La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Résumé historique et théologique




4. Renouvellement de la dévotion au Sacré-Cœur : du XIV° au XVII° siècle

Les Franciscains

· La Bienheureuse Claire Agolanti de Rimini (1282-1346, béatifiée en 1784), qui se convertit après avoir été mariée à deux reprises, et devient tertiaire Franciscaine, se soumettant à de rigoureuses pénitences. Elle vit Jésus lui montrer la plaie de son côté : "Tu obtiendras de mon Cœur tout ce que tu lui demanderas".
· La Bienheureuse Marie de Maillé (1332-1414), tertiaire Franciscaine, qui est l'auteur de la consécration suivante : "Seigneur Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, je me donne à vous de tout mon pouvoir et sans réserve. Acceptez-moi je vous prie pour votre fille, et comme je vous offre mon cœur, donnez-moi le vôtre, ou plutôt, que votre Cœur et le mien désormais n'en forment plus qu'un".
· Sainte Françoise Romaine (1384-1440, canonisée le 21 mai 1608), mariée à douze ans, tertiaire de Saint-François, avant qu'elle ne fonde en 1425 la Congrégation des Oblates Bénédictines. Elle reçut la faveur de nombreuses grâces mystiques. Sa Vie a été écrite par son confesseur Jean Mattioti, qui relate nombre de visions où apparaît le Cœur du Sauveur, telle celle du jour de Toussaint 1431 : "Dans la plaie du côté, il y avait comme un océan de douceur infinie… Et elle entendit une voix très douce qui disait : « Je suis l'amour filial, je mets l'âme dans la vérité, je lui fait haïr et mépriser le monde, je lui inspire le désir du recueillement, des douleurs et des croix. Quand ces désirs lui sont devenus habituels, je la fait monter plus haut. Je l'admets au repos du ciel empyrée, elle y contemple mes plaies. Leur splendeur la brûle d'amour. Quand elle est ainsi tout en feu, je la transfigure, alors elle s'abandonne à mon Cœur et à ma volonté, elle y trouve un abîme de douceur et d'amour. Elle y demeure comme submergée sous les merveilles qu'elle y découvre »".
· Saint Bernardin de Sienne (1380-1444, canonisé en 1450), promoteur du culte du Saint Nom de Jésus, qu'il fait connaître à Bologne dès 1424 avec le trigramme IHS, et dont les prédications remportent en Italie un succès comparable à celles de saint Vincent Ferrier (1350-1419) en France. Il cite abondamment dans ses Sermons Ubertin de Casal (voir plus haut), dont il recopie parfois des pages entières de l'Arbor vitae. Dans le Sermon 51 pour le Vendredi Saint, il écrit : "O amour, qui faites fondre toute chose, dans quel état, pour notre rançon, vous avez laissé notre Ami ? Pour que le déluge d'amour inondât tout, les grands abîmes ont rompu leurs digues, je veux dire les profondeurs du Cœur de Jésus : la lance cruelle a pénétré jusqu'au fond, sans rien épargner. L'ouverture du côté nous fait connaître l'amour du Cœur de Jésus jusqu'à sa mort, et nous invite à marcher vers cet amour ineffable qui l'a fait venir à nous. Allons donc à son Cœur, Cœur profond, Cœur secret, Cœur qui pense à tout, Cœur qui sait tout, Cœur qui aime, ou plutôt qui brûle d'amour. La porte est ouverte : comprenons par là la vivacité de son amour ; et, le cœur conforme au sien, entrons dans ce secret, caché jusque-là et dévoilé, pour ainsi dire, à sa mort, par l'ouverture du côté". (Le texte de ce sermon est à rapprocher de l'extrait de l'ouvrage De gestis Christi du Bienheureux Simon de Cascia cité plus haut). Il écrit encore dans le Sermon 66 : "Du bon trésor de son Cœur, qui est l'amour, Jésus-Christ a constamment tiré de bonnes choses ; il en fit sortir les meilleures, lorsque, pour notre amour, il fut attaché à la croix. Là, il nous montra que son Cœur était une fournaise d'ardente charité, capable d'enflammer et d'incendier tout l'univers. Il en fit sortir sept paroles brûlantes et saintes comme autant de traits d'amour".
