La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Biographies - Hagiographies




4. L'enracinement - Jean Eudes et Marguerite-Marie Alacoque : 1600-1690

François de Sales (1567-1622)
Jeanne de Chantal (1572-1641)
Pierre de Bérulle (1575-1629)
Marie de l'Incarnation (1599-1672)
Marie des Vallées (1590-1656)
Jean Eudes (1601-1680)
Armelle Nicolas (1606-1671)
Jean-Jacques Olier (1608-1657)
Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704)
Claude de La Colombière (1641-1682)
Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690)


François de Sales

Né au château de Sales, près d'Annecy, en Savoie, le 21 août 1567
Mort à Lyon, le 28 décembre 1622
Théologien, reconnu Docteur de l'Eglise en 1877 par Pie IX
Il est originaire d'une famille noble, et son père lui destine un siège au sénat de Savoie. Mais très jeune, il a décidé de sa vocation. Il commence ses études à Annecy, puis rejoint le collège Jésuite de Clermont. De 1586 à 1591, il étudie le droit à Padoue, où il obtient son titre de docteur en droit. Il est avocat à Chambéry lorsqu'il entre dans la carrière ecclésiastique. A peine diacre, il commence à prêcher avec succès. Il est ordonné prêtre le 13 mai 1593 par son oncle Claude Granier, évêque de Genève, qui le nomme chanoine du chapitre de la ville et le charge de travailler à la conversion des huguenots du Chablais (1594). Il réussit tant bien que mal dans cette difficile mission, et est envoyé par Clément VIII auprès de Théodore De Bèze (1519-1605), principal lieutenant de Calvin, mais leur rencontre reste sans résultats (1597). Nommé coadjuteur de l'évêque de Genève, c'est en 1602 qu'il se rend à Paris pour y rencontrer Henri IV, à qui il demande l'autorisation de prêcher la foi catholique aux protestants du pays de Gex, récemment annexé à la France. Il y rencontre le Père Ange (Henri de Joyeuse), Pierre de Bérulle et Madame Acarie. En juillet, devenu évêque de Genève du fait de la mort de Claude Granier, il revient à Annecy. Il redouble alors d'ardeur dans ses travaux d'apostolat. Il s'occupe de la réforme des monastères, secourt les pestiférés, et obtient du duc de Savoie l'exemption d'impôt pour ses paysans victimes des avalanches, auxquels il distribue toute sa fortune. Le prédicateur est bientôt connu dans tout son diocèse. En 1604, à l'occasion d'une prédication de carême à Dijon, il rencontre Mme de Chantal. C'est elle qui sera la première supérieure de l'Ordre de la Visitation Sainte-Marie, qu'il fonde en 1610, Ordre ouvert en priorité aux personnes de tempérament délicat et faible, ainsi qu'aux infirmes. La règle retenue pour l'Ordre est celle de saint Augustin. Les constitutions en seront approuvées par Urbain VIII en 1626. A partir des directions données à l'une de ses pénitentes, Mme de Charmoisy, il écrit l'Introduction à la vie dévote, qui est publiée en 1609, et connaîtra de son vivant 40 éditions. Il retourne à Paris en 1618, où il rencontre Vincent de Paul, encourage les débuts de la réforme de Port-Royal, et se lie avec Louis XIII. Il meurt au cours d'un voyage dans la vallée du Rhône, à Lyon, d'une attaque d'apoplexie, le 28 décembre 1622. L'Ordre de la Visitation Sainte-Marie est aujourd'hui un Ordre contemplatif qui compte 4000 membres et 166 monastères. Béatifié en 1661, François de Sales a été canonisé en 1665 par Alexandre VII. Il est considéré comme le patron des écrivains catholiques.
Outre l'Introduction à la vie dévote (1609), on lui doit le Traité de l'amour de Dieu (1616), les Vrais entretiens spirituels (posthume, 1629), ainsi que ses Sermons et des Lettres.

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Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal

Née à Dijon, le 23 janvier 1572
Morte à Moulins, le 13 décembre 1641
Fille de Bénigne Frémiot, conseiller du roi et président du Parlement de Bourgogne, elle épouse à vingt ans le baron Christophe de Rabutin-Chantal. C'est un mariage heureux, d'où il naîtra quatre enfants. L'une de ses filles épousera l'un des frères de François de Sales, et une autre, Celse-Bénigne, aura elle-même pour fille la future marquise de Sévigné (1626-1696). En 1601, son mari est tué dans un accident de chasse. Devenue veuve, elle partage son temps entre la prière, les bonnes œuvres et ses devoirs de mère. Le 5 mars 1604, elle rencontre François de Sales, évêque de Genève, qui est venu prêcher le Carême à Dijon. "Pour moi, dès le commencement que j'eus l'honneur de le connaître, je l'appelai saint du fond de mon cœur" écrira-t-elle plus tard. Ils se rencontrent de nouveau à Saint-Claude le 22 août, et elle se place sous sa direction spirituelle : "Oh Dieu, que ce jour me fut heureux ! Il me sembla que mon âme changeait de face et sortait de la captivité intérieure où les avis de mon premier directeur m'avaient tenue jusque-là". C'est à Annecy, en 1610, qu'ils fondent ensemble l'Ordre de la Visitation Sainte-Marie. "Cette congrégation - écrit François de Sales - a été érigée en sorte que nulle âpreté ne puisse divertir les faibles et les infirmes de s'y ranger pour y vaquer à la perfection du divin amour". L'Ordre comptera déjà, à sa mort, 87 couvents, et à la fin du XVII° siècle 6.500 religieuses. De 1619 à 1622, Jeanne de Chantal dirige, comme supérieure, la maison qu'elle a fondée à Paris, dans le faubourg Saint-Antoine. Elle meurt à Moulins, alors qu'elle est visite un couvent de son Ordre, en 1641. Déclarée bienheureuse par Benoît XIV en 1751, elle a été canonisée par Clément XIII en 1767.
Ses Œuvres, opuscules et lettres forment huit volumes (Paris, 1874-1880).

