La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Biographies - Hagiographies




7. Nouvelle expansion - La dévotion au XX° siècle : 1870 à nos jours

Marie du Divin Cœur - Droste zu Vischering (1863-1899)
Marie-Thérèse de la Croix (1829-1911)
Edith Royer (1841-1924)
Marie-Julie Jahenny (1850-1941)
Léon Dehon (1843-1925)
Antoine Crozier (1850-1916)
Charles de Foucauld (1858-1916)
Benigne-Consolata Ferrero (1885-1916)
Louise-Marguerite Claret de La Touche (1868-1915)
Josefa Menéndez (1890-1923)
Ursule Ledochowska (1865-1939)
Faustine (Hélène Kowalska, 1905-1938)
Edouard Maxime Mateo Crawley-Boevey (1875-1960)
Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)
Claire Ferchaud (1896-1972)
Jean XXIII (1881-1963)
Marie-Octavie Mastis – Filiola (1888-1976)


Marie Droste zu Vischering, en religion Sœur Marie du Divin Cœur

Née à Münster, le 8 septembre 1863
Morte à Porto, le 8 juin 1899
Maria-Anna-Johanna-Franzisca-Theresia-Antonia-Huberta naît au sein de l'une des plus anciennes familles de l'aristocratie westphalienne. Fille du comte et de la comtesse Droste zu Vischering, elle a un frère jumeau, Max, et une sœur aînée, alors âgée de trois ans. Deux fils et quatre filles les rejoindront dans les années qui suivent. Son enfance s'écoule au château de Darfeld au sein de cette famille très pieuse. Elle écrit dans son Autobiographie : "Les premières images que je me rappelle avoir vues dans les chambres de mes parents et de mes frères et sœurs sont celles du Sacré-Cœur de Jésus et de la Sainte Vierge. Je me souviens aussi comme le mois du Sacré-Cœur était célébré dans notre chapelle lorsque j'étais encore toute petite. […] C'était toujours pour moi un jour de grande fête. […] Jamais je n'ai pu séparer la dévotion du Sacré-Cœur de Jésus de celle du Saint-Sacrement, et jamais je ne serai capable d'expliquer comment et combien le Sacré-Cœur de Jésus a daigné me favoriser dans le Saint-Sacrement. Le Saint-Sacrement fut toujours pour moi un Ciel, et presque toujours je me représentais Notre-Seigneur dans l'attitude de cette image et le Cœur de Jésus dans la sainte Eucharistie comme un soleil rayonnant qui m'attirait à lui, m'illuminait et m'enflammait d'amour. Le plus souvent les grâces que j'ai reçues m'ont été accordées dans la sainte communion ou devant le Saint-Sacrement exposé, mais bien des fois en relation avec quelque fête ou image du Sacré-Cœur."
Les persécutions religieuses qui commencent en 1872 en Allemagne, consécutives au Culturkampf, provoquent un renouveau de foi parmi le peuple catholique, et la jeune Maria note à cette occasion : "Tous ces tristes événements augmentaient mon enthousiasme pour la sainte Eglise et ses ministres. Mgr l'évêque de Münster, qui avait une très grande dévotion au Cœur de Jésus, ordonna des prières publiques au Sacré-Cœur, et, avant d'aller en exil, il fit une consécration solennelle du diocèse au Cœur de Jésus dans la cathédrale de Münster."
Elle fait sa première communion le 25 avril 1875, et déjà aspire à la vie religieuse. De mai 1879 à juillet 1881, c'est dans un couvent du Tyrol autrichien tenu par les Filles du Sacré-Cœur de Mme Barat, à Riedenbourg, qu'elle achève son éducation, et que se confirme sa vocation. "Les deux ans et demi que je restai au pensionnat furent pour moi un temps de grâces… Je me trouvais dans la maison du Cœur de Jésus et ainsi tout le bien me venait de cette source. J'apprenais à dompter mon caractère, au moins je comprenais que l'amour du Cœur de Jésus sans l'esprit de sacrifice n'est qu'imagination…". A deux reprises, lors des prédications des 21 novembre 1880 et 25 mars 1881, elle se sent appelée à la vie religieuse. Encouragée en cette voie par le P. Melchior Hausherr S.J., elle s'en ouvre à ses parents le 5 août 1882. Ceux-ci se montrent heureux de son choix, mais son père, compte tenu de la santé fragile de sa fille, lui demande de patienter jusqu'à sa vingt et unième année. En 1884, la maladie vient retarder ce projet, mais le 20 juin, jour de la fête du Sacré-Cœur, elle entend pour la première fois alors qu'elle vient de communier une Voix intérieure qui lui deviendra familière : "Tu seras l'épouse de mon Cœur". Elle écrira au sujet de ces communications célestes : "Quelquefois j'éprouve ces impressions et j'entends ces paroles sans être en prière ; elles s'emparent de moi sans que je sache comment et sans que je puisse résister. Mais d'ordinaire c'est après la sainte communion, ou quand je prie devant le Saint-Sacrement exposé, et quelquefois quand je m'y attends le moins. Mais je n'ai jamais rien vu des yeux du corps, ni rien entendu de l'ouïe corporelle : tout est intérieur, comme si une voix parlait et se faisait entendre au cœur en même temps que dans l'entendement ; les facultés de l'âme se trouvent concentrées et réunies en Notre-Seigneur dans une profonde paix, quoique souvent ce ne soit que pour un instant. Quelquefois même c'est si rapide qu'on ne peut se l'expliquer. Je suis quelquefois longtemps sans rien voir, sans rien entendre ni sentir, et à certaines époques je reçois ces grâces plus souvent…"
Le 21 novembre 1886, ne pouvant toujours entrer au couvent, elle transforme sa chambre en cellule religieuse, et partage son temps entre la prière, la lecture, le travail pour les pauvres et les églises, et la visite et le soin aux malades. Enfin, le 21 novembre 1888, elle est admise comme postulante au couvent de Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur de Münster, de la Congrégation fondée par Mère Marie de Sainte-Euphrasie (Rose-Virginie Pelletier, 1796-1868, canonisée le 2 mai 1940), fille de saint Jean Eudes. Elle y prend l'habit le 10 janvier 1889 (le même jour que Thérèse de l'Enfant-Jésus à Lisieux), en même temps que le nom de Marie du Divin Cœur. En cette période de noviciat, le Seigneur l'enseigne et l'encourage sur le chemin de croix qui l'attend. Elle note par exemple au 21 novembre 1889 : "Epouse de mon Cœur, approche-toi de mon Cœur ; repose-toi là, demeure là. Cherches-y force et secours dans tous les combats et les difficultés de la vie. Sois toujours prête à vivre, à souffrir et à mourir pour moi. Ta récompense est assurée. Je demande de toi un entier abandon, une union intime avec moi, qui consiste, non à ressentir des consolations, mais à porter et à aimer la croix." Le 21 janvier 1891, elle prononce ses vœux solennels.
Appelée par la supérieure générale du Bon-Pasteur d'Angers au poste d'assistante au couvent de Lisbonne, elle quitte Münster le 24 janvier 1894. Elle fait étape à Paris, et se recueille à la basilique Montmartre, où elle est déjà venue à l'occasion de la bénédiction de la chapelle provisoire le 3 mars 1876. Après un court séjour à la maison-mère d'Angers, elle rejoint Perpignan, puis Barcelone et Manrèse, où elle fait pèlerinage sur les traces de saint Ignace. Elle arrive à Lisbonne le 24 février, où elle reçoit en même temps que la charge d'assistante celle de première maîtresse des pénitentes, rôle qu'elle avait déjà eu à tenir à Münster avant son départ. Elle y est remarquée pour sa gaieté, mais sa vie se poursuit entre sacrifices et souffrances, soutenue et guidée par les colloques divins dont elle est favorisée. Le 12 mai, une dépêche d'Angers lui apprend sa nomination à la tête de la communauté du Bon-Pasteur de Porto qu'elle rejoint aussitôt, et où elle entre le 16 du même mois.
Elle se dévoue sans compter pour cette nouvelle communauté, pourvoyant tant aux besoins spirituels que matériels. Elle développe si bien l'œuvre qu'en moins de deux ans, le nombre des pensionnaires double, passant de 78 à 157. Le Sacré-Cœur de Jésus fait, dès les premiers jours, l'objet de son apostolat. Elle écrit en janvier 1895 : "Depuis que nous avons établi la dévotion au Cœur de Jésus dans notre pauvre maison, nous sentons son esprit se répandre partout et des bénédictions spéciales, temporelles et spirituelles, descendre sur nous." En janvier 1896, les symptômes de la maladie qui doit la clouer au lit se font sentir. Après un court voyage à la maison-mère d'Angers, elle revient à Porto où, brisée par la fatigue et la douleur, elle doit s'aliter le 21 mai. Les médecins diagnostiquent une myélite. Elle vit cette fin d'année dans l'accroissement des souffrances et de la faiblesse, s'offrant "comme victime d'amour, de souffrance, de sacrifice et d'anéantissement de mon être". En 1897, un léger mieux lui permet de recevoir des visites, qui deviennent bientôt innombrables. Le Seigneur lui dit alors : "Sache, mon enfant, que de la charité de mon Cœur je veux faire descendre des torrents de grâces par ton cœur dans les cœurs des autres. C'est la raison pour laquelle on s'adressera à toi avec confiance ; ce ne sont pas tes qualités, mais c'est moi qui en suis la cause. Jamais quelqu'un qui se rencontrera avec toi ne s'éloignera sans que son âme soit, de quelque manière, consolée, soulagée ou sanctifiée, ou ait reçu quelque grâce, même le pécheur le plus endurci. S'il veut profiter de la grâce, il ne tient qu'à lui." Elle s'emploie autant qu'elle le peut à développer autour d'elle et en dehors du Bon-Pasteur le culte du Sacré-Cœur. En 1898, elle établit les plans d'une église qui lui sera consacrée, et qu'elle souhaite voir ouverte à la population du quartier. Enfin, répondant à la demande réitérée du Seigneur, elle écrit à deux reprises à Léon XIII (10 juin 1898 et 6 janvier 1899 - cf. les textes au chapitre chronologie) afin que le genre humain tout entier soit consacré par lui au Sacré-Cœur. Le 17 février 1899, elle apprend avec joie que le Saint-Siège a étendu à l'Ordre du Bon-Pasteur la faculté déjà accordée à celui de la Visitation de réciter et chanter en public les litanies du Sacré-Cœur de Jésus. Enfin Léon XIII accède définitivement à sa demande le 25 mars, projetant la consécration solennelle du monde entier au Sacré-Cœur pour le 11 juin suivant. Le jeudi 8 juin à trois heures du soir, ayant terminé ainsi sa mission, Marie du Divin Cœur s'éteint dans d'ultimes souffrances, au moment même où commencent les premières vêpres de la fête du Sacré-Cœur. Elle a été béatifiée par Paul VI le 1° novembre 1975.

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Marie-Thérèse de la Croix

Née à la Verrie, en Bretagne, le 29 mai 1829
Morte à Pornichet, le 18 juillet 1911
Sophie-Victorine de Gazeau de la Brandanière est née le 29 mai 1829 à la Verrie, petit bourg du sud de la Bretagne. Vers l'âge de 5 ou 6 ans, elle est amenée à la Gaubretière où résident ses parents, berceau de ses ancêtres vendéens. Le village a été ravagé en son temps comme tant d'autres dans cette région par les colonnes infernales de Tureau. Le père de Sophie-Victorine, qui a vécu ces événements à l'âge de dix ans, a servi comme capitaine d'infanterie dans la garde impériale, avant de démissionner en 1830. Trois enfants naîtront de son mariage avec Sophie-Marie de Rangot, tous trois élevés dans les valeurs de cette tradition catholique qui connut tant de martyrs dans sa famille.
A six ans, Sophie-Victorine a déjà son oratoire, et demande à sa mère la permission de se lever plus tôt que ses deux sœurs pour y prier à son aise. En 1838, elle est envoyée dans un pensionnat à Cholet, où elle fait sa première communion (juin 1840). A la rentrée, elle est conduite à Nantes, au pensionnat de l'Adoration où enseigne sa tante paternelle, Sœur de Picpus. Elle s'y révèle une élève studieuse et sage. A partir de l'été 1842, elle revient au logis familial. A 19 ans, elle est terrassée par une attaque de paralysie que rien ne parvient à soigner. Elle en est guérie miraculeusement au cours d'un Office, juste avant la communion, le 1° août. Elle s'ouvre alors de sa vocation religieuse à sa mère. Mais ce n'est qu'après la mort de son père en 1850, alors qu'elle atteint sa majorité, que l'autorisation lui est enfin accordée. Elle demeure un an au Noviciat des Sœurs de la Sagesse à Saint-Laurent, qu'elle doit quitter pour raison de santé, et va se reposer chez une amie de la famille, avant d'être accueillie chez son oncle maternel, Alexandre de Rangot. Elle reste dix ans auprès de lui, jusqu'à son décès en 1864, toujours dévouée auprès des malades, préparant les enfants à leur première communion, aidant à l'entretien de l'église. Durant les huit années qui suivent, elle fait d'incessants va-et-vient entre la Gaubretière, Nantes et Angers, pour consulter des médecins qui pourraient la soigner des maux qu'elle endure sans interruption. Cela n'ôte rien à sa patience, à sa douceur, dont elle fait preuve en toutes circonstances. Elle s'affilie à cette époque au Tiers-Ordre Franciscain à Angers. Le 12 août 1872, elle et guérie miraculeusement au cours d'un pèlerinage à Notre-Dame du Chêne. « O Marie, ô ma Mère, comment vous exprimer ma reconnaissance ? Que va devenir maintenant cette vie, cette santé que vous me donnez ? Est-elle à moi ? Je n'en puis disposer que pour vous… et pour me consacrer toute à Dieu. » Et elle place sa consécration sous la bannière de Saint François. « Bonne Mère, quand vous m'aurez fait connaître sûrement ce que votre divin Fils demande de sa pauvre créature, je l'accomplirai, cette sainte volonté, coûte que coûte. Je suis décidée, avec sa grâce, à faire tous les sacrifices. »
Durant trois ans, elle est en butte aux contradictions, retardée dans son projet par son confesseur, auquel elle reste soumise. « En obéissant, je ne me tromperai pas. » Enfin à l'automne 1874, suite à sa rencontre avec le P. Pacifique de Saint-Pal, toutes les barrières tombent d'un coup. Elle obtient l'accord de son curé, puis de l'évêque, pour revêtir l'habit franciscain. « Je vous bénis de tout cœur, vous et votre œuvre, lui dit peu avant de mourir le curé de la Gaubretière : c'est l'œuvre du Cœur de Jésus. Continuez, continuez : ce divin Cœur la bénit du haut du ciel…»
Le 8 novembre 1875, lors d'un pèlerinage à Rome, elle revêt pour la première fois cet habit franciscain, robe grise et voile noir, qui sera l'habit de la Congrégation nouvelle qu'elle va bientôt fonder, et devient Sœur Marie-Thérèse de la Croix. Elle reçoit avant son départ de Rome la bénédiction de Pie IX, sur cette œuvre fondée "pour le soin des malades et l'adoption des orphelins". De retour en France, elle s'abandonne tout entière au Cœur de Jésus : « Vous le savez, ô divin Cœur, mon plus grand désir est de travailler pour votre gloire. O Dieu de mon cœur, soyez tout, et que je ne sois rien. »
Après deux années passées au village natal, elle se rend à Nantes, répondant à l'invitation de Mgr Lecoq, son nouvel évêque. Elle y parvient le 18 décembre 1877, avec deux postulantes. Ce sera le berceau de son œuvre. Elle prononce ses vœux perpétuels le 21 juin 1878, et la communauté s'enrichit bientôt de neuf nouvelles recrues. Mère Marie Thérèse fixe les premières règles de la communauté, guidée par le P. Benoît-Joseph, des Frères Mineurs Capucins. De septembre 1880 au 1° mars 1887, la communauté occupe le Petit Séminaire de Nantes, et augmente régulièrement. Les Sœurs sont une trentaine en 1883. Le 1° mars 1887, la communauté est transférée dans la banlieue de Nantes, dans une villa de Chantenay, qui devient le monastère de Notre-Dame du Chêne. La chapelle est bénie solennellement le 6 mai 1889. Les sœurs sont alors une centaine. Les Constitutions sont approuvées par l'évêque le 22 novembre 1890, et donnent leur nom définitif à la Congrégation qui se propose particulièrement de "réparer les outrages et les ingratitudes dont Notre-Seigneur est l'objet ; de là le nom des Sœurs : Franciscaines Oblates du Sacré-Cœur de Jésus. Leur œuvre de prédilection sera le soin des malades."
Mère Marie-Thérèse prend en charge le Noviciat. « Au regard du maître que vous servez, il n'y a pas de petits emplois ni d'actes vulgaires. Ils sont tous grands, ils seront tous nobles, si vous y faites passer un courant de foi. » Les vocations affluent. De 1881 à 1902, douze maisons seront fondées à travers la France. Toutes les religieuses parlent de sa patience, de son esprit d'abnégation, de sa douceur, mais aussi de sa fermeté pour toutes les questions touchant au respect de la Règle.
La promulgation de la loi du 1° juillet 1901 la bouleverse profondément, et l'ébranle physiquement. Perturbations nerveuses, paralysie partielle… Elle se voit contrainte de démissionner de sa charge le 15 mars 1902. Le 20 mai, elle quitte Chantenay pour finir ses jours "en exil" à Pornichet, et elle fait de sa retraite un temps de prière et d'expiation, pour tout le mal qui se commet en ce début de siècle contre la religion : « Prier, souffrir, aimer, voilà ma devise. » « On ne manque pas d'âmes qui aspirent aux délices du Thabor ; mais qu'il y en a peu à s'engager résolument sur la route du Calvaire ! Faites, ô mon Dieu, que je ne sois pas de ces pusillanimes qui ont peur de la croix. » Elle accomplit encore deux pèlerinages. Le premier à Lourdes en août 1902, où elle prie beaucoup, autant pour ses Oblates que pour la France meurtrie ; à son retour, elle dit en confidence : « Maintenant je puis mourir tranquille : je suis préparée. » Le second pèlerinage la mènera sur les terres du B. Grignion de Montfort, à Pontchâteau. Elle vit avec patience et amour ces dernières années de souffrance, puisant ses forces dans l'Eucharistie. Elle rend son âme à Dieu le 18 juillet 1911.

