mort de Sœur Marie de Saint-Pierre, de les mettre sous scellés. La période troublée d'une part (1848-1850), et les prévisions politiques audacieuses pour l'époque qui s'y trouvent insérées d'autre part (émergence du communisme…), rendaient délicates leur divulgation.
De 1879 à 1896, plusieurs éditions de sa Vie, publiée par les Bénédictins, s'écoulent rapidement, vite épuisées. Elles auront une grande influence au Carmel de Lisieux, non seulement auprès de la Mère Geneviève de Sainte-Thérèse, mais aussi de la R. Mère Agnès et de sa jeune sœur la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus. C'est sans doute la Mère Marie des Anges, Maîtresse des novices, qui fera connaître à cette dernière la vie de la religieuse de Tours. Et l'on sait qu'elle ajoutera bientôt à son nom celui de la « Sainte Face ».
D'autres aspects de ces révélations étaient pour le moins novateurs pour l'époque, tel le mystère de la petitesse de la Maternité de Marie, qui sera abordé 40 ans plus tard par sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (voir notamment la poésie "la Rosée Virginale"). "Dieu se sert toujours de ce qu'il y a de plus faible pour faire éclater davantage sa Miséricorde" écrit Sœur Marie de Saint-Pierre.
Le Vendredi Saint 1848, soit trois mois avant sa mort, elle s'offre en Victime à la Justice divine ; plus tard, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus s'offrira "comme Victime à l'Amour Miséricordieux". La réponse divine est identique : toutes les deux, après neuf ans environ de vie religieuse, succomberont à une maladie de poitrine, dont les terribles souffrances les associeront à la mort douloureuse du Rédempteur, souffrances qui ne s'expliquent, comme le dira Thérèse, "que par le désir de sauver les âmes". Sœur Marie de Saint-Pierre meurt le samedi 8 juillet 1848, tandis que sonne l'Angelus de midi.


Jean-Baptiste Muard

Né à Vireaux, dans l'Yonne, le 15 avril 1809
Mort à la Pierre-qui-Vire, le 19 juin 1854
Jean-Baptiste Muard est né le 15 avril 1809 à Vireaux (Yonne). Ni son père, scieur de long et marchand de bois, ni sa mère, ne favorisent son éducation religieuse. Mais il a tout juste huit ans qu'il se fait déjà remarquer par son entourage pour sa conduite différente de celle des jeunes de son âge. Il refuse de travailler le dimanche, s'éloigne des enfants qui jurent, demeurant souvent à l'écart, en silence. Il porte toujours sur lui un petit bout de bois, entaillé de dix crans, qui lui sert de chapelet. Le curé, qui l'a repéré au catéchisme, l'encourage dans son apprentissage de l'évangile, et propose à ses parents de lui enseigner le latin, pour le conduire à la prêtrise. L'enfant est ravi, mais ses parents refusent net. Sa mère le bat souvent, le prive de nourriture. Un jour qu'elle s'est emportée plus fort que d'habitude, elle revient dans la chambre et surprend Jean-Baptiste en prière. "Que faisais-tu ?" lui demandera-t-elle le lendemain. "Je priais pour vous, maman, afin que Dieu vous pardonne." Cette réponse convertira sa mère, qui lui permettra après sa première communion, de rejoindre le curé qui le formera pour le Petit Séminaire. En février 1820 il entre à l'école presbytérale de l'abbé Rolley, puis au Petit Séminaire d'Auxerre en septembre 1823. Il y est vite remarqué pour sa grande ferveur, sa simplicité et sa douceur. Il rêve d'être missionnaire et martyr. Il reçoit la tonsure le 11 juin 1831, et est ordonné prêtre le 24 juin 1834.
Desservant de Joux-la-Ville de juin 1834 à mai 1838, il passe de longues heures devant le tabernacle, et dans la chapelle de la Sainte Vierge. Il porte le cilice, jeûne aussi souvent que possible, se lève la nuit pour faire oraison. Il invite les pauvres à sa table, leur distribue tous ses biens. Transféré à Saint Martin d'Avallon, en quelques mois, il remplit l'église à chacun de ses sermons. Le vendredi 13 décembre 1839, alors qu'il se trouve en prière dans l'église, il vit une expérience mystique qui marquera le tournant de sa vie : alors qu'il est transporté en esprit au milieu de l'autel, Jésus trace une croix sur son front, son cœur et sa bouche, le confirmant dans sa vocation missionnaire. Et alors qu'il demande des garanties de l'accomplissement de ce projet : "- Mon Cœur, répond aussitôt Jésus, en paraissant le tenir dans ses mains, et il me le présenta hors du tabernacle. Cette réponse si vive de Jésus, que je ne prévoyais pas, me frappa singulièrement ; j'en fus un instant interdit… Ensuite je priais, et sans doute que je demandais à Dieu de l'aimer ; je sentis le Cœur de Jésus toucher mon cœur, comme si le Sauveur l'eût approché du mien et l'eût réellement touché… Ce fut un moment céleste ; je me sentis ensuite dans un détachement absolu des créatures ; je ne comprenais pas comment on pouvait tenir à la terre. Dans cette séparation, Jésus me fit connaître qu'il me tiendrait lieu de tout, qu'il serait mon Père et la Sainte Vierge ma Mère".
Après une rencontre avec l'archevêque de Sens dès 1840, il s'installe avec ses trois premiers compagnons dans les ruines de la célèbre Abbaye de Pontigny en 1841. Il écrit : "C'est la prière, et la prière seule qui fait notre force." Durant trois ans, il prêche mission sur mission, avec grand succès. En avril 1845, il a soudain une vue distincte d'un projet tout formé d'une société religieuse qui lui est montrée comme nécessaire dans le siècle où il vit, pour opérer quelque bien. Cette société, reposant sur la règle de saint Benoît, est composée de trois sortes de personnes, chacune consacrée à un ministère particulier : la vie contemplative, l'étude et la prédication, et le travail des mains. Il s'isole alors pour une retraite de 14 jours, au cours de laquelle le Seigneur le confirme dans ce projet. "Je demandais alors à Notre-Seigneur le don d'oraison, l'amour de la pénitence et une ardente charité… Je compris qu'il y consentait. Il me recommanda ensuite la dévotion à son divin Cœur, me disant d'y faire ma demeure habituelle ; qu'il placerait aussi sa demeure en moi."
Après un voyage en Italie en 1848 où il rédige les Constitutions, et une rencontre avec Pie IX qui l'encourage dans sa fondation, il rentre en France, à Pontigny (mars 1849) et se met en quête de son "désert". Sur le chemin de l'aller, le curé d'Ars déjà lui avait dit : "C'est l'œuvre de Dieu ; elle ne saurait manquer de réussir malgré tous les obstacles. Ne vous découragez pas. Allez en Italie. Je prierai pour vous, afin que le Saint-Esprit vous éclaire et vous accorde la force nécessaire." En mai 1850, on lui donne le terrain de la Pierre-qui-Vire, vaste plateau du Morvan dominant le Trinquilin, où commence l'édification du monastère. Il vit en attendant avec ses deux premiers compagnons dans une cabane de bois et de chaume, partageant son temps entre travail et prière. Le 3 octobre 1850, le Père Muard et ses fils prononcent leurs vœux dans l'église de Saint-Léger-Vauban, puis rejoignent en procession, suivis d'une grande foule, leur monastère. Les Bénédictins du Sacré-Cœur sont nés.
Désormais il travaille à former ses disciples, ce qui l'oblige à rester auprès d'eux. Autour, les critiques ne manquent pas, le clergé devient méfiant, les socialistes pensent "qu'il vaudrait mieux tuer ces fanatiques" Mais la renommé du monastère s'étend, Mgr Dupanloup et Montalembert leur rendent visite et chantent leur louange. En 1853 apparaissent les premiers novices. Le Père Muard ne prêche que deux missions en 1852, mais il attire toujours les foules. On ne peut pas dire qu'il parle bien, il est long et plutôt diffus ; mais son air de sainteté prêche pour lui. Ses gestes, son ton, le moindre de ses regards parlent de Dieu et le font aimer. Il écrit : "Mon cœur est continuellement brûlé du désir d'aimer Notre-Seigneur comme il mérite de l'être et comme il veut que je l'aime, et je suis pénétré du regret de ne pouvoir atteindre à ce degré d'amour. J'ai pourtant depuis longtemps demandé à ma puissante Mère du ciel d'aimer son divin Fils comme je voudrais pouvoir le faire, et elle m'a promis de m'obtenir cette grâce." Le 11 juin 1854, alors qu'il récite son bréviaire devant une statue de la Sainte Vierge, et qu'il lui rappelle sa promesse qui ne s'est pas encore réalisée : "Bientôt, bientôt, me répondit cette douce Mère, tes désirs seront exaucés. - Mon bréviaire me tomba des mains."
Il prêche encore à Sens, à Auxerre, à Avallon. Le 14 juin 1854, pris par la fièvre, il doit regagner le monastère. Il lutte deux jours contre la maladie, mais doit se résigner à garder le lit. Il gémit : "Oh! mon Dieu, que de grâces vous m'avez faites, et moi je n'ai rien fait pour vous… Quel compte j'aurai à rendre ! Je ferai bien du Purgatoire, mais ô mon Dieu, je veux vous aimer, je veux vous aimer..."
Il meurt le 19 juin 1854, et son corps repose dans l'église abbatiale de Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire. Dom Banquet, fondateur de l'Abbaye d'En-Calcat, a écrit de lui : "Notre Père Muard a vécu dans l'intimité continuelle du Cœur de Notre-Seigneur, et il s'est immolé à tous ses intérêts comme une victime héroïque. Voilà le trait dominant et général auquel tous les autres se rapportent comme les rayons à leur centre."