· Sainte Catherine de Bologne (1413-1463, canonisée en 1712), Augustine à Ferrare (1426) qui rejoignit ensuite les Clarisses à Bologne. Elle fut favorisée de grâces mystiques qu'elle relata dans ses écrits, qui témoignent de sa dévotion au Cœur du Christ en sa Passion, telle cette Elégie sur les plaies sacrées de Jésus : "O mon âme, objet des bénédictions du Créateur suprême, regarde ton Sauveur qui, déchiré de mille blessures, jette les yeux sur toi. Regarde ses pieds, troués et percés par les clous ; comme ils sont tourmentés par les coups de marteau ! Songe cependant qu'il surpassait en beauté toute créature, et que sa chair innocente l'emportait sur toute perfection. Regarde cette plaie qu'il reçut au côté droit ; considère comme son sang divin a satisfait pour toutes tes offenses ; vois comme il fut blessé par une lance cruelle, et comme il permit qu'en faveur de chaque fidèle le fer lui traversât le Cœur ! […] Vois comme il est blessé de toutes parts, pour l'amour de toi, sur le bois cruel ! Il est mort, ton doux Seigneur, afin d'expier ton crime. Pour t'introduire dans son royaume, il a consenti à être crucifié ! O mon âme, fixe ton regard sur lui, et que cette vue t'inonde d'ineffables délices".
· Henri de Herp (Harphius, †v.1477), d'abord Frère de la vie commune - ce qui explique sa dépendance vis-à-vis de Jan Van Ruysbroeck - avant qu'il ne rejoigne les Franciscains. Provincial des Observantins de Cologne, puis gardien du couvent de Malines, il est l'auteur de trois écrits qui sont une sorte d'exposé de la théologie mystique, et qui seront rassemblés en un seul volume publié à Cologne par le Chartreux Thierry Loher en 1538 : la Theologia mystica, dans laquelle il reprend parfois mot pour mot - les idées de ceux qui l'ont précédé sur ce sujet, notamment Ludolphe le Chartreux et Ruysbroeck. Les lignes qui suivent lui sont plus personnelles : "Que la volonté de Dieu nous soit agréable en tout et par dessus tout, puisque le Cœur du Christ a été blessé pour nous d'une blessure d'amour, pour que, par un retour d'amour, nous puissions par la porte du côté entrer jusqu'à son Cœur, et là unir tout notre amour à son divin amour. Et comme des métaux divers fondus au feu et unis ensemble passent en une autre substance unique, ainsi l'homme doit fidèlement fondre tous ses désirs dans l'amour du Christ, et les ordonner vers Dieu… Apprends, âme fidèle, de quel amour brûlait Jésus, puisque l'ample enceinte du Cœur s'est trouvée trop étroite, et que la flamme de l'amour a dû s'échapper par les plaies béantes du corps".
· Dietrich de Coelde, missionnaire, grand diffuseur de cette dévotion, auteur du Miroir du chrétien (Christenspiegel).