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Edith Royer

Née à Aisy, en Bourgogne, le 14 juin 1841
Morte à Quincy, en Bourgogne, le 3 avril 1924
Mystique et visionnaire française, fondatrice de l'Association de Prière et de Pénitence.
Edith Challan-Belval grandit au sein de sa famille, et se livre très jeune à d'austères pénitences. A 19 ans, elle rencontre à Saint-Remy (où elle restera 20 ans) Charles Royer, qu'elle épouse le 22 juillet 1860. Elle en aura quatre fille : Louise, en 1863, Claire, en 1865, Jeanne, en 1871, et Rose, en 1874. En 1867, sa sœur Mathilde entre au Carmel de Dijon. Edith Royer sollicite alors son admission dans le Tiers Ordre, et les Carmélites lui procurent les instruments nécessaires aux pénitences qu'elle se sent appelée à pratiquer de nouveau. Dès la déclaration de guerre en 1870, elle est favorisée de visions prophétiques, au cours desquelles le Christ l'appelle à la prière et à la pénitence. Elle reçoit souvent la vision du Cœur du Christ. En juillet 1871, il lui demande qu'un hommage soit rendu au Sacré-Cœur, dans la paroisse de Saint-Remy. Au cours des années 1872-1873, ces visions se poursuivent, ainsi que les appels à la pénitence. Le 20 juin 1872, elle vit le "Mariage Mystique". Au cours du pèlerinage qu'elle effectue à Paray-le-Monial le 10 juin 1873, le Seigneur dans une nouvelle vision lui indique le nom de la fraternité qu'elle est appelée à créer : "Association de Prière et de Pénitence en union avec le Sacré Cœur pour le triomphe de l'Eglise et le salut des nations", et demande des prières qui soient adressées à son Cœur sacré. Après bien des démarches, l'Association est créée, agréée en 1878, et érigée canoniquement le 23 février 1879. Agrégée le 21 avril 1881 par le cardinal Guibert, archevêque de Paris, elle devient le 3° degré de l'Archiconfrérie du Vœu national. Le 28 mars 1894, un décret du cardinal Richard, nouvel archevêque de Paris, sépare de l'Archiconfrérie du Vœu national l'Association de Prière et de Pénitence, et le 18 avril, un bref pontifical de Léon XIII élève l'Association à la dignité d'Archiconfrérie Universelle. Entre-temps, en mai 1880, les Royer ont quitté Saint-Remy pour le château de Quincy. Charles Royer décède le 18 décembre 1883. En 1895, Edith rejoint sa fille, religieuse à Paris, et se place sous la direction spirituelle du Père Noury, S.J.. Puis, en 1902, elle s'installe rue du Chevalier de la Barre, à deux pas de la basilique du Sacré-Cœur. Elle est toujours favorisée de charismes, dont celui du don de prophétie. C'est ainsi qu'elle annonce les malheurs de la guerre de 1914-18 à venir. Après deux temps de postulat à la vie religieuse à Saint-Remy (1918-1921) où elle désirait se retirer, malade et infirme, elle retourne à Quincy, où elle meurt, le 3 avril 1924.

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Marie-Julie Jahenny

Née à Blain, hameau de Coyault, en Loire Atlantique, le 13 février 1850
Morte à la Fraudais, le 4 mars 1941
Née au sein d'une famille très pieuse, fille de Charles Jahenny et de Marie Boya, Marie-Julie est l'aînée de cinq enfants. Dès sa première communion, elle est particulièrement attirée par le Saint Sacrement, et reste volontiers de longs moments en prière devant le tabernacle. Dès qu'elle le peut, elle rejoint le Tiers Ordre Franciscain. En janvier 1873, suite à de violentes douleurs à l'estomac, un docteur diagnostique chez elle un cancer. Comme les douleurs ne cessent pas, l'Abbé Pierre David, son confesseur, lui administre le sacrement des malades. Nous sommes le 13 février, jour de ses 23 ans. Neuf jours plus tard, à deux reprises, elle reçoit la visite de la Sainte Vierge, qui revient le 15 mars pour lui demander si elle accepte d'endurer les mêmes souffrances que celles qu'a enduré le Christ pour les hommes, pour la conversion des pécheurs. Elle répond par l'affirmative, et la stigmatisation commence le 21 mars suivant, qui lui laissera l'empreinte des cinq plaies. Dès lors sa mission sera triple : mériter un sauveur à la France, apporter et rendre à l'Eglise un retour et un accroissement de sainteté, et sauver le monde du péché en le rapprochant de la tendresse miséricordieuse des divins Cœurs de Jésus et de Marie. Il lui sera donné ensuite de porter d'autres marques visibles : le 5 octobre, elle reçoit les marques de la couronne d'épines ; le 25 novembre, le stigmate de l'épaule gauche ; le 6 décembre, les stigmates dorsaux des extrémités ; le 12 janvier 1874, les marques des cordes aux poignets, ainsi qu'un stigmate épigraphique au devant du cœur ; le 14 janvier, de nouvelles marques aux chevilles, sur les jambes et les avant-bras, témoins de la flagellation ; quelques jours plus tard, deux raies au côté ; le 20 février, la marque de l'anneau des fiançailles à l'annulaire de la main droite ; plus tard, plusieurs marques sur la poitrine ; et le 7 décembre 1875, l'inscription "O CRUX AVE" avec une croix et une fleur. Ces marques nombreuses sont constatées par l'Abbé David, son directeur, en présence de plusieurs témoins envoyés par l'évêché. Le 6 juin 1875, Mgr Félix Fournier, évêque de Nantes, écrit au Docteur Imbert-Gourbeyre, qui a examiné Marie-Julie: "Les rapports que je reçois chaque jour sur Marie-Julie me démontrent de plus en plus l'action de Dieu sur cette âme : il lui accorde des grâces d'un ordre surnaturel évident. En même temps, elle grandit en vertus, en sentiments élevés. Le naturel et l'humain disparaissent chez elle, et elle a souvent à l'adresse des personnes qu'elle voit ou dont on lui parle des enseignements qui ne sont pas en rapport avec son état ordinaire. […] Elle est sincère : ce qu'elle manifeste est surnaturel. Je n'y vois rien que de bon, d'édifiant, de conforme aux principes de la spiritualité. Donc, c'est Dieu qui la favorise ; on y arrivera soyez-en sûr." Plusieurs Crucifix ont des manifestations sanglantes en sa chambre, devant témoins. A partir de juin 1880, les douleurs qu'elle ressent sont si intenses qu'elle ne peut plus quitter sa chambre, et à partir du 10 février 1881, le fauteuil sur lequel on l'a assise. La paralysie ne la quitte que le temps de ses extases, conformément à ce que lui a annoncé le Christ. Le démon s'en prend directement à elle, ainsi qu'aux objets, voire même aux autres personnes qui se trouvent dans sa chambre. Comme d'autres mystiques, Marie-Julie connaît l'inédie (abstinence miraculeuse) à deux reprises, la plus longue entre décembre 1875 et février 1881. Durant tout ce temps, la Sainte Communion suffit à la soutenir. Elle est également favorisée du don d'hiérognose, c'est-à-dire qu'elle différencie le Pain Eucharistique du pain ordinaire, les objets bénits de ceux qui ne le sont pas, les reliques dont elle précise l'origine, et a la compréhension des prières liturgiques dans des langues qu'elle ignore. Ces dons sont semblables à ceux que reçu Anne-Catherine Emmerich au début du XIX° siècle, ou que recevra Marthe Robin au milieu du XX°. Marie-Julie reste tout au long de sa vie favorisée d'extases et de visions, au milieu des plus grandes souffrances physiques et morales. Elle reçoit notamment de nombreux avertissements prophétiques concernant les malheurs qui accablent la France, et le retour d'un Roi chrétien à sa tête. Elle meurt en sa maison près de Blain le 4 mars 1941.