Théodelinde Dubouché

Née à Montauban, le 2 mai 1809
Morte le 30 août 1863
Originaire d'une famille sans pratique religieuse, Marie-Thérèse (Théodelinde) connaît, adolescente, le jansénisme qui marque encore cette époque. Mais elle découvre peu à peu le sens de l'amour de l'autre, et son dévouement pour les personnes souffrantes se fait grandissant, en même temps que s'approfondit son amour du Sauveur. Elle s'approche des mystères de la vie chrétienne : l'Incarnation, la Rédemption, et l'Eucharistie. De 1846 à 1848, trois visions orienteront sa vie : vision eucharistique à Notre-Dame de Paris, vision de Jésus crucifié, et vision du Cœur du Christ, qui rejoint le sien par un canal d'or. Poussée par Dieu, elle propose à la sœur prieure du Carmel la création d'un Tiers Ordre, régulier et séculier, lié au Carmel. Avec l'approbation des autorités religieuses, elle forme ainsi, le 6 août 1848, sa première petite communauté. L'Institut de l'Adoration réparatrice est né, et approuvé par Mgr Sibour (1792-1857), archevêque de Paris, en février de l'année suivante. Le 27 mai 1849, Théodelinde revêt l'habit, fait profession le 29, et devient Mère Marie-Thérèse du Cœur de Jésus. Le 13 juin, treize sœurs prennent l'habit à leur tour. En 1950, elle est appelée à Lyon pour y créer une fondation. Le 8 novembre 1855, alors qu'un incendie ravage la chapelle, et qu'elle veut sauver le Saint Sacrement des flammes, elle est très gravement brûlée. Les années qui suivent sont marquées par de terribles souffrances, tant physiques que morales. Le 10 février 1859, avec ses quatre premières religieuses, elle fait profession perpétuelle. L'année suivante, elle crée le couvent de Châlons-sur-Marne. Elle meurt le 30 août 1863.


Louis-François Désiré Edouard Pie

Né à Pontgouin, en Eure-et-Loir, en 1815
Mort à Angoulême, en 1880
Evêque de Poitiers et cardinal.
Il est vicaire général de Chartres lorsqu'il est appelé, en 1849, à l'évêché de Poitiers. Durant un quart de siècle, il s'illustre par la sûreté de sa doctrine et la fermeté de son caractère. En 1861, il est déféré comme d'abus au Conseil d'Etat, pour avoir critiqué dans un mandement la politique de Napoléon III à l'égard du Saint-Siège. En 1870, au 1° Concile du Vatican, il présente au nom de la commission De la foi, le rapport qui conclut à la définition de l'infaillibilité pontificale. Il est nommé cardinal par Léon XIII en 1879, et meurt l'année suivante à Angoulême.
Ses Œuvres ont été publiées de son vivant, de 1868 à 1879.


