La dévotion au Sacré-Coeur de Jésus

Résumé historique et théologique




4. Renouvellement de la dévotion au Sacré-Cœur : du XIV° au XVII° siècle

Autres religieux et laïcs

· La Bienheureuse Dorothée de Montau (1336-1394), qui, devenue veuve, vécut en recluse à Marienwerder. Elle contempla le Cœur de Jésus ouvert, et vécut l'échange des cœurs.
· La Bienheureuse Lidwine de Schiedam (1380-1433, béatifiée en 1890), devenue grabataire à seize ans à la suite d'un accident, et qui s'unit dans des souffrances grandissantes à la Passion du Christ durant près de quarante ans. Les Acta Sanctorum rapportent qu'elles disait à son bon Ange : "Saluez mon Bien-Aimé dans le sanctuaire de son Cœur ; demandez-lui de ne pas permettre que j'admette dans mon cœur un autre amant que lui".
· Saint Laurent Justinien (Giustiniani) (1381-1455, canonisé en 1690), qui rejoint à dix-neuf ans les chanoines réguliers de Saint-Georges d'Alga dont il deviendra général quelques années plus tard. Il est ordonné prêtre en 1406, et nommé contre son gré évêque de Venise en 1433, s'imposant tout au long de sa vie de grandes austérités. Ses écrits sur la contemplation mystique sont magnifiques de simplicité, tels le Divinum Incendium amoris, ou De Casto connubio (Traité de la pure union) en lequel il écrit (chap. 8) : "Vaillants lutteurs, soldats du Roi éternel, regardez donc le côté, les mains, les pieds du Sauveur ; ils sont ouverts, ne craignez pas d'entrer. A l'intérieur l'étendue est immense, les délices inexprimables, les parfums embaument les sens de l'âme, le repos est absolu. Faites-en l'expérience ; voyez combien il est doux et suave, combien il est sûr d'habiter dans le côté de Jésus".
· Saint Nicolas de Flüe (1417-1487, canonisé en 1947), officier suisse, qui quitte sa famille en 1468 pour vivre les dix-neuf dernières années de sa vie en ermite à Ranft. Il est aujourd'hui reconnu comme le saint patron de ce pays. Pierre Canisius traduira ce texte que Nicolas de Flüe portait toujours sur lui : "Pénètre, si tu peux, dans l'adorable Cœur de Jésus, contemple là les douleurs intérieures dont ce divin Cœur est rempli ; douleurs qui dépassent infiniment tous ces tourments que la rage de ses bourreaux lui a fait endurer ; douleurs qu'il a souffertes avec constance depuis le premier moment de son Incarnation jusqu'à celui de son trépas ; douleurs de l'Amour, qu'il a voulues par pur amour pour sa Mère, pour ses disciples et pour tous les élus ; douleurs par le mérite desquelles il acquit la grâce et la patience à tous ceux qui, dans la suite des siècles, auraient à supporter des souffrances intérieures, extérieures ou corporelles, cachées ou connues."
· Le Rosaire du Cœur de Jésus, ouvrage anonyme du XV° siècle, composé de cinq Pater Noster, accompagnés chacun de dix Ave Maria et d'autant d'invocations au Cœur de Jésus. On peut lire par exemple, parmi les invocations du Pater Noster : "Que ton Règne vienne. Demande, à cause du Cœur affligé du Seigneur, que l'Esprit-Saint embrase le cœur des fidèles du feu de l'amour. - O Seigneur, par les immenses douleurs dans lesquelles se brisa ton Très Saint Cœur, rachète-nous, donne-nous la grâce, offre satisfaction pour nos péchés".
· Sainte Catherine de Gênes (1477-1510, canonisée en 1737), mariée à seize ans à Julien Adorno qu'elle convertira, qui se dévoua auprès des pauvres et des malades. On trouve dans Vita et dottrina, livre publié en 1551 contenant son témoignage spirituel, la relation de la blessure qu'elle reçue au cœur, et qui l'amena à prier ainsi : "Je ne veux que vous seul et je ne goûterai point de repos jusqu'à ce que je sois cachée et abîmée dans votre divin Cœur, dans lequel toutes les formes créées disparaissent".