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Jean-Léon-Gustave Dehon

Né à La Capelle, dans l'Aisne, le 14 mars 1843
Mort à Bruxelles, le 12 août 1925
Il naît au sein d'une famille de propriétaires terriens, et sa mère lui transmet dès son plus jeune âge le goût et la pratique de la dévotion au Sacré-Cœur. "Ma mère a été pour moi un des plus grands dons de mon Dieu et l'instrument de mille grâces… Elle a préparé indirectement ma vocation. Je remercie Notre Seigneur de m'avoir initié, par elle, à l'amour de son divin Cœur." C'est à Noël 1856 qu'il ressent un premier appel au sacerdoce, mais son père s'oppose à cette vocation. A sa sortie du collège de Hazebrouck, il poursuit donc ses études et est envoyé par ses parents à Paris, non sans que sa mère ait glissé dans sa valise le Manuel du Sacré-Cœur. Ses quatre ans d'études à la Sorbonne lui permettront d'obtenir le titre de docteur en droit civil en 1864. Il a alors 21 ans. Durant toutes ces années d'études, il n'a cessé de s'investir au sein des Conférences Saint-Vincent-de-Paul, de Hazebrouk à Saint-Sulpice, s'occupant également à Paris du catéchisme auprès des enfants pauvres. Il rencontre le Père Gratry, Mgr Dupanloup et Louis Veuillot.
De retour d'un long voyage en Orient, et notamment en Palestine, il s'arrête à Rome, où il confie sa vocation au pape Pie IX. Celui-ci l'invite à rejoindre le Séminaire français Santa-Chiara, où il rentre le 25 octobre 1865. "J'étais enfin dans mon élément véritable." Il est ordonné prêtre le 19 décembre 1868, à Saint-Jean de Latran. "Je me relevai prêtre possédé de Jésus, tout rempli de Lui-même, de son amour pour le Père, de son zèle pour les âmes et de son esprit de prière et de sacrifice". Dès l'année suivante, il participe en tant que sténographe au 1° Concile du Vatican.
En 1871, de retour de Rome au diocèse de Soissons, il est nommé septième vicaire à Saint-Quentin. Il y découvre la misère et la dure condition de vie des ouvriers. Dès 1872, il ouvre le patronage St-Joseph pour la jeunesse ouvrière, qui est affilié l'année suivante aux Cercles catholiques d'ouvriers qu'Albert de Mun a fondé à Paris. En 1873, il devient le confesseur et le directeur de la communauté des Sœurs servantes du Cœur de Jésus qui vient de s'installer à Saint-Quentin. L'année suivante, il est nommé chanoine honoraire de Soissons.
En 1877, il ouvre un grand collège qui existe toujours : Saint-Jean, dont il demeurera le directeur jusqu'en 1893. Cette même année, accompagnant son évêque dans un voyage à Rome, il s'arrête à Lorette, où il puise l'inspiration de sa future fondation, la Congrégation des Oblats du Sacré-Cœur : "C'est là qu'est née la Congrégation en 1877".
Encouragé par son évêque, c'est dans la chapelle de son collège qu'il prononce ses vœux religieux comme Oblat du Sacré-Cœur le 28 juin 1878, y joignant le vœu de victime d'amour et de réparation : il s'appellera désormais Père Jean du Sacré-Cœur. Amour et réparation, voilà donc sa ligne directrice. Réparation eucharistique (en particulier à travers l'Adoration), réparation sociale à travers la justice et la charité comme chemins vers une "civilisation de l'amour". "L'ouvrier évangélique qui ne vit pas de la vie eucharistique n'a qu'une parole sans vie et une action inefficace."
Les années qui suivent sont riches d'activités et de vocations nouvelles pour sa Congrégation, mais aussi d'épreuves : la congrégation est supprimée par Rome le 3 décembre 1883, puis de nouveau autorisée, sous le nom de Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur, en mars 1884. C'est une congrégation sacerdotale, dont les membres sont aussi appelés Déhoniens, centrée sur la dévotion au Cœur de Jésus, et qui œuvre dans l'apostolat social, la formation du clergé et du laïcat, et les missions (Afrique et Asie). Vivement encouragé par Léon XIII en 1888, le P. Dehon s'engage à prêcher ses encycliques, soutenir les prêtres par la prière et la collaboration, susciter des maisons d'adoration… De nouvelles difficultés s'abattent bientôt sur lui, tant dans ses relations avec le diocèse qu'au sein même de son Institut. C'est dans la retraite spirituelle ignacienne qu'il retrouve les forces et la sérénité nécessaires pour poursuivre sa mission. De ces épreuves qui auront marqué les débuts de sa Congrégation, et dont il aura tant souffert, le Père Dehon écrira : "N.S. voulait en faire un édifice important puisqu'il en a creusé si profondément les fondations". Et de fait, les fondations se multiplieront à travers le monde, soutenues par les souverains pontifes Pie X, Benoît XV et Pie XI. Les constitutions définitives sont approuvées par Pie X en 1906.
Léon Dehon a fondé une revue en 1889, à l'occasion du 2° centenaire des grandes apparitions de Paray-le-Monial, Le Règne du Cœur de Jésus dans les âmes et la société.
Il se fait connaître également par ses conférences (par exemple Rome et Milan), et participe à de nombreux Congrès sociaux. Partout, il manifeste une foi rayonnante et un amour ardent envers le Cœur de Jésus.
Le dernier grand engagement des dernières années de sa vie sera la construction de la basilique du Christ-Roi, qu'il inaugure le 18 mai 1920. Il restera le supérieur de sa Congrégation jusqu'à sa mort à Bruxelles le 12 août 1925. "Je vous laisse le plus merveilleux des trésors, avait-t-il écrit dans son testament spirituel en 1914, c'est le Cœur de Jésus."
La béatification du Père Léon Dehon, prévue pour le 24 avril 2005, a été reportée en raison de la maladie, puis du décès de Jean-Paul II. Benoît XVI a confié à une commission informelle, au sein de la Secrétairerie d’Etat, le soin de réexaminer la totalité du dossier.
La Congrégation des prêtres du Sacré-Cœur est aujourd'hui présente dans 38 nations, et compte environ 2.300 religieux (les Dehoniens).
On lui doit de nombreux écrits relatifs au Sacré-Cœur, et parmi ceux-ci La Retraite du Sacré-Cœur (1896), La vie d'amour envers le Sacré-Cœur de Jésus (1901), Le Mois du Sacré-Cœur sur les litanies du Sacré-Cœur (1903), Couronnes d'amour au Sacré-Cœur (1905), Le Cœur sacerdotal de Jésus (1907), L'Année avec le Sacré-Cœur (1909), Etude sur le Sacré-Cœur ou contribution à la préparation d'une somme doctrinale du Sacré-Cœur de Jésus (1922), etc.

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Antoine Crozier

Né à Duerne, dans le Rhône, le 8 février 1850
Mort à Lyon, le 10 avril 1916
Il naît le 8 février 1850 à Duerne au sein d'une famille qui comptera quatre enfants. Baptisé deux jours plus tard, le petit Antoine grandit à Lyon, où ses parents sont venus s'installer peu après sa naissance, sur le territoire de la paroisse Saint-François, qui restera l'un de ses saints préférés. Mais c'est à Saint-Nizier qu'il suit le plus souvent les offices religieux, et qu'il apprend à servir la Messe. "Etant enfant de chœur, à douze ou treize ans, une fois seulement, devant le Saint-Sacrement, j'ai encore senti Dieu comme jamais. Je n'étais certes pas un modèle de sagesse, mais le bon Dieu s'est dit : Choisissons cet insupportable pour le triomphe de ma grâce…" Il y fait sa première communion. Jeune encore, il se sent appelé à la prière perpétuelle : "A 13 ans, je me souviens comme hier, j'ai senti dans une rue de Lyon cet appel à l'apostolat par la prière sans fin".
Vers 1867, il entre au petit séminaire de l'Argentière, à 10 km de sa ville natale. Avec la déclaration de guerre en 1870, il rentre aider sa famille, qui travaille à la diffusion d'un remède naturel très célèbre à cette époque : la Toile Souveraine. Ce sont les revenus provenant de ces ventes qui soutiendront pour beaucoup les entreprises apostoliques et caritatives du futur Père Crozier. En 1871, il rejoint le grand séminaire de Saint-Irénée à Lyon (le même où sont passés Jean-Marie Vianney en 1819 et Antoine Chevrier en 1846). "La vie du prêtre est une Messe perpétuelle. Chaque partie du divin Sacrifice se renouvelle et se perpétue incessamment en lui… Prêtres, … nous donnerons Jésus aux âmes si nous Le montrons nous-mêmes, si nous Le faisons vivre dans toute notre personne. Le monde a besoin de voir et d'entendre Jésus comme aux jours de sa vie publique. C'est Jésus qui lui manque… Soyons donc des semeurs, des semeurs du divin Amour, des semeurs d'éternité et de bonheur sans fin, des semeurs de pureté, des semeurs de dévouement, des semeurs de sainteté, puisqu'il faut des saints pour sauver et renouveler l'humanité !"
Il est ordonné prêtre le 22 décembre 1877, et est aussitôt nommé préfet des études à l'institution secondaire des Chartreux, à Lyon. Il y reste deux ans, puis part pour Rome achever son cycle de théologie. Il est reçu à son Doctorat le 25 juin 1881. C'est à Rome qu'il "rencontre" Sainte Catherine de Sienne (1347-1380). "J'aime d'amour cette grande sainte, parce qu'elle m'a plus que les autres saints appris à aimer Notre Seigneur et à prier pour le Souverain Pontife."
Rentré en France, il est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame de Saint-Chamond, à 12 km de Saint-Etienne. En 1882, il est amené à assurer un service d'aumônerie auprès des Carmélites, et devient le directeur spirituel de la Prieure, Mère Raphaël (1829-1914). C'est elle qui l'encourage à mettre par écrit l'essentiel de sa doctrine, qui sera publiée dès 1894 sous le titre Comment il faut aimer le bon Dieu. La diffusion de ce livret dépassera le million d'exemplaires. Il devient également le Père spirituel d'une jeune postulante au Carmel, Antonine Gachon (1861-1945). Celle-ci est bientôt obligée de regagner sa ville natale, et c'est donc par courrier qu'en juillet 1883 elle informe le Père Crozier de la 1° apparition de Jésus dont elle sera gratifiée, le Cœur ouvert et rayonnant. L'Abbé écrira à ce sujet en 1886 : "Depuis longtemps, j'ai pensé aux analogies qui existent entre la bienheureuse Marguerite-Marie et Antonine, et après les manifestations qu'Antonine a reçues du Sacré-Cœur, je me surprends à supposer qu'Antonine achèverait, ou au moins continuerait la mission de Marguerite-Marie…" Cette rencontre l'engage à fonder une association, œuvre d'apostolat universel et de sanctification mutuelle, qu'il intitule Union dans le Sacré-Cœur et pour le Sacré-Cœur. Elle voit le jour en 1888, et fonctionne sans aucune inscription, simple famille d'âmes croyantes liées entre elles par une même volonté de tout faire dans et pour l'Amour, dans et pour le Cœur de Jésus, "application efficace de la Communion des saints entre tous ceux qui veulent aimer et faire aimer le bon Dieu et le Cœur de Jésus". Elle servira de tremplin pour l'Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus que fondera le Père de Foucauld quelques années plus tard.
En octobre 1883, il est nommé vicaire à la paroisse Saint-Polycarpe de Lyon, où il rencontre sa 2° fille spirituelle, Sédulie Dévenaz (1859-1940), et tous trois resteront indissolublement liés par la prière et l'édification spirituelle pour le salut des âmes, dans "ce Cœur qui s'est entrouvert pour nous recevoir, nous unir, et nous garder toujours." Le Père Crozier considéra toujours cette "Trinité mystique" comme l'une des plus grandes grâces de sa vie.
En mai 1886, il postule pour entrer dans l'œuvre du Prado (fondée par le P. Chevrier en 1860), et y est nommé à la tête de l'école apostolique à Notre-Dame de la Roche, où il prend ses fonctions en octobre. Il y sera un éveilleur de vocations au sacerdoce et à la sainteté. "C'est là mon ministère principal pour cette année, peut-être pour plusieurs années : donner à Notre-Seigneur des prêtres selon son Cœur." En 1891, suite à un changement de direction à la tête de l'Institut, le Père Crozier démissionne et part se reposer quelques mois chez ses sœurs.
Vers l'année 1888, il a pris conscience de subir chaque vendredi une recrudescence de ses douleurs morales et physiques, ces dernières se portant précisément aux mains, aux pieds, au côté et à la tête. Alors qu'il célèbrera l'Eucharistie le 10 janvier 1901, cette union aux souffrances du Christ en Croix deviendra visible, avant qu'il ne demande au Seigneur d'en effacer les marques, pour garder cette stigmatisation secrète jusqu'à sa mort.
Début 1893, il est appelé comme directeur spirituel au collège et séminaire de Belley. D'une bonté et d'une disponibilité inlassables, il y fait éclore de nouvelles vocations, parmi lesquelles celles du Père Prosper Monier (1886-1977), et de l'Abbé Constant Pel (1878-1966), tous deux prédicateurs infatigables de l'Amour de Jésus. Les mesures anti-cléricales du gouvernement Combes l'obligent à quitter le collège le 1° juillet 1904 avec tous les religieux, qui sont remplacés par des instituteurs laïcs. Il est alors appelé à Lyon, comme second aumônier au Pensionnat des Lazaristes tenu par les Frères des Ecoles Chrétiennes, qui a du lui aussi s'ouvrir à l'enseignement laïc. Il y reste six ans, y déployant la même ferveur apostolique, appelant inlassablement les jeunes à rejoindre Jésus dans une vie de prière et d'amour, centrée sur l'Eucharistie.
A la fin de l'année scolaire 1911, la maladie l'oblige à prendre des repos de plus en plus fréquents. Il demande alors à prendre sa retraite et partage désormais son temps entre son domicile et la maison familiale, poursuivant ses directions spirituelles et son abondante correspondance. Il rédige encore de nombreux livrets et feuillets apostoliques. C'est à cette époque qu'il rencontre le Père Mateo (1875-1960), qui devient son ami, et Charles de Foucauld, qu'il aidera dans sa fondation de l'Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus. Sa patience et sa douceur augmentent à proportion de ses souffrances. En 1915, son état s'aggravant, il rentre à Lyon. Une chute en février 1916 le cloue définitivement au lit, et il rend le dernier soupir le 10 avril, après une longue agonie.