Henri Ramière

Né à Castres, le 10 juillet 1821
Mort à Toulouse, le 4 janvier 1884
Henri Marie Félix est le cinquième enfant né au foyer de Joseph Ramière, juge au Tribunal civil, et de son épouse Mélanie Guy. Très jeune il manifeste son désir d'embrasser la prêtrise, et il est confié aux professeurs du petit séminaire de Castres. En 1832, il poursuit ses études au collège de Pasajes (collège du Passage) que les Jésuites français, victimes des ordonnances de 1828, ont rétabli sur la frontière espagnole. Il y fait sa première communion le 13 avril 1833. En novembre 1834, il rejoint Fribourg, où il reste quatre ans. Le 15 juin 1839 il entre au noviciat des Jésuites d'Avignon, et reçoit le 21 juin 1840 les ordres mineurs. Le 16 juin 1841, il prononce ses premiers vœux. Il poursuit ses études à Aix-en-Provence, Vals-près-le-Puy et à la Sorbonne à Paris. Il revient à Vals en 1844 pour ses études de théologie, et c'est là qu'il est ordonné prêtre le 10 janvier 1847, à l'âge de 26 ans. Après deux années d'enseignement en Angleterre, il est rappelé à Vals, où il est nommé professeur de théologie. Il conservera ce poste jusqu'en 1859. Il effectue sa "Grande retraite" en 1854, et écrit à cette occasion : "La triste expérience du passé m'a pleinement convaincu que ma persévérance dans la ferme détermination où je suis, par la grâce de Dieu, d'en finir avec toute tergiversation et de mener désormais une vie vraiment apostolique, dépendait de deux conditions, qui n'en font qu'une en réalité : de ma constante union à Dieu par le Cœur de Jésus et de la vigilance constante que j'aurai sur moi-même pour me renoncer en toutes choses…" Le 15 août 1857, il a fait sa profession définitive.
En 1861, il réorganise l'Apostolat de la Prière créé en 1844 par le Père Gautrelet, l'ouvrant aux simples fidèles, et en devient le premier directeur général. La même année, il publie à Lyon L'Apostolat de la Prière, Sainte Ligue des cœurs chrétiens unis au Cœur de Jésus pour obtenir le triomphe de l'Eglise et le salut des âmes, qui obtient un succès considérable. Il crée également la revue associée : le "Messager du Cœur de Jésus", dont le premier numéro paraît au mois de janvier. Cette revue s'attache à la propagation du "Règne social du Christ", de la dévotion au Sacré-Cœur, du culte eucharistique, de la piété mariale, ainsi que des diverses œuvres charitables et apostoliques dont s'occupe l'Apostolat. Il écrira à ce sujet dans la revue des Etudes Religieuses en septembre 1875 et juillet 1879 : "Le rétablissement de ce règne social de Jésus-Christ, que nous poursuivons de tous nos désirs, ne peut être que le résultat du consentement libre des peuples. […] Il faudrait avoir perdu l'intelligence pour supposer que l'ordre chrétien peut être rétabli dans la société autrement que par le libre et unanime consentement de la société elle-même. Cet idéal véritable de la société, nos accusateurs feignent de croire que nous songeons à l'imposer violemment à nos sociétés déchristianisées, et ils ne veulent pas comprendre que l'ordre chrétien suppose nécessairement une société chrétienne." En 1866, l'Œuvre est approuvée par Pie IX. En 1868, nommé professeur de droit et de morale à l'Institut catholique de Toulouse, le Père Ramière transporte dans cette ville la direction de l'Apostolat de la Prière et le siège du journal Le Messager du Cœur de Jésus. Il donne un tel élan à l'Apostolat qu'en 1877 on dénombre 30.849 centres secondaires et plus de 10 millions d'adhérents, la revue connaissant alors 15 éditions, avec 22.470 abonnés pour la seule édition française. Cet accroissement se poursuivra jusqu'au début du XX° siècle, puisqu'en 1921 la Ligue comptera 80.000 centres et 26 millions d'associés, et le Messager 51 éditions dans toutes les langues, pour 13 millions de lecteurs…
Entre-temps, en 1863, le Père Ramière s'est lié à l'Association de la Communion réparatrice fondée par le Père Victor Drevon. A sa mort en 1880, le Père Drevon lui confiera son œuvre. Léon XIII ratifiera par un Bref en date du 30 mars 1886 la réunion des deux Œuvres sous un seul et même directeur général, rendant les membres de l'Apostolat participants des faveurs accordées précédemment à l'Association de la Communion réparatrice.
En 1870, au 1° Concile du Vatican, le Père Ramière est le théologien de Mgr Gignoux, évêque de Beauvais, et le procureur du cardinal Billet, archevêque de Chambéry. Il rédige à Rome un supplément au Messager intitulé le Bulletin du Concile (qui connaîtra 36 numéros, du 16 décembre 1869 au 20 avril 1870) et quelques écrits de théologie qui lui valent les félicitations de Pie IX. De 1872 à 1877, il est à Lyon rédacteur aux Etudes Religieuses. Puis il rentre à Vals, avant de rejoindre Toulouse où il meurt en 1884.
Au travers de ses différentes activités, il poursuit un seul but : la royauté sociale de Jésus-Christ, et sa pensée trouve son principe d'unité dans la dévotion au Cœur de Jésus : "ou Jésus-Christ ou la Barbarie !" écrit-il. Dans cette optique, il s'attaque aux Francs-Maçons et aux hérétiques infiltrés dans l'Eglise. En 1872 par exemple, il polémique avec la loge maçonnique la Libre Pensée d'Aurillac, et l'année suivante avec le chevalier Augustin Bonnetty, défenseur du "Traditionalisme chrétien", qu'il condamne pour son panthéisme.