· J.-B. Anyès (1480-1553), prêtre espagnol, ami de saint François de Borgia (1506-1566) et de sainte Thérèse (1515-1582). Il est l'auteur d'une sorte de petit Office du Sacré-Cœur, paru en 1550, ayant pour titre Septem horae precariae ad Christi cor, perstringentes praecipuos Passionis Domini actus ab ejus captione in sepulturam. L'opuscule est entièrement composé en vers latins, sauf l'oraison.
· Le Bienheureux Jean d'Avila (1500-1569, béatifié en 1894), prédicateur espagnol surnommé "l'apôtre de l'Andalousie", auteur d'un Discours de l'amour de Dieu, mais aussi d'un traité ayant pour titre Audi filia (Ecoute, ma fille, commentaire mystique des versets 11 et 12 du psaume XLIV, publié en 1556), en lequel il présente les souffrances du Christ en croix : "Attachez les yeux de votre âme sur son sacré Cœur avec un très vif, mais très tranquille sentiment, pour voir que l'amour dont il brûle pour tous les hommes surpasse autant ce qui paraît au dehors de ses souffrances, quoiqu'elles soient inconcevables, que le ciel est au-dessus de la terre. […] Car comme ne s'étant pas contenté de souffrir extérieurement, il nous a aimés du fond de son Cœur, il ne doit pas aussi vous suffire de le considérer et de l'imiter en ce qu'il a souffert extérieurement : vous devez aussi entrer dans son Cœur pour considérer et pour imiter ce qui s'y passe. […] Pour nous rendre cela plus facile, il a permis qu'après sa mort un coup de lance ait percé son côté, pour nous ouvrir une porte par où nous puissions entrer dans ce Cœur, et y voir et admirer les merveilles dont il est plein".
· Nicolas Van Esch (Eschius, 1507-1578), prêtre à Cologne, maître de saint Pierre Canisius et de Laurent Surius au collège du Mont où il enseigne la rhétorique, et ami de Lansperge (cités plus haut). Il est l'auteur d'un Templum animae, qui doit beaucoup aux Exercitia theologiae mysticae de Harphius. On y trouve des exercices de dévotion envers le Sacré-Cœur : "O très doux Seigneur Jésus-Christ, je vous en prie, par l'ardent amour de votre Cœur divin, par votre Cœur humain transpercé et par ses angoisses, imprimez mon cœur dans votre Cœur transpercé, et remplissez-le de la charité parfaite qui déracine en moi tout amour personnel envers moi-même et les créatures. Que la flèche de votre amour ardent me blesse et m'enflamme, de sorte que je puisse vous aimer parfaitement, de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces, purement pour votre bonté, sans vue aucune de retour. Puissé-je, par amour pour vous, beaucoup quitter, beaucoup agir et souffrir, sans jamais me relâcher ! Puissé-je, par mes désirs brûlants et sans bornes, par mes prières pour obtenir le parfait renoncement à moi-même et l'union amoureuse avec vous, aspirer sans cesse vers vous, crier, frapper à la porte. Puissé-je penser à vous, parler de vous, avoir faim et soif de vous, vous chercher et vous trouver, jusqu'à ce que, tout transformé en vous, je devienne un seul esprit avec vous, moi demeurant toujours en vous et vous en moi ! Donnez-moi aussi d'aimer du même amour mon prochain en vous et pour vous, comme moi-même !".
· Thomas de Jésus (Thomas d'Andrada, v.1530-1582), religieux augustinien portugais qui fut prisonnier des Maures, et auteur de cinquante méditations sur la Passion du Christ, publiées sous le titre Os trabalhos de Jesu (1581). L'ouvrage connaîtra une adaptation française (sous le titre Travaux de Jésus en 1780, puis Les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ) maintes fois rééditée.
· Alphonse de Orozco (1500-1591), moine augustin espagnol, auteur d'un Commentaire sur le Cantique des Cantiques, publié à Burgos en 1581, où le verset 4,9 "vulnerasti cor meum" ("tu me ravis le cœur") donne lieu à une page de dévotion au Cœur de Jésus.