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Pierre de Bérulle

Né au Château de Sérilly, près de Troyes, en Champagne, en 1575
Mort à Paris, le 2 octobre 1629
Cardinal français
Pierre de Bérulle est originaire d'une famille de parlementaires aristocratiques. Sa cousine est Mme Acarie, la future Marie de l'Incarnation. Elève des Jésuites, il y découvre la spiritualité ignatienne qui influencera grandement sa vie. Ordonné prêtre en 1599, il se fait rapidement remarquer par sa vigueur intellectuelle, sa science théologique et l'ardeur de sa foi. La douceur de son caractère et sa modération ne lui retirent pas un vrai talent de controversiste. En 1600, lors de la conférence de Fontainebleau, il prend une part active à la discussion contre Duplessis-Mornay. Sous l'impulsion de Mme Acarie, il part en Espagne en 1604 pour y chercher six Carmélites, et de retour à Paris, fonde avec elle le Carmel de la rue Saint-Jacques, qui sera suivi de beaucoup d'autres. En 1611, pour lutter contre les aspects mondains qu'a pris le sacerdoce, il fonde l'Oratoire de Jésus, société de prêtres non religieux que Jean Eudes rejoindra en 1623. Il y devient l'ami de François de Sales, de Vincent de Paul, mais aussi de Saint-Cyran. Sa spiritualité est toute entière centrée sur Jésus, "sans qui l'homme n'est que néant", et il propose aux Carmélites et aux Oratoriens dont il a la charge un "vœu de servitude" à Celui qu'il appelle "le vrai soleil et le vrai centre du monde". C'est vers 1616 que Bérulle commence à intervenir activement dans la politique. Il est ainsi mêlé aux tractations qui amènent le traité d'Angoulême en 1619. Parvenu à réconcilier la reine mère avec Louis XIII, il est ensuite chargé par Richelieu d'aller à Rome demander au pape des dispenses pour le mariage d'Henriette de France avec le prince de Galles, futur Charles I° d'Angleterre, protestant (1624). Il réussit dans sa mission et accompagne la princesse à Londres, où le mariage est célébré en mai 1625. Nommé ambassadeur en Espagne, il négocie en 1626 le traité de Mouçon. Bérulle, qui a refusé toute dignité ecclésiastique, reçoit par soumission à Urbain VIII le chapeau de cardinal en 1627, et se retire peu après chez les prêtres de l'Oratoire. Protecteur des lettres, il encourage Lejay à publier sa Bible polyglotte, et défend Descartes, très en honneur chez les Oratoriens. En janvier 1629, il est nommé chef du conseil de la Reine Mère, et meurt quelques mois plus tard, le 2 octobre.
On lui doit Discours de l'Etat et des Grandeurs de Jésus pour l'union ineffable de la divinité avec l'humanité (1622), ouvrage qui fit dire au pape que son auteur méritait d'être appelé "l'Apôtre des mystères du Verbe incarné". Il est également l'auteur des Elévations à Jésus-Christ Notre-Seigneur sur la conduite de son esprit et de sa grâce vers sainte Madeleine (1627), ainsi que d'une Vie de Jésus. Ses œuvres complètes, publiées en 1644 par son deuxième successeur François Bourgoing (1585-1662), ont été plusieurs fois réimprimées.

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Marie Guyart, épouse Martin, en religion Mère Marie de l'Incarnation

Née à Tours, en 1599
Morte à Québec, en 1672
Première religieuse missionnaire de la chrétienté
Fille de Florent Guyart, maître boulanger, et de Jeanne Michelet, descendante d'une famille aisée, Marie aspire jeune au cloître. Mais ses parents la voyant, adolescente, vive et enjouée, décident de la marier en 1615 à un négociant de Tours, Claude Martin. Un fils, Claude, naît de cette union en 1617, qui deviendra Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, et publiera la biographie de sa mère en 1677, ainsi que sa correspondance en 1681. Marie Martin, devenue veuve en 1618, repousse toute nouvelle proposition de mariage et rêve de nouveau à la solitude du cloître. Tout en se consacrant à l'éducation de son fils, elle fait vœu de chasteté. En 1620, elle connaît sa première expérience mystique, et fait vœu de pauvreté et d'obéissance. En 1625, elle prend la direction de l'entreprise de son beau-frère. Le 25 janvier 1631, elle confie à sa sœur la garde de son fils (qui a alors 12 ans) et entre chez les Ursulines de Tours. Elle y prononce ses vœux en 1633, et y prend le nom de Marie de l'Incarnation. En 1635, alors qu’elle prie le Seigneur pour qu’il lui soit donné de connaître le chemin qu’elle doit suivre, elle entend « Demande-moi par le Cœur de Jésus, mon très aimable Fils ; c’est par lui que je t’exaucerai et accorderai tes demandes. » A compter de cette date, Marie développera cette dévotion au Cœur de Jésus, qu’elle conservera toute sa vie. Cette même année 1635, étant un jour en oraison devant le Très Saint-Sacrement, son esprit est ravi en Dieu et il lui est représenté un grand pays où de nombreuses âmes restent à évangéliser. Elle entend : « C’est le Canada que je t’ai fait voir ; il faut que tu y ailles faire une maison à Jésus et à Marie. » Elle reçoit dans les jours qui suivent un courrier du P. Poncet de la Rivière s.j., qui l’invite à y aller travailler pour aider les missionnaires, joignant à son invitation la Relation annuelle de la Compagnie. Les Pères Jésuites avaient en effet des missions dans le Nouveau-Monde, où depuis quelques années ils évangélisaient avec succès les tribus indiennes de la vallée du Saint-Laurent.
C’est ainsi qu’elle part le 4 mai 1639 pour la Nouvelle-France (possessions françaises du Canada, jusqu'en 1763). Voyagent avec elle Mère de Saint-Bernard (qui prendra le nom de Mère de Saint-Joseph), Mme de la Peltrie - qui avait couvert toutes les dépenses de ce voyage - et sa servante Charlotte Barré, Mère Cécile de Sainte-Croix des Ursulines de Dieppe, trois Sœurs Hospitalières de Dieppe et plusieurs Jésuites. Le 1° août, après trois mois de voyage, le "Saint-Joseph" accoste dans la baie de Tadoussac, à trente lieues de Québec. Accueillies pas les Pères Jésuites, elles se rendent à Sillery (réduction fondée en 1637) et les Ursulines se mettent aussitôt à l'œuvre, se dévouant auprès des enfants des populations locales. Marie fonde en 1641 les Ursulines du Canada, dont elle devient la première Supérieure. En 1642, les Sœurs abandonnent leur petite maison de la Basse-Ville pour s'installer le 21 novembre dans une maison plus spacieuse, en Haute-Ville. Dans la nuit du 30 décembre 1650, le monastère est détruit par le feu, et les Ursulines doivent en bâtir un nouveau. Leur apostolat se poursuit dans un climat toujours tendu entre tribus indiennes, les Iroquois menaçant sans cesse les Hurons, dont ils détruisent la Mission près de Montréal en 1653. La paix signée en 1655 n’est que de courte durée, et en 1658, le gouverneur doit faire fortifier le monastère des Ursulines.
Marie de l'Incarnation seconde les travaux des missionnaires par sa charité envers les Iroquois, dont elle apprend à parler la langue, et rédige plusieurs dictionnaires des langues indiennes. Elle publie en 1661 un catéchisme huron, trois catéchismes algonquins, toutes les prières chrétiennes en cette langue ainsi qu'un dictionnaire. En 1668, elle publie "un gros livre algonquin d'histoire sacrée et des choses saintes, un dictionnaire et un catéchisme iroquois, et un gros dictionnaire algonquin". En 1670, devenue très faible, elle se démet de son supériorat, et meurt deux ans plus tard, en 1672. Son rayonnement apostolique et mystique lui ont valu d'être appelée par Bossuet "la Sainte Thérèse de la Nouvelle-France". Elle est la première religieuse missionnaire de la chrétienté.
Ses Ecrits spirituels sont de première importance pour la mystique. D'une façon plus particulière, ses Relations et ses Lettres publiées par son fils, constituent un document remarquable sur l'histoire de la Nouvelle France. Jean-Paul II l'a béatifiée en 1980.