Le Père Henri Ramière a collaboré à plusieurs revues, alternant les écrits théologiques et philosophiques : en plus du Messager du Cœur de Jésus et des Etudes Religieuses, citons la Revue des Sciences ecclésiastiques, la Revue du Monde catholique, la Revue des Institutions et du Droit, et le Bulletin de l'Institut catholique de Toulouse. On lui doit de nombreux ouvrages, outre son testament spirituel : Le Règne social du Cœur de Jésus (1892, posthume), tels que Le Directoire du religieux (1859), L'Eglise catholique et la civilisation moderne (1861), Les Espérances de l'Eglise (1862), De l'unité dans l'enseignement de la philosophie au sein des écoles catholiques (1862), Le Directoire du chrétien (1868), Les Doctrines romaines et le libéralisme (1870), L'Apostolat du chrétien, Pratique de l'Apostolat du Cœur de Jésus, Le Cœur de Jésus et la divinisation du chrétien (1891)…, ainsi que deux travaux portant pour titre La Franc-Maçonnerie, contrefaçon infernale de l'Eglise Catholique (daté du 2 février 1869), et Le Triomphe de Jésus-Christ et de son Eglise, sur la terre, annoncé dans les Saintes Ecritures et préparé par les événements présents (petit manuscrit in-4° de 221 pages).


Daniel Comboni

Né à Limone sul Garda, en Italie, le 15 mars 1831
Mort à Khartoum, le 10 octobre 1880
Daniel Comboni naît le 15 mars 1831 à Limone sul Garda, sur les bords du lac de Garde en Italie, au sein d’une famille de paysans qui travaille au service d’un riche seigneur de la région. La pauvreté de sa famille l’amène à quitter son village pour entrer dans une école de Vérone, auprès de l’Institut de l’Abbé Nicolas Mazza. C’est là que naît sa vocation sacerdotale, puis son attrait pour l’Afrique, alors qu’il entend le témoignage des premiers missionnaires de retour de ce continent. Il est ordonné prêtre le 31 décembre 1854, et part trois ans plus tard pour l’Afrique accompagné de cinq autres missionnaires de l’Abbé Mazza.
Parvenu au Soudan, il réalise toute la difficulté de sa mission. Il écrit à ses parents : « Nous devrons nous fatiguer, transpirer, mourir ; mais la pensée qu’on transpire et qu’on meurt par amour de Jésus-Christ et du salut des âmes les plus abandonnées du monde est trop douce pour nous faire désister de cette grande entreprise. » De retour en Italie, alors qu’il est en prière à Saint-Pierre de Rome le 15 septembre 1864, une illumination fulgurante le pousse à élaborer son "Plan pour la régénération de l'Afrique", qu'il va soumettre à la Congrégation missionnaire "de Propaganda Fidei" et au Pape Pie IX. Celui-ci l'encourage : « Travaille comme un bon soldat du Christ pour l'Afrique ». Outre des vues inspirées par la foi (comme par exemple la lutte contre la traite des noirs), ce Plan renferme des intuitions originales et d'avenir, telles « promouvoir la conversion de l'Afrique par l'Afrique elle-même », et prévoir un laïcat missionnaire africain. Il s'agit de « sauver l'Afrique par l'Afrique ». Pour soutenir cette entreprise, il parcourt l'Europe, demandant une aide spirituelle et matérielle à tous, aux rois, aux évêques, aux riches comme aux gens simples, et fonde une revue missionnaire, la première en Italie.
En 1867 et 1872, il fonde les Instituts masculin et féminin de ses missionnaires, les Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus et les Pieuses Mères de la Nigrizia. En 1870, il accompagne son évêque comme théologien au Concile Vatican I, et fait passer un manifeste signé par 70 évêques en faveur des noirs de l'Afrique Centrale. Le 2 juillet 1877, il est nommé Vicaire Apostolique de l'Afrique Centrale, et un mois plus tard consacré évêque de Khartoum au Soudan. « Le premier amour de ma jeunesse a été pour la malheureuse Afrique et, laissant là ce que j'avais de plus cher au monde, je suis venu parmi vous pour ne jamais cesser d'être avec vous », déclare-t-il alors aux fidèles. Il consacre l'Afrique à la Vierge Marie, et son diocèse au Cœur de Jésus.
Il reviendra en Afrique pour la huitième et dernière fois en 1880, pour poursuivre sa lutte contre l'esclavage et consolider l'activité missionnaire avec les africains eux-mêmes. Eprouvé par la fatigue et les épreuves de toutes sortes qui ne l'ont pas épargné, il tombe malade l'année suivante. Il écrit qu'il lui semble être abandonné « de Dieu, du Pape, des supérieurs et de tous les hommes ». Le 10 octobre, il meurt à Khartoum, non sans avoir déclaré : « Je meurs, mais mon œuvre, qui est œuvre de Dieu, ne mourra pas. »
Daniel Comboni a nourri toute sa vie une grande dévotion envers la Vierge Marie, « Reine de la 'Nigrizia' ». Cette confiance en la prière s'exprime encore de nos jours chez ses fils spirituels, par les "Cénacles de prière missionnaire" qui naissent en de nombreuses paroisses.
Daniel Comboni a été canonisé par Jean-Paul II le 5 octobre 2003.
« Des évangélisateurs remplis de l'enthousiasme et de la passion apostolique de Daniele Comboni, apôtre du Christ parmi les africains, sont nécessaires. Il a su faire fructifier les ressources de sa riche personnalité et de sa solide spiritualité pour faire connaître et accueillir le Christ en Afrique, continent qu'il aimait profondément. Comment ne pas regarder aujourd'hui avec affection et préoccupation ces populations chéries ? L'Afrique, terre riche de ressources humaines et spirituelles, poursuit son chemin marqué par tant de difficultés et de problèmes. Que la Communauté internationale aide activement à y construire un avenir d'espérance ! »
(Jean-Paul II, extrait de l'homélie de la messe de canonisation, 5 octobre 2003.)