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Charles de Foucauld

Né à Strasbourg, le 15 septembre 1858
Mort à Tamanrasset, le 1° décembre 1916
Charles Eugène, vicomte de Foucauld de Pont-Briand, est né à Strasbourg le 15 septembre 1858. Devenu orphelin de père et de mère en 1864, c'est son grand-père maternel le colonel de Morlet qui se charge de son éducation, ainsi que de celle de sa sœur née en 1861. Après la défaite de Sedan qui a provoqué la chute du Second Empire en 1870, Charles de Foucauld quitte l'Alsace avec sa famille. Il poursuit d'abord ses études à Nancy, où il fait sa première communion, puis à Paris où il arrive en 1873, avant de rejoindre en 1876 l'école militaire de Saint-Cyr. Mais ses études sont loin d'être brillantes, et entré 82° sur 412, il sort de l'école 333° sur 386. Il écrira plus tard de cette époque de sa vie : "Egoïsme inouï, folles dépenses, gourmandise et paresse prenant de telles proportions qu'elles forment mon trait distinctif et semblent répugnantes même à mes amis, sensualité extrême, aucun désir du bien, aucun amour de la vérité, indifférence à tout sauf à ma jouissance..." En 1878, il passe à l'école de cavalerie de Saumur. Envoyé en Afrique avec son régiment en décembre 1880, il est mis en congé en mars 1881 pour "indiscipline doublée d'inconduite notoire". Après un bref retour en France, il demande sa réintégration, et participe à la répression de l'insurrection algérienne du Sud oranais en 1881-1882. Il se donne alors un défi personnel à relever : explorer le Maroc, ce qu'aucun européen n'a réussi à faire encore. Son congé lui étant refusé, il donne sa démission en janvier 1882 et s'installe à Alger où il restera jusqu'en mai 1883 pour préparer son voyage, apprenant l'arabe et l'hébreu. Du 25 juin 1883 au 23 mai 1884, déguisé en juif pèlerin, il parcourt le pays, impressionné par la foi des musulmans. Le 9 janvier 1885, il reçoit la médaille d'or de la Société Française de Géographie, pour avoir "conquis des renseignements très nombreux, très précis, qui renouvellent littéralement la connaissance géographique et politique tout entière du Maroc". De retour en France et installé à Paris en février 1886, il commence la rédaction de son ouvrage Reconnaissance au Maroc, qui sera publié en 1888. Il s'interroge sur sa vie et la religion - priant "Mon Dieu si Vous existez, faites que je Vous connaisse", et se rapproche de sa famille et en particulier de sa cousine Marie de Moitessier, qui aura sur lui une heureuse influence. Suite à sa rencontre au mois d'octobre 1886 avec l'Abbé Huvelin (1838-1910), curé de Saint-Augustin, qui le confesse et l'envoie communier, sa conversion est totale et définitive. "Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu - écrira-t-il plus tard - je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi".
En novembre 1888, il part en pèlerinage en Terre-Sainte, où il reste jusqu'en février de l'année suivante. Le 6 juin 1889, il se consacre au Sacré-Cœur en la basilique de Montmartre, qu'il fréquente à cette époque assidûment. Après une longue retraite effectuée dans plusieurs monastères de France, et dans le but d'imiter la pauvreté de Jésus de Nazareth telle qu'il l'a ressentie au cours de son pèlerinage, il entre au monastère de la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges le 16 janvier 1890, où il devient novice et prend le nom de frère Marie-Albéric (le 26). Six mois plus tard, il demande à être envoyé à la Trappe d'Akbès, en Syrie. Il y restera six ans. Il démissionne de la Société de Géographie et renonce à son grade d'officier de réserve, avant de prononcer ses vœux le 2 février 1892 et de recevoir la tonsure. En 1896, il rédige son premier projet de Congrégation religieuse, avant de rejoindre Rome où il doit rester étudier trois ans. Mais au bout de trois mois, le Général de la Compagnie le dispense de ses vœux et lui laisse libre choix de sa vocation particulière. En février 1897, il prononce les vœux de chasteté et de pauvreté, et parce qu'il veut vivre pauvre parmi les pauvres, il demande à rejoindre Nazareth. Il en reçoit l'autorisation le 23 juin 1897, et quitte la Trappe pour vivre comme domestique auprès des Clarisses de la ville sainte. Il rentre en France le 16 août 1900, où il se décide à demander la prêtrise. Il est ordonné à Viviers le 9 juin 1901, et célèbre sa première Messe à Notre-Dame des Neiges. Muni de l'autorisation de l'évêque, il repart pour l'Algérie, et rejoint Béni-Abbès le 28 octobre où il fonde un ermitage dans lequel il accueille pauvres et esclaves, mais aussi soldats et officiers. C'est là qu'il fonde les Ermites du Sacré-Cœur de Jésus, qu'il appellera par la suite Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus, Petites Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, et Union des frères et sœurs du Sacré-Cœur de Jésus. Il établit canoniquement à Beni-Abbès le 9 mars 1902 une Confrérie du Sacré-Cœur, agrégée à celle de Montmartre. Le 16 avril, il entre dans l'Association des prêtres apôtres du Sacré-Cœur de Jésus, fondée par le Père Alfred Yenveux l'année précédente, et à la Noël 1903, il rejoint l'Union dans le Sacré-Cœur et pour le Sacré-Cœur qu'a fondée l'Abbé Crozier en 1888.
Le 13 janvier 1904, il part pour une tournée dans le Hoggar, apprend le langage des Touaregs et entreprend la traduction de l'Evangile dans leur langue. Il est de retour à Béni-Abbès le 24 janvier 1905, mais repart pour le Hoggar dès le début du mois de mai. Il parvient à Tamanrasset en août 1905 et s'y installe auprès du chef des Touaregs, Moussa Ag Amastane. Une véritable amitié s'instaure entre les deux hommes. Charles de Foucauld revient régulièrement pour des séjours de trois mois à Béni Abbès. A partir de 1907, il travaille à la rédaction d'un dictionnaire touareg-français et français-touareg. Il est enfin pauvre parmi les pauvres. En janvier 1908, il obtient du Saint-Siège l'autorisation de célébrer la Messe sans servant. En décembre, il effectue un premier séjour en France, au cours duquel Mgr Livinhac, Supérieur Général des Pères Blancs, approuve ses statuts de l'Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur. Il s'y rendra une deuxième fois au début de l'année 1911, puis une troisième fois d'avril à septembre 1913. En 1910, il se bâtit à 60 kilomètres de Tamanrasset un ermitage, sur l'Assekrem, à 2.800 m. d'altitude. Il poursuit son travail sur le dictionnaire, ainsi que sur les Poésies touarègues. En septembre 1914, à la déclaration de guerre, il choisit de rester à Tamanrasset. En 1915, il travaille jusqu'à 10 heures par jour pour achever son dictionnaire. En 1916, les autorités militaires construisent à son intention un fortin (un bordj), dans lequel il s'installe le 23 juin. Le 1° décembre 1916, il est pris en otage par un groupe de rebelles Touaregs venus de Libye, et gardé par un jeune de 15 ans qui, affolé par l'arrivée de méharistes, tire sur le frère Charles. Il meurt sur le coup.
On lui doit de très nombreux écrits, en particulier des Méditations sur l'Evangile, les carnets de ses Retraites, et les Règlements et Directoires des fondations qu'il a créées. Son ouvrage de Reconnaissance au Maroc a été couronné par l'Académie Française.
Charles De Foucauld a été béatifié le 13 novembre 2005.

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Marie-Consolata Ferrero, en religion Sœur Benigna-Consolata

Née à Turin, le 6 août 1885
Morte à Côme, le 1° septembre 1916
Née dans une famille très pieuse, Marie-Consolata a deux frères aînés - Jean, jeune médecin décédé prématurément en 1903, et Camille, entré dans la Compagnie des Chemins de fer - et une sœur plus jeune, prénommée Adeline. Après trois années passées à l'école communale, elle est placée avec sa sœur comme demi-pensionnaire chez les Sœurs de Saint-Joseph. Dans les cahiers où elle a noté les résumés des sermons qui la préparait à sa première communion, Marie-Consolata a écrit la prière suivante : "O bon Jésus, venez dans mon pauvre cœur, venez m'aider à élever mon édifice spirituel, bâtissez-le si beau, qu'il mérite d'être placé un jour par vous dans la céleste Jérusalem." Elle revient ensuite à l'école communale, puis poursuit ses études - après un bref passage au lycée de jeunes filles qui s'est ouvert à Turin - auprès des Dames de l'Institut du Divin Cœur. Elle fréquente à cette époque assidûment le Saint-Sacrement, et apprécie la solitude de longues promenades dans les collines qui surplombent Turin.
Elle a environ 17 ans lorsqu'en novembre 1902, elle commence à rédiger son Journal. Elle confiera beaucoup plus tard à sa Supérieure qu'à cette époque le Seigneur lui parlait depuis longtemps déjà. Seul en 1902 son directeur, M. le chanoine Boccardo, en est informé, et c'est à sa demande qu'elle entreprend par obéissance et dans le plus grand secret la relation écrite de ses célestes communications. Elle poursuivra ce travail jusqu'à sa mort, remplissant des centaines de pages la plupart du temps au crayon, sans correction ni rature. Elle note le 25 juin 1903 la demande de Jésus : "Je veux que tu t'offres tout spécialement à mon divin Cœur pour sauver les pécheurs. En joignant tes œuvres à la prière, tu obtiendras plus facilement ce que nous désirons avec ardeur : le salut des âmes." Elle fait don de sa personne et de sa vie, qui se partage désormais entre les douceurs divines de ces dialogues avec le Christ, et les tourments sans nombres auxquels elle accepte de s'exposer. C'est pour répondre à l'appel de Jésus ("J'ai besoin que tu me prêtes ta tête, ta vie, tes facultés, qui sont mes dons, afin que tu deviennes entièrement l'instrument de ma miséricorde. Le désir de voir mon adorable Cœur toujours plus connu et aimé, doit t'exciter à recevoir docilement cette mission… Accepte-la pour l'amour que tu portes à mon Cœur et afin de la remplir, entre dans l'Ordre de la Visitation") qu'elle entre en mars 1906 au monastère de Pignerol. Mais la Supérieure du monastère à laquelle elle se confie hésite à accueillir une jeune fille appelée à une mission si extraordinaire, et Marie-Consolata se voit contrainte de rentrer dans sa famille. Ce n'est que le 30 décembre 1907 qu'elle entre enfin au monastère de la Visitation de Côme, où la Mère Marie-Louise Sobrero, au courant de sa vocation particulière, l'accueille à bras ouverts.
Elle y prend l'habit le 5 novembre 1908, en même temps que le nom de Benigna-Consolata, ce jour étant l'anniversaire de la mort de Sœur Jeanne-Bénigne Gojoz (1615-1692), sœur converse du monastère de Turin, dont la Vie écrite par la Mère Marie-Gertrude Provane de Leyni (Turin, 1846) raconte qu'il lui fut révélé surnaturellement les grâces reçues en France par Marguerite-Marie. Elle prononce ses vœux simples le 23 novembre 1909, et est admise à la profession solennelle le 28 novembre 1912. Quelques mois auparavant, un télégramme lui apprenait la mort de sa mère, dont les derniers mots écrits à sa fille étaient "Je te laisse dans le Cœur de Jésus".
Elle vivra ces quatre années de vie religieuse comme un exemple au milieu de ses sœurs, encouragée quotidiennement par le Christ en cette voie d'humilité et de soumission totale à la volonté divine, et consacrant toujours à sa demande une demi-heure par jour à la relation écrite de ces faveurs célestes. Vie parfaite d'obéissance et de sacrifice, qu'elle explique en ces lignes reçues du Sauveur : "Bénigne, peu d'âmes marchent d'un pas rapide dans la voie de l'amour, parce qu'il y en a bien peu qui entrent généreusement dans la voie du sacrifice… Si on chancelle dans le sacrifice, on chancelle dans l'amour ; si on s'arrête dans le sacrifice, on s'arrête dans l'amour. Ma Bénigne, quand il s'agit du sacrifice, ne dis jamais : c'est assez… ce serait dire : je n'ai pas le désir d'accroître en moi l'amour. Rien n'augmente l'amour comme la croix… Je te demande seulement la mortification et surtout la mortification de l'esprit, parce que, si la mortification extérieure est une des conditions que je requiers pour accorder mes grâces, celle de l'esprit est nécessaire pour faire de plus grands progrès dans la vertu. Ma Bénigne, avec la mortification, tu me donneras des vases vides que je remplirai d'huile ; plus tu m'en donneras, plus j'en remplirai."
En 1915, elle reçoit du Christ de nombreuses communications sur l'amour, l'humilité, la perfection, la confiance, la miséricorde, la charité, la pureté d'intention… Tous ces traités seront publiés sous le titre de Vade-Mecum sous le pseudonyme suggéré par Jésus lui-même à la religieuse : un Pieux Auteur. Le 30 juin 1916, en la fête du Sacré-Cœur, sur la demande de Jésus ("Aujourd'hui est le jour de tes épousailles avec le Dieu d'amour, le Dieu de bonté, le Dieu de miséricorde. Ma Bénigne, jusqu'ici tu as marché dans la voie étroite de la crainte, des peines, des angoisses, des serrements de cœur ; mon amour a voulu cette voie, il l'avait choisie pour toi ; mais en épousant le Dieu d'amour, le Dieu de suavité, tu participeras à la gloire de Dieu"), elle fait sa profession solennelle avec l'Amour, en présence de Mgr Archi et de sa Supérieure. Au début du mois d'août, elle est prise par une maladie qui l'emportera après un mois passé dans de nouvelles souffrances, et elle meurt le 1° septembre de cette année 1916.

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Louise-Marguerite Claret de La Touche