· Stephan (Etienne) Fridolin (†1498), infatigable prédicateur à l'église Sainte-Claire de Nuremberg en Allemagne, qui publie ses Sermons dans un gros in-folio orné de 96 gravures sur bois de l'école de Dürer. Il y donne un exposé théologique et ascétique complet de la dévotion au Sacré-Cœur : "Le Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ est le Cœur de Dieu. Sa nature humaine a été créée par l'Esprit-Saint et intimement unie à la personne de Dieu le Fils. Dès lors, sa bonté et sa fidélité sont infinies et embrassent tous ceux qui ont existé et qui existeront jusqu'à la fin des temps, de même que tous ceux qui sont au purgatoire, sur la terre et au ciel. Si Dieu seul, comme dit Jérémie (17,10), est capable de scruter le cœur de l'homme, qui donc pourrait sonder le Cœur du Christ et en saisir toutes les profondeurs ? Car ce Cœur est l'abîme insondable de la sagesse, de la bonté, de la douceur et de l'amour. Il est comme Dieu lui-même, sans mesure et sans bornes. De sorte que l'esprit humain ne saurait concevoir ni ses joies, ni ses extases, ni l'immensité des douleurs qui ont amené sa mort. Le Cœur de Jésus est l'abîme de toutes les vertus. Il n'a cherché que la gloire du Père, et, par bonté et miséricorde, le salut des hommes. Aussi, l'asile le plus sûr, c'est le Cœur du Christ, selon la parole du Psalmiste : "L'homme pénétrera au fond d'un cœur plus grand et Dieu sera exalté" (Ps. 63-7). Le Cœur du Christ est aussi le siège de tout honneur, le trône de toute splendeur, la source de la vie et le repos des âmes : "Le Seigneur l'a choisi pour sa demeure. C'est là que j'habiterai, car c'est Lui que j'ai choisi" (Ps. 131-14). Le Cœur de Jésus est la fleur sortie de la tige de Jessé. En lui résident les sept dons du Saint Esprit, selon la parole d'Isaïe : "Et l'Esprit du Seigneur se reposera sur lui : l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et il sera rempli de l'esprit de la crainte du Seigneur" (Is. XI,2). Il est aussi le trône de la sagesse éternelle, le trône de la très Sainte Trinité, le temple de la majesté divine, la fontaine du salut et de la sanctification des hommes. C'est pourquoi il est impossible de trouver assez de comparaisons pour faire comprendre les attributs et la magnificence du plus sage et du plus doux des cœurs". Il contemple aussi le Cœur transpercé de Jésus, comme dans cette méditation pour le 30 mai : "Considère le Cœur blessé du Christ comme la véritable porte par laquelle on parvient à la grâce et à l'amitié de Dieu, par elle on monte vers les joies éternelles qui ne prennent jamais fin. Regarde le Cœur blessé du Christ. En lui a reposé sa très sainte Ame et son adorable Divinité, par laquelle nous sommes maintenus dans l'existence. Considère le Cœur ouvert du Christ comme le plus sûr asile des réfugiés. Où pourrait-elle s'envoler ailleurs, ta pauvre âme, lorsque les ennemis infernaux la poursuivent de leurs attaques durant la vie et au moment de la mort ?… Considère le Cœur bienveillant du Christ comme une parfaite compensation de tes péchés et des péchés de l'humanité, puisque le Seigneur a répandu le très saint sang de son Cœur… Considère le Cœur enflammé du Christ comme l'origine de ton éternelle béatitude et le véritable chemin par lequel tu dois entrer dans la céleste patrie. Oh ! qui peut imaginer et exprimer la bonté, la hauteur, la longueur et la largeur du très saint Cœur de Jésus-Christ. Il dépasse de loin la compréhension et l'entendement des hommes. Voilà la merveilleuse cité de grâce que ton plus cher Seigneur t'a préparée, sur le bois fleuri de la sainte croix. Entres-y avec foi et chasteté : Seigneur, c'est ici le lieu de mon repos, c'est ici que je veux demeurer, parce que je l'ai choisi".
· Sainte Jeanne de Valois (1464-1505, canonisée le 28 mai 1950), fille de Louis XI, et épouse de Louis XII qui la répudie, elle se retire à Bourges. Conseillée par François de Paule, elle devient tertiaire Franciscaine avant de fonder dans cette ville en 1501, avec son confesseur le bienheureux Franciscain Gabriel Marie (1463-1532, béatifié en 1647), l'Ordre de la Vierge Marie, plus connu sous le nom d'Ordre de l'Annonciade. Sa Vie, aux Acta Sanctorum, rapporte l'une de ses extases, au cours de laquelle elle vit la fusion de son cœur dans celui du Christ : "Voulant elle-même offrir son cœur, comme le Christ le lui demandait, elle mit la main dans sa poitrine, et, ne le trouvant pas, elle fut tout étonnée, pendant que le très doux Jésus lui souriait tendrement. Ce n'est pas merveille qu'elle ne l'ai pas trouvé ; car uni au Cœur du Christ par l'amour, il y vivait plus que dans son propre corps". La dévotion au Cœur de Jésus sera très présente aux Annonciades, et nous en reparlerons au chapitre de la Chronologie.