Jules Chevalier

Né à Richelieu, diocèse de Tours, le 15 mars 1824
Mort à Issoudun, le 21 octobre 1907
Jean-Jules Chevalier est le troisième enfant d'une famille pauvre de Richelieu, dont le père, modeste boulanger, n'accueille qu'à regret la venue. Protégé par sa mère, il manifeste dès son enfance sa dévotion envers la Vierge, et est admis à sept ans comme enfant de chœur à la paroisse de la ville. Très jeune encore, il parle à l'Abbé Bourbon, curé de Richelieu, de sa vocation sacerdotale, mais les revenus modestes de ses parents ne lui permettent pas de réaliser son rêve. Loin de se décourager, il entreprend seul l'étude du latin, tout en travaillant comme apprenti cordonnier, toujours assidu à servir la première Messe du matin. Au cours de l'hiver 1841, son père ayant été nommé garde-chasse d'une propriété dans l'Indre, la famille quitte Richelieu pour s'installer dans une maison forestière près de Vatan. Grâce au curé de cette nouvelle paroisse, l'Abbé Darnault, et à la générosité de M. Juste, régisseur du domaine, Jules Chevalier peut entrer au petit séminaire de Saint-Gaultier, sur les bords de la Creuse. Il y reste cinq ans, jusqu'en 1846, date à laquelle il rejoint le grand séminaire de Bourges. Déjà, il partage avec ses condisciples son amour du Cœur de Jésus, et leur laisse entrevoir la future fondation d'Issoudun. "Réfléchissant un jour sur la maladie qui consume notre siècle, je conçus le projet ou plutôt le Bon Dieu m'inspira la pensée de fonder une communauté de missionnaires. L'étude théologique du Cœur de Jésus a excité en moi un vif désir de me faire l'apôtre de cette dévotion" écrira-t-il quelques années plus tard. Le 14 juin 1851, il est ordonné prêtre. Il est alors nommé vicaire à Yvoy-le-Pré, puis à Châtillon-sur-Indre où il reste dix-huit mois, puis encore à Aubigny-sur-Nère. C'est en 1854 que l'archevêché de Bourges le nomme vicaire à Issoudun, qu'il rejoint le 15 octobre. Il y retrouve un compagnon du séminaire, le jeune Abbé Emile Maugenest (1829-1918), qui depuis des années partage ses idées. Pour être certains que leur projet de fondation est agréé par Dieu, ils le confient à la Sainte Vierge, lui demandant de leur procurer les fonds nécessaires à leurs travaux. Ils entament ensemble le 30 novembre une neuvaine au Cœur Immaculé de Marie, et le 8 décembre, le jour où Pie IX proclame le dogme de l'Immaculée Conception, Jules Chevalier reçoit la promesse d'un don de 20.000 francs ; à l'issue d'une deuxième neuvaine, c'est l'assurance d'une rente annuelle qui leur est apportée par une autre bienfaitrice : les bases de la Congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus sont jetées. "Ametur ubique terrarum Cor Jesu sacratissimum : Aimé soit partout le Sacré-Cœur de Jésus", telle sera sa devise.
En 1855, Jules Chevalier fait l'acquisition d'une vieille maison située sur un vignoble à l'abandon, et improvise une chapelle dans les dépendances, "un pur joyau du style grange" béni par l'évêque le 9 septembre. Le jour de Noël 1856, les trois premiers membres de la nouvelle congrégation, Jules Chevalier, Emile Maugenest et Charles Piperon (son futur biographe) émettent leurs vœux devant la crèche, et entament leur œuvre d'évangélisation, réunissant autour d'eux trente hommes pour la Messe dominicale. "Dès le début de notre œuvre, en 1855, nous pensâmes à donner un nom à Marie, afin de Lui témoigner notre reconnaissance et d'exprimer sa puissance sur le Cœur de son Fils dont elle nous avait donné tant de preuves. Nous nous arrêtâmes à celui de Notre-Dame du Sacré-Cœur, comme rendant mieux notre pensée. Plus nous étudiions ce nouveau nom, plus il nous apparaissait juste et conforme à la sainte théologie". Jules Chevalier attendra toutefois deux années avant de confier à ses deux compagnons l'idée de ce nouveau vocable, et de leur expliquer qu'il est destiné à remercier Marie de ses nombreuses grâces, et la supplier de nous conduire au Cœur de son Fils. Mais à la fin de 1857, le Père Maugenest est nommé archiprêtre à la cathédrale, et contraint de quitter ses amis. Un an plus tard, la chapelle bâtie dans les dépendances est fermée six jours sur ordre de l'évêque, le temps nécessaire aux travaux de restauration. Cette décision pousse le Père Chevalier à faire construire sur l'emplacement de la vieille maison une nouvelle église, dont la première pierre est bénie le 26 juin 1859. Grâce aux offrandes des fidèles d'Issoudun la construction se poursuit, une partie de l'édifice étant ouverte au culte dès 1861, et l'église consacrée par Mgr Guibert, alors archevêque de Tours, le 2 juillet 1864. Le 31 mai 1865, la première grande fête de Notre-Dame du Sacré-Cœur est célébrée dans la nouvelle église. Dès 1860, un vitrail réalisé par M. Lobin de Tours et représentant Notre-Dame du Sacré-Cœur a été placé dans la chapelle (il y est encore visible aujourd'hui), et les reproductions qui en sont faites s'écoulent par milliers. En 1862, Jules Chevalier a également rédigé le premier opuscule explicatif dédié à Notre-Dame du Sacré-Cœur, qui est repris par le Messager du Cœur de Jésus du Père Ramière en mai 1863.
Pour répondre aux demandes d'affiliation qui lui sont présentées par les fidèles, Jules Chevalier fonde une Confrérie dont le décret d'érection est publié par Mgr de la Tour d'Auvergne (†1878), archevêque de Bourges, en avril 1864. Les signatures affluent aussitôt, pour dépasser les cent mille dès le mois de décembre. Le P. Chevalier fait alors la connaissance du Père Victor Jouët (1839-1912), qui est à l'origine de la publication des Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, dont le premier numéro paraît en janvier 1866, et dont il demeurera chargé pendant dix-sept ans. En 1865, il rencontre également le Père Vandel (†1877), fondateur de l'Œuvre des campagnes en 1854, et avec lequel il fonde "la Petite-Œuvre", destinée à former de futurs apôtres du Sacré-Cœur.
En 1865, Jules Chevalier a fait construire une chapelle dans le prolongement de la basilique, pour la consacrer à Notre-Dame. Elle est inaugurée solennellement en présence de Mgr Pie, évêque de Poitiers, le 8 septembre 1869, à l'occasion d'un premier pèlerinage qui rassemble à Issoudun 15 évêques et 30.000 pèlerins. Une statue de la Vierge est à cette occasion solennellement couronnée au nom de Pie IX. "Cette invocation - Notre-Dame du Sacré-Cœur, priez pour nous - sera un des plus beaux épis de la gerbe d'honneur offerte par notre âge à la sainte Mère de Dieu" déclare l'évêque dans son homélie. Les fidèles ne cesseront plus d'affluer vers le sanctuaire. Au cours de la dernière semaine de ce mois de septembre, le Père Guyot inaugure à Montluçon la première maison du Noviciat.
Dans le domaine des fondations, signalons encore celles de deux autres Confréries : celle de Saint Joseph, Modèle et Patron des amis du Sacré-Cœur (cf. la chronologie, 1855), et celle du Culte perpétuel d'honneur et de réparation envers le Sacré-Cœur de Jésus, inaugurée à Issoudun le 15 mars 1874.
En 1872, Jules Chevalier est nommé curé-archiprêtre d'Issoudun, et restera à ce poste jusqu'à sa mort. Le 17 juillet 1874, l'église est élevée au rang de basilique, et le 30 août, Jules Chevalier fonde la Congrégation des Filles de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Les débuts en sont difficiles, et ce n'est qu'en 1882, avec l'appui de la Mère Marie-Louise Hartzer (†1908), qu'il en reprendra la fondation de façon durable. En 1879, l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré-Cœur érigée à Rome est confiée par décret pontifical "aux soins et à la Direction des Missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun", et installée en leur église. Les lois antireligieuses et les expulsions de 1880 amènent Jules Chevalier à transférer le Noviciat en Hollande, et à poser les fondements de nouvelles maisons en Espagne et en Angleterre, puis à l'invitation de Léon XIII en 1881 en Nouvelle-Guinée. Pour harmoniser les fondations qui se multiplient, une première Province, celle du Nord, est érigée le 5 mai 1894. Une seconde, celle d'Allemagne, la suivra en 1897, bientôt rejointe par la Province de France, puis par celle d'Italie, et enfin celle d'Australie en décembre 1905. Entre temps, en 1899, avec l'aide du Père Hubert Linckens (1861-1922), Jules Chevalier a fondé en Allemagne les Sœurs Missionnaires du Sacré-Cœur. Il est à juste titre considéré comme l'un des principaux promoteurs de la dévotion au Sacré-Cœur du XIX° siècle.
Il a rédigé plusieurs ouvrages, parmi lesquels : Le Sacré-Cœur de Jésus dans ses rapports avec Marie, étudié au point de vue de la théologie et de la science moderne, ou Notre-Dame du Sacré-Cœur (1883), fort volume qu'il remanie et divise ensuite en deux ouvrages distincts : Le Sacré-Cœur de Jésus (1887), et Notre-Dame du Sacré-Cœur d'après l'Ecriture Sainte, les Saints Pères et la théologie (1895). On lui doit également la brochure parue en 1866 : Les Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, ainsi que L'Ecole du Sacré-Cœur (1892), des Méditations pour tous les jours de l'année, selon l'esprit du Sacré-Cœur (1894), une Histoire religieuse d'Issoudun (1899), des Sermons manuscrits qui forment cinq gros volumes, ainsi que plusieurs Recueils de cantiques.