NB : La chrétienté a connu une autre Marie de l'Incarnation (1566-1618), à qui l'on doit l'établissement des religieuses Carmélites en France. Barbe Avrillot, originaire d'une famille bourgeoise, est mariée à 16 ans à Pierre Acarie, conseiller du roi et adhérent de la Ligue. Mère de six enfants, elle fait de son hôtel parisien un centre de renouveau mystique. Pierre de Bérulle et saint François de Sales, pour ne citer qu'eux, n'hésitent pas à la consulter. Epouse modèle et mère vigilante, c'est à la suite d'apparitions de sainte Thérèse d'Avila qu'elle entreprend d'introduire en France le Carmel réformé (1604) : Pierre de Bérulle son cousin ramène ainsi d'Espagne six religieuses qui organisent le premier Carmel français, rue Saint-Jacques à Paris. Devenue veuve en 1613, elle entre comme sœur converse dans l'un des douze couvents qu'elle a fondés, et y prend le nom de Marie de l'Incarnation. Ses trois filles l'y ont déjà précédée. Favorisée d'extases, stigmatisée, elle a été béatifiée par Pie VI le 24 mai 1791.

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Marie des Vallées

Née le 15 février 1590, à Saint-Sauveur-Lendelin, paroisse de Coutances, dans la Manche
Morte le 25 février 1656, à Coutances
Fille de Julien des Vallées, laboureur, et de Jacqueline Germain, elle devient orpheline de père à l'âge de douze ans. Sa mère s'étant remariée, et maltraitée par Gilles Capolain son beau-père, elle se place d'elle-même pour échapper aux souffrances et à la faim dans une famille de la région - dans la paroisse de Saint-Pellerin, proche de Carentan. Mais confrontée là à une vie plus détestable encore, elle revient un temps chez son tuteur, dans sa paroisse natale, avant de loger chez une femme mariée du voisinage, qu'elle entreprend de convertir. Le 2 mai 1609, au cours d'une fête patronale, elle danse avec un prétendant dont elle a précédemment refusé la main. Celui-ci la pousse, et elle se sent aussitôt "frappée d'un mal étrange". Le Père Eudes relatera que le jeune homme, furieux d'avoir été éconduit, s'était adressé à une sorcière, brûlée depuis pour ses crimes, et qu'il en avait obtenu un maléfice qu'il jeta sur Marie des Vallées. Celle-ci, rentré le soir chez elle, est prise de douleurs et de convulsions, qui ne la quitteront que quelques mois avant sa mort. C'est à cette date que commence sa possession. Durant les trois années qui suivent, qu'elle passe à Saint-Sauveur, elle reste en proie à des souffrances ininterrompues. Elle alterne périodes de mutisme complet et accès de violence, obsessions sexuelles et inhibitions invincibles. Conduite à Pâques 1612 auprès de l'évêque Nicolas de Briroy à Coutances, elle y subit plusieurs exorcismes et expériences, au cours desquelles elle répond avec pertinence - parfois même en latin, bien qu'elle soit à peu près illettrée - aux questions qui lui sont posées en grec ou en hébreu. Dénoncée comme sorcière au Parlement de Rouen, elle est déférée au parquet de Normandie en 1614, qui la relaxe après de multiples examens, la déclarant innocente, véritablement possédée et "fille de vertu", et la renvoie à son évêque. On sait aujourd'hui que les sorciers se livrant aux pratiques sataniques étaient nombreux à cette époque en Normandie, et Marie des Vallées répond au cours d'une vision au Seigneur qu'elle "s'offre à souffrir les peines d'enfer et l'ire de Dieu dans le temps, afin de les en délivrer pour l'éternité". C'est peu de temps après qu'elle renonce définitivement à sa propre volonté, l'échangeant avec la Volonté divine, au prix de tous les sacrifices, y compris celui de la sainte Eucharistie :
« Je hais tant le péché que je suis prête de souffrir autant d'enfers que Dieu en peut faire, s'il en est besoin, afin qu'il n'ait jamais de part en moi. Pour cet effet, connaissant qu'il n'y a que ma volonté qui le puisse produire, je la renonce de toutes mes forces et quoiqu'il puisse m'en arriver, je choisis la très adorable volonté de Dieu, et me donne à elle autant que je puis afin qu'elle établisse son règne en moi si parfaitement que le péché n'y entre jamais. Je ne me réserve qu'une chose, qui est d'obéir toujours, en tout ce qui me sera possible, à l'Eglise, et que, si j'y manque en quelque chose, il n'y aurait que l'impossibilité qui m'y puisse forcer, car je ferai toujours de ma part tout ce qui sera en ma puissance pour suivre tous ses ordres. »