· La Bienheureuse Battista Varani (Camilla Varani, 1458-1527, culte confirmé en 1843), Abbesse d'un couvent de Clarisses créé par son père à Camerino (Italie), auteur d'I dolori mentali di Gesù nella sua Passione (Douleurs intérieures du Christ), souvent édité à la suite du Combat Spirituel de Scupoli (1530-1610), et d'autres ouvrages en italien. Sa Vie, écrite par elle-même, est conservée aux Acta Sanctorum. Elle y relate qu'elle fut reçue "dans la chambre très sacrée du Cœur embaumé de myrrhe de Jésus-Christ, dans cette mer d'amertume que ne saurait pénétrer aucune intelligence ni angélique ni humaine". On y trouve également dans les suppléments une lettre qu'elle adressa à son fils spirituel : "Une révélation merveilleuse que je veux que vous demandiez à Dieu, c'est qu'il vous fasse connaître ce que vous êtes, ce que vous pouvez, ce que vous savez, ce que vous méritez ; car sans cette révélation nul ne peut atteindre la perfection. Ce secret ne s'apprend pas ailleurs que dans la sacrée poitrine du Christ Jésus ; et il ne le dit pas à tous. […] Veillez donc, âme chérie, avec tout le soin possible, à être humble de cœur, charitable, pieux, doux, les yeux fixés, comme sur un miroir, sur le Cœur très pur du doux Jésus, et vous y rendant semblable, si vous désirez sa très douce familiarité et son amitié si honorable. C'est dans ce Cœur, dans cette poitrine sacrée, que votre mère a puisé tout ce qu'elle a fait de bien, tant au dehors qu'au dedans. La douce poitrine de ce tout aimant Jésus a été son école : c'est là qu'elle a appris, car c'est là qu'elle a étudié. Là on ne lit que vérité, mansuétude, compassion, douceur, joie du cœur et bonheur intime ; là on ne trouve qu'amour et charité pour le prochain. O Cœur divin ! je ne puis m'empêcher de vous nommer, car elle s'est vue écrite en vous, en lettres d'or, éclatantes et belles. Entrez là, ô âme, si vous voulez être bientôt parfaite. C'est là la route courte, cachée, sûre et infaillible, par laquelle marche et a marché votre mère : suivez-la donc".
· Anne Ponce de Léon, comtesse de Feria, devenue Clarisse au couvent de Montilla à Séville sous le nom de Sœur Anne de la Croix, à laquelle le Dominicain Louis de Grenade (1505-1588) a dédié le Supplément de son Mémorial (voir plus loin). Elle fut favorisée de visions du Christ lui dévoilant son Cœur blessé : "C'est mon amour pour toi qui m'a ainsi blessé. En retour, je désire que tu te livres toute à moi".
· Saint Pierre d'Alcantara (1499-1562, canonisé en 1669), qui entama une réforme sévère de l'Ordre des Franciscains observants à Pedrosa (réforme alcantarine). Ce grand mystique espagnol fut très estimé de François de Sales, ainsi que de Thérèse d'Avila, qui lui fit connaître les grâces dont elle était favorisée. Se livrant tout au long de sa vie à des terribles pénitences et austérités, il approcha le divin Cœur par le côté ouvert du Christ en croix.
· Nicolas Factor (1520-1583), qui recommande à ses frères du couvent des Capucins de Villafranca-del-Panady, pour parvenir à la contemplation, la dévotion au côté percé et au Cœur de Jésus : "Mes frères, attachez-vous, je vous en conjure, à contempler la plaie qui mène au Cœur de Jésus. Voici trois ans entiers que je me suis attaché à cette seule contemplation, et je ne m'en détournerai jamais tant j'y trouve de lumière et de profit".