· Mme de Neuvillars (Suzanne de la Pomélie, 1571-1616), convertie à 23 ans, favorisée de visions et de confidences de Jésus, et qui vécut l'échange des cœurs le 15 juin 1615. Elle en retrace l'événement dans ses Mémoires : "M'étant un jour prosternée aux pieds de Notre-Seigneur et faisant avec sa Majesté des colloques plein d'affection en les lui baisant tendrement, il me fit reproche de mon peu de confiance en ces propres termes : « Il n'y a personne qui n'eût accepté mon Cœur, si je le lui eusse offert aussi bien qu'à vous. » Et, toutefois, je n'eus pas encore le courage de lui faire cette requête, que j'estimais trop incivile à cause de mon indignité. De sorte que la promesse demeura sans effet jusqu'au 15 juin, que, m'entretenant sur la considération des grâces que Dieu fait aux âmes qui sont véritablement vertueuses, et me persuadant qu'elles doivent être bien avantageuses puisque, nonobstant mon indignité et mes misères, j'en reçois de si grandes, Notre-Seigneur se présenta soudain devant mes yeux, et, répondant à mes pensées : « Je vois bien, me dit-il, que tu te plains de moi ; mais tu ne le feras plus désormais : voilà mon Cœur que je t'avais promis, tu y trouveras abondamment tout ce que tu y saurais désirer »".
· Nicolas de Montmorency (v.1556-1617), homme d'état belge, qui publie à Anvers en 1616 un Diurnale pietatis, recueil de prières en deux volumes, dont certaines sont adressées au Sacré-Cœur. Nous en avons mentionné une en fin de volume, au chapitre correspondant.
· Saint Michel des Saints (1591-1625, canonisé le 8 juin 1862), Trinitaire à Barcelone en Espagne, avant qu'il ne rejoigne les Trinitaires déchaussés à Alcala en 1607. On connaît de lui le Breve tratado de la tranquilidad del alma. Le Père Louis de Saint-Jacques, qui a écrit sa Vie, rapporte qu'il vécu l'échange "mystique et spirituel" des cœurs avec Notre-Seigneur.
· Marine d'Escobar (1554-1633), amie de sainte Thérèse d'Avila, qui fonde en 1582 un nouvel Ordre de religieuses, la Récollection de Sainte-Brigitte. On lit dans sa Vie écrite par les Pères del Puente (Louis du Pont, qui fut son confesseur pendant trente ans) et Capuchin S.J. qu'elle fut favorisée de visions, et qu'elle vécut l'échange des cœurs avec le Seigneur : "Je vis Notre-Seigneur qui m'ouvrait sa poitrine sacrée et me montrait son Cœur très saint, tout brûlant d'amour pour ses créatures, et je vis dans une très vive lumière comment il nous a aimés et nous aime, comme s'il disait : Regarde. C'est de cet amour, c'est avec ce Cœur que je vous ai aimé". Le Vendredi Saint de l'année 1616, elle est admise à toucher la blessure du Cœur, en lequel elle voit, en 1622, le mystère de la sainte Trinité.
· Jeanne de Cambry (Jeanne-Marie de la Présentation, 1581-1639), religieuse augustine, puis recluse à Lille. Elle est l'auteur d'un Traité de la ruine de l'amour-propre, où elle décrit le Cœur divin comme un foyer brûlant d'amour : "Si nous aimons Dieu, il faut que notre amour retourne à Dieu, à ce Cœur amoureux de Jésus, qui par amour a voulu naître d'une Vierge, et endurer mort et passion, pour nous montrer son brûlant amour ; à ce Cœur qui a été percé d'une lance pour nous, et le tout par ce feu d'amour. O Cœur divin, qu'y a-t-il en cette méchante créature et ingrate que vous l'aimez de telle sorte ? Mais c'est votre poignant et brûlant amour qui vous fait ainsi aimer votre œuvre !".