Née à Saint-Germain-en-Laye, le 15 mars 1868
Morte à Vische, près de Turin, en Italie, le 14 mai 1915
Religieuse visitandine, propagatrice du Sacré-Cœur auprès du clergé
Marguerite est la deuxième fille d'un foyer très chrétien, dont le père lui apprend dès l'âge de trois ans le Credo en latin. Très jeune, elle est atteinte de plusieurs maladies, dont une sévère bronchite en 1872 qui manque de l'emporter. En 1874, la famille s'installe à Versailles. Son père meurt au mois de mars de l'année suivante, et sa mère épouse en secondes noces en mai 1877 M. de Chamberet, veuf et père d'un enfant de onze ans. Le nouveau foyer s'installe alors à Valence, où Marguerite fait sa première communion le 30 mars 1879. Peu après Pâques, elle fait en secret un vœu de chasteté perpétuelle. D'une nature simple et franche, sa jeunesse s'écoule suivant les rites du monde aristocratique et bourgeois au milieu duquel elle vit : visites, réceptions, bals, soirées… De 1879 à 1882, elle bénéficie des cours particuliers d'une institutrice à domicile. En cette année 1882, elle ressent pour la première fois un vide qu'elle ne s'explique pas, et qui va s'amplifiant au cours des sept années qui suivent. Pour s'occuper, elle lit beaucoup, s'investit dans le théâtre. Au cours de l'été 1886, elle est atteinte par la scarlatine, et mise à l'isolement. Durant ces 40 jours, elle a de longues conversations avec la religieuse qui la veille. Elle revient vers Dieu. A la même époque, elle vit une douloureuse déception amoureuse. La lecture de la vie de saint Louis de Gonzague l'éclaire définitivement sur la route qu'elle est appelée à suivre, et elle décide de sa vie de religieuse.
En 1889 (elle a alors 21 ans), elle demande le consentement de sa mère, qui lui impose un délai de deux ans. L'Abbé Raymond, curé à Valence, compte tenu de la santé toujours précaire de Marguerite, oriente celle-ci vers les Visitandines de Romans. Elle est soumise à de violentes tentations. Au cours de l'hiver 1888/89, elle profite d'un voyage à Paris pour aller se recueillir devant le Sacré-Cœur, dans la basilique Montmartre en construction. En septembre 1890, elle se rend à Paray-le-Monial, et entre le 20 novembre au monastère de Romans. Elle y commence son postulat le 17 janvier 1891, et le 7 octobre y reçoit l'habit, sous le nom de Louise-Marguerite. Le 17 octobre 1892, elle y fait sa profession. Dès 1893, il lui est montré "le mystère d'amour de la Croix et le prix de la souffrance". Le 2 mai 1895, elle prononce le vœu d'abandon. Le 17 octobre, elle contracte une congestion pulmonaire qui se complique, au point qu'on lui fait donner l'extrême-onction., mais elle en réchappe miraculeusement. Le 4 juin 1896, elle fait la connaissance du Père Alfred Charrier, venu prêcher au monastère, auprès duquel elle se confie pour la première fois le 6 juin. Il devient peu à peu son directeur spirituel. Les communications divines offertes à Louise-Marguerite se font de plus en plus fréquentes, et il lui est donné de participer aux souffrances du Christ. A partir de 1900, l'Amour infini de Dieu devient l'objet central de ses contemplations.
En 1901, Louise-Marguerite est chargée des fonctions de Maîtresse des novices, sans toutefois en porter le titre. C'est à cette époque qu'entre au monastère une jeune postulante du nom de Marguerite Reynaud. Elle n'y reste qu'un an, du fait d'une santé trop fragile, mais des liens très forts se nouent entre les deux religieuses, et sœur Marguerite rejoindra la communauté en Italie quelques années plus tard. Le 5 juin 1902, alors que Louise-Marguerite est en adoration devant le saint Sacrement, le Christ lui demande son immolation pour le clergé. Dans les jours qui suivent, il lui explique ce qu'il attend d'elle. Elle s'en ouvre au Père Charrier. Elle prend alors soigneusement note des enseignements qu'elle reçoit à ce sujet au cours des mois qui suivent, où lui sont montrées la valeur du sacerdoce et celle du prêtre, ainsi que ce que le Christ attend de chacun des membres du clergé.
Le 8 juillet 1905 paraît au Journal Officiel une liste de couvents et congrégations dont la suppression a été décidée. Romans y figure. En août, les meubles sont déménagés vers l'Italie, à Revigliasco, près de Turin. En février 1906, les premières religieuses y arrivent à leur tour, et l'expulsion définitive a lieu au mois de mars, l'ensemble de la communauté se regroupant alors en Italie. Le 16 mai 1907, Louise-Marguerite en est élue Supérieure.
L'année suivante, le bail arrivant à expiration et l'eau alimentant le monastère ayant été reconnue non potable, les religieuses sont contraintes à un nouveau déménagement. Après bien des difficultés, un bail est signé dans la propriété de la Torretta, à Mazzè, près d'Ivrea, où la communauté emménage en décembre 1908 - janvier1909. Le 29 janvier, Mgr Filipello, évêque d'Ivrea, leur rend sa première visite.
Depuis plusieurs mois, Louise-Marguerite encourage le Père Charrier à travailler à la réalisation d'un livre destiné au clergé, sur la base des notes prises quelques années plus tôt. Ce dernier obtient le soutien du Père Hamon à Paris, mais tarde à se mettre à l'ouvrage. En mai 1909, il demande à Louise-Marguerite de le décharger de cette tâche, et suivant les conseils du Père Poletti, supérieur des Pères du Saint-Sacrement de Turin, elle se met elle-même au travail. Le livret, approuvé par Mgr Filipello en février 1910, est imprimé à Turin au mois de mai, d'abord en français, avec un avant-propos du Père Charrier, sous le titre Le Sacré-Cœur et le Sacerdoce, puis en italien. Mais ce livret n'est qu'un premier pas dans la réalisation du message reçu par Louise-Marguerite en juin 1902. Une Œuvre spécifique doit être mise en place. En septembre 1910, Mgr Filipello s'engage à ses côtés dans cette voie. En octobre, elle en rédige les Statuts, puis un Appel aux prêtres. Ces deux documents sont présentés à Pie X en mai 1911. Elle compose également un Acte de Consécration à l'Amour infini, qu'elle remet à l'évêque d'Ivrea. Mais en avril 1911, la propriété de la Torretta est vendue, et la communauté contrainte de déménager de nouveau. C'est à Parella, non loin d'Ivrea, que les sœurs s'installent dès le printemps de l'année suivante.
Le 8 mai 1913, Mère Françoise-Pauline Mugnier remplace Louise-Marguerite à la tête de la communauté. Suite à de nombreux malentendus entre les deux religieuses, dont les conceptions de la vie cloîtrée diffèrent grandement, Louise-Marguerite choisit de se retirer dans une autre communauté. Accompagnée de sœur Marguerite Reynaud, elle quitte Parella le 6 août 1913, et après être passée à Turin, Gênes, Pise, puis Bologne, elles arrivent à Rome le 2 novembre. Louise-Marguerite met à profit ce long périple pour entamer la rédaction d'un ouvrage sur l'Amour infini, dont elle adresse les premiers éléments à Mgr Filipello. Elle ne pourra en achever la rédaction, et ces feuillets paraîtront en 1928 sous le titre de Livre de l'amour infini. Le 15 décembre, elle se rend au Saint Office où elle s'entretient avec Mgr Giambene de L'Œuvre toujours en formation. Puis elle rencontre le cardinal Cagiano de Azevedo, préfet de la Sacrée Congrégation des religieux, où la demande de fondation est officiellement déposée le 6 janvier 1914. Avec approbation de Mgr Filipello, elle sollicite la permission d'ouvrir au diocèse d'Ivrea une seconde maison de la Visitation, pour "s'adonner à la vie contemplative et se consacrer d'une manière toute spéciale à prier pour la sainte Eglise, le Pape et les Ecclésiastiques, selon l'esprit primitif". L'accord est donné le 19 février 1914. La veille, les deux religieuses ont quitté Rome pour rejoindre Turin. En mars, une propriété est trouvée à Vische, à 20 kilomètres d'Ivrea, et le bail aussitôt signé. La première Messe y est célébrée le 25, et une nouvelle sœur venue de Parella accueillie trois jours plus tard. La nouvelle communauté ainsi constituée est aussitôt adoptée par les habitants de Vische. En septembre, Louise-Marguerite a l'inspiration d'une composante de l'œuvre destinée aux laïcs, qui souhaiteraient s'engager également dans la prière pour l'Eglise et le Sacerdoce. Ce sera l'Association des Fidèles Amies de Béthanie du Sacré-Cœur, fondée quelques années plus tard, et qui compte aujourd'hui plus de 10.000 membres répartis dans le monde entier. Au mois de décembre, elle tombe gravement malade, atteinte d'une néphrite aux jambes. Sœur Marguerite Reynaud reste à ses côtés, durant les six mois de souffrances ininterrompues qui précèdent sa mort, qui survient à Vische le 14 mai 1915.
Soutenu par les prêtres de Vische, Mgr Filipello entreprend alors des démarches à Rome par l'intermédiaire de sœur Marguerite Reynaud, pour que le couvent puisse continuer d'exister. Benoît XV donne son approbation, sous réserve de modification du nom du couvent, qui devient Visitation du Sacré-Cœur. L'institution solennelle est faite par Mgr Filipello le 30 juin 1916, et sœur Marguerite Reynaud en devient la supérieure sous le nom de Marguerite du Sacré-Cœur. Pour éviter tout conflit avec les autres couvents de la Visitation, la Sacrée Congrégation des religieux propose plusieurs modifications, qui amènent l'évêque d'Ivrea à produire un décret le 24 avril 1918 instituant la nouvelle famille religieuse : l'Institut de Béthanie du Sacré-Cœur est né.
Sur la base des Statuts et de l'Appel autrefois rédigés par Louise-Marguerite, le Père Charrier fait imprimer en 1918 un opuscule intitulé Appel aux prêtres : But, esprit et statuts de l'Alliance Sacerdotale universelle des Amis du Sacré-Cœur. Le 18 juin, Mgr Filipello érige canoniquement dans son diocèse l'Alliance Sacerdotale, et une Section sacerdotale diocésaine est créée à Ivrea le 12 septembre 1920. L'Œuvre de l'Amour infini, comprenant l'Alliance Sacerdotale, l'Institut de Béthanie et ses Fidèles Amies, pouvait se répandre dans le monde. L'Alliance Sacerdotale compte aujourd'hui plus de 3.000 associés.
Les vertus héroïques de Louise Marguerite Claret de la Touche ont été reconnues par décret de la Congrégation romaine pour les Causes des Saints en date du 26 juin 2006.

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Josefa Menéndez

Née à Madrid, le 4 février 1890
Morte à Poitiers, le 29 décembre 1923
Josefa Menéndez voit le jour au sein d'une famille chrétienne, et vit une enfance heureuse, entourée de trois sœurs plus jeunes qu'elle. Le R.P. Rubio, grand zélateur de la dévotion au Sacré-Cœur, reçoit ses premières confidences, et, frappé de ses aptitudes surnaturelles, l'initie à la vie intérieure. En février 1901, elle est admise chez les Réparatrices, pour y préparer sa première communion, qui a lieu le 19 mars suivant. Elle y fait le vœu d'être toute à Dieu. Après avoir étudié durant deux ans à l'Institut pour le développement des Arts de Madrid, où elle apprend la couture et la confection, elle est placée avec ses sœurs à l'école des Religieuses du Sacré-Cœur. En 1907 meurt à l'âge de douze ans l'une de ses jeunes sœurs, Carmen. Quelques jours après, sa grand-mère maternelle meurt à son tour, et la même année, ses parents tombent gravement malade. Josefa expérimente la souffrance et les privations. Elle subvient aux besoins de sa famille en travaillant comme couturière, rythmant ses journées par une pratique religieuse intense. Son père meurt en 1910, et sa sœur part l'année suivante pour le Noviciat de Chamartin, à Madrid. En février 1912, le R.P. Rubio guide Josefa vers les Réparatrices, où elle reste six mois. Mais sa mère la rappelant à la maison, elle obéit et se remet à la tâche. En 1917, elle demande son admission au Sacré-Cœur, où elle est acceptée, et obtient le consentement de sa mère. Mais devant le chagrin de celle-ci, Josefa recule, et abandonne son projet. Deux ans plus tard, elle renouvelle sa demande, mais cette fois elle essuie un refus. Elle supplie Jésus de la faire accepter au sein de la Société du Sacré-Cœur. Le 19 novembre, un courrier de Poitiers annonce que l'on y recherche de nouvelles vocations, pour le Noviciat qui vient d'y être fondé. Josefa s'offre à partir, avec le consentement de sa mère. Le 4 février 1920, elle quitte l'Espagne pour la France. "Ce n'est pas pour ce que tu es que je t'ai choisie, mais pour ce que tu n'es pas. J'ai trouvé ainsi où placer ma Puissance et mon Amour" lui dira le Christ. Elle arrive aux Feuillants, premier Noviciat de la Société du Sacré-Cœur fondée en 1800 par Madeleine Sophie Barat (1779-1865). Elle y expérimente douloureusement les assauts diaboliques, à plusieurs reprises, mais aussi les grâces du Cœur divin. A partir du mois de juin, elle est favorisée de visions et de locutions intérieures, qui deviennent quasi quotidiennes jusqu'en 1923. Le 16 juillet 1920, elle prend l'habit. « Et maintenant, Je vais commencer mon Œuvre » lui dit Jésus. Et comme elle lui demandera un jour « Seigneur, je ne comprends pas ce que c'est que cette Œuvre dont Vous me parlez toujours ? - Elle est d'Amour ! lui répondra Jésus. Je veux Me servir de toi pour faire connaître encore plus la Miséricorde et l'Amour de mon Cœur… Les paroles et les désirs que Je transmets par ton moyen, exciteront le zèle de beaucoup d'âmes et empêcheront la perte de beaucoup d'autres, et on connaîtra toujours davantage, que la Miséricorde de mon Cœur est inépuisable. » Elle devient ainsi une intermédiaire entre le Cœur de Jésus et les hommes, notant par obéissance la teneur de tous ses entretiens avec le Christ, témoin de son amour infini, mais aussi de ses douleurs et de sa Passion - dont il l'entretient au Carême 1923, et dont elle aura à souffrir les tourments - , de sa soif des âmes et de l'amour qu'il porte à chacune d'elles, témoin aussi de la haine de Satan, dont elle aura encore à subir les assauts. Le Seigneur lui redira à de nombreuses reprises la nécessité de la souffrance, sa valeur réparatrice, et son rôle rédempteur pour les âmes. En 1923, par deux fois, elle quittera les Feuillants : d'avril à juin pour le monastère de Marmoutier, près de Tour, et en octobre pour Rome, où elle se rend avec sa Supérieure. De retour à Poitiers, elle y meurt après d'intenses souffrances, le 29 décembre de cette année 1923.
Ses cahiers ont été rassemblés, et de larges extraits ont été publiés pour la première fois en 1938, sous le titre Un appel à l'Amour. Le cardinal Eugenio Pacelli, futur Pie XII, dans une Lettre-Préface, en recommande chaudement la lecture. Une seconde édition, beaucoup plus complète, a vu le jour en 1944, et n'a cessé d'être rééditée depuis.