· Bernard d'Osimo (†1588), provincial des Capucins de Paris de 1581 à 1587, qui parle de la plaie du côté et du Cœur de Jésus en des termes qui annoncent saint François de Sales. Il écrit dans l'avant-propos de ses Méditations sur la Passion du Sauveur : "Voulez-vous apprendre toute sapience chrétienne ? Mettez un Crucifix devant vous ; étudiez dans ses saintes plaies, et particulièrement en celles de son très doux Cœur. Voulez-vous goûter les douceurs de l'esprit de Jésus-Christ ? Recevez la douce liqueur qui sort de son flanc ouvert, pour ce qu'il garda le meilleur vin à la fin. Voulez-vous vous rafraîchir avec l'eau des divines grâces ? Venez au puits inestimable du côté de Jésus-Christ. Voulez-vous être assuré contre les malins esprits ? Retirez-vous dans la caverne de cette pierre mystique du côté ouvert de Jésus-Christ. […] Entrez par la porte de ce Cœur dans l'arche mystique et vous serez sauvé. Voulez-vous entrer dans le temple de la divinité ? Passez par le portail du flanc ouvert de l'humanité de Jésus-Christ…".
· Jean de Carthagène (†1617), exégète espagnol qui étudie tous les textes se rapportant au côté et au Cœur du Christ (voir les traités De religionis christianae arcanis homiliae sacrae et De arcanis in vulnere lateris Christi latentibus).
· François Joseph Le Clerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638), Capucin, surnommé l'Eminence grise de Richelieu, qui fonde les Filles du Calvaire en 1617. Ses Instructions aux religieuses sont empreintes du Cœur de Jésus, et sa Congrégation est l'une des premières (sans doute avec les Annonciades fondées par Jeanne de Valois en 1501) à rendre ainsi un hommage collectif au Cœur du Christ (cf. la Chronologie : 1617).
· Saint Fidèle de Sigmaringen (né Marc Rey, 1578-1622, canonisé en 1746), précepteur de princes et avocat à Colmar, avant de devenir Capucin, et missionnaire de la Congrégation de Propagation de la Foi. Il fit preuve d'une profonde piété envers le Cœur du Sauveur.
· Albert Schenk von Castel (Johannes Chrysostomus, 1583-1634), Supérieur et Maître des novices chez les Capucins, il est l'auteur des Exercitia spiritualia, dans lesquels on trouve plusieurs allusions au Cœur blessé du Sauveur : "J'adore ton divin Cœur en le remerciant cordialement de tout ce qu'il a pensé, voulu et accompli en ma faveur et en quoi ton Cœur aimant, cette arche de dons célestes, a trouvé ses délices. Par cet acte de vénération je désire aussi satisfaire pour toutes les fatigues, les amertumes, les angoisses, les craintes, l'indigence et les douleurs que ton très doux Cœur voulut supporter pour mes péchés et pour ceux du monde entier".