Après une dernière confession générale qui lui est imposée par la Divine Volonté, le sacrement de pénitence lui deviendra un supplice, et durant plus de trente années (jusqu'en 1649) il lui sera impossible de communier, malgré le désir qu'elle en éprouve : dès qu'un prêtre s'approche d'elle, elle entre en transe. Toutes les tentatives d'exorcismes demeureront vaines, et jusqu'à sa mort, elle ne connaîtra que douleurs et tourments, physiques ou spirituels. Après avoir vécu les souffrances de l'enfer (1615-1618), elle connaît des périodes terribles et prolongées de souffrances physiques : 1621-1633, douze années pendant lesquelles elle porte le poids de tous les péchés, comme Jésus sur la croix, et en passe 7 à pleurer jour et nuit, puis 1642, 1643 (où elle souffre les douleurs de la Passion), 1650, et enfin 1654 où elle connaît les douleurs profondes et intenses de l'âme. Au long de ces années, elle sera aussi favorisée de la grâce des communications célestes, entretenant de fréquents dialogues avec le Christ, qui lui dit un jour « Qui êtes-vous ? Vous êtes la Maison du Soleil, le Château de Jésus, ma Couche nuptiale, c'est-à-dire la croix sur laquelle je souffre. » et à une autre occasion « Je me suis revêtu de votre chair, c'est pourquoi vos souffrances sont d'une valeur presque infinie. »
Nombreux sont les prêtres ou religieux à l'approcher, et à rendre compte de ses vertus, parmi lesquels le Père Pierre Coton (1564-1626), confesseur de Henri IV et de Louis XIII, et le Père Jean-Baptiste Saint-Jure (1588-1657). Plusieurs laïcs, dont le baron de Renty (1611-1652), lui manifesteront également un indéfectible soutien.
C'est à la demande de l'évêque que Jean Eudes vient la voir, en 1641, pour tenter de l'exorciser à son tour. Il est alors impressionné par la paix qui émane d'elle et par sa sagesse, malgré ses attitudes plutôt déconcertantes. Pour lui, son intimité avec Dieu ne fait aucun doute, et il la reconnaît possédée, mais également sainte. Il note à propos de cette rencontre dans son Mémorial : « En cette année 1641, Dieu me fit une des plus grandes faveurs que j'aie jamais reçues de son infinie bonté ; car ce fut en ce temps que j'eus le bonheur de commencer à connaître la sœur Marie des Vallées, par laquelle Sa Divine Majesté m'a fait un très grand nombre de grâces très signalées. ». Marie des Vallées se montre toujours très attachée à l'Eglise, pour laquelle elle prie et souffre toujours. A plusieurs reprises, elle transmettra à Jean Eudes des messages encourageants, parfois prophétiques, souvent pacifiants. A propos de la Divine Volonté qui agit en elle, il écrit : « Elle ne peut pas ni prier quand elle veut, ni pour qui elle veut, ni aussi longtemps qu'elle voudrait, ni dire les prières qu'elle souhaiterait ; et il en va de même de son boire et de son manger, de son vêtir, de son lever et de son coucher, d'aller, de venir, et ainsi du reste ; la Divine Volonté lui réglant toutes ces choses, et n'étant pas en son pouvoir de remuer le pied, la main ou la langue pour faire ou dire autrement que ce qu'elle lui ordonne. »
Ses souffrances ne la quittent qu'en novembre 1655, et elle porte alors, pendant quelque temps, "tous les traits de l'enfance". Elle annonce elle-même sa mort prochaine, qui survient le 25 février 1656, après que le Père Eudes lui ait administré l'Extrême-Onction. Mgr Claude Auvry déclarera à son sujet le 14 septembre 1658 : "Disons et déclarons que nous n'avons remarqué aucune chose en sa vie, mœurs et déportements, qui soit répréhensible ou condamnable, mais plutôt toutes les marques d'une excellente vertu et rare piété ; et tout sujet de croire qu'elle a été prévenue de grâces extraordinaires de Dieu, qui l'ont accompagnée jusqu'à la mort ; sans toutefois en faire le jugement qui doit être réservé au Saint-Siège apostolique".
Jean Eudes lui restera toujours fidèle, et la défendra même après sa mort, malgré les moqueries des jansénistes qui ne manquent pas de critiquer sa "crédulité". Rassemblant ce qu'il sait d'elle, Jean Eudes rédige en 1655 un ouvrage en 3 volumes qui a pour titre La vie admirable de Marie des Vallées et des choses prodigieuses qui se sont passées en elle, qui n'est pas publié mais circule de main en main parmi les proches du prêtre. En 1674, un chanoine de Rouen qui en a eu connaissance, publie un pamphlet anonyme, Lettre à un docteur de Sorbonne, dans lequel il accuse Jean Eudes d'hérésie, d'extravagances et d'absurdités dans sa conduite et son jugement vis-à-vis de Marie des Vallées. Dans le même ouvrage, il s'attaque violemment à la dévotion aux Sacrés-Cœurs, "culte extravagant et superstitieux, dévotion basse, rampante et grossière", fondée "sur des visions creuses et de fausses révélations". Nombreux sont les religieux qui défendent alors Jean Eudes, début d'une bataille qui devait connaître son apogée avec la querelle janséniste. Concernant Marie des Vallées, l'Abbé Henri Brémond (1865-1933), dans l'Histoire littéraire du sentiment religieux en France (tome III), tentera bien des années plus tard de faire la part des choses, reconnaissant que la maladie n'est pas un empêchement à la sanctification.