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Ursule Ledochowska

Née à Loosdorf, en Autriche, le 17 avril 1865
Morte à Rome le 29 mai 1939
Marie-Thérèse et Ursule Ledochowska sont deux sœurs polonaises qui furent très dévouées au Sacré Cœur de Jésus. La première a été béatifiée en 1975, et la seconde béatifiée par Jean-Paul II le 20 juin 1983, et canonisée le 18 mai 2003.
Fille d’exilé polonais et de mère Suisse, Ursule - Julia au baptême - est née le 17 avril 1865 à Loosdorf près de Vienne, en Autriche. Très entourés par leurs parents, chrétiens de foi profonde, les sept enfants grandissent dans une atmosphère chaleureuse. En 1883, Ursule suit sa famille qui rentre en Pologne, et entre en 1885 à la cour de Toscane, à Salzbourg. « Petite dame, fragile, douloureuse, presqu'irréelle », polyglotte (elle parle neuf langues), elle rejoint en 1886 les Ursulines de Cracovie, dont la mission est l'éducation des jeunes filles. « Le pion est tombé là où il n'a pas voulu mais sans doute là où Dieu l'a voulu. Je n'ai pas choisi. Dieu a choisi... ». Pendant 21 ans elle enseigne et éduque les élèves. En 1904, elle est élue supérieure du couvent, et ouvre le 1° foyer universitaire. Beaucoup de jeunes filles russes viennent alors étudier dans sa maison, qui relève de l'autorité autrichienne. Elle écrit : « La révolution de 1905 en Russie a créé en moi le désir de pénétrer dans ce pays ». En 1907, reçue par Pie X, elle lui parle de ce rêve qu’il encourage : « Prenez des robes roses si vous voulez, mais allez en Russie ». De Saint-Pétersbourg, on demande les Ursulines de Cracovie pour l’école Sainte Catherine, et c'est Mère Ursule et quelques sœurs qui sont envoyées. Elle redevient alors la comtesse Ledochowska, car on ne veut pas de sœurs dans ce pays.
Durant l'été 1914, la guerre éclate et se généralise. En Russie, l’ordre d’expulsion des étrangers de pays ennemis la frappe, et le 31 août elle part vers la Suède, pays neutre, où elle espère garder le contact avec ses sœurs en Russie, avec Cracovie, avec Rome. Elle y restera 7 ans en exil.
« Je voudrais unir toutes ces âmes qui cherchent un travail pour Dieu, travail pédagogique, pour former une sorte de "cavalerie légère" qu'on pourrait envoyer partout. Les ordres enseignants travaillent seulement dans leur enceinte et malgré tout leur bon vouloir, ils manquent quelquefois de cette connaissance du monde, qu'il faudrait avoir, pour préparer pour la vie. On s'adresse à moi de différents côtés et on attend de moi de combiner quelque chose pour ces âmes, qui, ne cherchant pas l'habit et le cloître, cherchent le travail pour Dieu et pour les âmes. »
Après la guerre, la Pologne ayant recouvré son indépendance, elle y rentre avec les sœurs qui se sont jointes à elle. « Je ne veux pas d'une nouvelle congrégation, je veux rester Ursuline, mais simplifier nos coutumes selon nos besoins. » Les Ursulines de Cracovie, attachées à leurs traditions, refusent de recevoir ces "nouvelles" sœurs. Grâce à son frère jésuite (voir ci-dessous), Ursule obtient la reconnaissance de la famille religieuse qu'elle a fondée : les "Ursulines grises" dites du Sacré Cœur de Jésus agonisant, oeuvrant pour l'éducation de la jeunesse. De 1920 à 1939, elle ouvrira 35 maisons en Pologne, en Italie et en France (à Paray-le-Monial de 1967 à 1975).
Mère Ursule meurt à Rome le 29 mai 1939.
« Notre adoration doit conduire nos cœurs aux pieds de Jésus afin que là, contemplant les trois heures d'agonie, nous apprenions à comprendre l'immensité de son amour pour nous et à lui rendre amour pour amour.
Que notre vie soit un acte constant d'adoration et d'amour envers le très doux Cœur de Jésus broyé de tristesse, d'angoisse, de dégoût. Restons auprès de Lui sans nous en éloigner. Si nous souffrons, posons notre tête sur le divin Cœur, comme le fit Saint Jean l'apôtre bien-aimé, nous trouverons auprès de Lui la consolation et la vie. Il est notre refuge, notre recours, une source toujours ouverte de grâce et d'amour. »
(Ste Ursule - in Le Sacré-Cœur, Paray-le-Monial, n°3 - 1989).
A noter que son frère Vladimir, supérieur général de la Cie de Jésus, s'investit également beaucoup dans la propagation de la dévotion au Cœur de Jésus, et dans l'Apostolat de la Prière en Pologne.
« Au cours de toute sa vie, sainte Urszula Ledochowska garda, avec fidélité et amour, le regard fixé sur le visage du Christ, son Epoux. Elle s'unissait de façon particulière au Christ agonisant sur la Croix. Cette union la comblait d'un zèle extraordinaire dans l'œuvre d'annoncer, à travers les paroles et les œuvres, la Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu. Elle l'apportait avant tout aux enfants et aux jeunes, mais également à tous ceux qui se trouvaient dans le besoin, aux pauvres, aux laissés-pour-compte, aux personnes seules. Elle s'adressait à tous avec le langage de l'amour concrétisé dans les œuvres. Portant le message de l'amour de Dieu, elle traversa la Russie, les Pays scandinaves, la France et l'Italie. En son temps, elle fut une apôtre de la nouvelle évangélisation, donnant la preuve à travers sa vie et son activité d'une constante actualité, créativité et efficacité de l'amour évangélique.
Elle aussi puisait à l'amour pour l'Eucharistie l'inspiration et la force pour la grande œuvre de l'apostolat. Elle écrivait : Je dois aimer mon prochain comme Jésus m'a aimée. Prenez et mangez... Mangez mes forces, elles sont à votre disposition (...). Prenez et mangez mes capacités, mon talent (...), mon cœur, afin qu'avec son amour, il réchauffe et illumine votre vie (...). Prenez et mangez mon temps, qu'il soit à votre disposition. (...) je suis vôtre comme Jésus-Hostie est à moi". Dans ces paroles, n'entend-on pas retentir l'écho du don avec lequel le Christ, au Cénacle, s'offrit lui-même aux disciples de chaque époque ?
En fondant la Congrégation des Soeurs Ursulines du Sacré-Coeur de Jésus agonisant, elle lui transmit cet esprit. "Le Très Saint Sacrement - écrivit-elle - est le soleil de notre vie, notre trésor, notre bonheur, notre tout sur la terre. (...) Aimez Jésus dans le tabernacle ! Que votre cœur y demeure pour toujours, même si matériellement vous êtes au travail. C'est là qu'est Jésus, que nous devons aimer ardemment, de tout notre cœur. Et si nous ne savons pas l'aimer, nous désirons au moins l'aimer - l'aimer toujours davantage".
A la lumière de cet amour eucharistique, sainte Urszula savait percevoir en chaque circonstance un signe des temps, pour servir Dieu et ses frères. Elle savait que pour celui qui croit, chaque événement, même le plus petit, devient une occasion pour réaliser les desseins de Dieu. Ce qui était ordinaire, elle le faisait devenir extraordinaire ; ce qui était quotidien, elle le transformait pour qu'il devienne éternel ; ce qui était banal, elle le rendait saint.
Si sainte Urszula devient aujourd'hui un exemple de sainteté pour tous les croyants, c'est afin que son charisme puisse être accueilli par celui qui, au nom de l'amour du Christ et de l'Eglise, désire témoigner de façon efficace de l'Evangile dans le monde d'aujourd'hui. Nous pouvons tous apprendre d'elle comment édifier, avec le Christ, un monde plus humain - un monde dans lequel seront réalisées toujours plus pleinement les valeurs comme la justice, la liberté, la solidarité et la paix. Elle peut nous apprendre comment mettre en pratique chaque jour le commandement "nouveau" de l'amour. »
Jean-Paul II, extrait de l'homélie de canonisation d'Ursule Ledochowska, 18 mai 2003.

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Hélène Kowalska, en religion Sœur Faustine

Née à Glogow, district de Swinica en Pologne, le 25 août 1905
Morte à Cracovie, en Pologne, le 5 octobre 1938
Les parents d'Hélène, Stanislas Kowalski et Marie-Anne Kowalska, sont d'humbles paysans polonais, qui vivent à l'ouest de Varsovie. Famille pauvre, très pieuse, où en plus du travail de la ferme, le père œuvre comme charpentier dans la commune. Hélène est la troisième des dix enfants qui naîtront dans cette famille. "L'appel définitif me vint à l'âge de sept ans. C'est alors que, pour la première fois, j'entendis distinctement la voix de Dieu dans mon âme, m'invitant à la vie parfaite" notera-t-elle plus tard dans son journal. Après deux ans et demi d'études à l'école, elle revient aider ses parents à la ferme, prêchant aux enfants qui l'accompagnent la vie érémitique. Elle fait sa première communion à neuf ans. En 1921, elle est une première fois employée pour aider ses parents à Aleksandrow près de Lodz, où elle ne reste qu'un an. A son retour, elle dit à sa mère : "Maman, je dois entrer au couvent", et essuie un premier refus, faute de l'argent nécessaire à la confection du trousseau requis à cette époque pour entrer au monastère. A l'automne 1922, elle retourne travailler, cette fois à Lodz, et attend ses dix-huit ans pour renouveler sa demande. Mais c'est un nouveau refus. C'est alors que le 1° août 1923, alors qu'elle s'est rendue au bal avec sa sœur, Jésus lui apparaît, couvert de ses blessures. "Jusqu'à quand me feras-tu attendre" entend-elle. Elle rejoint aussitôt la cathédrale, et guidée par la voix qui parle à son âme, fais ses adieux à sa sœur, rejoint Varsovie où elle rencontre le chanoine Dabrowski, curé de l'église Saint-Jacques. Elle se confie à lui, qui la place chez une mère de famille de la ville, dans l'attente d'une solution pour qu'elle puisse entrer en religion. Hélène commence alors une longue tournée des monastères des environs, et au printemps 1924 elle est reçue par la Mère Michaela Moraczewska, au couvent de Varsovie. Celle-ci lui demande de venir porter régulièrement au couvent les économies qu'elle aura gagné sur son travail, de façon à se constituer le trousseau de sœur converse, que le monastère, de faibles ressources, ne peut lui fournir. Quelques mois plus tard, le 1° août 1924, elle entre dans ce couvent de la Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde, où elle sera employée tour à tour aux fonctions de cuisinière et de jardinière. Elle y prend l'habit religieux le 30 avril 1926, en même temps que le nom de Sœur Marie-Faustine.
Elle traverse alors une période de sécheresse spirituelle. "Mon esprit devint opaque, les vérités de la foi me semblaient absurdes. Lorsqu'on me parlait de Dieu, mon cœur était comme une pierre. Mon cœur était incapable du moindre acte d'amour !" écrira-t-elle dans son journal. C'est dans la traversée de cette nuit mystique qu'elle prononce ses vœux le 30 avril 1928. Enfin, après deux années et demi de noir absolu, Jésus lui apparaît et l'inonde de lumière : "Depuis ce temps, mon âme converse avec Dieu comme un enfant avec son père". A la fin de l'année 1930, elle est envoyée au monastère de Plock.
Le 22 février 1931, elle reçoit la vision de Jésus Miséricordieux, qui lui demande la réalisation d'une icône le représentant tel qu'il lui est apparu, ainsi que nous l'avons rapporté dans la chronologie. Cette apparition change le cours de son existence, elle devient dès lors le porte-parole de la Miséricorde divine. Entre cette apparition et la réalisation du tableau, il s'écoulera plus de trois années, au cours desquelles elle sera employée aux travaux de cuisinière, et de vendeuse à la boulangerie du monastère. Vivant dans l'intimité de la présence du Christ, gratifiée de visions prophétiques qui la bouleversent (dès 1929, elle voit Varsovie en flammes), participante des souffrances de la Passion ("Cette souffrance enflamme mon cœur d'un grand amour pour Dieu et les âmes immortelles"), elle se plie dans la joie à toute obéissance : "O Eglise de Dieu, tu es la plus tendre des mères ! Toi seule tu sais former et donner croissance aux âmes ! Oh, qu'il est grand, mon amour, mon respect pour l'Eglise, ma Mère bien-aimée !". En avril 1933, elle se rend à Walendow pour sa retraite de trois jours, et s'y confesse au Père Elter (†1955), qui la rassure définitivement sur les grâces dont elle est l'objet. Après sa troisième probation, qui débute le 21 avril, elle est admise à prononcer ses vœux perpétuels à Jozefow le 1° mai 1933. Le 27 mai, elle rejoint le monastère de Wilno.
C'est au cours de l'été 1933 qu'elle rencontre l'Abbé Michal Sopocko (1888-1975), confesseur de la communauté. Après l'avoir mise à l'épreuve, celui-ci contacte un peintre de la ville du nom de Kazmierowski, à charge pour lui de peindre l'icône tant attendue, selon les indications de Sœur Faustine. Celle-ci le rejoint dans son atelier deux fois par semaine pour guider son travail, et en juin ou juillet 1934, le tableau est terminé. "Lorsqu'un jour je m'aperçus chez ce peintre que le tableau n'était pas aussi beau que Jésus, j'en devins toute triste. Cependant, je n'en dis rien. En rentrant, … j'allais à la chapelle et là je me suis mise à pleurer à chaudes larmes. Je dis au Seigneur : « Qui te peindra aussi beau que tu l'es ? » Soudain j'entendis ces paroles : « La vertu de cette icône n'est ni dans les couleurs, ni dans le pinceau, mais uniquement dans ma grâce »."
Entre-temps, le Jeudi Saint 1934, elle s'est consacrée à Dieu pour le salut des pécheurs. "Face au ciel et à la terre, face à tous les chœurs angéliques et Puissances célestes, face à la très Sainte Vierge, je déclare aujourd'hui à Dieu, Un dans la Sainte Trinité, qu'en union avec Jésus-Christ, Rédempteur des âmes, je me consacre de plein gré pour la conversion des pécheurs, ceux-là surtout qui ont perdu toute espérance en la divine Miséricorde. Cette consécration consiste en ceci que j'accepte avec un entier abandon au bon plaisir de Dieu tous les tourments, angoisses et souffrances dont sont abreuvés les pécheurs, et qu'en échange je leur cède toutes les consolations qui découlent de mon union à Dieu. En un mot j'offre pour eux toutes mes messes, toutes mes communions, toutes mes pénitences et toutes mes mortifications, ainsi que toutes mes prières…" Dès cet instant, elle éprouve les doutes, les angoisses et le désespoir des pécheurs, tandis que les attaques des démons se multiplient, Satan venant la harceler à de multiples reprises dans sa cellule. Elle n'en poursuit pas moins son travail au jardin de la communauté de Wilno, et commence sur ordre de son confesseur à rédiger son Journal. L'icône est exposée dans un premier temps dans un couloir du couvent des Bernardines attenant à l'église de Wilno. Mais au cours de la semaine sainte 1935, Sœur Faustine demande à l'Abbé Sopocko que l'icône soit placée au sanctuaire d'Ostra Brama en fin de semaine suivante, juste avant le premier dimanche après Pâques, comme cela lui a été demandé par le Seigneur. Il en sera fait ainsi. La vie de la sœur se poursuit au couvent, ponctuée des assauts des démons, des visions célestes, et de ces souffrances incessantes qu'elle offre pour le salut des âmes.
En mai 1935, elle confie à l'Abbé Sopocko que Dieu lui a demandé de fonder une nouvelle Congrégation. Cet appel est répété à la Pentecôte, puis le 30 juin : "J'exige que cette congrégation soit fondée au plus vite, tu y vivras avec tes compagnes, mon Esprit sera votre règle, votre vie prendra la mienne pour modèle, depuis la crèche jusqu'à la croix. Entre dans mes mystères : ils te feront connaître l'abîme de ma Miséricorde et mon insondable bonté. Je veux que tu la communiques au monde ! Par la prière, vous servirez de trait d'union entre le ciel et la terre". En même temps, un rayon de la lumière divine lui transperce le cœur. De nouvelles grâces lui seront données à chaque fête du calendrier liturgique. A la demande la Mère Borgia, elle commence à rédiger la règle et les constitutions du nouvel Institut, sous la dictée du Seigneur. Ces textes sont confiés à l'Abbé Sopocko qui, tout comme l'archevêque de Wilno contacté à ce sujet, temporise. Le 18 mars 1936, Sœur Faustine est transférée de Wilno à Cracovie.
Elle y est de nouveau chargée du jardin, et ses sœurs remarquent les faiblesses de sa santé. Le 19 septembre, le médecin qu'elle consulte ne cache pas son inquiétude. Une première attaque sérieuse l'alerte le 3 octobre 1936, mais elle avance toujours, abandonnée à Dieu. "Par cette maladie, je veux rendre gloire à Dieu. Je suivrai la vie commune autant que me le permettront mes forces. Pour toute souffrance ou contrariété je rendrai grâces de tout mon cœur". Le 9 décembre, elle est envoyée au sanatorium de Prondnik, où elle reste trois mois, jusqu'au 27 mars 1937. La tuberculose ne cesse de gagner du terrain, multipliant ses souffrances, qu'elle ne cesse d'offrir pour le salut des pécheurs.
"Je me sens comptable de toutes les âmes, je sens bien que je ne vis pas pour moi seule, mais pour toute l'Eglise !". Une dernière grâce l'attend encore, celle de son mariage mystique : "Je veux t'épouser" a-t-elle entendu alors qu'elle était abîmée dans la contemplation de la Sainte Trinité. Ses visions plongent dès lors dans les mystères de la foi. L'approche d'une âme pécheresse lui fait ressentir les douleurs de la Passion. "Seigneur Jésus, qu'il serait dur de souffrir sans toi ! Cloué à la croix, tu es ma force. De ta mort, une source de vie a jailli, la Miséricorde s'est répandue sur le monde". Le 6 septembre, elle est transférée à la porterie, isolée de la communauté par crainte de la contagion. Elle s'y livre toute entière aux grâces reçues, dans les douleurs incessantes qui l'accompagnent au quotidien. Le 20 avril 1938, elle rejoint pour la deuxième fois le sana de Prondnik, où elle reste jusqu'au 17 septembre, date à laquelle elle demande à revenir à Cracovie. Elle reçoit de nouvelles visions prophétiques sur la guerre qui ravagera l'Europe. Après avoir demandé pardon à toute la communauté, elle se confesse une dernière fois le 5 octobre, au comble de la souffrance, et meurt dans la soirée, après avoir refusé une dernière piqûre anesthésiante.
C'est à Wilno, le 10 novembre 1944, que l'Abbé Sopocko recevra les six premières candidates de la nouvelle congrégation qui avait été demandée à Sœur Faustine, la Congrégation de la divine Miséricorde, dont la première maison sera fondée à Mysliborz en Pologne.
Notons pour terminer cette prière qui fut inspirée à Sœur Faustine le 13 septembre 1936, ce "chapelet de la Miséricorde" auquel le Seigneur a attaché de grands privilèges, en particulier pour les agonisants : "Père éternel, je t'offre le corps et le sang, l'âme et la divinité de ton Fils bien-aimé Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour nos péchés et ceux du monde entier. Par sa douloureuse Passion, aie pitié de nous". Sœur Faustine, béatifiée le 18 avril 1993, a été canonisée le 30 avril 2000 par Jean-Paul II.
Une association, l'Apostolat de la Miséricorde divine, se charge de propager le message reçu par sœur Faustine : 25 rue Surcouf, 75007 Paris.