· Jacques Marchant, auteur en Belgique d'un livre paru en 1648, Hortus Pastorum, dans lequel il invite la colombe mystique à entrer dans le côté blessé de Jésus : "Sa blessure n'est pas tant celle de la lance que celle de l'amour ; elle est à la fois, si vous l'aimez mieux, celle de la lance et celle de l'amour. Voilà pourquoi il dit deux fois : Vous avez blessé mon Cœur, ô mon épouse, vous avez blessé mon Cœur. Réponds-lui de ton côté : Blessez mon cœur, ô mon Epoux, blessez mon cœur. Blessez-le de compassion, blessez-le d'amour".
· Madame d'Herculais (née Marie de Valernod) (1619-1654), à Saint-Vallier dans la Drôme, restreinte par son confesseur janséniste dans ses désirs de communier, reçoit en 1643 une vision de Jésus, les plaies resplendissantes et le Cœur brûlant d'amour. D'autres visions semblables lui feront écrire en 1652 : "O amour qui se communique si amoureusement à moi, faites fondre et écouler tout mon cœur dans l'incomparable douceur que vous m'avez donnée, en me versant toute dans le Cœur de mon adorable Jésus. Faites que je ne sois plus trouvée en moi-même, et qu'étant toute entière dans le cœur de mon Dieu, je me nourrisse dans ce cœur tout aimant de sa pure vie ; et en même temps que je me reposerai en lui et que je me nourrirai de lui, que je communique au prochain sa charmante douceur, que j'enivre tous les cœurs de son amour et que je les unisse à ce Cœur divin, pour la gloire de sa divine Majesté ! O Cœur bien-aimé et mon tout, remplissez-moi de votre vertu, unissez-vous à moi et changez-moi toute en vous".
· Sainte Louise de Marillac (1591-1660, canonisée en 1934), mariée à Antoine Le Gras, puis devenue veuve, toute au service de Vincent de Paul (1581-1660), avec lequel elle fonde en 1629 les Filles de la Charité. La maison-mère située rue du Bac à Paris conserve un tableau d'elle qui représente le Seigneur, le Cœur rayonnant sur sa poitrine. Elle a écrit : "Ayant lu l'Evangile du bon Semeur, j'ai désiré semer au Cœur de Jésus toutes les productions de mon âme et les actions de mon corps, afin qu'ayant croissance de ses mérites, je n'opère plus que par lui et en lui".
· Marcelle Germain (1599-1661), fondatrice de l'Institut de Saint-Joseph de la Providence à Limoges, qui confie à son confesseur une vision où elle s'est trouvée "abîmée dans le Sacré Cœur de Jésus" : "Ma fille, bois à longs traits les suavités de mon Cœur, tu y trouveras en abondance toutes les consolations... Entre dans mon Cœur tout aimable. Vois et puise dans ce torrent, dans cet abîme de délices que je te fais sentir. Sache que pour toutes tes douleurs et souffrances, je veux t'enfermer dans mon grand Cœur, qui est tout amour pour toi… Vois, comme il est capable de contenir le monde entier. Oh ! qu'il est grand et beau ce divin Cœur !".
· Anne Berchmans (1622-1665), cousine germaine de saint Jean Berchmans, religieuse Béguine gratifiée à plusieurs reprises de manifestations du Cœur Sacré de Jésus. Elle raconte par exemple : "Un jour je fus plongée dans une tristesse si grande, qu'il me sembla que le Seigneur ne voulait plus me soutenir. Il m'apparut alors, et me présentant de ses propres mains son divin Cœur sous la forme d'une lampe ardente : « Vois, dit-il, je mets devant les yeux de ton intelligence mon Cœur, le très doux instrument de la très sainte Trinité ; tu recommanderas à ce Cœur ce que tu ne pourras accomplir par toi-même. De cette sorte toutes tes œuvres, toutes tes paroles seront parfaites à mes yeux. De même qu'un serviteur fidèle est toujours aux ordres de son maître, de même mon Cœur sera toujours prêt à te servir. » En terminant ces mots, il m'approcha de son Cœur, et m'y retint étroitement dans un embrassement ineffable l'espace de plus de trois heures. Je compris alors un grand nombre de secrets divins qui restent enfermés dans mon cœur".