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Jean Eudes

Né à Ri, près d'Argentan, dans l’Orne, le 14 novembre 1601
Mort à Caen, le 19 août 1680
Prêtre français, fondateur de l’Ordre de Notre-Dame de Charité, et de la Congrégation du séminaire de Jésus et Marie (Eudistes).
Fils d'un chirurgien de campagne, il est l'aîné de sept enfants, dont l’historien François Eudes de Mézeray. En 1615, il part pour Caen, où il y devient élève des Jésuites. En 1620, il reçoit la tonsure et les ordres mineurs. Séduit par la communauté de l'Oratoire qui vient de se fonder à Caen, il part pour Paris où il est accueilli, en 1623, par
Pierre de Bérulle, à l'Oratoire de la rue Saint-Honoré. En 1624, il fait le "vœu de servitude à Jésus", et à Noël de l'année 1625, il est ordonné prêtre. Après deux années de repos obligé pour raisons de santé, Jean Eudes demande l'autorisation de rejoindre Caen, où sévit la peste. Il y arrive en 1627, où il soigne les pestiférés jusqu'à la disparition du fléau. Prédicateur de talent, il se consacre ensuite aux missions de son Ordre. A Paris, en Normandie, en Bourgogne et en Bretagne, il s’illustre par sa charité et son éloquence. Nommé, en 1640, supérieur de la maison de l’Oratoire de Caen, il institue des conférences ecclésiastiques pour l’instruction des prêtres de la ville. En août 1641, il rencontre Marie des Vallées à Coutances, dont il devient, à la demande de l'évêque, le directeur spirituel. Il en sera toujours l'ardent défenseur, jusqu'après la mort de celle-ci en 1656. Le Père Ange Le Doré écrit au sujet de cette rencontre dans Naissance du culte liturgique des Sacrés-Cœurs : «en 1641 que Dieu lui-même est intervenu au moment choisi par la Providence et qu'il s'est servi de la sœur Marie des Vallées pour manifester ou pour confirmer au P. Eudes la triple mission qui désormais occuperait sa vie : l'établissement du culte des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, la fondation de la Congrégation de Jésus et de Marie, l'institution de l'Ordre de Notre-Dame de Charité. Ces trois œuvres n'ont pas seulement des rapports de simultanéité dans leur origine ; des liens plus étroits les unissent et n'en font en quelque sorte qu'une seule œuvre. Dans toutes les trois, l'idée, l'esprit sont les mêmes. Ce sont trois manifestations diverses du même sentiment. » C'est en effet en septembre de cette même année 1641 qu'il conçoit et réalise le projet de la Maison du Refuge, qui accueille les femmes prostituées, ou liées avec une homme marié. Il y célèbre la première Messe le 8 décembre. L'approbation épiscopale de l'évêque de Bayeux pour cette congrégation féminine en 1651 en fera un véritable institut religieux, désormais connu sous le nom de Notre-Dame de Charité, approuvé par Alexandre VII en 1665. Puis en 1643, il quitte l’Oratoire, et fonde à Caen la Congrégation du séminaire de Jésus et Marie, dont les membres seront appelés plus tard eudistes, et un premier séminaire dans cette ville. La Congrégation sera approuvée par le Saint-Siège en 1851. De nombreux séminaires voient le jour dans les années qui suivent : à Coutances (1650), Lisieux (1653), Rouen (1658), Evreux (1667), et Rennes (1670).
En 1648, à Autun, Jean Eudes fait imprimer le volume de
La Dévotion au Cœur de Marie, et y célèbre le 8 février la première fête consacrée au Cœur de la Vierge. En 1671, à la demande de l'archevêque de Paris, il prêche une mission à la cour de Versailles. Louis XIV et la reine assistent à plusieurs sermons. En 1672, il publie le rituel de l’Office au Cœur de Jésus, et le 29 juillet, envoie une circulaire aux six maisons de son institut leur prescrivant de célébrer le 20 octobre la fête du Cœur de Jésus. Ce sera la première célébration en l'honneur du Sacré-Cœur en France. Disgracié par Louis XIV en 1673, suite à un véritable complot préparé par ses adversaires, il retrouve enfin la faveur royale en 1679. Il donne l'année suivante sa démission de supérieur de sa congrégation (remplacé par Jean-Jacques Blouet de Camilly le 26 juin) et meurt deux mois plus tard à Caen, le 19 août 1680.
Il a composé un grand nombre d’ouvrages de piété, et
pour la première fois dans l'Eglise composé des messes en l'honneur du Cœur de Jésus : La Vie et le Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes (1637), De la dévotion et de l’office du Cœur de la Vierge (1650-1653), Le Contrat de l’homme avec Dieu dans le saint Baptême (1654), Le bon confesseur (1667), Manuel de prières (1668), L'Enfance admirable de la Mère de Dieu (1676), Le Cœur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu (1680), ainsi que Le Mémorial de la vie ecclésiastique (1681) et Le prédicateur apostolique (1685). Jean Eudes a été béatifié le 25 avril 1909 par Pie X, et canonisé le 31 mai 1925 par Pie XI.

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Armelle Nicolas

Née à Campénéac, dans le Morbihan, le 19 septembre 1606
Morte à Vannes, le 24 octobre 1671
Fille de paysans vertueux, aînée de cinq frères et sœurs, elle passe son enfance au milieu des troupeaux, méditant le rosaire. Dès sept ans, elle assiste quotidiennement à la Messe, attirée particulièrement par le Saint Sacrement. Jusqu'à l'âge de vingt ans, elle partage ainsi son temps entre les services rendus à sa famille, la solitude et le recueillement, et les soins prodigués aux plus pauvres. Après la mort de son père, elle entre comme servante chez une dame pieuse de Ploërmel. C'est là que la lecture d'un récit relatant la Passion du Christ oriente définitivement sa vie : les visions des souffrances de Jésus ne la quittent plus. Elle reçoit le don des larmes, il arrive même qu'elle pleure du sang. Durant une année, elle est soumise à de violentes luttes intérieures et à des tentations répétées. Suivent sept mois d'assauts du démon, parfois devant témoins. En 1628, une apparition du Sauveur met fin à ces épreuves. Au jour du Vendredi Saint 1629, elle est unie à la Passion du Christ, et son cœur est blessé d'amour. Elle connaît alors de nombreuses extases, unie à l'amour de la croix. Suivent deux années de nuit spirituelle, au cours desquelles elle se repose entièrement sur ses directeurs spirituels, les Pères Vincent Huby (1608-1693) et Jean Rigoleuc (1596-1658). Les grâces reviennent, avec l'expérience de la transverbération en 1639. Sa santé se fragilise. En 1642, elle entre comme tourière chez les Ursulines de Vannes. Elle y reste quatre ans, mais comprenant que sa vocation est de rester au milieu du monde, elle quitte le monastère pour se mettre au service d'une famille de Roguédas, près de Vannes, où elle restera jusqu'à sa mort. Tout en poursuivant son travail quotidien au sein de cette famille, pratiquant l'oraison perpétuelle, elle est favorisée de grâces extraordinaires et de terribles pénitences, ses souffrances augmentant sans cesse, surtout au cours de la Semaine Sainte où elle vit avec le Christ les douleurs de la Passion. En 1649, elle voit partir ses deux directeurs spirituels, appelés à rejoindre Quimper. Le Seigneur lui apparaît alors, et lui montrant la plaie de son côté, l'invite à entrer en son Cœur. Une nouvelle révélation en 1653 lui dévoilera les secrets de ce temple divin. Prononçant le vœu de pauvreté, elle distribue tous ses biens aux pauvres. De nombreux religieux et laïcs viennent lui demander conseil, et c'est toujours avec douceur et patience qu'elle éclaire ceux qui s'adressent ainsi à elle. Elle meurt le 24 octobre 1671. Surnommé "la bonne Armelle", elle est vénérée encore de nos jours dans l'ancienne chapelle dite des
Ursulines, attenante au collège Saint-François-Xavier de Vannes.
Sa vie a été écrite par une religieuse du monastère de Sainte-Ursule de Vannes, dans un ouvrage publié en 1683 qui a pour titre
Le triomphe de l'amour divin dans la vie d'une grande servante de Dieu, nommée Armelle Nicolas.