Jean Bosco

Né à Becchi Castelnuovo d'Asti, le 16 août 1815
Mort en 1888
Prêtre italien, plus connu sous le nom de Don Bosco, fondateur de la Société Salésienne.
Fils de paysans du Piémont (son père meurt en 1817), Giovanni Bosco passe son enfance dans son village natal, à douze kilomètres de Turin. Enfance très pieuse, marquée par un rêve qu'il fait à l'âge de neuf ans, au cours duquel Jésus et Marie lui apparaissent pour lui dévoiler sa mission future auprès des enfants défavorisés : il voit en ce rêve des enfants turbulents devenir sages, et des animaux féroces transformés miraculeusement en doux agneaux. En 1826, à l'occasion d'une grande mission donnée dans sa région, il rencontre le chapelain de Murialdo, Don Calosso, à qui il fait part de son désir : « Pourquoi voudrais-tu étudier ? - Pour devenir prêtre. - Pourquoi voudrais-tu être prêtre ? - Pour attirer les jeunes gens et les instruire de la religion ; ils ne sont pas mauvais, mais ils le deviennent parce que personne ne s'occupe d'eux. » Passent alors six années durant lesquelles il partage son temps entre travail et études, se faisant remarquer partout pour sa foi et son désir de bien faire. Le 30 octobre 1835, à l'âge de 20 ans, Jean Bosco entre au séminaire. Parmi ses résolutions figure celle de ne laisser passer aucun jour sans faire ou dire quelque chose à l'édification du prochain. Et le 5 juin 1841, dans la chapelle de l'Archevêché de Turin, Jean Bosco est ordonné prêtre.
« La parole du prêtre, quelle qu'elle soit, doit partout et toujours avoir une saveur de vie éternelle. »
Au mois de novembre suivant il rencontre Don Cafasso (1811-1860, canonisé en 1947) qui décide de sa vocation et deviendra son directeur spirituel. Entré à l'Institut ecclésiastique, il s'emploie alors à l'action charitable auprès des plus démunis. Accompagnant Don Cafasso dans ses visites auprès des prisonniers, il prend conscience des conséquences de la misère. L'exemple de son directeur spirituel, joint à celui de Don Cottolengo (1746-1842, canonisé en 1934) - fondateur des Filles de la Pitié et des Filles du Bon-Pasteur pour les femmes, et des ermites du Très-Saint-Rosaire et de la congrégation des prêtres de la Sainte-Trinité pour les hommes - amène Don Bosco à se consacrer à son tour aux plus pauvres. Il commence alors son apostolat auprès de la jeunesse turinoise, organisant des réunions dominicales mariant le travail, l'école et l'instruction religieuse : ce sont les débuts de l'Oratoire du dimanche. Beaucoup le prennent pour un fou, mais il devient rapidement très aimé de la jeunesse turinoise.
Après bien des difficultés, il acquiert une maison dans la quartier de Valdocco, et y fonde son oratoire de Saint-François de Sales : œuvre ouverte à tous, où sont formés des apprentis, et donnés des cours du soir. Don Bosco s'y dépense sans compter. Rapidement, l'œuvre prend de l'importance, les locaux sont agrandis, puis multipliés, et c'est bientôt tout un quartier qui vit de la charité sur l'élan de son fondateur.
« Dieu nous a envoyé, Dieu nous envoie, Dieu nous enverra des enfants. Oh ! combien d'enfants Dieu nous enverra, si nous correspondons à sa grâce ! Mettons-nous donc à l'œuvre, et ne reculons devant aucun sacrifice pour les sanctifier et les sauver. »
En 1859, il y jette les bases de la Société Salésienne, véritablement fondée en 1864 et approuvée par Pie IX en 1869. Il crée aussi en 1872 l'Institut des filles de Marie-Auxiliatrice, avec l'aide de Marie-Dominique Mazzarello (1837-1881, canonisée le 24 juin 1951). En 1875, sous la conduite du Père Cagliero, les premiers missionnaires partent en Patagonie. De nombreux autres suivront, en direction de l'Amérique du Sud. En 1888, les Salésiens dirigeront 250 établissements, et les missions sont aujourd'hui dispersées dans le monde entier. Don Bosco se lie à cette époque d'amitié avec la famille royale italienne, en la personne de Victor-Emmanuel II, et avec les papes Pie IX et Léon XIII.
On lui doit également la construction de plusieurs églises. Au début des années 1870, encouragé en cette voie par Père A. Maresca, barnabite, Pie IX décide que l'église qui doit être construite au Castro Pretorio de Rome sera dédiée au Sacré-Cœur. Dix ans plus tard, l'archevêque de Turin, le cardinal Alimonda, suggère à Léon XIII de confier cette entreprise à Don Bosco. L'architecte choisi est F. Vespignani, et l'œuvre Pie du Sacré-Cœur est établie en vue de rassembler l'argent nécessaire à la construction, qui exige des fonds énormes. Don Bosco s'emploie de toutes ses forces à la réussite de ce projet, se reposant toujours sur la Providence, malgré les difficultés sans nombre rencontrées au cours des travaux. Il se rend aussi en France en 1883 (Nice, Toulon, Marseille, Lyon, Paris…) pour recueillir l'argent nécessaire à l'achèvement des travaux. Ceux-ci terminés, il part une dernière fois à Rome pour l'inauguration de l'église, le 14 mai 1887. Il y célébrera une seule Messe (huit mois avant sa mort), le 16 mai, liturgie poignante, au terme de l'œuvre réalisée.
Il fait également bâtir à Turin une basilique en l'honneur de Notre-Dame Auxiliatrice, consacrée en 1868 (miraculeusement préservée des bombardements de 1943), et l'église Saint-Jean l'Evangéliste, achevée en 1882.
Don Bosco se trouve également à l'origine de la construction d'un autre Temple dédié au Sacré-Cœur de Jésus : celui de Tibidabo en Espagne. En 1886, il se rend dans ce pays pour demander le secours de ses frères espagnols pour l'achèvement de la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Rome. Au long du chemin, il entend une voix lui répéter "Tibi-dabo, tibi-dabo…". Le 5 mai, après quelques jours passés à Barcelone, et alors qu'il s'apprête à repartir en Italie, il va prier Notre-Dame de la Cité, Patronne de la ville. C'est alors que les propriétaires du terrain de Tibidabo le lui offrent, pour qu'y soit construit un ermitage dédié au Sacré-Cœur. Y voyant clairement le signe de la Providence, Don Bosco non seulement accepte l'offre, mais promet que ce sera un véritable Temple qui s'élèvera sur la colline. Une chapelle provisoire est construite, et le 28 décembre a lieu la cérémonie de la pose de la première pierre. Don Bosco n'en verra pas plus, puisqu'il meurt moins de deux ans plus tard, en 1888. Bâtie sur les plans de l'architecte Enrique Sagnier, l'église s'élèvera peu à peu, la crypte étant inaugurée en 1911 et la consécration solennelle effectuée par Gaétan Cicognani en 1961.
Don Bosco meurt le 31 janvier 1888, épuisé par les travaux qu'il a mené de front pendant ces dernières années, et son cortège funèbre attire une foule immense. Il a été canonisé par Pie XI en 1934, le jour de Pâques.
« Dites à mes enfants que je les attends tous au Paradis, et recommandez-leur toujours une grande dévotion à l'Eucharistie et à la Sainte Vierge. Ainsi, ils n'auront jamais rien à craindre. »