· Jeanne de Matel (1596-1670), fondatrice à Avignon des Religieuses du Verbe incarné, également favorisée d'une relation privilégiée avec le divin Cœur du Sauveur. La relation de sa vie écrite successivement par le P. de Boissieu et le Prince Galitzin en donne plusieurs témoignages. Par exemple, alors qu'elle se trouvait en contemplation le jour de la Transfiguration, elle entendit le Seigneur lui dire : "Ma fille, j'ai pris ton cœur avant la communion ; le mien t'appartient par mon amour". Elle relate également ainsi une grâce reçue alors qu'elle méditait sur la Passion de Jésus-Christ : "Notre divin Sauveur sembla en croix délaissé de son Père éternel et de toute la nature humaine ; il y fit un grand cri, faisant entendre sa voix qui fut exaucée ; le puits qui cachait la source d'eau vive fut ouvert, savoir son sacré Côté, qui donna du sang et de l'eau. L'Ange qui nous fait voir cette fontaine admirable c'est saint Jean, lequel y but le premier du sang de la divine sagesse. Jésus qui ouvrit la fontaine de son Cœur et le sein du Père éternel, est dans le sacrement eucharistique, j'y fus invitée à boire à longs traits de ce torrent de la divine volupté et de ce nectar du paradis…". Elle offrira aux religieuses de son Ordre un blason représentant une couronne d'épines dans laquelle se trouve inscrit le nom de Jésus, surmontant un Cœur percé de trois clous et gravé de la formule "Amor meus" (Mon Amour).
· Mère Marie-Josèphe Chevrier (†1673), Supérieure et l'une des fondatrices des Annonciades Célestes de Langres (ou Annonciades "bleues", Turchine en Italien), Ordre fondé en Italie en 1602 par Marie-Victoire Fornari (1562-1617, béatifiée en 1828) qui avait eu des apparitions de la Sainte Vierge présentant les prières de la communauté "au très doux Cœur de Jésus-Christ". On doit à la Mère Chevrier un commentaire de la Messe de Requiem où toutes les prières sont faites en union avec le divin Cœur. On y trouve également cette exhortation : "Il faut Lui demander d'être transformés en Lui, que nos esprits soient attirés et unis à son Esprit, que nos cœurs soient dans son Cœur, que nous ne nous délections qu'à parler de Lui, à Lui, ou pour l'amour de Lui ! Entrons dans ce Cœur adorable pour être en Lui et par Lui offertes à la Divinité ; c'est de ce Cœur que nous devons recevoir la vie de la grâce et de l'amour ; c'est en Lui que tous les saint mouvements se conçoivent. C'est dans ce Cœur que nos ennuis se perdent, c'est en Lui que nous trouvons la véritable joie ; c'est là où l'on apprend à aimer les mépris et les souffrances, là que nous devenons de nouvelles créatures, formées sur cet adorable original, là que nous cessons de vivre à nous-mêmes pour vivre de Jésus uniquement et pouvoir dire avec l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi !". Notons que les Annonciades Célestes de Langres conservent un manuscrit non édité, attribué possiblement au P. Augustin Grandjacquet, et intitulé L'Epitre à Julie. On lit dans ce manuscrit, vrai code de la dévotion au Sacré-Cœur écrit à l'intention des Religieuses de l'Ordre : "Que notre volonté soit unie et comme absorbée dans la sienne, en un mot, que notre vie soit une continuation pour ainsi dire de la vie mortelle du Verbe Incarné, ce qui porte une union intime avec le Cœur Sacré. Ce qui a été le principe de la vie de l'humanité sainte du Verbe Incarné doit être le principe de la nôtre, puisque nous ne devons vivre que de sa vie ; le principe de la vie humaine est dans le cœur, mais ce n'est pas uniquement au cœur de chair de Notre-Seigneur, quoiqu'infiniment adorable, que nous devons borner notre dévotion, c'est à sa volonté, à son amour immense qui est exprimé par le mot cœur et qu'on sous-entend toujours quand on parle de cœur, car ce nom a toujours été synonyme parmi les hommes, d'où viennent les expressions si ordinaires : "cette personne, disons-nous, a un bon cœur"… […] C'est surtout dans vos conversations avec le prochain, que vous devez vous attacher avec plus d'attention à pénétrer dans ce Cœur adorable, pour y puiser cet esprit de douceur, de patience, de support, de condescendance, d'humilité, dont le Sauveur vous a donné l'exemple pendant sa vie mortelle. […] Il n'est point d'événement dans la vie, point de dispositions dans votre intérieur, point d'éclat, point de fonction, point d'examen que vous ne puissiez rapporter au sacré Cœur de Jésus, et puiser en Lui des motifs de secours, et des moyens pour vous tirer de tout d'une manière qui serve à Sa Gloire et à votre avantage".