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Jean-Jacques Olier

Né à Paris, en 1608
Mort à Paris, en 1657
Ecclésiastique français, fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.
Originaire d'une famille riche, il est déjà, à douze ans, titulaire d'un prieuré. Sa mère le voudrait voir évêque, mais il refuse. Abbé de Pibrac et prieur de Bazainville, il se lie à Vincent de Paul, puis à Charles de Condren, qui le conseillent et l'orientent vers la prédication dans les campagnes. Il prêche ainsi plusieurs missions en Auvergne, dans le Velay et en Bretagne. Au contact de Mère Agnès de Langeac (1602-1634), Dominicaine, il s'ouvre davantage à la prière. En 1730, l'Assemblée du clergé le qualifie
de "prêtre éminent, gloire et ornement insigne du clergé français". Après deux années difficile, où il connaît la dépression, il décide de se consacrer intensément à la prédication apostolique. En 1641, il ouvre avec quelques-uns de ses compagnons un séminaire près de Paris. L'année suivante, nommé curé de la paroisse de Saint-Sulpice à Paris, il y transfert son séminaire, où se forme peu à peu la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, qui dirigeront à leur tour des séminaires en France et au Canada (à Montréal et au Québec). Il fonde également des séminaires à Viviers, Rodez, Limoges, au Puy, à Clermont et Nantes. Il jette les fondements de l'église actuelle de Saint-Sulpice, dont Anne d'Autriche pose la première pierre en 1646. Proche de Jean Eudes, il invite ce dernier à prêcher une mission dans sa paroisse en 1651.
Il est l'auteur de l'
Introduction à la vie et aux vertus chrétiennes (1647), d'un Catéchisme chrétien pour la vie intérieure (1656), d'un Traité des SS. Ordres (1676), de la Journée chrétienne, ainsi que d'un grand nombre de Lettres de direction spirituelle. L'Esprit d'un directeur des âmes ou Maximes et pratiques de M. Olier touchant la direction, publié en 1831, est un recueil de documents rassemblés par son disciple M. de Bretonvilliers.

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Jacques-Bénigne Bossuet

Né à Dijon, en 1627
Mort à Paris, le 12 avril 1704
Prélat français
C'est chez les Jésuites de sa ville natale que le jeune Bossuet fait ses premières études, et en 1642 il rejoint le collège de Navarre. En 1648, il soutient sa thèse en Sorbonne en présence du grand Condé. Ordonné prêtre en 1652, il quitte Paris la même année pour aller, en qualité d’archidiacre, à Metz, où il restera sept ans. Ce sont des années fécondes pour le prédicateur, qui s'y fait remarquer par ses sermons et les panégyriques qu'il y prononce. En 1659, Bossuet retourne à Paris, où il poursuit ses prédications jusqu’en 1670. Outre un grand nombre de sermons isolés, il prêche quatre Carêmes et trois Avents. Nommé en 1669 à l’évêché de Condom, il prononce cette année-là l’oraison funèbre de Henriette de France, que suivront celles de Henriette d’Angleterre (1670), de Marie-Thérèse (1683), de la Palatine (1685), de le Tellier (1686), et de Condé (1687). En 1670, Bossuet est nommé précepteur du Dauphin. C'est à ce poste qu'il rédige quelques-uns de ses plus remarquables ouvrages, tels le
Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, La Politique tirée de l’Ecriture Sainte, et le Discours sur l’Histoire Universelle. En 1681, l’éducation du Dauphin terminée, Bossuet est nommé évêque de Meaux. Quand l’assemblée générale du clergé se réunit à la fin de cette même année, il en est l’inspirateur et rédige lui-même les quatre articles de la Déclaration gallicane. Contre les protestants, il publie l’Histoire des variations (1688). Contre le quiétisme, auquel Fénelon avait été gagné, il écrit l’Instruction sur les états d’oraison, et après une longue querelle il finit par obtenir du pape la condamnation de l’hérésie.
Il occupera successivement les postes de premier aumônier de la duchesse de Bourgogne, de supérieur de la maison de Navarre, de conservateur de l’Université, de conseiller d’Etat, tout en se consacrant à la charge du ministère de son diocèse de Meaux où il réside le plus souvent. En 1702 il se voit contraint par la maladie de restreindre ses multiples activités, et meurt à Paris le 12 avril 1704.
Les
Sermons de Bossuet n'ont pas imprimés de son vivant, exception faite de celui sur l’Unité de l’Eglise (1682), qui est le manifeste officiel de l’Assemblée générale du clergé.