Marie-Marthe Chambon

Née à la Croix-Rouge, en Savoie, le 6 mars 1841
Morte le 21 mars 1907
Françoise Chambon naît le 6 mars 1841 au sein d'une modeste famille de cultivateurs, au hameau de la Croix-Rouge, près de Chambéry (Savoie). Elle reçoit le baptême le même jour, et est initiée à la vie chrétienne par ses parents, mais aussi par sa tante qui la conduit chaque jour en promenade, et notamment sur une allée où se trouve un Chemin de Croix. Elles disent alors ensemble le chapelet, méditant sur la Passion du Christ. Françoise reçoit de bonne heure les premières faveurs divines. A l'âge de huit ou neuf ans, alors qu'elle se trouve le Vendredi Saint en adoration devant la Croix, le Christ lui apparaît ensanglanté comme au Calvaire. Mais ce sont surtout les visites de Jésus-Enfant qui vont marquer la jeunesse de la future religieuse. Le jour de sa Première Communion, le 8 septembre 1850, Il vient à elle visiblement, et elle Le verra dès lors dans la sainte hostie à chacune de ses communions. Il lui devient un Compagnon de chaque instant, l'accompagnant au travail et dans les champs, conversant avec elle. La jeune Françoise confie très tôt au curé de la paroisse son désir de devenir religieuse, mais sa santé étant fragile, celui-ci l'admet tout d'abord en 1861 comme tertiaire de St-François. Les appels du Seigneur se faisant plus pressants, le curé, après un premier essai au Carmel de Chambéry, l'adresse finalement au monastère de la Visitation de cette ville, où elle est accueillie à l'âge de 21 ans par la Supérieure, Marie-Pauline Deglapigny. Elle ne sait alors ni lire ni écrire, et garde les manières et le langage rustique de la campagne. Comme elle craint que ces handicaps ne puissent la faire renvoyer du couvent, elle se confie à Jésus, qui lui répond : "Tes imperfections sont la plus grande preuve que tout ce qui se passe en toi vient de Dieu. Je ne te les enlèverai jamais ; elles sont la couverture qui cache mes dons." Françoise se fait rapidement remarquer par sa conduite irréprochable, et le 29 avril 1863, elle reçoit l'habit, en même temps que le nom de Sœur Marie-Marthe. Quinze mois plus tard, le 2 août 1864, elle fait sa profession religieuse, en la fête de Notre-Dame des Anges. Elle a alors 23 ans.
A partir du mois de septembre 1866, Sœur Marie-Marthe est de nouveau favorisée de fréquentes visites de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge, mais aussi des Ames du Purgatoire et des Esprits Bienheureux. Elle voit plus spécialement Jésus crucifié, qui l'appelle à s'associer aux douleurs de sa Passion. Elle vit alors une longue période de sacrifices et de pénitences, au cours de laquelle elle connaît les peines intérieures, les aridités spirituelles, et les attaques diaboliques qui tentent de la persuader qu'elle se trompe dans tout ce qu'elle vit. Elle passe des nuits entières en adoration devant le Saint Sacrement. En mai 1867, le Seigneur lui demande le sacrifice total de son sommeil. Et les 26, 27 et 28 septembre de cette même année, elle vit trois jours de grâces exceptionnelles. Toute la splendeur des cieux vient illuminer sa cellule. Dieu le Père vient la communier, lui présentant Jésus dans une hostie : "Je te donne Celui que tu m'offres si souvent", et lui dévoile les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption. Puis, tirant de Lui-même son Esprit comme un rayon de feu, Il lui en fait don : "Il y a là-dedans la lumière, la souffrance et l'amour ! L'amour sera pour moi ; la lumière pour découvrir ma volonté ; la souffrance, enfin, pour souffrir de moment en moment, comme je veux que tu fasses." Le dernier jour, l'invitant à contempler dans un rayon de lumière la Croix de son Fils, le Père céleste lui donne "de mieux comprendre les Plaies de Jésus pour son bien personnel." En même temps, dans un autre rayon partant de la terre pour aboutir au Ciel, elle voit clairement la mission qui lui est confiée, et comment elle doit faire valoir les mérites des Plaies de Jésus pour le monde entier.
Dans une vie de souffrances qui ne s'interrompt pas, Jésus lui poursuit ses faveurs, et ses communications divines. "Dans mes saintes Plaies, vous trouverez tous les trésors du ciel. Répandez-les sur le monde entier. […] Une chose me fait de la peine, c'est qu'il y a des âmes qui regardent la dévotion à mes Plaies comme étrange, comme méprisable, comme une chose qui ne convient pas… c'est pour cela qu'elle tombe et qu'on oublie. Au Ciel, j'ai des Saints qui ont eu une grande dévotion à mes saintes Plaies, mais sur la terre, il n'est presque plus personne qui m'honore de cette manière-là." Saint François de Sales lui apparaît aussi, pour l'affermir dans sa mission, que la Sainte Vierge lui confirme ainsi : "Ta bienheureuse Sœur Marguerite-Marie a reproduit le Sacré-Cœur de mon Fils pour le donner au monde… Et toi, ma fille, tu es choisie pour arrêter la justice de Dieu, en faisant valoir les mérites de la Passion et des saintes Plaies de mon unique et bien-aimé Fils Jésus !" A cette dévotion, Jésus attache d'encourageantes promesses : "J'accorderai tout ce que l'on me demandera par l'invocation aux saintes Plaies. Il faut en répandre la dévotion. Avec mes Plaies et mon Cœur divin, vous pouvez tout obtenir. […] De mes Plaies sortent des fruits de sainteté… Vous pouvez vous purifier dans mes plaies. Mes Plaies répareront les vôtres… Mes Plaies couvriront toutes tes fautes… Il faut souvent répéter auprès des malades cette aspiration : Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de vos saintes Plaies ! Cette prière soulagera l'âme et le corps… Le pécheur qui dira la prière suivante : Père éternel, je vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes, obtiendra sa conversion…"
Sœur Marie-Marthe révèle au jour le jour les demandes et les paroles du Seigneur, tandis que sa vie devient peu à peu une prière ininterrompue. "Voilà la Source où vous devez tout puiser" lui dit un jour Jésus, en lui montrant ses Plaies lumineuses et celle de son Cœur Sacré brillant plus encore. "Viens seulement ici dans la Plaie de mon divin Côté… C'est la Plaie de l'amour d'où il sort des flammes bien vives."
Le monastère Ste-Marie de Chambéry a répondu dès les années 1868-1870 aux demandes de Jésus par la pratique de l'Heure Sainte du vendredi, et le Rosaire des saintes Plaies, ou "Chapelet de la Miséricorde". Celui-ci se récite avec les invocations suivantes : En introduction, "O Jésus, divin Rédempteur, soyez-nous miséricordieux pour nous et pour le monde entier - Dieu fort, Dieu saint, Dieu immortel, ayez pitié de nous et de tout le monde - Grâce, miséricorde, ô mon Jésus, pendant les dangers présents ; couvrez-nous de votre Sang précieux - Père Eternel, faites-nous miséricorde par le Sang de Jésus-Christ votre Fils unique ; faites-nous miséricorde, nous vous en conjurons." Sur les petits grains : "Mon Jésus, pardon et miséricorde - R./ Par les mérites de vos saintes Plaies." Et sur les gros grains : "Père Eternel, je vous offre les Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ - R./ Pour guérir celles de nos âmes." On ne peut que s'émerveiller de retrouver des invocations presque semblables, enseignées par Jésus à sainte Faustine, quelques 70 ans plus tard ! "A chaque mot que vous prononcez du Chapelet de la Miséricorde a dit Jésus je laisse tomber une goutte de mon Sang sur l'âme d'un pécheur."
Les dernières années de la vie de Sœur Marie-Marthe sont des années de pénitence, et de nouveaux sacrifices, en réponse à la mission de réparation qui lui a été confiée. Elle reçoit les stigmates de la Passion, d'abord visibles, en 1874, puis cachés, au mois d'août de l'année suivante. Rien de ce qu'elle vécut les vingt dernières années de sa vie ne nous est connu. Elle meurt après une longue et douloureuse agonie, le 21 mars 1907.
La dévotion aux Saintes Plaies ne se répandra que lentement au-delà de sa communauté. Le Seigneur l'a avertie : "Ton chemin, c'est de me faire connaître et aimer surtout dans l'avenir. […] Il faudra longtemps pour établir cette dévotion." Dans les années 1930, alors que Jésus ensemence un nouveau foyer de Miséricorde en Pologne, plusieurs centaines de milliers d'exemplaires de la dévotion aux Plaies du Christ auront été lancées dans le monde entier, traduits en près de vingt langues.