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Edouard Maxime Mateo Crawley-Boevey

Né à Tingo, près d'Arequipa, au Pérou, le 18 novembre 1875
Mort à Valparaiso, au Chili, le 4 mai 1960
En avril 1877, alors que ses parents quittent son pays natal pour l'Angleterre - dont son père est originaire, le jeune Edouard, à la santé fragile, ne peut embarquer, et est confié à la garde de sa tante et de son grand-père. Celui-ci, profondément religieux, laissera une impression durable sur le jeune enfant. Il a huit ans lorsque ses parents rentrent de Londres. En 1884, ils quittent ensemble le Pérou, pour s'installer à Valparaiso, au Chili. Il y transforme sa chambre en oratoire, et entreprend d'évangéliser ses sœurs et les servantes, par des sermons quotidiens. A sa demande, l'une d'elle lui procure une planche qu'il glisse sous son lit pour faire pénitence. En mars 1886, il rentre au collège des Sacrés-Cœurs, où sa conduite et sa piété sont regardées comme exemplaires. Il demande à s'inscrire comme enfant de chœur. A douze ans, il prêche au sein d'une famille amie le mois de Marie et le mois du Sacré-Cœur. C'est au cours de l'une de ces journées qu'il est prend l'initiative de baptiser, en l'absence de prêtre, l'un des occupants de la maison, mourant, qui demande le sacrement. En 1889, il est admis, avec l'appui du Père Donat, directeur de l'Association Extérieure des Sacrés-Cœurs, au sein de ce Tiers Ordre de la Congrégation. Au mois d'avril, à la mort du Père Damien, missionnaire belge aux îles Hawaii, il décide qu'il sera missionnaire.
En octobre 1889, il demande à sa mère de le laisser entrer au couvent pour ses quinze ans, et obtient son consentement. Il entre donc au Noviciat en janvier 1891. Le 2 février, il prend l'habit sous le nom de frère Joseph-Stanislas. D'abord à Santiago, puis à Los Perales, il suit les cours avec assiduité, et fait profession perpétuelle le 11 septembre 1892, dans l'église des Sacrés-Cœurs de Valparaiso. Il commence aussitôt son scolasticat, et abandonne le nom de Stanislas pour celui de Mathieu, Mateo en espagnol. Le séminaire transféré de Los Perales à Valparaiso, le jeune Mateo est nommé professeur d'anglais, puis chargé du catéchisme dans l'école enfantine. C'est dans ce séminaire qu'il découvre un jour le tableau du peintre équatorien Salguero, tableau commandé par Gabriel García Moreno (1821-1875) pour la consécration solennelle de son pays au Sacré-Cœur en 1873. Après son assassinat, le tableau a été confié aux prêtres du Sacré-Cœur. Il en fera comme l'étendard de l'Intronisation. Le 2 avril 1897, il reçoit le diaconat, et est ordonné prêtre le 17 décembre 1898 à la cathédrale de Santiago.
Le 22 novembre 1899, il est nommé directeur du Centre Social de Valparaiso. Il y crée des Académies, et lance des patronages, des cours du soir, un bureau de placement, des conférences St. Vincent de Paul. Grâce à l'appui financier de Mme Ross de Edwards, il fait construire les bâtiments des Cours des Lois, où il est enseigné le Droit, première partie de son projet d'Université Catholique, incluant une Faculté de Droit. Il y assume la charge de recteur et y enseigne le droit naturel. Suite au tremblement de terre du 16 août 1906 qui ravage le Chili, et donc les bâtiments qu'il vient d'élever (en épargnant le tableau du Sacré-Cœur), il devient l'animateur des centres de secours. En février 1907, constatant son état d'épuisement, le Père Auguste, provincial, l'envoie en Europe se faire soigner. Rome et Paray-le-Monial seront deux étapes essentielles de ce voyage. C'est à Paray que le 24 août, guéri alors qu'il est en prière, il conçoit l'Intronisation du Sacré-Cœur dans les familles ; il s'agit de conquérir les familles une par une en introduisant le Sacré-Cœur en chacune d'elles, et en leur apprenant à vivre en communion avec le Christ : "Prosterné dans le sanctuaire, absorbé dans l'action de grâce, je compris ce que voulait de moi Notre Seigneur. Je conçus ce soir-là le plan de reconquérir le monde, foyer par foyer, famille par famille, à l'amour du Cœur de Jésus". Pie X approuve et encourage son projet. De retour à Valparaiso en 1908, il inaugure l'Heure Sainte, heure d'adoration mensuelle et privée devant le Sacré-Cœur. Il fonde le secrétariat de l'Intronisation, et publie une petite brochure, intitulée Consécration solennelle, destinée à la faire connaître. Le mouvement prend rapidement de l'ampleur. En 1911, il estime à 120.000 le nombre d'Intronisation effectuées. Ce chiffre sera porté à 400.000 en 1913.
Pour pouvoir mieux étendre ce mouvement à l'Europe, il demande l'approbation de Rome, et une bénédiction spéciale sur ce nouvel apostolat des prêtres. Sa demande est exaucée le 10 mars 1911. Le 19 décembre 1913, il entame sa première tournée européenne. Dans les vingt années qui vont suivre, après avoir parcouru l'Uruguay (1913) et l'Argentine (1914), il se rend en France (1914, 1915 - il prêche à Montmartre -, 1916, 1921, 1922, 1926 et 1931), en Espagne (1914, 1917, 1919 - à l'occasion de la bénédiction solennelle de la statue du Sacré-Cœur d'El Cerro de los Angeles -, 1920 et 1925), en Italie (1915, 1916, 1922, 1923, 1924, 1928 et 1932), en Hollande (1916 et 1920), en Suisse (1916, 1923 et 1930), en Belgique (1919/20 - où il rencontre le roi Albert 1°, en audience privée - et 1921), au Luxembourg (1920), en Angleterre (1920 et 1923), et au Portugal (1927 et 1931). En 1914, le nombre d'Intronisations a atteint le million. En 1919, l'œuvre de l'Intronisation est implantée en 14 pays d'Europe, 19 d'Amérique, 6 d'Asie, 15 d'Afrique, et 7 d'Océanie. En mars 1927, il propose l'Adoration nocturne au foyer, d'abord une nuit par mois, puis toutes les nuits du mois. Les adhésions affluent par milliers : à sa mort, elle atteindront le million. En 1928, il crée les Ligues auxiliaires de l'Intronisation : Messe quotidienne, Communion perpétuelle, et Apostolat des Communautés religieuses pour le règne social et familial du Sacré-Cœur.
Le Père Mateo est reçu à plusieurs reprises au Vatican : par Pie X, nous l'avons vu, en 1907, mais aussi par Benoît XV, le 6 avril 1915 et le 27 mai 1916, et par Pie XI les 17 et 21 mai 1922, le 21 juin 1924, les 27 juin et 28 juillet 1930, et le 19 octobre 1934. C'est au cours de cette dernière audience qu'il reçoit la bénédiction apostolique du Saint-Père pour partir en mission dans le reste du monde. Entre 1935 et 1940, il se rend ainsi au Japon, en Corée, en Mandchourie, à Hong-Kong, aux Philippines, à Macao, en Chine, en Indochine, à Hawaii, en Malaisie, en Indonésie, à Ceylan, aux Indes anglaises et portugaises. Le 24 octobre 1940, il arrive à San Francisco, aux Etats-Unis. Il parcoure le pays jusqu'en 1944, et se rend dans la foulée au Canada.
En décembre 1946, il doit être hospitalisé à Montréal. Diabétique, fatigué et de plus en plus souffrant, il est transféré l'année suivante à l'hôpital Saint-Joseph de Trois-Rivières. Il y subit une violente crise cardiaque le soir du jeudi saint 1949. Les crises sont si fortes qu'en janvier 1950 il demande et reçoit l'Extrême-Onction. En novembre 1951, il est transféré à l'hôpital Notre-Dame de la Merci à Montréal. En février 1956, il retourne à Valparaiso, au collège des Sacrés-Cœurs, où il prêche une dernière fois, pour le cinquantenaire de l'œuvre, en août 1957. Sa santé décline, une leucémie apparaît, la gangrène se déclare au pied gauche. Il est opéré en janvier 1960, mais seules les transfusions le maintiennent en vie. Il meurt le 4 mai 1960.
Ses prédications ont été publiées en 1920 par les Visitandines de Lyon, sous le titre Vers le Roi d'Amour. Le Père Mateo a corrigé et complété ce premier recueil, qui a reparu en 1927 sous le titre Jésus, Roi d'Amour. On connaît également de lui sa Retraite sacerdotale (1936) ainsi que des Méditations sur le Rosaire (1950).

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Pierre Teilhard de Chardin

Né au Château de Sarcenat, près de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, le 1° mai 1881
Mort à New-York, le 10 avril 1955
Jésuite, paléontologiste et philosophe.
Marie-Joseph Pierre Teilhard de Chardin est le quatrième enfant d'une famille dont le père, grand admirateur de la nature et collectionneur de pierres, de plantes et d'insectes, l'éveille de bonne heure à l'étude de la nature. En 1892, il rejoint le collège de Mongré à Villefranche-sur-Saône, tenu par les religieux de la Compagnie de Jésus, où il poursuit ses études jusqu'au baccalauréat de philosophie et de mathématiques. En 1899, il rejoint le noviciat d'Aix-en-Provence. Deux ans plus tard, les lois antireligieuses votées en France forcent les communautés Jésuites à l'exil. C'est ainsi qu'il poursuit sa formation à Jersey, et passe sa licence de lettres à Caen en 1902. En 1905, il part pour le Caire, où il enseigne les sciences physiques et la chimie au collège Jésuite de la ville. Puis en 1908, c'est au collège de Hastings en Angleterre qu'il poursuit ses études de théologie, avant d'être ordonné prêtre le 24 août 1911. De retour à Paris l'année suivante, il travaille alors au Muséum d'Histoire Naturelle, où il étudie en section de paléontologie les mammifères du tertiaire en Europe. Il fait à cette époque la connaissance de Marcellin Boule (1861-1942), futur directeur de l'Institut de paléontologie humaine de Paris (1920). Il se lie également d'amitié avec l'Abbé Henri Breuil (1877-1961), préhistorien français spécialiste du paléolithique, qui sera le premier à pénétrer dans la grotte de Lascaux en 1940. Ces rencontres l'amènent à orienter ses recherches vers la paléontologie humaine. A la déclaration de guerre en 1914, il est mobilisé, et engagé comme brancardier dans le 8° régiment de marche de tirailleurs marocains. En 1916, alors qu'il s'est réfugié dans une chapelle entre deux attaques sur le front de Verdun, il contemple "au milieu de la poitrine du Sauveur" "une mystérieuse tache pourpre et or", celle du Cœur divin, "foyer ardent" qui embrase le Monde. Les lettres qu'il adresse à cette époque à sa cousine Marguerite Teilhard-Chambon seront réunies par cette dernière dans Genèse d'une pensée, recueil publié en 1961 où l'on trouve de nombreuses références au Sacré-Cœur. Lui-même écrit en cette année 1916 son premier essai, La Vie cosmique. C'est au cours d'une permission, le 26 mai 1918, qu'il prononce ses vœux solennels à Sainte-Foy-lès-Lyon. La guerre finie, il retourne à Jersey et y rédige la Puissance spirituelle de la Matière (1919). Après avoir passé à la Sorbonne ses trois certificats en sciences naturelles (géologie, botanique et zoologie), il est nommé en 1920 maître de conférences en géologie à l'Institut Catholique de Paris, et soutient sa thèse de paléontologie sous la direction de Marcellin Boule deux années plus tard (Les mammifères de l'Eocène inférieur en France), ce qui lui vaut d'être reçu Docteur ès sciences. Déjà s'affirme dans ses premiers écrits l'accord possible de la science et de la foi. En 1923 il découvre pour la première fois la Chine, rencontrant à cette occasion le Père Emile Licent, responsable d'un laboratoire à Tien Tsin qui collabore avec le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. De cette époque date l'écriture de La Messe sur le Monde. De retour en France, il reprend ses conférences à l'Institut Catholique. Mais un texte écrit sur le "péché originel" lui vaut d'être écarté de sa chaire, et nommé en Chine. Nous sommes alors en 1926.
Pierre Teilhard de Chardin restera en Chine vingt ans, exil entrecoupé de nombreux voyages : un séjour en Ethiopie en 1928, puis en France et aux Etats-Unis en 1930-31, l'accompagnement de la Croisière Jaune Haardt-Citroën en 1931-32, un retour de quatre mois en France en 1932-33, une participation à une expédition anglaise en Inde en 1935, un séjour à Java en 1936, puis de nouveau aux Etats-Unis en 1937 où il reçoit la médaille Mendel, en Birmanie en 1937-38, et en France en 1938-39. En 1939, il reste immobilisé à Pékin du fait de la guerre, et ne rentrera en France qu'en mai 1946, pour cinq ans. Cette longue période de voyages et d'explorations sera aussi fructueuse pour ses recherches scientifiques que pour ses travaux écrits : de 1929 à 31 les fouilles de Zhoukoudian autour de la découverte du sinanthrope lui permettent de situer "l'homme de Pékin" à l'âge de la pierre taillée, de 1926 à 35 ses expéditions géologiques en Chine l'amènent à établir la première carte géologique générale du pays, en 1940 il fonde avec Pierre Leroy l'Institut de géobiologie de Pékin, et lance en 1943 la revue Geobiologia, etc.. Il rédige par ailleurs L'Esprit de la Terre (1931), Le Phénomène spirituel et L'Energie humaine (1937), et surtout Le Phénomène humain, commencé en 1929 et achevé au début des années 40.
De retour en France en 1946, il rencontre le biologiste Julian Huxley (1887-1975), frère du romancier, avec lequel il se lie d'amitié (Julian Huxley deviendra le premier directeur de l'UNESCO en 1947). Il travaille alors sur la théorie, et l'anthropogenèse (étude de l'apparition et du développement de l'espèce humaine). En 1947 il reçoit la légion d'honneur, promu au grade d'officier au titre des Affaires étrangères, reconnu officiellement "dans les domaines de la géologie et de la paléontologie comme une gloire de la science française". Mais sa vision d'une spiritualisation progressive de la matière, tout autant que du Christ cosmique, lui valent des mises en garde de l'Eglise qui ne l'autorise à publier que ses seuls travaux scientifiques. Interdiction lui est faite de publier le Phénomène humain, qui ne paraîtra donc qu'après sa mort, en 1955, de même que Le Milieu divin (rédigé en 1927), publié en 1957. Il est admis à l'Académie des Sciences en 1950, et achève Ce que je crois et Le Cœur de la Matière, véritable autobiographie.
En 1951, après un premier voyage en Afrique australe effectué à la demande de la Wenner-Gren Foundation sur les sites des gisements d'australopithèques, il s'installe à New-York, où il résidera jusqu'à sa mort quatre ans plus tard. De ses participations aux fouilles en Afrique australe où il se rend à nouveau en 1953, il émet l'hypothèse d'une origine africaine de l'homme (Homo sapiens). De retour à New-York, il rédige son dernier livre, le Christique, et meurt le jour de Pâques, le 10 avril 1955.
Initié par sa mère au culte du Sacré-Cœur, et s'appuyant sur les lettres de saint Paul, il inscrivit cette dévotion dans une perspective cosmique : le Christ et Son Cœur sont, à ses yeux, le centre vers lequel l'univers converge. On trouve de nombreuses références au Cœur de Jésus dans ses Lettres, où il écrit : "Le Sacré-Cœur est par-dessus tout le Maître de la vie intérieure". On lui doit bien d'autres ouvrages que ceux signalés ci-dessus, et parmi ceux-ci L'apparition de l'Homme, la Place de l'Homme dans la Nature (1949), La Vision du passé, Science et Christ, Hymne de l'Univers (1961), de nombreux Cahiers, etc..