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Claude La Colombière

Né à Saint-Symphorien d’Ozon, en Isère, le 2 février 1641
Mort à Paray-le-Monial, le 15 février 1682
Jésuite et théologien français, guide spirituel de
Marguerite-Marie Alacoque
Claude La Colombière (on écrivait aussi au XVII° siècle : Colombier ou du Colombier ou de la Colombière) naît au sein d'une famille notariale aisée, très pieuse, troisième enfant des sept que comptera le foyer. Parmi ceux-ci, deux meurent en bas âge. Notons que l'un de ses frères, Floris, entrera dans les ordres et mourra archidiacre à Vienne, qu'un autre, Joseph, tout d'abord avocat, sera prêtre de Saint-Sulpice puis missionnaire au Canada, et qu'enfin sa sœur Marguerite sera religieuse à la Visitation de Condrieu. On sait peu de chose sur sa première enfance. A l'âge de neuf ans, il part pour Lyon pour y faire ses études au collège des Jésuites, puis, ses études terminées, le 25 octobre 1658, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus. Il avouera plus tard que ce choix fut un sacrifice, et qu'il avait "une horrible aversion de la vie à laquelle il s'engageait" (Let.70 à Mme de Lyonne, Edit. Charrier). Le Père Jean Papon, maître des novices, écrit de lui : "Claude La Colombière a de très grands dons, un rare bon sens, une prudence remarquable, une expérience déjà assez développée ; il a pris un bon départ pour les études…". Il prononce ses vœux le 26 octobre 1660, et est envoyé au collège d'Avignon pour y compléter ses études de philosophie. Il y restera quatre années en tant que professeur, jusqu'en 1666. L'estime qu'on lui porte est telle qu'en cette dernière année de "régence", il est choisi pour représenter le collège et prononcer le panégyrique de François de Sales à l'occasion de la célébration de sa canonisation à Avignon. Il monte alors à Paris pour y étudier la théologie, et y devient précepteur des deux fils du ministre Colbert. Le 6 avril 1669, il est ordonné prêtre. L'année suivante, il est rappelé à Lyon, où il enseigne la rhétorique au collège de la Trinité. En 1673, il est nommé au poste de prédicateur de la chapelle du collège. En septembre 1674, il accomplit sa troisième année de probation dans la Maison Saint-Joseph, et y fait sa grande Retraite de trente jours. Les méditations écrites de cette retraite seront publiées en 1684, et témoignent de son engagement à une fidélité "sans réserve" à Jésus-Christ, non sans accents prophétiques : "Tout d'un coup, il s'est fait un grand jour dans mon esprit ; il me semblait me voir couvert de fers et de chaînes, et traîné dans une prison, accusé, condamné, parce que j'avais prêché Jésus crucifié et déshonoré par les pécheurs… […] Je sens, je ne sais si je me trompe, mais il me semble que Dieu me prépare des maux à souffrir. Envoyez-les, ces maux, mon aimable Sauveur ! Procurez-les moi, grand apôtre, et éternellement j'en remercierai Dieu et vous en louerai. Envoyez-les moi, Seigneur, ces maux, je les souffrirai volontiers". Le 2 février 1675, il prononce ses derniers vœux, et quelques jours, après, est envoyé à Paray-le-Monial en qualité de recteur du collège de la Compagnie de Jésus. Dès le mois de mars, à l'occasion des confessions des Quatre-temps de carême, il prend contact avec la communauté du monastère de la Visitation. C'est lors de cette première visite que Marguerite-Marie, le voyant pour la première fois, entend le Seigneur lui dire "Voilà celui que je t'envoie". Il a un entretien plus approfondi avec la sainte de Paray quelques jours plus tard, et authentifie alors de façon certaine l'origine divine des manifestations dont elle lui parle. Dès le 21 juin, auprès d'elle, il se consacre au Sacré-Cœur. C'est le véritable début de son apostolat à ses côtés, ce qui ne l'empêche pas de se consacrer également au développement du collège dont il a la charge, ni de se dévouer sans relâche auprès de la population de la ville. En octobre 1676, il part pour Londres, où il doit assumer les fonctions difficiles d'aumônier et prédicateur de Marie-Béatrix d'Este, duchesse d’York, future reine d'Angleterre et épouse du futur Jacques II. L'Angleterre est à cette époque profondément antipapiste, et le Père Claude y est doublement surveillé, en sa qualité de français tout autant qu'en tant que membre de la Compagnie de Jésus, Ordre réputé pour sa fidélité envers la papauté. A la mi-janvier 1677, il effectue sa retraite de huit jours, dont la relation écrite témoigne de son détachement des honneurs de ce monde. Il se livre depuis son arrivée à des mortifications qui auront sans doute une grande part dans l'affaiblissement de sa santé. Il poursuit par courrier la direction spirituelle de Marguerite-Marie, et travaille à la diffusion discrète mais efficace de la dévotion au Sacré-Cœur auprès de la population catholique de Londres, confiant son apostolat à la grâce de Dieu  "La prédication est inutile sans la grâce, et la grâce ne s'obtient que par la prière... S'il y a peu de conversions parmi les chrétiens, c'est qu'il y a peu de personnes qui prient, quoiqu'il y en ait beaucoup qui prêchent". Le 14 août, il commence à cracher du sang, et ne reste à Londres que sur l'ordre des médecins, qui le dissuadent de partir dans cet état. En août 1678 éclate ce qu'un biographe de Charles II appellera la "terreur papiste", où conspirations et calomnies entraînent, rien que dans les rangs des Jésuites, vingt-trois prêtres au supplice et cent quarante-sept autres à la mort en prison. Le Père Claude reste quelque temps à l'écart de la tourmente, mais trahi par un jeune homme qu'il croyait avoir converti, il est arrêté le 14 novembre, et transféré le 17 à la prison de King's Bech. Il y restera trois semaines. "Messieurs du Parlement ayant appelé plusieurs fois durant ce temps-là les témoins que mon accusateur citait contre moi, et n'ayant pas trouvé ce qu'ils avaient d'abord espéré, qui était apparemment de grands éclaircissements sur la fausse conspiration qu'on attribue aux catholiques, ne me rappelèrent point". Mais l'état des geôles empire son état physique, et il subit une violente crise de phtisie. Banni du royaume par le Charles II, il lui est accordé dix jours pour retrouver les forces nécessaires au voyage. Il est probable que l'intervention de l'ambassadeur de France ait également porté quelque fruit. Toujours est-il que c'est extrêmement affaibli qu'il quitte Londres le 28 décembre 1678, pour atteindre Paris dans les premiers jours de janvier de l'année suivante. Il reste dix jours à la maison professe de la rue Saint-Antoine, avant de repartir pour Lyon. En chemin, il s'arrête à Dijon, où il rencontre la Mère de Saumaise, puis à Paray-le-Monial, où il séjourne une dizaine de jours, au cours desquels il s'entretient longuement avec Marguerite-Marie et la Mère Greyfié, sa Supérieure. Il arrive enfin à Lyon le 11 mars. Sur les conseils des médecins, il retourne à Saint-Symphorien d'Ozon, où il reste près de deux mois, au printemps. Période difficile pour lui, loin de tout apostolat : "C'est de la campagne que je vous écris, et où j'achève de faire quelques remèdes qu'on m'a prescrits. Vous voyez que je suis chez mes parents, ce qui est pour moi un grand sujet d'abjection… N'est-il pas vrai que voilà une vie bien humiliante ?" écrit-il alors. Fin mai, il rentre à Lyon, mais est de nouveau envoyé à Saint-Symphorien au mois d'août, où il demeure de nouveau un mois. Sa santé s'améliore cette fois suffisamment pour qu'à son retour au collège de la Trinité de Lyon, il soit nommé Père spirituel des jeunes étudiants de la Compagnie de Jésus. C'est à cette époque qu'il a comme disciple le Père Joseph de Gallifet, dont il fait un ardent apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur. Il rédige également l'Instruction sur la retraite annuelle et les dispositions à y apporter. Au cours de l'été 1680, il écrit à Marguerite-Marie : "Remerciez Dieu, s'il vous plaît, de l'état où il m'a mis. La maladie était pour moi absolument nécessaire ; sans cela je ne sais pas ce que je serais devenu ; je suis persuadé que c'est une des plus grandes miséricordes que Dieu ait exercées sur moi". A l'automne 1680, puis au printemps 1681, de nouvelles rechutes l'obligent à ralentir ses travaux, et sur les conseils des médecins le Père provincial l'envoie au mois d'août en résidence à Paray. "Je suis toujours fort incommodé d'une grande toux et d'une oppression continuelle. Cela a de temps en temps des petites diminutions et des petits accroissements. Je ne sors point, je ne parle qu'avec peine…" écrit-il à l'automne. Au terme de souffrances renouvelées et d'une agonie d'une semaine, il y meurt le 15 février 1682.
Il a laissé des
Sermons qui ont été plusieurs fois réédités, mais il est également l'auteur de Méditations, des Réflexions chrétiennes, et des Retraites spirituelles (1684).
Claude de La Colombière a été béatifié le 16 juin 1929 par Pie X, et canonisé le 31 mai 1992 par Jean-Paul II.