· Jean Bona (1609-1674), entré en 1625 chez les Feuillants, dont il sera nommé général en 1651. Alexandre VII le créera cardinal en 1669. Liturgiste, moraliste et ascète, il est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels La Vie abrégée pour aller à Dieu, Le discernement des Esprits, Les principes de la vie chrétienne, etc.. Au chapitre V de L'Horloge ascétique, il a placé des "Prières aux Cinq Plaies du Christ", qui se terminent ainsi : "Je vous salue, très salutaire plaie du Cœur de Jésus-Christ, qu'une lance cruelle a frappé ! De ce Cœur du sang et de l'eau ont jailli en abondance pour la purification de nos péchés. Blessez mon cœur, Seigneur, du trait de votre amour, et il vous honorera en tout et par-dessus tout, et il vous aimera ardemment et aussi le prochain à cause de vous. Purifiez-moi par votre sang très pur et par l'eau salutaire, afin que, purifié de toute tache, je mérite de vous contempler durant toute l'éternité, ô Dieu mon Sauveur, que seuls peuvent voir ceux qui ont le cœur pur. Amen".
· Epiphane Louys (1614-1682), Abbé d'Etival au diocèse de Toul en Lorraine, qui subit l'influence de Bérulle et de Condren, puis peu à peu celle de Jean Eudes, comme en témoignent les traités qu'il compose à l'usage des Bénédictines du Très Saint Sacrement fondées par sainte Mechtilde. Il écrit dans ses Méditations pour la fête des Cinq Plaies : "Pénétrons bien avant dans l'ouverture du côté ; c'est un lieu privilégié ; c'est un Louvre pour nous ; c'est un asile assuré ; il nous prendra sous sa protection et il est sûr que personne ne nous ravira de ses mains et moins encore de son Cœur". Et plus loin : "Il semble que vous ayez voulu exprimer la grandeur de votre amour dans les souffrances… afin que par vos plaies visibles on découvrît une plaie invisible qui est la plaie de votre amour".
· Henri Boudon (1624-1702), archidiacre d'Evreux, auteur de nombreux écrits spirituels, dont Dieu seul ou l'association pour l'intérêt de Dieu seul (1663), le Règne de Dieu dans l'oraison mentale (1671), les Saintes voies de la Croix (1671), la Vie cachée avec Jésus en Dieu (1676), la Dévotion à la Très Sainte Trinité, etc.. "Dieu seul, Dieu seul en Trois Personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du Sacré Cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Vivons, ma chère Fille, et mourrons dans cette divine union. Que tous les moments qui nous restent de vie puissent être animés de son seul Saint-Esprit !" écrit-il dans l'une de ses Lettres (n°28). Il est également l'auteur de la Vie du P. Surin (1600-1665). Nous lui devons une Consécration aux saints Cœurs de Jésus et de Marie (1651), que nous donnons au chapitre des Prières et Litanies.
· Marcelline Pauper (1663-1708), humble Hospitalière qui reçut de nombreuses grâces par l'intermédiaire du Sacré-Cœur de Jésus. Viens et je t'apprendrai la haute théologie de mon amour crucifié. Vois les sentiments de mon Cœur pour la souffrance. Je t'en ai fait l'ouverture par la plaie de mon côté…".

Suite...


Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

Le Sacré-Coeur de Jésus - Deux mille ans de Miséricorde

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En vente en ligne sur le site internet des Editions Téqui.