Marie Deluil-Martiny, en religion Mère Marie de Jésus

Née à Marseille, le 28 mai 1841
Morte à Marseille, le 27 février 1884
Fondatrice de la Société des Filles du Cœur de Jésus
Fille de Paul Deluil-Martiny, avocat au barreau de Marseille, et d'Anaïs-Marie-Françoise née de Solliers - qui était par sa mère l'arrière-petite-nièce d'Anne-Madeleine Remuzat - Marie Caroline Philomène est la première enfant d'un foyer qui en comptera cinq, un frère et trois sœurs la rejoignant bientôt sous le toit familial. Après des débuts difficiles, elle s'engage avec grande volonté sur le chemin des études, auprès de son institutrice à laquelle elle déclare un jour : "Oh ! pour moi, je me ferai religieuse". Elevée dans la religion chrétienne par des parents très pieux, elle prépare au premier monastère de la Visitation de Marseille sa première Communion, dont la cérémonie a lieu le 22 décembre 1853. Le 29 janvier 1854, elle reçoit la Confirmation de Mgr de Mazenod. A quinze ans, elle rejoint Lyon avec sa sœur Amélie, et y demeure deux ans chez les religieuses du Sacré-Cœur, à la Ferrandière. Parvenue en fin d'études en 1858, elle effectue alors avec le P. de Bouchaud S.J. une retraite qui s'avère décisive pour sa vocation. Elle écrit le 12 mai : "… Où irais-je ?… Le passereau trouve une demeure : pour moi, ô mon Dieu, votre Cœur, votre Cœur ! O Maître, vous serez mon Maître toujours. Faites de moi ce qu'il vous plaira ; mais je vous supplie qu'il vous plaise de m'enfermer dans votre Cœur et de me faire souffrir là quelque chose pour votre plus grande gloire et votre pur amour".
Le 24 juillet 1859 meurt à dix ans sa jeune sœur Clémence. Peu de temps après, Marie s'ouvre à ses parents de sa vocation religieuse. Mais pour soulager sa mère dont la santé est devenue fragile, elle s'engage activement dans les œuvres charitables dont celle-ci a la charge. En 1864, à l'occasion de l'une de ses visites à la Visitation de Marseille, elle découvre la "Garde d'Honneur du Sacré-Cœur de Jésus" fondée l'année précédente au monastère de Bourg-en-Bresse. Elle s'inscrit aussitôt au Cadran, entame une correspondance suivie avec Sœur Marie du Sacré-Cœur, et devient "Première Zélatrice" de l'association pour laquelle elle se dépense sans compter. En 1865, elle se rend à Bourg-en-Bresse, où elle effectue une retraite, puis en 1866 en pèlerinage à Paray-le-Monial, avec sa mère et sa sœur Amélie. En 1867, elle participe également à la préparation de l'ouvrage que Mgr Bougaud écrit sur la vie de Marguerite-Marie, rassemblant à son intention les écrits de saint François de Sales relatifs à la dévotion au Sacré-Cœur. Le 31 mars, elle a perdu sa plus jeune sœur, Marguerite, emportée comme Clémence par une maladie incurable. Elle retourne alors à Bourg avec sa mère, pour la distraire de sa peine.
En décembre 1866, elle a rencontré pour la première fois le Père Calage S.J. (1805-1888), qui va devenir son directeur spirituel. C'est sur ses conseils qu'elle s'offre au Seigneur en mai 1867, renouvelant solennellement ce don total d'elle-même en septembre. Quelques jours plus tard, alors qu'elle prie en l'église de Saint-Giniez, le Seigneur s'adresse à son âme, l'appelant à l'apostolat par la prière et le sacrifice. Le 8 décembre, elle fait vœu de virginité perpétuelle. En septembre 1868, elle se rend en pèlerinage à la Salette, et sa vocation d'immolation à Jésus-Christ crucifié se précise. "Les âmes de l'Institut futur seront des miroirs vivants de Jésus immolé" écrit-elle. En novembre, elle dépose sur l'autel son vœu d'obéissance à la grâce, qu'elle signe "Marie de Jésus, Fille du Cœur de Jésus". Le 27 février 1869, pour répondre à la demande du Père Calage, elle commence la rédaction d'un petit traité en préparation de l'Œuvre à venir. Achevé le 9 mars, il est tout entier centré sur le Cœur de Jésus, par le cœur de Marie. La récitation quotidienne des sept paroles du Christ en croix et du Magnificat ponctueront les journées des Filles du futur Institut. Le projet est béni par le Père Calage.
En avril 1870, elle fait la connaissance du Père Van den Berghe - venu de Belgique pour la rencontrer- qui repart conquis par le projet de l'Œuvre, mais la guerre toute proche en retardera l'accomplissement. Jules, le jeune frère de Marie, meurt le 10 janvier 1872, bientôt suivi par Amélie, le 25 février, troisième et quatrième enfants enlevés à la famille. Le 14 mars, le P. Van den Berghe obtient de Pie IX un Bref d'approbation en vue de la fondation tant attendue. Marie, accompagnée de ses parents, le rejoint en Belgique en septembre, et y rencontre l'archevêque de Malines Mgr Dechamps. De retour à Marseille, elle lui adresse un abrégé des Règles et Constitutions. Après un nouveau pèlerinage à Paray-le-Monial, elle repart pour la Belgique le 13 juin 1873, et le 19 reçoit le voile des mains de Mgr Van den Berghe, en même temps que le nom de Mère Marie de Jésus. Le 20, en la petite chapelle de Berchem-lez-Anvers, est célébrée pour les quatre premières religieuses une première messe, qui scelle la fondation de la Société des Filles du Cœur de Jésus.
En 1875, Marie en rédige les Constitutions définitives. On y retrouve tous les désirs adressés par Jésus à Marguerite-Marie à Paray-le-Monial : culte des images du Sacré-Cœur, Heure Sainte, Communion réparatrice, Adoration perpétuelle, Fête du Sacré-Cœur, etc., sous le patronage de Marie, Mère de l'Eglise. Les premières professes prononcent leurs vœux définitifs dans la toute nouvelle basilique du Sacré-Cœur construite à Berchem. Afin de préparer une fondation sur le sol français, Marie repart pour Marseille le 3 décembre, et reçoit le 5 janvier suivant de Mgr Forcade, archevêque d'Aix, l'autorisation espérée. Elle rentre à Berchem après le décès de la mère, en mai. Son père décède quelques mois plus tard, en septembre. La maison d'Aix s'ouvre le 15 juin 1877, et elle obtient alors de l'évêque de Marseille Mgr Robert une nouvelle autorisation de fondation sur le sol de la capitale phocéenne. Ce sera sur la maison familiale, à La Servianne. Les premières novices s'y installent le 24 juin 1879, et l'acte d'érection de la maison en monastère est signé par l'évêque le 25 février 1880.
Suite aux décrets de 1880 et l'expulsion des Jésuites, le Père Calage retrouve les religieuses à La Servianne. Marie l'y accueille avec joie. Jusqu'à sa mort quatre ans plus tard, elle se dévoue au sein de la maison, entre pénitences et mortifications. Le 8 décembre, elle écrit : "O Agneau du Père céleste, acceptez-nous comme vos agneaux ; unissez-nous à Vous sur la Croix et sur l'Autel ; formez nos cœurs selon votre Cœur victime. Et si ma misérable vie peut servir à Vous amener les âmes dont votre Cœur a soif, prenez-la, je vous en supplie, ô mon Amour, mais du moins, triomphez en Epoux sur les âmes de l'Institut et en Roi sur tous les cœurs !" En septembre 1883, de retour d'un voyage à Berchem, elle s'arrête à Montmartre, puis trois jours à Paray-le-Monial. Le 27 février 1884, Mercredi des Cendres, un ancien jardinier du monastère d'Aix tire à bout portant sur Mère Marie de Jésus, qui s'écroule en disant "Je lui pardonne !… Pour l'Œuvre !… Pour l'Œuvre !" Sœur Marie-Elise (née Léonie Le Vassor de Sorval, 1850-1927), gravement blessée par le meurtrier, allait bientôt succéder à Marie à la tête de l'Institut, et poursuivre l'extension de l'Œuvre qui devait recevoir son approbation définitive par Rome en 1896. Quelques temps avant de mourir, Marie de Jésus avait écrit : "Mon attrait spécial est la grande gloire de Jésus-Christ. Tout par Jésus-Christ. Que par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus-Christ, tout honneur et toute gloire vous soit rendus, ô Père tout-puissant, en l'unité du Saint-Esprit. Ces mots renferment tout mon attrait avec ceux-ci : Offrande perpétuelle de Jésus-Christ à la Très Saint Trinité. Union d'amour. Sa vie en moi ; ma vie en Lui. Dieu le veut. Je suis à Lui pour l'éternité dans l'Institut de son Cœur, malgré l'angoisse, l'agonie et la mort".
Marie de Jésus a été béatifiée par Jean-Paul II le 22 octobre 1989.




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