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Marguerite-Marie Alacoque

Née à Lautecourt, près de Verosvres, diocèse d’Autun, en Saône et Loire, le 22 juillet 1647
Morte à Paray-le-Monial, le 17 octobre 1690
Religieuse visitandine à Paray-le-Monial, elle fut favorisée d’apparitions du Sacré-Cœur de Jésus (à partir de 1673), et en répandit le culte.
NB : les grandes étapes de la vie de Marguerite-Marie étant étudiées en détail au chapitre de la Chronologie, nous ne donnons ci-dessous qu'une biographie relativement succincte.
Marguerite est le cinquième enfant de Claude Alacoque, juge royal et notaire de la Seigneurie du Terreau, et de Philiberte Lamyn. Sa marraine est Marguerite de Saint-Amour, femme de Claude de Fautrières, seigneur de Corcheval, au château duquel elle fera de longs séjours jusqu'en 1655. C'est dans la petite chapelle proche du château qu'à l'âge de cinq ans Marguerite fait vœu de virginité. A la mort de son père (11 décembre 1655), elle est envoyée au pensionnat des Clarisses urbanistes de Charolles, où s'éveille sa vocation religieuse. Mais atteinte de paralysie nerveuse, elle doit mettre fin à ses études. A l’âge de douze ans, au cours d'une prière à la Vierge, elle fait le vœu de lui consacrer sa vie. Guérie de sa maladie, elle ajoute alors à son prénom celui de «Marie». Durant plus de dix ans, elle reste auprès de sa mère, souffrant des disputes occasionnées par les proches parents qui gèrent le domaine depuis la mort de son père, et vivent sous ce toit. Elle racontera plus tard qu'elle ne trouve alors refuge qu'auprès du crucifix et du Saint-Sacrement. Partagée quelque temps entre une sollicitation de mariage et sa vocation religieuse, elle entre finalement au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial, le 20 juin 1671. Après un temps de probation, elle y prend l'habit de novice le 25 août de la même année. Le 6 novembre 1672, elle prononce ses vœux simples. L'année suivante voit le début des révélations qu'elle reçoit du Seigneur, au cours desquelles Celui-ci lui manifeste ses desseins concernant la dévotion envers son Cœur Sacré. La première vision date probablement du 27 décembre 1673, les deux suivantes de l'année 1674, et la quatrième, où il lui est demandé l'institution d'une fête liturgique en l'honneur du Cœur de Jésus, de la semaine de l'Octave du Saint Sacrement en 1675, soit entre le 13 et le 20 juin de cette année-là. Marguerite-Marie ne fait état de ces révélations qu'au Père de La Colombière, son directeur spirituel. Les dix années qui suivent sont marquées par de nouvelles souffrances, tant corporelles que spirituelles. En 1684 est publiée la Retraite spirituelle du Père de La Colombière, que ce dernier a rédigée à Londres en janvier 1677, et où il fait état des grâces reçues par Marguerite-Marie. L'ouvrage est lu au sein du monastère, et les sœurs reconnaissent celle dont l'auteur a pourtant tu le nom. En 1685, elle est chargée de la direction des novices. Au mois de juillet, une première tentative effectuée en vue de rendre hommage au Sacré Cœur de Jésus lui vaut les blâmes de la communauté. Mais dès l'année suivante, l'ensemble du monastère la rejoint dans cette dévotion. Dès 1687, un petit oratoire est installé dans une niche de l'escalier qui conduit à la tour du Noviciat du Monastère de Paray, et les Sœurs y vénèrent un petit tableau du Sacré-Cœur. En 1685 et 1688, Marguerite-Marie reçoit de nouvelles révélations, qui contiennent les Promesses du Christ relatives à la dévotion au Sacré-Cœur. En 1689, elle reçoit les demandes du Sacré-Cœur à la France. Ces dernières années, elle entretient une abondante correspondance avec les anciennes supérieures du monastère, ainsi qu'avec le Père Croiset, et s'attache à étendre la dévotion au Sacré-Cœur aussi loin qu'il lui est possible. Elle meurt le 17 octobre 1690. Sur sa poitrine, on trouva gravé en gros caractères, par la pointe d’un canif, le nom de «Jésus». Elle avait rédigé son Autobiographie vers 1686 sur ordre de son confesseur, le Père Ignace Rolin, et sa Vie a été écrite par Jean-Joseph Languet de Gergy, évêque de Soissons, en 1729.
Le procès de béatification de Marguerite-Marie a été ouvert dès 1714, abandonné, puis repris en 1819. L'héroïcité de ses vertus a été reconnue le 23 août 1846 par Pie IX. Elle a été béatifiée le 19 août 1864 par le même, et canonisée le 13 mai 1920 par Benoît XV. Sa fête se célèbre le 16 octobre.


Suite...


Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

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