· Marie d'Agreda (1602-1665), religieuse Cordelière, supérieure du couvent de l'Immaculée Conception à Agreda, qui fut favorisée d'extases et de visions. La Cité mystique de Dieu (Mistica ciudad de Dios, paru à Madrid en 1670), qui contient ses révélations sur la vie du Christ et de la Sainte Vierge, traduite en français par le Récollet Thomas Crozet en 1696, fut condamnée par le Saint Siège et la Sorbonne. Elle y parle un peu du Sacré-Cœur (Part. II, livre VI, chap. XXIV) : "Notre très sage Reine [il s'agit de la Sainte Vierge] pénétra le mystère du coup de lance, et compris que de ces dernières gouttes de sang et d'eau qui jaillirent du côté de son très saint Fils, allait sortir l'Eglise nouvelle, purifiée et rajeunie en vertu de sa passion et de sa mort, et que de son Sacré Cœur sortaient encore, comme de leur racine, les branches qui, chargées de fruits de la vie éternelle, se sont étendues par tout le monde. […] « Ma fille, [lui dit la Sainte Vierge] le coup de lance que mon très saint Fils reçut dans son sacré Côté ne fut douloureux que pour moi ; ses effets et ses mystères sont très doux pour les âmes saintes qui en savent goûter la douceur… Pour apprendre à y participer, vous devez considérer que mon Fils et mon Seigneur voulut par le très ardent amour qu'il porte aux hommes, recevoir, outre les plaies des pieds et des mains, celle du côté qui lui ouvrit le Cœur, siège de l'amour, afin que les âmes entrassent en quelque sorte par cette porte pour goûter cet amour en le puisant à sa propre source, et que ce fût le lieu de leur refuge. Je veux que vous n'en ayez point d'autres pendant votre exil, et que vous y fassiez votre demeure assurée tant que vous vivrez… »". Elle entretint également une active correspondance avec Philippe IV d'Espagne.
· Adrien de Maringues, Récollet, auteur d'un ouvrage paru à Lyon en 1659 sous le titre Exercices spirituels très utiles et propres pour conduire les âmes religieuses et séculières à la perfection des actions des jours, des semaines, des mois et des années, ouvrage plus spécialement destiné aux Clarisses, où il est très souvent fait mention du Sacré-Cœur, "la fournaise d'amour, la source des grâces, l'abîme de la miséricorde, le sanctuaire où se consomme l'union de l'âme religieuse avec son Epoux céleste".
· Jeanne-Marie de la Croix (1603-1673), fondatrice avec Sibylle de Lodron d'un monastère de Clarisses à Roveredo, où elle se fait religieuse. On trouve trace dans sa Vie écrite par Bède Weber du Testament spirituel qu'elle écrit le 15 avril 1654 : "O Cœur transpercé de mon doux Jésus ! O porte que votre amour a ouverte bien plus que la lance du soldat ! O doux, ô gracieux, ô aimable, ô bon Jésus ! Etouffez, consumez, anéantissez dans votre Cœur rempli d'amour tous mes péchés ; car c'est en ce Cœur que mon âme met son espérance… O Fils de Dieu, mon aimable Epoux, je vous aime de tout mon cœur, et je languis du désir d'entrer, par la porte sacrée de votre Cœur ouvert, dans les joies de votre paradis". On trouve également sous sa plume des pages d'une grande poésie, dédiées au Cœur de Jésus : "O Jésus, mon amour, le vrai bonheur de l'âme est de se reposer dans votre Cœur… Que mes yeux ne voient plus que vous, que mes oreilles n'entendent que vous, que ma langue ne parle que de vous, et que tous mes sens doucement assoupis dans votre divin Cœur, comme Jean sur votre poitrine, rêvent et parlent de vous dans un amour ineffable. O Cœur de Jésus ! école de la Divine Vérité où l'âme apprend et saisit ce qu'il y a de plus incompréhensible… Cœur sacré, saint asile du divin Fiancé de nos cœurs ! C'est en vous, que Dieu épouse l'âme… C'est de vous, que l'âme s'élève et monte dans le sein du Père ; c'est en vous, qu'elle aspire le souffle de l'Esprit Saint… C'est en vous, qu'elle est lavée dans un bain de sang, d'eau et de feu, comme en un second baptême… C'est de vous, que jaillissent, comme sept ruisseaux, les sept sacrements et les grâces sans nombre que Dieu fait pleuvoir sur la terre, dans le Purgatoire et dans le Ciel…".