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Claire Ferchaud, en religion Sœur Claire de Jésus crucifié

Née le 5 mai 1896
Morte à Loublande, le 29 janvier 1972
Alors qu'elle a tout juste 20 ans, elle voit et entend le Christ, qui lui apparaît "le Cœur broyé" par le péché des hommes. Elle s'en confie au pasteur de Loublande, l'Abbé Audebert. Puis le Christ lui confie une mission : contacter le président Poincaré en vue de sa conversion, et de l'apposition du Sacré-Cœur sur les drapeaux français, dont dépendra la victoire définitive des armées du pays. Elle lui écrit en ce sens, et sa lettre est remise au Président Poincaré le 16 janvier 1917. Celui-ci reçoit Claire Ferchaud à l'Elysée le 21 mars suivant. Il semble acquiescer à ses propositions, mais n'en fait rien. Claire Ferchaud lui envoie donc un second courrier le 1° mai, qui restera lui aussi sans effet. Le 7 mai, elle adresse alors une lettre d'avertissement à 14 généraux d'armées, demandant "que l'image du Sacré-Cœur, signe d'espérance et de salut, brille officiellement sur nos couleurs nationales". Le Sacré-Cœur sera invoqué durant ce conflit par des millions de fidèles, mais ne sera jamais placé sur les étendards… Et la paix signé en 1918, comme l'avait annoncé Claire Ferchaud, ne sera pas "définitive". En 1918, elle instaure la Messe perpétuelle, approuvée par Mgr Humbrecht, évêque de Poitiers, le 11 juin. Elle se retire ensuite dans la maison du Sacré-Cœur, à Loublande, où elle restera jusqu'à sa mort sous le nom de sœur Claire de Jésus crucifié. Elle y fonde une petite communauté de religieuses laïques, en réparation des injures faites au Sacré-Cœur, réparatrices expiatrices "en substitution au refus opposé par la France de reconnaître officiellement Dieu pour maître". Benoît XV dit un jour à ce propos à Mgr Rumeau : "Dites leur que je veux qu'elles restent ensemble". La communauté recevra également la bénédiction de Pie XII. L'image du "Cœur Sacré de Jésus broyé à cause de nos péchés", peinte sous la dictée de Claire Ferchaud - et dont une reproduction en tableau est exposée dans la chapelle de la maison du Sacré-Cœur de Loublande - est encore diffusée aujourd'hui.

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Jean XXIII

Né à Sotto il Monte, le 25 novembre 1881
Mort à Rome, le 3 juin 1963
Angelo Roncalli est né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte, près de Bergame en Italie ; il est le troisième des treize enfants d'une famille de milieu modeste. Il entre au séminaire à l'âge de douze ans, où il suit le cursus ecclésiastique classique. En 1904, après avoir effectué son service militaire et obtenu son doctorat en théologie, il est ordonné prêtre. Peu après, il est nommé secrétaire de Mgr Radini-Tedeschi, nouvel évêque de Bergame. Il reste à son service jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. A la mort de ce dernier, il écrit la biographie de ce grand maître si attachant pour lui, et est nommé professeur d’histoire de l’Eglise au Séminaire de Bergame. En 1914, alors que la guerre menace l’Italie, Angelo doit retourner à son poste de sergent, et en 1915, il est incorporé dans le service de santé des armées, avant de devenir aumônier militaire. Après la guerre, il revient à Bergame, où il est nommé directeur spirituel du Séminaire.
En 1921, il entre dans la Curie romaine, et est chargé de réorganiser l'Œuvre Pontificale de la Propagation de la Foi (plus connue sous le nom de Propaganda Fide). En 1925, Pie XII le promeut évêque et l'envoie en Bulgarie, terre orthodoxe, en tant que visiteur, puis délégué apostolique.
« Comme elle me plaît, la pensée de saint Augustin qui appelle le Cœur de Jésus "la porte de la vie" ! On trouve parfois que dans le développement de la dévotion au Sacré-Cœur, au cours de ces dernières années, on atteint aux limites de l'exagération. Mais si le Cœur de Jésus est vraiment la porte, il n'y a rien de trop ou d'exagéré. Il faut passer par là à tout prix pour entrer et pour sortir. Et moi, je veux passer par là. […] Ces temps derniers, je me suis mis spontanément aux pratiques de la dévotion aux saintes plaies de Jésus crucifié. Elles sont le complément de la dévotion au Sacré-Cœur. Je m'y appliquerai toujours mieux. » (Journal de l'âme, retraite sur le Bosphore, juin 1931)
En 1934, il est transféré en Turquie avec le statut de Délégué de Turquie et de Grèce. Ce poste lui permettra de sauver, pendant l'occupation, des victimes du nazisme. En 1945, il succède comme Nonce apostolique de Paris à Mgr Valeri, compromis avec le régime de Vichy, avant d'être le premier observateur du Saint-Siège à l’Unesco.
En 1953, sa carrière diplomatique s'achève, et il retourne à sa première vocation pastorale : il est nommé patriarche de Venise, puis cardinal.
Le 25 octobre 1958 s'ouvre le conclave suivant la mort de Pie XII. Après le long règne de celui-ci, les cardinaux souhaiteraient un pape de transition. Après dix tours de scrutin infructueux, Angelo Roncalli est élu le 28 octobre 1958, et choisit le nom de Jean XXIII (Iohannes XXIII), nom déjà porté par un antipape au moment du Grand Schisme d'Occident. Il est couronné le 4 novembre.
Un des premiers actes de son pontificat est d'augmenter le nombre de cardinaux du Sacré Collège, qui passe de 70 à 87, avec une large représentation internationale. Dès le début de son pontificat, Jean XXIII met l'accent sur l'aspect pastoral de sa charge ; c'est ainsi qu'il est le premier, depuis Pie IX, à quitter le Vatican après son élection, ce qui lui permet d'assumer pleinement son titre d'évêque de Rome. Il prend solennellement possession de la basilique Saint-Jean du Latran et visite les paroisses romaines.
Le 25 janvier 1959, Jean XXIII convoque le deuxième Concile du Vatican, qu'il souhaite comme un « aggiornamento » de l'Eglise catholique. Il engage également la réforme du Code de droit canonique, datant de 1917. La préparation du Concile est confiée à la Secrétairerie d'Etat. Une Secrétairerie pour l'unité des chrétiens est créée, et a pour résultat la présence de plusieurs dizaines d'observateurs d'Eglises non chrétiennes. Le 11 octobre 1962, le Concile est ouvert. Jean XXIII y prononce un très important discours, rédigé personnellement pour sa plus grande partie :
« Par le Concile, en tenant compte des erreurs, des besoins et des possibilités de notre époque, ce magistère sera présenté aujourd'hui d'une façon extraordinaire à tous les hommes qui vivent sur la terre. (...) Ce qui est très important pour le Concile œcuménique, c'est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d'une façon plus efficace. »
En septembre 1962, un cancer est diagnostiqué. Jean XXIII s'efforce de permettre au Concile de continuer son travail. Le 11 avril 1963, il promulgue l'encyclique Pacem in terris adressée à tous les hommes de bonne volonté, condamnant la notion de "guerre juste", évoquant les droits de l'homme et la dignité humaine comme bases d'un nouvel ordre mondial pacifique.
Il meurt le 3 juin 1963, jour de la fête de la Pentecôte.
« O Jésus, me voici devant vous, qui souffrez et mourrez pour moi, vieux comme je suis à présent, arrivé à la fin de mon service et de ma vie. Tenez-moi bien serré tout contre votre Cœur, en un seul battement avec le mien. J'aime me sentir indissolublement lié à vous par une chaîne d'or dont les maillons sont faits d'amour et de délicatesse… » (Journal de l'âme, 14 août 1961)
Il a été béatifié le 3 septembre 2001 par Jean-Paul II, en même temps que Pie IX. Depuis lors, son corps repose sous un autel de la basilique Saint-Pierre.
Au cours d'une audience accordée aux Directeurs Nationaux des O.P.M. au mois de mai 1963, quelques jours avant sa mort, le Pape Jean XXIII avait déclaré : « Pendant plus de quarante ans j'ai servi les Missions ; je continuerai à le faire après ma mort. »
« O mon Jésus, accorde-moi une vie dure, laborieuse, apostolique, crucifiée. Daigne augmenter dans mon âme la faim et la soif de sacrifice et de souffrances, d'humiliations et de dépouillement de moi-même. Je ne veux plus, désormais, de satisfactions, de repos, de consolations, de jouissances. Ce que j'ambitionne, ô Jésus, et ce que j'implore de ton Sacré-Cœur, c'est d'être toujours, toujours plus, victime, hostie, apôtre, vierge et martyr pour ton amour. » (Prière du Père Lintelo, apôtre de l'Eucharistie en Belgique, recopiée par Angelo Roncalli dans son cahier de retraite en 1930)
Source : Wikipedia


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Marie-Octavie Mastis - Filiola

Née à Mulhouse, le 20 septembre 1888
Morte à Bry-sur-Marne, le 3 mai 1976
Mystique et visionnaire française
Née dans une famille catholique, mais peu fervente, Marie-Octavie grandit entre ses deux sœurs, plus âgé qu'elle, et se montre peu attentive à l'école. Elle fait sa première communion en 1900. En 1907 (elle a alors 19 ans), elle part chercher du travail à Belfort, sans en avertir ses parents. C'est un échec, de retour à la maison, elle y est accueillie durement par sa mère. Son père, plus compréhensif à son égard, meurt peu de temps après. En 1912, elle quitte de nouveau la maison familiale, et se dirige vers Paris. Elle s'y lie d'amitié avec la famille Valette, dont elle épouse civilement le fils Louis en 1913. Le couple ne pourra avoir d'enfant. Les 17 années qui suivent sont marquées par un désir inassouvi de bonheur et d'amour, des souffrances croissantes, dues à l'infidélité de son mari, et par le rejet de Dieu et de la prière. En 1930, prise de remords, elle contacte un prêtre, désireuse de rentrer dans le sein de l'Eglise. Elle habite alors le Perreux-sur-Marne, avec son époux. Le 10 juillet, l'archevêché de Paris régularise la situation de son mariage vis-à-vis de l'Eglise (régularisation canonique). Sa conversion, radicale, survient peu après : alors qu'elle contemple dans l'église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne un tableau représentant l'apparition du Christ à Marguerite-Marie, elle entend Notre-Seigneur lui parler, et se retrouve à genoux. Elle est dès ce jour favorisée de visions, et de locutions intérieures, au cours desquelles elle s'entretient avec le Christ, qui l'appelle ma petite fille, d'où le nom de Filiola qui lui est donné. Le Christ lui demande le sacrifice de sa personne : "Offre-toi comme victime de réparation pour l'Eglise souffrante et ses membres". En 1933, au cours d'une Messe célébrée par son directeur spirituel, elle répond à cette demande et prononce son offrande. Elle souffre dès lors un vrai martyre intérieur. Jusqu'à la fin de sa vie, Filiola dénoncera les maux de l'Eglise qui lui sont révélés. En 1960, conseillée par une amie religieuse du Carmel de Nogent-sur-Marne, elle remet ses écrits - qu'auparavant elle déchirait - à son nouveau confesseur, Franciscain de la Communauté de Fontenay-sous-Bois, en charge de la Fraternité de Tiers Ordre dont Filiola fait partie. Après avoir travaillé quelque temps à Paris, sa santé l'oblige à rester à la maison, où elle passe désormais ses après-midi à écrire. Le 6 juin 1975, le soir de la fête du Sacré-Cœur, Jésus lui fait don de son Cœur. Ses souffrances s'aggravent, elle connaît pendant 10 jours (du 7 au 17 octobre) la nuit spirituelle. Le 19 février 1976, elle est hospitalisé à Bry-sur-Marne. Après un retour d'un mois à la maison, elle rentre de nouveau à l'hôpital, le 23 avril, et y meurt dans la nuit du 2 au 3 mai 1976.
Sous l'impulsion de son directeur spirituel, des extraits du Journal spirituel de Filiola ont paru dès 1975 dans un ouvrage qui porte pour titre Chemin de Lumière. D'autres extraits figurent dans L'Amour veut être aimé et Dans la Lumière de Jésus.


Suite...


Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le recueil reproduit dans les pages qui suivent a trouvé un éditeur, Téqui, dans sa dernière version imprimée mise à jour en juin 2008. Il est en vente au prix de 40 € (réf.6656) - Frais de port pour la France : 5,50 €.

Je compte sur vous pour faire connaître de la manière la plus large possible la parution de ce livre dédié au Divin Coeur de Jésus.

En vente en ligne sur le site internet des Editions Téqui.