· Martin von Kochem (1634-1712), Capucin, qui réédite les prières de sainte Gertrude et de la bienheureuse Mechtilde. Sa Vie de Jésus-Christ comporte plusieurs prières au Sacré-Cœur, et sa première œuvre rédigée en 1668 est principalement consacrée au Cœur du Sauveur. Dans un opuscule publié en 1699, il dialogue avec Jésus enfant : "O cher, aimable enfant ! Je baise en esprit ton doux petit Cœur et je désire lui ôter toutes les souffrances que je lui ai causées. Alors ton Père a entouré ton petit Cœur d'une couronne d'épines et a fait pénétrer profondément les épines terribles. Tous les péchés déjà commis et ceux qui le seront, ont transpercé comme des épines vénéneuses ton tendre Cœur. Ah ! de combien d'épines vénéneuses j'ai moi-même blessé ton tendre Cœur ! Pardonne-moi, ô cher Jésus, pardonne-moi, ô mon cher petit Enfant".

Citons encore rapidement pour le XVII° siècle :

· Philippe d'Angoumois (†1631), auteur du Triomphe de l'amour divin en la conversion d'Hermogène (1625).
· Léandre de Dijon (†1661), auteur d'un grand ouvrage intitulé Les Vérités de l'Evangile ou l'idée parfaite de l'amour divin, qui contient plusieurs discours où il met en lumière les amabilités du Cœur de Jésus.
· Bernardin de Paris, auteur de huit ouvrages de spiritualité, dont L'Esprit de saint François formé sur celui de Jésus-Christ (1662), où il fait abondamment référence au Cœur de Jésus. Par exemple : "Le Cœur de Jésus humanisé est le centre de tous les cœurs, et tous doivent tendre vers lui… La grâce et la charité répandues en nos cœurs sont comme un poids qui les porte vers le Cœur de Jésus. Ce Cœur est la source féconde d'où elles sont sorties et elles remontent vers lui comme à leur première origine. Mais pour entrer en ce saint Cœur, il nous faut sortir de nous-même…".
· Guillaume de Troyes (1670).
· Louis-François d'Argentan (1614-1680), Capucin, auteur de Conférences théologiques et spirituelles sur les Grandeurs de Dieu (1672), sur les Grandeurs de Jésus-Christ (1674), et sur les Grandeurs de la Sainte Vierge (1680), qui connaîtront de nombreuses rééditions. Dans le second volume, on lit : "Vous avez dit, ô Jésus, que si une fois vous étiez élevé au-dessus de la terre, vous attireriez toutes choses à vous. Accomplissez votre promesse, arrachez-nous aux créatures et à nous-mêmes pour n'être attachés qu'à vous seul. L'amour a bandé son arc ; il a aiguisé ses flèches. En vous voyant les bras tendus et comme bandés sur la croix, je vois l'arc de l'amour, mais où donc est la flèche ? Ah ! je la vois tout au milieu, c'est votre Cœur tout embrasé de flammes sacrées. O Jésus, je la vois toute prête à partir, cette amoureuse flèche, déjà elle s'est ouvert un passage dans votre poitrine. Elancez-la, Seigneur, de toutes vos forces, visez droit mon misérable cœur, frappez-le une bonne fois de ce désirable coup qui le fasse mourir à lui-même, pour ne plus vivre qu'à vous seul…".
Il fait également publier à Paris en 1661, sous le titre Le Chrétien intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ, plusieurs manuscrits de Jean de Bernières (1602-1659), fondateur de l'Ermitage de Caen, qui fut en relation avec Jean Eudes et Marie des Vallées, et qui envoya au Canada en 1639 Marie de l'Incarnation. Bernières prôna l'oraison passive, l'Ermitage devint après sa mort un foyer d'illuminisme, et l'ouvrage d'Argentan fut condamné dans sa version italienne par décret de l'Inquisition en 1689.
· Paul de Lagny (†1694), disciple de Benoît de Canfeld, auteur d'un Chemin abrégé de la perfection chrétienne (1662).

Comme les Chartreux, dès la fin du Moyen Age, les Franciscains représentent la plaie du côté du Sauveur par une image du Cœur, autour duquel ils rassemblent, par la suite, les autres plaies. Cette attention portée au Cœur blessé dans l'imagerie franciscaine prépare également le terrain de la dévotion.

Suite...


Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

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